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BELGICATHO

  • Vexilla Regis prodeunt

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    Le Vexilla Regis est l’hymne du temps de la Passion et des fêtes de la Sainte Croix. Son texte (comme celui du Pange lingua du Vendredi Saint) fut composé par l’hymnographe saint Venance Fortunat au VIème siècle, à l’occasion de la réception solennelle des reliques de la vraie Croix à Poitiers par la reine de France sainte Radegonde.

    Vexilla regis prodeunt

    fulget crucis mysterium
    quo carne carnis conditor
    suspensus est patibulo.

    Quo, vulneratus insuper
    mucrone diro lanceae
    ut nos lavaret crimine
    manavit unda et sanguine.

    Arbor docora et fulgida,
    ornata regis purpura,
    electa digno stipite
    tam sancta membra tangere !

    Beata, cuius brachiis
    saecli pependit pretium ;
    statera facta est corporis
    praedam tulitque tartari.

    Salve, ara, salve victima,
    de passionis gloria,
    qua vita mortem pertulit
    et morte vitam reddidit !

    O crux, ave, spes unica !
    hoc passionis tempore
    piis adauge gratiam
    reisque dele crimina.

    Te, fons salutis, Trinitas,
    collaudet omnis spiritus ;
    quos per crucis mysterium
    salvas, fove per saecula.

    Les étendards du roi s'avancent
    mystère éclatant de la croix
    au gibet fut pendue la chair
    du créateur de toute chair.

    C'est là qu'il reçut la blessure
    d'un coup de lance très cruel
    et fit jaillir le sang et l'eau
    pour nous laver de nos péchès.

    Arbre dont la beauté rayonne,
    paré de la pourpre du roi,
    d'un bois si beau qu'il fut choisi
    pour toucher ses membres très saints !

    Arbre bienheureux ! À tes branches
    la rançon du monde a pendu !

    Tu devins balance d'un corps
    et ravis leur proie aux enfers !

    Salut, autel ! Salut, victime
    de la glorieuse passion !
    La vie qui supporta la mort,
    par la mort a rendu la vie.

    O croix, salut, espoir unique !
    En ces heures de la passion
    augmente les grâces des saints,
    remets les fautes des pécheurs.

    Trinité, source salutaire,
    que te célèbre tout esprit ;
    ceux que tu sauves par la croix,
    protège-les à tout jamais.

  • Dimanche des Rameaux

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    Giotto._Christ_Entering_Jerusalem._1304-1306._Fresco._Capella_degli_Scrovegni_Padua_Italy._jpeg.jpgSix jours avant la Pâque juive, Jésus retourne à Jérusalem. La foule a tapissé le sol de Rameaux verts pour acclamer Jésus lors de son entrée dans la ville.

    C’est en mémoire de ce jour que les catholiques portent des rameaux (de buis, oliviers, lauriers ou palmiers, selon les régions). Ces rameaux, une fois bénis, sont tenus en main par les fidèles qui se mettent en marche, en procession : marche vers Pâques du peuple de Dieu à la suite du Christ.

    Le dimanche qui précède la fête de Pâques, appelé « dimanche des Rameaux et de la Passion », l’Église célèbre solennellement, avant la messe, l’entrée messianique du Seigneur à Jérusalem, telle que les quatre évangiles la rapportent : « La foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem ; ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Jn 12, 12-13).

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  • Prière pour les Rameaux : « Je t’accueille Seigneur »

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    Un ami nous partage cette prière en forme de poème, publiée par Ronald Barakat sur le site « aleteia » :  

    "J’accueille ton sourire en attendant ta Croix."

    Rameaux07.jpg 

    Je  t’accueille, Seigneur,

    Aux portes de ma ville,

    Toi le Libérateur

    De mon âme servile ;

     

    Je t’accueille en cette heure

    Comme étant plus qu’un roi ;

    Et ton regard m’effleure,

    Et mon amour s’accroît.

     

    Du haut de ta monture

    Tu pénètres mon cœur ;

    Tu guéris sa blessure

    D’un rayon enchanteur ;

     

    Je t’accueille, ô Seigneur,

    Mais c’est toi qui m’accueilles :

    Mes fleurons de douleur

    Un à un tu les cueilles.

     

    Dominant les rameaux,

    Et d’un geste humble et calme,

    Tu balayes nos maux

    Avec les mêmes palmes.

     

    Emporté par la foule

    Tu caresses chacun,

    Et tu tances la houle

    Qui gronde en quelques-uns.

     

    Ton Alliance m’entraîne

    Durant la procession

    Où tu sèmes les graines

    Vives, de ta Passion.

     

    Je te suis et m’enivre

    Des pluies de buis béni

    Par ta main qui fait vivre,

    Et vivre à l’infini ;

     

    Par ta main qui m’asperge

    De tes Eaux, de tes Mots,

    Qui rend mon âme vierge,

    Portée sur tes Rameaux.

     

    Je t’accueille, Seigneur,

    D’un élan extatique ;

    À travers les clameurs

    Je reçois ta Musique ;

     

    J’accueille ton sourire

    En attendant ta Croix

    Qui me fait déjà dire

    Et redire : Je crois !

    JPSC

  • Gloria, laus et honor tibi sit, Rex Christe, Redemptor

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    L'hymne Gloria, laus ou « Gloria, laus et honor tibi » (en français : À toi gloire, louange et honneur) était traditionnellement attribuée, avec le titre d'un chant de procession, à l'évêque Théodulfe d'Orléans (mort vers 820), lorsqu'il était détenu à l'abbaye Saint-Aubin d'Angers vers 810-815. Ce chant est toujours en vigueur aujourd'hui pour la procession du dimanche des Rameaux dans l'Église catholique.

    R/ Gloria, laus et honor tibi sit, Rex Christe, Redemptor,
    Cui puerile decus prompsit Hosanna pium.
    Gloire, louange et honneur à Toi, Christ Roi Sauveur.
    Pour toi le cortège des enfants chanta "Hosanna !"

    1.- Israel es tu rex, Davidis et inclyta proles,
    Nomine qui in Domini, rex benedicte, venis.
    Tu es le roi d'Israël, tu es le glorieux rejeton de David,
    roi béni qui viens au nom du Seigneur.

    2.- Cœtus in excelsis te laudat cælicus omnis,
    et mortalis homo, et cuncta creata simul.
    Le chœur céleste en entier te loue au plus haut des cieux ;
    à lui se joint l'homme mortel et toute la création.

    3.- Plebs Hebræa tibi cum palmis obvia venit ;
    Cum prece, voto, hymnis, adsumus ecce tibi.
    Le peuple hébreu vint au devant de toi avec des palmes,
    avec nos prières, nos vœux et nos hymnes, nous voici devant toi.

    4.- Hi tibi passuro solvebant munia laudis ;
    nos tibi regnanti pangimus ecce melos.
    Ceux-ci te payaient leur tribut de louanges, alors que tu allais souffrir ;
    Et nous, voici que nous te célébrons par nos chants, maintenant que tu règnes.

    5.- Hi placuere tibi, placeat devotio nostra ;
    rex bone, rex clemens, cui bona cuncta placent.
    Ils ont su te plaire, que te plaise aussi notre dévotion :
    bon Roi, doux Roi, à qui plaît tout ce qui est bon.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Gloria,_laus_et_honor

  • Rameaux : aller en pèlerinage avec le Seigneur vers le haut (Benoît XVI)

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    CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX
    ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR 

    HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

    Place Saint-Pierre
    XXVIe Journée Mondiale de la Jeunesse
    Dimanche 17 avril 2011

    Chers frères et sœurs,
    Chers jeunes!

    Chaque année, le dimanche des Rameaux, nous sommes à nouveau émus de gravir avec Jésus le mont vers le sanctuaire, et de l’accompagner tout au long de ce chemin vers le haut. En ce jour, sur toute la face de la terre et à travers tous les siècles, jeunes et personnes de tout âge l’acclament en criant: «Hosanna au fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!»

    Mais que faisons-nous vraiment lorsque nous nous insérons dans une telle procession – parmi la foule de ceux qui montaient avec Jésus à Jérusalem et l’acclamaient comme roi d’Israël? Est-ce quelque chose de plus qu’une cérémonie, qu’une belle coutume? Cela a-t-il quelque chose à voir avec la véritable réalité de notre vie, de notre monde? Pour trouver la réponse, nous devons avant tout clarifier ce que Jésus lui-même a, en réalité, voulu et fait. Après la profession de foi, que Pierre avait faite à Césarée de Philippe, à l’extrême nord de la Terre Sainte, Jésus s’était mis en route, en pèlerin, vers Jérusalem pour les fêtes de la Pâque. Il est en chemin vers le Temple dans la Cité Sainte, vers ce lieu qui, pour Israël, garantissait de façon particulière la proximité de Dieu à l’égard de son peuple. Il est en chemin vers la fête commune de la Pâque, mémorial de la libération d’Égypte et signe de l’espérance dans la libération définitive. Il sait qu’une nouvelle Pâque l’attend et qu’il prendra lui-même la place des agneaux immolés, s’offrant lui-même sur la Croix. Il sait que, dans les dons mystérieux du pain et du vin, il se donnera pour toujours aux siens, il leur ouvrira la porte vers une nouvelle voie de libération, vers la communion avec le Dieu vivant. Il est en chemin vers la hauteur de la Croix, vers le moment de l’amour qui se donne. Le terme ultime de son pèlerinage est la hauteur de Dieu lui-même, à laquelle il veut élever l’être humain.

    Notre procession d’aujourd’hui veut donc être l’image de quelque chose de plus profond, l’image du fait qu’avec Jésus, nous nous mettons en route pour le pèlerinage: par la voie haute vers le Dieu vivant. C’est de cette montée dont il s’agit. C’est le chemin auquel Jésus nous invite. Mais comment pouvons-nous maintenir l’allure dans cette montée? Ne dépasse-t-elle pas nos forces? Oui, elle est au-dessus de nos propres possibilités. Depuis toujours, les hommes ont été remplis – et aujourd’hui ils le sont plus que jamais – du désir d’"être comme Dieu", d’atteindre eux-mêmes la hauteur de Dieu. Dans toutes les inventions de l’esprit humain, on cherche, en fin de compte, à obtenir des ailes pour pouvoir s’élever à la hauteur de l’Être, pour devenir indépendants, totalement libres, comme Dieu l’est. Nombreuses sont les choses que l’humanité a pu réaliser: nous sommes capables de voler. Nous pouvons nous voir, nous écouter et nous parler d’un bout à l’autre du monde. Toutefois, la force de gravité qui nous tire vers le bas est puissante. Avec nos capacités, ce n’est pas seulement le bien qui a grandi. Les possibilités du mal ont aussi augmenté et se présentent comme des tempêtes menaçantes au dessus de l’histoire. Nos limites aussi sont restées: il suffit de penser aux catastrophes qui, ces derniers mois, ont affligé et continuent d’affliger l’humanité.

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  • Jésus est le Fils de Dieu

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    L'homélie de l'abbé Christophe Cossement pour le dimanche des Rameaux (archive 13 avril 2014):

    Pour expliquer la mise à mort de Jésus beaucoup avancent une raison politique ou sociale: les puissants n’auraient pas supporté la menace que la prédication et l’attitude de Jésus faisaient peser sur leur pouvoir ou sur l’ordre social. Il y a sûrement un peu de cela, mais cette explication ne remonte pas à la racine du problème qu’était Jésus pour ses adversaires. Si Jésus a été crucifié, c’est qu’il est le Fils de Dieu, qu’il a agi en Fils de Dieu et que l’humanité ne l’a pas supporté. Le désordre social que Jésus apportait ne reposait pas sur des revendications, mais sur la place qu’il faisait au pauvre et au pécheur, leur manifestant que Dieu venait vers eux, qu’ils comptaient pour lui et qu’il les appelait tandis que tant d’autres voulaient les ignorer. Cette place nouvelle ne leur était pas donnée simplement par un homme sympathique et altruiste, elle leur était offerte par Celui que le Père a envoyé du monde de Dieu dans le monde des hommes.

    Jésus est le Fils de Dieu. C’est ce qui a causé son rejet, et c’est une identité que nous les chrétiens avons à notre tour tendance à relativiser dans un vain effort de présenter un Christ acceptable par tous. Être le Fils de Dieu n’est pas pour Jésus une identité exotique et indéfinissable, une bizarrerie chrétienne un peu périmée que nous tiendrions surtout de saint Paul qui aurait forcé les traits des évangiles dans son sens un peu dogmatique. Jésus est le Fils de Dieu, cela veut dire qu’il nous révèle le Père sans voile, sans déformation, sans hésitation. Par lui Dieu, le créateur de l’immense univers, visite les hommes, les relève, leur ouvre un avenir et la vie éternelle par la communion à son cœur. Nous ne pouvons pas taire cela.

    Il nous est donné de côtoyer le Christ, de le connaître, de l’aimer, de le suivre. Avec lui nous rencontrons celui par qui tout est. Lorsque nous le tenons dans nos mains, nous portons le trésor le plus grand de la terre. Il n’y a pas de mot pour dire la puissance de vie qui est en lui. Le rejeter, ce n’est pas ignorer un bonheur facultatif ou superflu, mais c’est perdre la source et préférer les ténèbres à la lumière.

    En cette semaine sainte, vivons intensément aux côtés de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, accueillons son amitié et allons comme lui à la rencontre des pauvres de ce monde, des pauvres matériellement, affectivement et spirituellement. Ils doivent connaître la vie de Dieu, nul ne peut les en priver.

  • "Le signe de Jésus : donner la vie"; l'homélie du pape Léon XIV lors de son voyage à Monaco

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    EN PRINCIPAUTÉ DE MONACO

    MESSE

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Stade Louis II
    Samedi 28 mars 2026

    ______________________________

    Chers frères et sœurs,

    l’Évangile que nous venons d’entendre (cf. Jn 11, 45-57) rapporte une décision cruelle à l’égard de Jésus. Il nous raconte le jour où les membres du Sanhédrin « décidèrent de le tuer » (v. 53). Pourquoi cela lui arrive-t-il ? Parce qu’il a ressuscité Lazare d’entre les morts ; parce qu’il a redonné la vie à son ami, après avoir pleuré devant sa tombe en s’unissant à la douleur de Marthe et de Marie. C’est précisément Jésus, venu dans le monde pour nous libérer de la condamnation de la mort, qui est condamné à mort. Il ne s’agit pas d’une fatalité, mais d’une volonté précise et mûrement réfléchie.

    Le verdict de Caïphe et du Sanhédrin résulte d’un calcul politique fondé sur la peur : si Jésus continue à donner de l’espérance, transformant la souffrance du peuple en joie, « les Romains viendront » et ravageront le pays (cf. v. 48). Au lieu de reconnaître en ce Nazaréen le Messie, c’est-à-dire le Christ tant attendu, les chefs religieux voient en Lui une menace. Leur regard est faussé, au point que ce sont précisément les docteurs de la Loi qui la transgressent. Oubliant la promesse de Dieu à son peuple, ils veulent tuer l’innocent, car derrière leur peur se trouve l’attachement au pouvoir. Mais, si les hommes oublient la Loi qui commande de ne pas tuer, Dieu n’oublie pas la promesse qui prépare le monde au salut. Sa providence fait de ce verdict meurtrier le moyen de manifester un dessein d’amour suprême : malgré sa méchanceté, Caïphe « a prophétisé que Jésus allait mourir pour la nation » (v. 51).

    Nous assistons ainsi à deux mouvements opposés : d’une part, la révélation de Dieu, qui montre son visage de Seigneur tout-puissant et sauveur ; d’autre part, l’action occulte d’autorités puissantes, prêtes à tuer sans scrupule. N’est-ce pas ce qui se passe aujourd’hui ? À leur point de rencontre il y a le signe de Jésus : donner la vie. C’est un signe qui trouve en Lazare ressuscité son anticipation, la prophétie la plus proche de ce qui arrivera au Christ dans sa passion, sa mort et sa résurrection. En cette Pâque, le Fils mènera à son accomplissement l’œuvre du Père par la puissance de l’Esprit Saint. De même qu’au commencement des temps Dieu donna la vie à l’être à partir du néant, de même, à la plénitude des temps, Il rachètera toute vie de la mort qui ruine la création.

    La joie de la foi et la force de notre témoignage découlent de cette rédemption, en tout lieu et en tout temps. L’histoire de Jésus résume en effet le destin de chacun de nous, à commencer par les plus petits et les opprimés. Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ; combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer ! Cependant face à l’insistance du mal la justice éternelle de Dieu se dresse, qui sans cesse nous délivre de nos tombeaux, comme pour Lazare, et nous donne une vie nouvelle. Le Seigneur libère de la souffrance en suscitant l’espérance. Il convertit la dureté du cœur en transformant le pouvoir en service, en manifestant le véritable nom de sa toute-puissance : miséricorde. C’est la miséricorde qui sauve le monde : elle prend soin de chaque existence humaine, depuis son apparition dans le sein maternel jusqu’au moment où elle se flétrit, et dans toute ses fragilités. Comme l’a enseigné le Pape François, la culture de la miséricorde repousse la culture du rejet.

    La voix des prophètes, que nous venons d’entendre, témoigne de la manière dont Dieu accomplit son dessein de salut. Dans la première lecture, Ézéchiel annonce que l’œuvre divine commence par une libération (Ez 37,23) et s’accomplit par la sanctification du peuple (cf. v. 28) : un chemin de conversion, comme celui dont nous faisons l’expérience en Carême. Il ne s’agit pas d’une initiative privée ou individuelle, mais d’une initiative qui nous engage tous, qui transforme nos relations avec Dieu et avec notre prochain.

    La libération prend avant tout la forme d’une purification des « idoles immondes » (v. 23). Que sont-elles ? Par ce terme, le prophète désigne toutes ces choses qui asservissent le cœur, qui l’achètent et le corrompent. Le mot idole signifie “petite idée”, c’est-à-dire une vision réduite qui diminue non seulement la gloire du Tout-Puissant, en le transformant en objet, mais aussi l’esprit de l’homme. Les idolâtres sont des personnes à la vue courte : ils regardent ce qui captive leur yeux en les aveuglant. Les grandes et bonnes choses de cette terre se changent en idoles qui deviennent des servitudes, non pas pour ceux qui en sont privés, mais pour ceux qui s’en repaissent, laissant le prochain dans la misère et la tristesse. L’affranchissement des idoles libére d’un pouvoir qui se fait domination, de la richesse qui devient convoitise, de la beauté qui porte à vanité.

    Dieu ne nous abandonne pas dans ces tentations. Il vient au secours de l’homme, faible et triste, qui croit que les idoles du monde lui sauveront la vie. Comme l’enseigne saint Augustin, « l’homme se libère de leur emprise lorsqu’il croit en Celui qui, pour le relever, a donné un exemple d’humilité » (De civitate Dei, VII, 33). Cet exemple, c’est la vie même de Jésus, Dieu fait homme pour notre salut. Au lieu de nous punir, Il détruit le mal par son amour, accomplissant ainsi une promesse solennelle : « Je les purifierai. Alors ils seront mon peuple et moi Je serai leur Dieu » (Ez 37, 23). Le Seigneur change l’histoire du monde en nous appelant de l’idolâtrie à la vraie foi, de la mort à la vie.

    C’est pourquoi, chers frères et sœurs, face aux nombreuses injustices qui blessent les peuples, et face à la guerre qui déchire les nations, la voix du prophète Jérémie s’élève sans cesse, proclamée aujourd’hui dans le psaume : « Je change leur deuil en joie, les réjouis, les console après leur peine » (Jr 31, 13). La purification de l’idolâtrie, qui rend les hommes esclaves d’autres hommes, s’accomplit par une sanctification, un don de grâce faisant des hommes des enfants de Dieu, des frères et des sœurs. Ce don éclaire notre présent car les guerres qui l’ensanglantent sont le fruit de l’idolâtrie du pouvoir et de l’argent. Chaque vie brisée est une blessure infligée au Corps du Christ. Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! La paix n’est pas un simple équilibre des forces, elle est l’œuvre de cœurs purifiés, l’œuvre de ceux qui voient dans l’autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre.

    L’Église à Monaco est appelée à témoigner en vivant dans la paix et la bénédiction de Dieu : alors, bien-aimés, rendez heureux beaucoup de personnes par votre foi en manifestant la joie authentique, celle qui ne se gagne pas par un pari, mais qui se partage par la charité. La source de cette joie est l’amour de Dieu : amour pour la vie naissante et indigente, à accueillir et à soigner sans cesse ; amour pour la vie jeune et âgée, à encourager dans les épreuves de chaque âge ; amour pour la vie, en bonne santé comme malade, parfois solitaire, qui a toujours besoin d’être accompagnée avec attention. Que la Vierge Marie, votre patronne, vous aide à être un lieu d’accueil, de dignité pour les petits et les pauvres, de développement intégral et inclusif.    

    Au cours de ce long Carême du monde, alors même que le mal fait rage et que l’idolâtrie rend les cœurs indifférents, le Seigneur prépare sa Pâque. Le signe de cet événement, c’est l’homme : c’est Lazare, appelé hors du tombeau ; c’est nous, pécheurs pardonnés ; c’est le Crucifié ressuscité, auteur du salut. Il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6) qui soutient notre pèlerinage et la mission de l’Église dans le monde : donner la vie de Dieu. Une tâche sublime et impossible sans donner notre vie au prochain. Une tâche passionnante et féconde, lorsque l’Évangile éclaire nos pas.

  • Quels sont les différents degrés d'autorité du magistère ?

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    De Matthieu Lavagna sur le site de La Nef :

    Les degrés d’autorité du magistère

    Beaucoup de catholiques n’ont pas une idée précise de ce que sont les différents degrés d’autorité du magistère dans l’Église. À l’heure où beaucoup le contestent, aussi bien du côté du chemin synodal allemand que de la Fraternité Saint-Pie X, il est utile de préciser quels sont ces degrés et l’adhésion que réclame le magistère.

    Aujourd’hui, certains catholiques se trouvent parfois déconcertés et insuffisamment informés au sujet du magistère de l’Église et de ses degrés d’autorité. Ils s’interrogent notamment sur l’attitude que le fidèle doit adopter à son égard : quels en sont les différents degrés d’autorité ? Dans quels cas l’infaillibilité s’exerce-t-elle ? Est-il légitime de rejeter un enseignement du magistère qui n’est pas infaillible ? C’est à ces questions essentielles que nous nous proposons de répondre dans cet article.[1]

    Degrés d’autorité du magistère suprême

    Dans le magistère suprême, on distingue trois degrés d’autorité :

    Niveau 1 : Engagement absolu, avec pleine assistance divine et donc infaillibilité.
    Niveau 2 : Engagement avec autorité, mais partielle, jouissant d’une assistance divine non absolue ni infaillible. On parle alors de magistère « simplement authentique »
    Niveau 3 : Engagement seulement pédagogique, non autoritaire. 

    * Les enseignements du niveau 1 concernent les vérités présentées comme révélées formellement de Dieu ou comme nécessairement connexes à ces vérités formellement révélées. Ils nécessitent un assentiment de Foi. Cet assentiment est certain et irrévocable. L’erreur est impossible même si la formulation peut être améliorée.

    * Les enseignements du niveau 2 ne se présentent pas comme formellement révélés de Dieu mais nécessitent l’assentiment et de la volonté et de l’intelligence (Donum veritatis 23 ; LG 25 ; Note doctrinale CDF 29 juin 1998). Il s’agit là d’un jugement probable qui ne relève pas formellement de la Foi. L’erreur est improbable (mais non impossible).

    * Le niveau 3 nécessite seulement une attention docile, sans que l’adhésion ne s’impose. En effet ce niveau fait souvent usage d’illustrations, images, exemples, argumentations, etc., il ne met pas proprement en œuvre l’assistance divine. Il exerce seulement son rôle pédagogique. C’est pourquoi, à ce niveau, le magistère authentique ne parle pas de façon autoritaire.

    L’engagement du magistère varie dans un même document. Il est donc tout à fait inapproprié de demander si « cette encyclique », ou « ce concile » est infaillible : une réponse générale est impossible. Il faut analyser chaque partie du document et déterminer ce qui relève du niveau 1, 2 ou 3 et distinguer ce qui relève de la discipline ou de la pastorale et ce qui relève d’un réel enseignement doctrinal. Il faut aussi distinguer ce qui est directement visé et ce qui est utilisé à titre d’illustration, d’argumentation ou de commentaire. Seul ce qui est directement visé relève de l’autorité magistérielle à proprement parler. Pour le reste, les propos du magistère ne requièrent pas l’adhésion mais une simple docilité ou « prise en compte respectueuse ».

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  • Le Vatican publie un nouveau document sur les ordinariats anglicans

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    Le Vatican publie un nouveau document sur les ordinariats anglicans

    26 mars 2026

    Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié un nouveau document sur le patrimoine de l'Ordinariat anglican au sein de l'Église catholique, signé d'une approbation à Rome.

    Le texte, intitulé Caractéristiques de l'héritage anglican tel qu'il a été dans vécu les ordinariats établis en vertu de la Constitution apostolique Anglicanorum Coetibus , fait suite aux discussions tenues au dicastère du 1er au 3 mars.

    Le contexte immédiat est important. Le 2 mars, le pape a reçu en audience Mgr David Waller et Mgr Steven Joseph Lopes, en présence du cardinal Fernández. Cette rencontre faisait suite à une réunion privée des évêques de l'Ordinariat, convoquée par le cardinal Victor Manuel Fernández, au cours de laquelle il leur avait été demandé d'expliquer concrètement comment le patrimoine anglican se vit au sein de la communion catholique.

    Le document qui en résulte moins d'une analyse théorique que d'une synthèse de cette expérience vécue. Il affirme que, malgré la vaste dispersion géographique des Ordinariats, « une identité commune fondamentale se manifeste bel et bien au sein des communautés ordinariatiennes, où qu'elles se trouvent ». Cette, poursuit-il, s'enracine dans « un cheminement commun à la suite du Christ identité qui les a conduites à la pleine communion avec l'Église catholique ». De plus, il est déclaré qu'il s'agit d'un « précieux patrimoine de piété et de coutumes » et il réaffirme son statut de « don précieux […] et de trésor à partager ».

    Ce qui ressort le plus clairement, c'est une volonté de situer les Ordinariats comme une expression particulière d'un principe ecclésiologique plus large. Le document s'appuie sur les remarques du cardinal Fernández lors de l'ordination épiscopale de Mgr Waller, citant son observation selon laquelle « l'existence de l'Ordinariat […] reflète une réalité profonde et belle concernant la nature de l'Église et l'inculturation de l'Évangile, en tant que riche héritage anglais ». Il poursuit par une affirmation plus développée : « Car l'Église est une, et l'Évangile est un, mais dans le processus d'inculturation, l'Évangile s'exprime dans une variété de cultures. De cette manière, l'Église acquiert un nouveau visage. » L'implication est claire. Les Ordinariats ne sont pas simplement présentés comme une disposition pastorale pour les anciens anglicans, mais comme un cas d'école illustrant comment l'unité et la diversité peuvent coexister au sein du catholicisme.

    Cette insistance est encore renforcée lorsque le document affirme que, dans le cas des Ordinariats, « la foi catholique s’inculture parmi ceux qui ont fait l’expérience de l’Évangile dans le contexte de la Communion anglicane ». Il ajoute, dans une phrase qui sera sans doute largement citée, que « lorsqu’ils sont entrés en pleine communion avec l’Église catholique, celle-ci s’est enrichie ». Un tel langage est conforme à la vision initialement exposée dans Anglicanorum Coetibus sous le pontificat de Benoît XVI, mais sa répétition aujourd’hui, et sous cette forme, suggère une volonté délibérée de réaffirmer cette vision à un moment où des questions relatives à l’identité et à la mission des Ordinariats ont régulièrement refait surface.

    Le document s’articule autour d’une série de caractéristiques identifiées par les évêques eux-mêmes. La première est décrite comme un « ethos ecclésial » particulier, marqué par « la large participation du clergé et des laïcs à la vie et à la gouvernance de l’Église ». Il ne s’agit pas d’une rupture avec les normes catholiques, mais d’une expression particulière de celles-ci, façonnée par l’expérience de la vie ecclésiale anglicane et désormais intégrée aux structures catholiques. L’accent mis sur la consultation et la collaboration s’accompagne d’une insistance sur la continuité, le texte soulignant un « sens vivant de la tradition qui cherche à rester fidèle à l’héritage reçu tout en reconnaissant la place du développement organique ».

    Un second thème, récurrent tout au long du document, est le rôle de la beauté dans l'évangélisation. Il est affirmé que la beauté est valorisée « non comme une fin en soi, mais dans la mesure où elle a le pouvoir de nous conduire à Dieu », ajoutant qu'elle possède donc « un pouvoir d'évangélisation intrinsèque ». Ceci s'applique directement à la liturgie, à la musique et à l'art, décrits à la fois comme expressions du culte et instruments de mission. Ce langage reflète une sensibilité anglo-catholique traditionnelle, mais son inclusion ici indique que ces sensibilités sont formellement reconnues comme faisant partie intégrante de l'arsenal missionnaire de l'Église.

    Les évêques soulignent également leur engagement à aller directement à la rencontre des pauvres, en le reliant explicitement à une théologie de l'incarnation. Le document note que dans les Ordinariats, « la beauté du culte et la sainteté de la vie se manifestent dans les réalités concrètes du voisinage », et cite l'exemple de John Henry Newman, rappelant que ceux qui s'étaient rassemblés à ses funérailles l'étaient « non seulement en raison de son érudition, mais aussi parce qu'il était le prêtre qui les avait servis dans le besoin ». L'idée principale est que le patrimoine ne se limite pas à l'esthétique liturgique, mais s'étend à la pratique pastorale.

    Étroitement liée à ce constat, la description d'une culture pastorale particulière, façonnée par un rythme liturgique que les évêques qualifient de « quasi monastique », en est un élément central. Au cœur de cette culture se trouve la prière communautaire de l'Office divin, comprise comme « la prière de tout le Peuple de Dieu ». Le document suggère que ce rythme de prière partagé a des conséquences concrètes sur la vie paroissiale, influençant la manière dont les communautés se forment et se perpétuent.

    La famille occupe une place prépondérante. Les évêques parlent du foyer comme d’« Église domestique » et soulignent le rôle primordial des parents dans l’éducation à la foi. La référence à Walsingham comme « Nazareth de l’Angleterre » n’est pas fortuite ; elle situe les Ordinariats dans un contexte spirituel spécifiquement anglais, tout en s’appuyant sur la symbolique universelle de Nazareth comme « école de l’Évangile ». L’idée sous-jacente est que la transmission de la foi est indissociable de la vie familiale et que les Ordinariats ont un rôle particulier à jouer à cet égard.

    Le document souligne également une forte tradition de prédication enracinée dans l’Écriture et éclairée par les Pères de l’Église. Il affirme que « nourrir intellectuellement les personnes fait partie intégrante de la nourriture de leur âme » et relie cela à la notion de beauté, en soutenant que la proclamation de la Parole et la célébration de la liturgie sont « deux dimensions d’une même rencontre ». Cette intégration de la vie intellectuelle et liturgique est présentée comme un autre attribut essentiel du patrimoine.

    Enfin, l’accent est mis sur l’accompagnement spirituel et le sacrement de pénitence, les évêques décrivant une approche qui privilégie « le temps consacré à chaque personne et l’accompagnement dans sa rencontre avec le Christ Bon Pasteur ». Là encore, l’accent est mis sur la pastorale personnalisée plutôt que sur des spécificités structurelles.

    Pris ensemble, ces éléments s’inscrivent dans une affirmation théologique plus large. Le document conclut qu’« on voit combien le mystère de l’Incarnation est central au patrimoine conservé dans les Ordinariats », reliant ainsi à cette source unique des thèmes tels que la dignité, la beauté, la liturgie et la sollicitude envers les pauvres. Il ajoute que ce patrimoine « est une réalité vivante, tournée vers l’avenir dans la transmission de la foi aux générations futures ».

    Dans une déclaration au Catholic Herald , Mgr David Waller a indiqué : « Ce document est issu d’une rencontre entre les évêques de l’Ordinariat et les supérieurs du Dicastère pour la Doctrine de la Foi. Ces derniers ont longuement écouté les exposés sur la vie des Ordinariats dans leurs contextes locaux respectifs et, en particulier, sur les spécificités du patrimoine anglican et leur contribution à la transmission de la Foi. Ce document, à l’initiative du cardinal Victor Manuel Fernández, témoigne de la compréhension et de l’engagement du Saint-Siège envers le témoignage permanent des Ordinariats en tant qu’Églises particulières au sein de l’Église catholique. »

  • Comment les catholiques doivent-ils réagir à la nomination de Dame Sarah Mullally comme archevêque de Canterbury ?

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    De James Bradley sur le Pillar :

    Et après ? L'œcuménisme anglican-catholique, passé et avenir

    Comment les catholiques doivent-ils réagir à la nomination de Dame Sarah Mullally comme archevêque de Canterbury ?

    Dame Sarah Mullally est intronisée archevêque de Canterbury. Crédit : Église d’Angleterre.

    Pour comprendre dans quelle mesure cette évolution modifie la qualité des relations entre la Communion anglicane et l'Église catholique — et donc comment nous devons réagir —, il nous faut remonter près de 20 ans en arrière, aux débats entourant l'ordination des femmes comme évêques dans l'Église d'Angleterre.

    Alors que l'Église épiscopale des États-Unis a commencé à nommer des femmes évêques en 1989, l'Église d'Angleterre — toujours considérée aujourd'hui comme l'« Église mère » des anglicans du monde entier — a abordé la question avec beaucoup plus de prudence.

    Le Synode général, instance dirigeante de l'Église d'Angleterre, a finalement ouvert la voie à l'ordination des femmes en 1992. Mais ce n'est qu'en 2008 qu'il a autorisé leur nomination comme évêques. Ce vote – auquel j'assistais – fut parmi les plus traumatisants de l'histoire moderne de l'anglicanisme, notamment en raison de la fermeté avec laquelle il a également supprimé tout mécanisme permettant aux anglicans qui, en conscience, ne pouvaient accepter ces changements (à savoir, la présence d'« évêques itinérants »).

    Le feuilleton qui a suivi cette affaire s'est en réalité poursuivi pendant plusieurs années, une seconde proposition visant à enfin mettre en œuvre le changement étant rejetée de justesse par une poignée de voix seulement en 2012. Il a fallu encore deux ans avant que la situation ne se calme suffisamment pour que le synode adopte une loi, qui a conduit en décembre 2014 à la nomination de Libby Lane comme première femme évêque de l'Église d'Angleterre.

    Durant la période précédant ces événements, l'Église catholique était représentée dans ses principales relations œcuméniques par le cardinal Walter Kasper, alors président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens.

    Dès 2006, le cardinal Kasper avait mis en garde le Synode général de l'Église d'Angleterre contre la poursuite de l'ordination des femmes comme évêques, signalant qu'une telle décision perturberait non seulement le dialogue œcuménique qui avait porté tant de fruits depuis les années 1960, mais compromettrait définitivement la possibilité d'une réconciliation future.

    Environ tous les dix ans, les évêques anglicans du monde entier se réunissent à Canterbury pour une conférence connue sous le nom de Conférence de Lambeth. Il se trouve que 2008, année du premier vote synodal, coïncidait avec l'une de ces conférences, et, en tant que partenaire œcuménique important, le cardinal Kasper fut invité à s'adresser aux quelque 650 évêques anglicans présents.

    Dans son discours, il a longuement souligné les progrès accomplis dans les relations entre les anglicans et l'Église catholique depuis le concile Vatican II. Le décret conjonctif sur l'œcuménisme, Unitatis redintegratio, reconnaissait une place particulière à l'anglicanisme parmi les communautés issues de la Réforme, en raison de certaines traditions et institutions qui, pour une partie, subsistaient.

    Depuis lors, comme l'a souligné le cardinal Kasper, plusieurs dialogues œcuméniques officiels ont vu le jour — des instances stables de dialogue entre l'Église catholique et la Communion anglicane sur les points communs et les divergences — qui ont produit des textes visant à promouvoir une meilleure compréhension et une plus grande harmonie.

    Il y avait également eu de nombreuses rencontres œcuméniques, notamment la rencontre entre le pape Paul VI et l'archevêque de Canterbury, le Dr Michael Ramsey, en 1966, et la visite du pape Jean-Paul II en Angleterre en 1982, qui ont établi des relations personnelles entre des personnalités clés, le tout dans la perspective de trouver un terrain d'entente.

    Abordant plus directement la question de l'ordination des femmes comme évêques, le cardinal Kasper a fait remarquer : « Cette décision d'ordonner des femmes implique un éloignement de la position commune de toutes les Églises du premier millénaire, c'est-à-dire non seulement l'Église catholique, mais aussi les Églises orthodoxes orientales et les Églises orthodoxes. Nous verrions la Communion anglicane se rapprocher considérablement des Églises protestantes du XVIe siècle, et adopter une position qu'elles n'ont adoptée que durant la seconde moitié du XXe siècle. »

    Autrement dit, avec l’ordination des femmes comme évêques, la « tension » historique inhérente à l’anglicanisme — produit de la Réforme protestante mais conservant certains éléments catholiques — serait (d’un point de vue catholique) définitivement résolue d’une manière qui adopterait une approche plus clairement protestante de la vie ecclésiale.

    Dans la mesure où le dialogue entre anglicans et catholiques s'était jusqu'alors appuyé sur cette ambiguïté, dans l'espoir qu'elle puisse être résolue en faveur de l'enseignement catholique, un tel dialogue cesserait d'être un moyen réaliste pour la réunion visible des anglicans et des catholiques.

    Le cardinal Kasper a exprimé ce point sans ambiguïté : « Bien que notre dialogue ait abouti à un accord significatif sur la conception du ministère, l’ordination des femmes à l’épiscopat bloque de fait et définitivement toute reconnaissance possible des ordres anglicans par l’Église catholique. »

    Ainsi, depuis que l'Église d'Angleterre a ordonné des femmes évêques en 2008, la possibilité d'une véritable réunification institutionnelle entre anglicans et catholiques est devenue impossible. Certes, dans la bonté divine, rien n'est véritablement impossible, mais concrètement, la reconnaissance mutuelle nécessaire des ordres et des sacrements n'a plus de perspective réaliste.

    C’est en partie pour cette raison que le pape Benoît XVI a tendu la main aux anglicans soucieux d’unité, quelque peu délaissés par leur propre Église après 2008, dans sa constitution apostolique Anglicanorum coetibus.

    Cela prévoyait la création d'ordinariats personnels – structures équivalentes à des diocèses – pour assurer la continuité de la vie et du culte des anciens anglicans, désormais pleinement intégrés à l'Église catholique. Aucun d'entre nous, ayant rejoint les ordinariats, n'est devenu catholique du seul fait de l'ordination de femmes comme évêques. Si vous nous interrogez, nous y voyons le symptôme d'un problème d'autorité plus fondamental.

    Mais, signe de la continuité qui existe entre cette évolution et les ordinariats, il est révélateur de constater que plusieurs d'entre nous qui étions présents lors de ce vote synodal en 2008 (dont l'actuel évêque David Waller de l'Ordinariat personnel Notre-Dame de Walsingham) sommes aujourd'hui membres du clergé et laïcs dans les ordinariats.

    Ce passage, représenté par Anglicanorum coetibus , d'un modèle destiné à faciliter la réunion entre Églises à un modèle plus ouvert au dialogue entre Églises et groupes, a également ouvert la possibilité de dialogues œcuméniques parallèles entre l'Église catholique, au niveau local et universel, et d'autres groupes dits « anglicans continuateurs ». Cela inclut les groupes qui ont quitté la Communion anglicane depuis les années 1970 et qui constituent désormais une part importante de ceux qui se réclament de l'ascendance anglicane, au sein d'organismes tels que la Global Fellowship of Confessing Anglicans (GAFCON).

    La tradition anglicane a sans aucun doute beaucoup à offrir à l'Église catholique, notamment dans les pays anglophones. Elle a profondément marqué notre culture et a donné naissance à de nombreux convertis héroïques, de saint Edmund Campion et saint John Henry Newman à sainte Elizabeth Ann Seton et au père Thomas Byles (qui a dirigé les prières lors du naufrage du Titanic).

    Comme pour appuyer ce point, deux jours après l'installation du nouvel archevêque de Canterbury, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi publia un nouveau document intitulé Caractéristiques de l'héritage anglican tel que vécu dans les ordinariats établis en vertu de la Constitution apostolique Anglicanorum Coetibus.

    Cela décrit les différentes manières dont ce riche patrimoine a déjà commencé à être vécu — au cours des quelques années seulement qui ont suivi la création des ordinariats en 2011/12 — par d'anciens anglicans, désormais heureux au sein de la pleine communion de l'Église catholique.

    Nombreux sont les hommes et les femmes de bonne volonté qui continuent de vivre leur foi chrétienne au sein de l'anglicanisme. Certains sont attachés à leur Église d'origine par un profond attachement à l'histoire ; d'autres par devoir envers les paroissiens. Face à cette nouvelle étape du dialogue œcuménique – qui dure depuis une dizaine d'années –, il incombe aux catholiques de se lier d'amitié avec eux, de prier avec ferveur et sincérité pour le retour de tous les chrétiens, et d'adopter une attitude de générosité et d'accueil, afin que (selon les mots immortels de saint John Henry Newman) « on trouve le moyen d'attirer à nous tant de personnes de bonne volonté qui, aujourd'hui, tremblent à nos portes ».

    Si vous voulez mon avis, c'est l'ordinariat.


    Le père James Bradley est prêtre de l'Ordinariat personnel de Notre-Dame de Walsingham et professeur adjoint de droit canonique à l'Université catholique d'Amérique à Washington, D.C.

  • Une jeune femme de 25 ans euthanasiée en Espagne malgré l'opposition de ses parents

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    De National Catholic Register :

    Une jeune femme de 25 ans euthanasiée en Espagne malgré l'opposition de ses parents

    « Cette affaire met en lumière les lacunes de la loi sur l’euthanasie. Elle facilite le suicide sans que la personne concernée ait bénéficié d’un traitement psychiatrique préalable », a déclaré un représentant légal.

    Noélia Castillo Ramos.
    Noélia Castillo Ramos. (photo : Photo de courtoisie / Y AHORA SONSOLES)

    L'euthanasie de Noelia Castillo Ramos, âgée de 25 ans, a eu lieu en Espagne le 26 mars, après qu'elle ait dû faire face à d'immenses difficultés depuis son enfance et après près de deux ans de bataille juridique menée par ses parents pour préserver sa vie.

    Selon la loi espagnole, pour demander l'euthanasie, une personne doit être majeure et être à la fois mentalement capable et pleinement consciente au moment de la demande ; elle doit également posséder la nationalité espagnole ou avoir résidé légalement en Espagne pendant plus de 12 mois et « souffrir d'une maladie grave et incurable ou d'une affection grave, chronique et invalidante, certifiée par le médecin traitant ».

    Le 24 mars, il a été rapporté que la Cour européenne des droits de l'homme avait rejeté les mesures provisoires demandées par la famille de Castillo pour mettre fin à son euthanasie, mettant ainsi un terme à une bataille juridique qui durait depuis près de deux ans.

    Le lendemain, une interview de Castillo a été diffusée sur la chaîne de télévision espagnole Antena 3, dans laquelle elle décrivait son état : « Je n’ai envie de rien faire — ni de sortir, ni de manger, ni de rien du tout… J’ai beaucoup de mal à dormir ; de plus, je souffre de douleurs au dos et aux jambes. »

    « Je me suis toujours sentie seule, car je ne me suis jamais sentie comprise ; personne n’a jamais fait preuve d’empathie à mon égard, et j’ai toujours eu des difficultés dans mes relations interpersonnelles », a-t-elle raconté.

    « Même avant de demander l’euthanasie, je voyais mon monde comme un endroit très sombre ; je voyais une fin très sombre m’attendre. Je n’avais aucun but, aucun objectif — rien du tout — et je n’ai toujours aucun but, aucun objectif », a-t-elle reconnu.

    Défis de la vie

    La vie de Castillo a été jalonnée de nombreuses épreuves. Placée sous la tutelle des services sociaux suite à la séparation de ses parents, elle a été victime de multiples agressions sexuelles.

    Selon Abogados Cristianos (Avocats chrétiens) — l'organisation représentant le père de Castillo dans ses efforts pour empêcher l'euthanasie de sa fille —, à cette époque, la jeune femme avait été officiellement reconnue comme ayant un handicap de 67 % dû à une maladie mentale.

    En octobre 2022, elle a tenté de se suicider en se jetant d'un balcon, subissant des blessures qui l'ont laissée en fauteuil roulant ; cela a porté son taux d'invalidité à 74 % — un fait qui, selon l'organisation Christian Lawyers, « démontre que le problème sous-jacent est psychiatrique ».

    « C’est essentiel : la Cour constitutionnelle elle-même (arrêt STC 94/2023) indique clairement que l’euthanasie ne peut être administrée lorsque la source de souffrance est une maladie mentale et que l’État a l’obligation de protéger ces personnes du risque de suicide », ont souligné les avocats chrétiens à ACI Prensa, le service frère hispanophone d’EWTN News. 

    Bien que des rumeurs aient circulé selon lesquelles elle serait devenue paraplégique, Castillo a elle-même démenti ces allégations : « Je ne suis pas alitée, loin de là ; je me lève. Je prends ma douche toute seule. Comme vous l’avez constaté, je me maquille et je gère mes affaires moi-même », a-t-elle déclaré.

    D'après son propre témoignage, Castillo avait été admise en établissement psychiatrique à au moins deux reprises auparavant et, durant ces séjours, elle avait fait plusieurs tentatives de suicide. Elle est sortie en juin 2023.

    En avril 2024, elle a demandé l'euthanasie conformément à la procédure légale, et celle-ci a été approuvée pour août 2024. Cela a marqué le début d'une bataille juridique menée par son père, soutenu par l'organisation des Avocats chrétiens.

    Au cours de la procédure, ils sont parvenus à faire cesser la procédure et à obtenir la reconnaissance du droit des membres de la famille de s'opposer à la demande d'euthanasie.

    Parallèlement, l'association Christian Lawyers a déposé une plainte pénale contre le médecin et l'avocat qui avaient initialement évalué la demande de Castillo conformément au protocole.

    L’organisation a allégué que, malgré leur accord pour autoriser l’euthanasie, les deux parties « ont feint un désaccord afin de renvoyer la décision à la Commission des garanties et de l’évaluation, forçant ainsi un niveau d’assurance supposément plus élevé dans le processus décisionnel » — un point relevé par la Cour suprême dans un arrêt.

    En septembre 2025, Christian Lawyers a également déposé une plainte contre sept membres de la commission des garanties pour conflit d'intérêts ainsi que contre l'ancien ministre catalan de la santé, Josep María Argimón, pour les avoir nommés.

    Par la suite, en janvier de cette année, la Cour suprême a confirmé la demande d'euthanasie — une décision qui a fait l'objet d'un appel devant la Cour constitutionnelle, laquelle a rejeté l'appel en février.

    L’organisation Christian Lawyers a également porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme, qui a rejeté la demande de mesures provisoires sans se prononcer sur le fond de l’affaire le 24 mars.

    Suite à cela, il a été annoncé que l'euthanasie aurait lieu le 26 mars à 18h, heure locale. L'intervention dure environ 15 minutes et implique l'utilisation de trois produits chimiques. Conformément à la volonté de Castillo, ses parents n'ont pas été autorisés à y assister.

    « Cette affaire met en lumière l’échec de la loi sur l’euthanasie. »

    Selon Christian Lawyers, « cette affaire met en lumière les lacunes de la loi sur l'euthanasie. Elle facilite le suicide sans que la personne concernée ait bénéficié d'un traitement psychiatrique préalable. »

    Par conséquent, l’organisation juridique a souligné qu’« il est impératif d’établir des protocoles imposant une tentative de traitement psychologique et psychiatrique avant d’autoriser l’euthanasie. Sans traitement, il n’y a pas de libre choix ; il y a abandon. »

    Enfin, ils tiennent les autorités sanitaires du gouvernement régional catalan pour responsables : « Avant de proposer la mort, elles doivent s’assurer d’avoir offert toutes les alternatives de vie. En cas de maladie mentale, elles devraient investir dans les traitements psychiatriques les plus avancés et dans la réadaptation. »

    Lire aussi : Scandale de l'euthanasie en Espagne : Noelia Castillo Ramos s'est-elle vu refuser le droit de retirer sa demande ?

    et aussi : « Barbare » – Les évêques espagnols condamnent l’euthanasie de Noelia Castillo

  • Léon XIV et la messe traditionnelle : vers un changement ?

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    De Joseph Shaw sur le Catholic Herald :

    Le pape Léon XIV annonce un changement concernant la messe traditionnelle.

    Le 18 mars, le cardinal Parolin s'est exprimé par lettre à l'assemblée plénière des évêques français, transmettant un message, ou une série de messages, du pape Léon XIV. Cette lettre les a appelés à défendre les écoles catholiques et à ne pas oublier la protection due aux prêtres coupables d'abus ; elle abordait également la question de la messe traditionnelle.

    « Chers frères, vous vous préparez à aborder le sujet délicat de la liturgie, auquel le Saint-Père accorde une attention particulière, dans le contexte de la croissance des communautés attachées au Vetus Ordo. Il est préoccupant qu'une blessure douloureuse persiste au sein de l'Église concernant la célébration de la messe, sacrement même de l'unité. La guérison exige une ouverture renouvelée les uns envers les autres, une compréhension plus profonde des sensibilités de chacun – une perspective qui permette aux frères, enrichis par leur diversité, de s'accueillir mutuellement dans la charité et dans l'unité de la foi. Que l'Esprit Saint vous inspire des solutions pratiques qui incluent généreusement ceux qui sont sincèrement attachés au Vetus Ordo , en harmonie avec les directives du Concile Vatican II concernant la liturgie. »

    Nous avons été plutôt privés d'indications concrètes sur l'attitude du pape Léon à l'égard de la messe traditionnelle (s'il a opté pour le terme Vetus Ordo, cela me convient parfaitement) et cette lettre a suscité de nombreux commentaires.

    Il convient de noter en premier lieu la manière dont le pape Léon a choisi de contribuer au débat des évêques français : par une lettre non pas de sa main, mais de celle de son secrétaire d'État. Ce faisant, il agit par les voies officielles et s'abstient de produire ce qui pourrait être perçu comme un texte magistral officiel.

    En revanche, il ne s'est pas exprimé par l'intermédiaire du nonce apostolique en France, Mgr Migliore. L'intervention du cardinal Parolin, le plus haut dignitaire de la Curie, lui confère un poids considérable, et sa forme garantit sa publicité. Tout cela semble avoir été soigneusement orchestré. Fait intéressant, Parolin n'est pas réputé pour être un ami du Vetus Ordo; un message conciliant transmis par lui semble donc particulièrement puissant, et il ne fait aucun doute que les idées contenues dans la lettre émanent directement du Saint-Père.

    Le texte est rédigé avec soin. Le pape Léon XIV exprime l'espoir que l'Esprit Saint inspirera aux évêques des solutions concrètes : il n'en propose aucune lui-même. Mais il leur donne une idée de ce à quoi pourrait ressembler de bonnes solutions.

    Premièrement, les mesures prises seront pragmatiques, par opposition à idéologiques ou théologiques. Le problème n'est pas uniquement d'ordre pratique, mais les évêques doivent l'aborder en vue d'une solution concrète, c'est-à-dire inclure généreusement les fidèles du Vetus Ordo . Cela implique un aménagement pratique, qui ne peut se traduire que par l'autorisation d'un plus grand nombre de célébrations de l'ancienne liturgie.

    Cet aménagement est destiné à ceux qui sont sincèrement attachés à l'ancienne messe. Le terme « sincère » souligne le contraste avec ceux dont l'attachement est intéressé : ceux qui veulent utiliser le Vetus Ordo à des fins inavouées. Leur existence n'est pas exclue, et on peut peut-être leur imputer l'ancienne politique, mais il est clair qu'ils sont désormais moins importants que la grande majorité des fidèles qui y assistent et qui l'apprécient pour la satisfaction spirituelle qu'elle leur apporte. Dès lors, aucun autre motif n'est nécessaire.

    L'importance et la pertinence de ce type de solution se trouvent ainsi précisées. Elle est importante car la situation actuelle représente une « plaie douloureuse ». Personne n'est tenu responsable de cette plaie ; il est peut-être préférable de la considérer simplement comme le fruit malheureux de l'histoire, y compris d'une histoire très récente. À première vue, la métaphore de la « plaie » pourrait sembler renvoyer à la division induite par la simple existence de deux rites liturgiques rivaux, mais si le pape Léon XIV se soucie d'une solution concrète pour aider les fidèles de l'ancien rite, ce n'est certainement pas de cela qu'il parle. La plaie qui préoccupe le Saint-Père est celle qui peut être guérie par une inclusion sincère des fidèles du Vetus Ordo, ce qui laisse supposer qu'il faisait référence à leur profond mal-être actuel, lié au sentiment d'exclusion de la pastorale de l'Église. Le pape Léon XIV appelle les évêques à comprendre les sensibilités de ceux qui sont attachés au Vetus Ordo et, ayant acquis cette compréhension, à répondre à cette sensibilité en prévoyant la célébration de cette liturgie.

    Certains pourraient suggérer que les partisans du Vetus Ordo auraient une meilleure compréhension de l'autre camp dans ce débat, mais cette lettre n'est évidemment pas adressée à une assemblée de traditionalistes, mais à une assemblée d'évêques. En réalité, la situation est loin d'être symétrique. La grande majorité des catholiques attachés à l'ancienne messe connaissent parfaitement la messe réformée et ses fidèles, ayant vécu pendant des décennies avec le Novus Ordo et n'ayant découvert le Vetus Ordo qu'à l'âge adulte. C'est le milieu traditionnel qui, sans surprise, reste un mystère pour ceux, prêtres et évêques, qui le côtoient peu.

    L’opportunité d’un aménagement pour le Vetus Ordo se justifie par le fait qu’il s’inscrit dans une perspective permettant aux frères, enrichis par leur diversité, de s’accueillir mutuellement dans la charité et l’unité de la foi. Il est primordial que le Vetus Ordo puisse être considéré comme une composante positive de la diversité. Cela signifie que le pape Léon XIV le perçoit comme ayant une contribution à apporter à l’Église – un enrichissement pour l’ensemble – et comme pouvant le faire dans la charité et l’unité de la foi.

    Ceux qui sont attachés au Vetus Ordo , comme tous les catholiques, sont appelés à l'unité de la foi, et c'est un appel auquel les traditionalistes répondent avec joie. L'essentiel est que l'ancienne liturgie ne soit pas perçue comme un obstacle à cette unité. C'est cette idée qui a justifié la suppression de l'ancienne messe, proposée par le pape François dans Traditionis custodes : la diversité liturgique compromet l'unité de l'Église. Cet argument a été réaffirmé par le cardinal Arthur Roche lors du dernier consistoire, dans le court document qu'il a distribué aux cardinaux.

    Cette lettre sonne assurément le glas de cet argument. Le problème demeure cependant que Traditionis custodes reste la loi de l'Église et entrave considérablement les évêques, en France et ailleurs, dans l'application des solutions pratiques préconisées par le pape Léon XIV. Les évêques ne peuvent autoriser les célébrations du Vetus Ordo dans les églises paroissiales ; ils ne peuvent créer de nouvelles paroisses personnelles; et ils ne peuvent permettre aux prêtres ordonnés depuis Traditionis custodes de le célébrer. Toutes ces mesures visaient explicitement à éliminer l'ancienne liturgie et à établir l'unité liturgique (selon les termes du pape François) « dans toute l'Église de rite romain ». Si le pape Léon XIV rejette la critique de la diversité liturgique et souhaite des solutions pratiques à une autre blessure au sein de l'Église, celle de la marginalisation des catholiques attachés au Vetus Ordo, il doit reconsidérer ces règles.