D'InfoVaticana :
Une mémoire sélective : ce que la nouvelle Note vaticane cite et ce qu’elle laisse de côté
17 septembre 2026
On a appris depuis longtemps que les documents du Vatican se lisent deux fois : une fois pour le texte et une autre pour les notes, et que c’est souvent la seconde lecture qui compte vraiment. Le document par lequel trois dicastères célèbrent les soixante ans de Nostra aetate récompense cette habitude comme peu d’autres. Il cite ses sources avec générosité et s’arrête, avec la ponctualité d’un horloger, juste avant la phrase où ces sources parlaient de la vérité. Ensuite, il déclare caduque la fermeté que cette vérité soutenait. Et pour finir, il propose comme chemin pastoral une pratique que les mêmes sources excluaient. Trois mouvements, un seul geste.
Il s’intitule « Un chemin d’espérance », est daté du 16 septembre et porte les signatures des cardinaux Fernández (celui que, nous disaient les enthousiastes, Léon allait foudroyer en quelques heures après l'habemus papam), Koch et Koovakad, à la tête de la Doctrine de la Foi, de l’Unité des chrétiens et du Dialogue interreligieux, avec leurs trois secrétaires. Sous les signatures, deux lignes supplémentaires : « Ex Audientia, 22 juin 2026 » et « Léon PP XIV ». C’est le même schéma avec lequel François a souscrit Fiducia supplicans, et il n’y a aucune raison de l’oublier maintenant que le signataire est un autre. Le Pape a approuvé le texte et en a ordonné la publication, et Donum veritatis enseigne que les documents de la Doctrine de la Foi expressément approuvés par le Pape participent de son magistère ordinaire. La même instruction admet que certains documents magistériels peuvent ne pas être exempts de déficiences. On s’accroche à cette admission. Il faut dire d’emblée ce qu’il ne contient pas, car on n’écrit pas pour le chasseur d’hérésies. Il ne nie rien de façon expresse. Il affirme que le Christ est l’unique Rédempteur, veut un dialogue « libre d’ambiguïtés » qui évite « le relativisme et le syncrétisme » et écarte une grande religion mondiale dans laquelle toutes les croyances seraient mises au même niveau. Il l’écarte, certes, « par respect pour soi-même et pour les autres », ce qui est un motif bien aimable pour rejeter ce que l’on rejetait auparavant parce que c’était faux. Le problème de la Note ne réside pas dans ce qu’elle dit. Il réside dans ce qu’elle fait de ce que d’autres ont dit.
Elle commence par le Concile lui-même. La Note rappelle que l’Église « ne rejette rien de ce qui, dans ces religions, est vrai et saint » et qu’elle regarde avec estime leurs « manières d’agir et de vivre, les préceptes et les doctrines ». Elle s’arrête là. Nostra aetate ne s’arrêtait pas : elle ajoutait que ces préceptes et doctrines sont considérés avec respect « même s’ils divergent en beaucoup de points de ce qu’elle professe et enseigne », et aussitôt après que l’Église « a le devoir d’annoncer constamment le Christ ». Lorsque la Note revient plus loin sur ce numéro, l’obligation d’annoncer est devenue « l’exigence de fidélité à Jésus-Christ ». Fidélité et annonce ne sont pas synonymes. On peut être fidèle en silence, et le Concile ne demandait pas le silence.
Avec Paul VI, l’opération est plus fine. La Note loue les cercles concentriques d’Ecclesiam suam, cette géométrie du dialogue qui, selon elle, « s’est révélée programmatique », et renvoie en note au passage où ils sont tracés. Dans ce même passage, en arrivant à ceux qui adorent Dieu dans d’autres religions, Paul VI avertissait qu’il ne fallait pas les regarder comme si toutes étaient équivalentes et déclarait, par loyauté, sa persuasion « que la vraie religion est unique, et que c’est la religion chrétienne ». La Note cite le cercle et saute le centre. C’est comme citer le Credo jusqu’à « créateur du ciel et de la terre » et considérer le reste comme récité.
Avec Jean-Paul II, la méthode se répète. La Note apporte en note de bas de page l’audience générale du 22 octobre 1986, cinq jours avant Assise, et prend de son numéro 5 une phrase aimable sur des religions qui, après avoir causé des divisions, veulent contribuer à la paix. Elle ne prend pas la phrase immédiatement antérieure, qui rappelait les divergences de fond qui les séparent. Ni le numéro 2, où le Pape affirmait que c’est seulement dans le Christ que les hommes peuvent être sauvés. Ni le 4, où il expliquait pourquoi à Assise il n’y aurait pas de prière commune : on pouvait être présent pendant que les autres priaient, mais on ne peut pas « prier ensemble ». La formule retenue pour la journée fut d’être ensemble pour prier. On garde la distinction, car elle reviendra.
Dominus Iesus s’en tire encore plus mal. Elle n’apparaît qu’une seule fois, dans une note, sans numéro de paragraphe, comme on mentionne dans un faire-part le parent avec lequel on ne se parlait plus. N’apparaît pas son numéro 22, selon lequel les non-chrétiens peuvent recevoir la grâce divine, mais se trouvent objectivement « dans une situation gravement déficitaire » face à ceux qui possèdent dans l’Église la plénitude des moyens de salut. Jean-Paul II a confirmé cette déclaration « avec une conscience certaine et de son autorité apostolique ». Cette Note porte la formule ordinaire : le Pape l’a approuvée et en a ordonné la publication. Quod non est in actis non est in mundo, disent les canonistes. La Note applique l’aphorisme à ses propres sources.





