De Solène Tadié sur le National Catholic Register :
« Sacred Wine » : comment les moines ont bâti la culture du vin en Europe
L'auteure catholique Emily Stimpson Chapman offre un aperçu personnel du monde coloré du vin monastique, en parcourant des monastères en Italie, en France et en Espagne comme autant de fenêtres ouvertes sur le patrimoine spirituel et culturel de l'Europe.
Le vin est l'un des rares domaines où la civilisation catholique s'exprime encore de manière tangible. Partout en Europe, les vignobles d'abord cultivés par les moines continuent de porter leurs fruits, souvent au sein de monastères qui ont connu une renaissance après des périodes de troubles. Aujourd'hui, les bouteilles vieillissent dans des caves façonnées par des siècles de vie monastique, et les noms de saints figurent encore sur les étiquettes, reliant ainsi la culture viticole contemporaine à une vision chrétienne du monde qui structurait jadis tous les aspects de la vie quotidienne, du travail aux plaisirs terrestres.
Ce rappel est au cœur de * Le Vin sacré : Histoire et patrimoine des vignerons catholiques* ( Marian Press ), une réflexion d’Emily Stimpson Chapman sur le rôle de l’Église dans la formation de la viticulture européenne. L’ouvrage se déploie à travers douze monastères, chacun servant de cadre à une histoire qui relate les chapitres les plus lumineux et les plus troublés des derniers siècles : de la chevalerie aux révolutions, de la sécularisation au renouveau.
L'itinéraire est résolument européen, centré sur l'Italie, la France et l'Espagne, berceau de la tradition vinicole monastique classique. Si leur iconographie invite à la rêverie, ces maisons ne sont pas pour autant de simples destinations pittoresques, mais de véritables témoins vivants du drame spirituel et culturel européen.
Le voyage commence à l'abbaye de Lérins, au large de Cannes, dans le sud de la France. La tradition y fait remonter la vigne à la fin du IVe siècle, à l'époque de l'ermite saint Honorat, qui s'était installé sur l'île qui porte aujourd'hui son nom. Preuve que ce que les siècles suivants considéreraient comme exceptionnel était alors l'activité la plus naturelle de l'Europe chrétienne.
Chapman montre ensuite comment la signification du vin est passée de la simple joie des Psaumes à la Présence réelle dans l'Eucharistie et comment les communautés monastiques ont contribué à façonner l'architecture même de la culture viticole européenne.
De la bénédiction à la présence
Selon Chapman, ce que nous remarquons en premier – les paysages, les étiquettes et le goût – n'est que la surface visible d'une réalité spirituelle plus profonde qui leur donne vie.
Elle insiste sur le fait que le vin est d'abord un signe avant d'être un produit. Il « témoigne de l'amour de Dieu », écrit-elle dans son livre. Un Dieu qui voulait que ses enfants connaissent « la joie, le rire et la paix ». Dans l'Ancien Testament, le vin « réjouit » le cœur. Dans le Nouveau Testament, il devient infiniment plus. Lors de la messe, chaque goutte est transfigurée : elle devient non seulement un signe de bénédiction, mais la bénédiction elle-même, Corps, Sang, Âme et Divinité.
D'où son affirmation selon laquelle « le signe devient la chose signifiée. Le symbole devient réalité. » À ses yeux, cette capacité du vin à accomplir cela n'est pas fortuite ; c'est ainsi que Dieu l'a conçu dès l'origine. C'est pourquoi « une dimension sacrée imprègne chaque grain de raisin et chaque verre », préfigurant une transformation plus profonde à venir.
Le vin devient ainsi l'une des plus puissantes métaphores de la vie humaine. Il nous ressemble un peu : il est fait pour plus, marqué par la souffrance, mûrit dans l'ombre, évolue avec l'âge et, surtout, il est voué à la gloire.


