Alors que les évêques de France et de Navarre, cardinal Aveline en tête, mettent tout en oeuvre pour empêcher la catastrophe que serait le vote d'une loi libéralisant l'euthanasie et le suicide assisté, voilà que cathobel, "portail officiel de l’Eglise catholique en Belgique francophone", publie complaisamment la prose du Frère R.-Ferdinand Poswick, moine de l'abbaye de Maredsous, appelant de ses voeux une libéralisation de l'euthanasie et du suicide assisté. Il propose que certaines personnes âgées puissent volontairement mettre fin à leur vie et suggère que l’Eglise envisage une ritualisation exceptionnelle de ce départ. Ces positions sont diamétralement opposées à l'enseignement constant de l'Eglise qui refuse absolument que l'on mette un terme à l'existence par des moyens artificiels ou des techniques provoquant la mort. Il est inconcevable qu'au nom d'un évangélisme dévoyé et d'un argumentaire boiteux, un moine puisse faire prévaloir une opinion contraire dans un organe officiel de l'Eglise belge.
La doctrine constante de l'Église
L'enseignement officiel de l'Église catholique est clair et inchangé depuis longtemps : l'euthanasie (acte qui provoque directement la mort pour mettre fin à la souffrance) et le suicide assisté sont inacceptables.
- Le Catéchisme de l'Église catholique (§2324) les qualifie de meurtre grave, contraire à la dignité de la personne et à la souveraineté de Dieu sur la vie.
- Jean-Paul II dans Evangelium Vitae (1995) le confirme solennellement : c'est une violation de la loi de Dieu.
- La Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de nombreux documents ultérieurs (y compris sous François) réitèrent cette position : on ne peut jamais directement vouloir la mort d'un innocent, même à sa demande.
L'Église promeut les soins palliatifs, l'accompagnement, la sédation proportionnée (pour soulager sans viser la mort) et une spiritualité de la souffrance et de la mort comme passage. La vie humaine garde sa dignité jusqu'au bout naturel. Cela s'applique universellement, indépendamment des contextes nationaux.
Les évêques de France (avec le cardinal Aveline et d'autres) agissent en cohérence avec cela : ils alertent sur les risques de dérive (pression sur les vulnérables, banalisation de la mort provoquée, affaiblissement des soins palliatifs), lancent des neuvaines, communiquent publiquement et défendent une anthropologie où la fraternité se mesure à l'accueil des fragiles, pas à leur élimination.
Le cas belge et le Frère Poswick
En Belgique, l'euthanasie est légalisée depuis 2002 et s'est étendue (mineurs, troubles psychiatriques, etc.), avec un nombre croissant de cas. CathoBel (organe officiel de l'Église de Belgique) a publié un article présentant les propositions du Frère Réginald-Ferdinand Poswick, OSB de Maredsous : encourager une « lucidité de fin de vie », permettre à certaines personnes âgées de mettre fin volontairement à leur vie, et même envisager une ritualisation ecclésiale exceptionnelle de ce départ.
C'est en effet diamétralement opposé à l'enseignement magistériel. Un moine bénédictin, aussi érudit soit-il (connu pour ses travaux sur la Bible, l'informatique et la spiritualité), n'a pas autorité pour proposer une telle rupture au nom de l'Église. Publier cela complaisamment dans un média officiel pose question sur la gouvernance et la fidélité doctrinale en Belgique, où des cas précédents (comme avec les Frères de la Charité) ont déjà conduit à des interventions vaticanes fermes.
Pourquoi cette divergence ?
- Contexte culturel : La Belgique et les Pays-Bas ont une sécularisation avancée et une tradition de « tolérance » pragmatique. Une partie des catholiques locaux (clercs inclus) s'aligne sur l'esprit du temps, au nom d'une « miséricorde », d'un « évangélisme inclusif » ou d'une autonomie individuelle absolue.
- Crise interne : L'Église en Europe occidentale traverse une crise de transmission doctrinale. Certains invoquent un « développement » pastoral qui contourne l'enseignement constant (comme sur d'autres sujets moraux). Cela relève souvent d'un subjectivisme moral où la conscience individuelle prime sur l'objectif révélé.
- Évangélisme dévoyé ? Vouloir « accompagner » en ritualisant la mort provoquée risque de transformer l'Église en aumônerie de la culture de mort, au lieu d'en être le sel et la lumière (cf. Evangelium Vitae).
Le magistère universel prime sur les initiatives locales. Un moine ou un média diocésain ne peut pas « faire prévaloir » une opinion contraire. Rome a déjà corrigé des dérives similaires. Les fidèles ont le droit (et le devoir, selon Donum Veritatis) de s'attacher à l'enseignement constant plutôt qu'aux propositions novatrices isolées.
Cette affaire souligne un défi plus large : l'unité doctrinale face à la pression sociétale. Les Français ont raison de résister fermement ; la Belgique montre les risques d'un accommodement progressif. L'accompagnement véritable des mourants passe par l'espérance, pas par l'administration de la mort.
Une réaction des évêques ?
Il paraît improbable que les évêques belges réagissent à cette publication compte tenu de leur pusillanimité et de leur tiédeur habituelles...
La Conférence épiscopale de Belgique a, dans le passé, réaffirmé l’opposition de principe à l’euthanasie (par exemple en 2017 ou en réaction à certaines propositions d’extension). Elle a aussi publié des documents pastoraux qui tentent de naviguer entre accompagnement des personnes en demande et non-approbation explicite de l’acte.
Cependant, l’Église belge se caractérise depuis des années par une tiédeur pastorale et une forme de pragmatisme qui contraste avec la fermeté plus visible des évêques français ou polonais. Dans un pays où l’euthanasie est banalisée depuis 2002 et où une partie significative des catholiques (et même de certains clercs) l’accepte ou la tolère, les réactions épiscopales sont souvent mesurées, nuancées, voire absentes sur des cas internes comme celui-ci.
À propos de l’article de CathoBel
L’article présentant les propositions du Frère Poswick précise bien que « cette opinion n’engage que son auteur » et va « à l’encontre de l’enseignement de l’Église ». C’est une clause de style classique pour se dédouaner. Mais le fait de lui donner une tribune complaisante (« proposition-choc » mise en avant) dans l’organe officiel pose problème : cela normalise le débat interne comme si la doctrine était négociable ou en évolution.
À l’heure actuelle (l’article est très récent, daté du 30 juin 2026), aucune réaction publique forte des évêques belges n’est visible. Il est probable qu’il n’y en ait pas de significative. Les raisons possibles :
- Pusillanimité : Peur du conflit interne, de perdre encore plus de fidèles dans un pays très sécularisé, ou de froisser une opinion publique majoritairement favorable à l’euthanasie.
- Culture locale : L’épiscopat belge a souvent privilégié le « dialogue » et l’« accueil » sur la clarté doctrinale, y compris sur des questions bioéthiques (on se souvient de positions ambigües de certains évêques comme Mgr Bonny par le passé).
- Centralisation romaine : En théorie, c’est au Saint-Siège de rappeler la doctrine. Mais sous le pontificat actuel, les interventions sont sélectives.
Cela n’enlève rien à la gravité : laisser publier de telles idées dans un média officiel sans correction rapide contribue à semer la confusion chez les fidèles. La fidélité à l’Évangile et au magistère constant ne dépend pas de la vigueur locale des évêques. Des voix laïques, des prêtres, des religieux et des théologiens fidèles ont le devoir de rappeler la vérité : on ne ritualise pas ce que l’Église considère comme un grave désordre moral.
La comparaison avec la France est éclairante : là-bas, malgré la pression politique, les évêques parlent d’une seule voix, avec gravité et constance. En Belgique, l’accommodement progressif au modèle sociétal a déjà largement entamé le témoignage prophétique.
Si les évêques belges restent silencieux, cela en dira long sur l’état de leur autorité morale. Les fidèles attachés à la doctrine ont alors toute légitimité à s’adresser directement à Rome ou à soutenir les initiatives qui défendent sans compromis le respect inconditionnel de la vie humaine.




