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BELGICATHO

  • Vatican II : les rectifications du pape Léon XIV

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    Du P. Robert B. Imbelli sur le Catholic World Report

    Les rectifications du pape Léon

    La récente exégèse du pontife sur le chapitre II de *Lumen Gentium* contribue à dépoussiérer et à redonner tout son éclat à l’un des documents révolutionnaires du Concile.

    15 mars 2026

    Dans un récent essai publié ici même sur le CWR, j’ai commenté l’importance de la décision du pape Léon de consacrer ses audiences hebdomadaires, au cours de cette première année complète de son pontificat, au Concile Vatican II et à une relecture de ses documents. Sa décision découle de la conviction qu’il avait exprimée aux cardinaux réunis en consistoire en janvier : « Nous ne soulignerons jamais assez l’importance de poursuivre le cheminement qui a commencé avec le Concile… Et ce cheminement est un processus de vie, de conversion, de renouveau de toute l’Église. »

    J’ai également souligné le fait que le premier document qu’il a examiné était Dei Verbum, la « Constitution dogmatique sur la révélation divine ». Bien qu’il ne s’agisse pas du premier document promulgué par le Concile, il est clairement à la base de tous les autres. Car si Dieu ne s’est pas révélé de manière définitive dans le Seigneur Jésus-Christ ressuscité, alors nous devons reconnaître, avec saint Paul, que la prédication chrétienne est vaine et que la foi chrétienne est vaine.

    Après ses réflexions sur *Dei Verbum*, le pape Léon s’est maintenant tourné vers *Lumen Gentium*, la « Constitution dogmatique sur l’Église » du Concile. Une fois encore, il convient de souligner la perspicacité théologique de la démarche du pape. On ne peut parler de l’Église de manière significative que si on la considère à la lumière de la révélation divine en Christ. En effet, le titre même de la Constitution est résolument christologique : « Lumen gentium cum sit Christus » : « Puisque le Christ est la lumière des nations ».

    L’Église n’a ni sens ni fonction en l’absence du Christ. Sans le Christ, l’Église n’est qu’un corps sans tête, un collectif sans âme.

    De plus, la liturgie chrétienne n’assume sa pleine signification et sa pleine portée que lorsqu’elle s’inscrit dans la matrice de l’Église, à la fois l’Église sur terre et, bien que trop souvent négligée, tant sur le plan pastoral que théologique, l’assemblée céleste, qui est l’Église parvenue à sa pleine stature. Par conséquent, une liturgie véritablement catholique présuppose une ecclésiologie pleinement catholique.

    Ce qui précède peut servir d’introduction à la splendide réflexion du pape Léon lors de son audience du 10 mars. Il y a examiné le chapitre deux de Lumen Gentium : l’Église en tant que « Peuple de Dieu ». À mon avis, il s’agit d’une réalisation magistrale : brève et substantielle. De plus, d’une manière mesurée mais incisive, elle corrige aussi implicitement ce que j’ai constaté être trois lectures tronquées, voire des interprétations erronées intentionnelles, dans la réception de Lumen Gentium depuis le Concile.

    La première erreur d’interprétation consiste à ne pas rendre justice à l’identité propre de ce peuple : à savoir qu’il s’agit du peuple de Dieu. L’Église n’est pas une simple entreprise humaine, entièrement accessible aux études et aux analyses des sociologues. Elle est aussi, et plus fondamentalement, une réalité surnaturelle. L’unité ecclésiale se fonde sur une nouvelle identité et une nouvelle mission surnaturelles, rendues possibles par la foi en ce que Dieu a accompli en Jésus-Christ.

    Ainsi, le Pape écrit : « C’est un peuple désormais composé de membres de toutes les nations ; il est uni par la foi en Christ, par l’adhésion à Lui, par le fait de vivre la même vie que Lui, animé par l’Esprit du Ressuscité. »

    Cette citation du pape Léon introduit déjà la deuxième caractéristique de ce peuple qui a été indûment négligée — voire, pour certains, opposée à l’Église en tant que « peuple de Dieu ». À savoir que l’Église, le peuple de Dieu, est, dans son identité la plus profonde, le « corps du Christ ». Loin d’être opposées, les deux images de l’Église en tant que peuple de Dieu et corps du Christ sont toutes deux indispensables si nous voulons saisir quelque chose du mystère de l’Église (qui est, bien sûr, le sujet du premier chapitre de Lumen Gentium).

    Le pape Léon unit harmonieusement ces deux images lorsqu’il s’exclame : « Voici l’Église : le peuple de Dieu qui tire son existence du corps du Christ et qui est lui-même le corps du Christ. » Et il ajoute : « En effet, c’est le Christ qui, en donnant son Corps et son Sang, unit ce peuple en lui-même et de manière définitive. »

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  • Le cardinal Karol Wojtyła n'a pas couvert les cas de pédophilie

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    Du Tagespost :

    Le cardinal Karol Wojtyła n'a pas couvert les cas de pédophilie

    Des journalistes du journal « Rzeczpospolita » ont examiné des dossiers de l'archevêché de Cracovie jusqu'alors confidentiels. Leurs recherches démontrent que l'archevêque de Cracovie de l'époque, le cardinal Karol Wojtyła, futur pape Jean-Paul II, a pris des mesures énergiques contre les auteurs d'abus. Certaines de ses décisions étaient inhabituelles pour l'époque.

    Kardinal Karol Wojtyla, Erzbischof von Krakau

    Le cardinal Karol Wojtyła, archevêque de Cracovie
    Photo : via www.imago-images.de (www.imago-images.de)

    15 mars 2026

    Ni les archives de l'État ni celles de l'Église ne contiennent de preuves indiquant que l'archevêque Karol Wojtyła, en tant que métropolite de Cracovie (1962-1978), ait couvert des cas de pédophilie. Au contraire : après l'ouverture des archives de la Curie de Cracovie, les journalistes de « Rzeczpospolita » ont été les premiers à mener des recherches approfondies et à examiner des documents concernant des prêtres pédophiles avec lesquels Wojtyła avait été en contact. « Rzeczpospolita » est, après « Gazeta Wyborcza », le deuxième plus grand quotidien national sérieux de Pologne.

    Certaines des décisions prises par le cardinal Karol Wojtyła concernant les prêtres pédophiles allaient même au-delà des normes habituelles. « Dès 2022/23, nous avions consulté les archives de l’Institut de la mémoire nationale (IPN) à cette fin. Les deux enquêtes ont révélé que Wojtyła ne se contentait pas de muter les prêtres d’une paroisse à une autre après la découverte de leurs crimes, mais qu’il agissait immédiatement conformément au droit canonique », peut-on lire dans le dernier supplément culturel Plus-Minus du journal Rzeczpospolita. Et de poursuivre : « Certaines de ses décisions – comme le placement en examen psychiatrique, en 1969, d’un prêtre soupçonné d’abus sur mineurs – étaient inhabituelles pour l’époque ». 

    Le journal « Tageszeitung » s'est empressé de condamner d'avance le pape Jean-Paul II

    On peut affirmer sans exagération que Jean-Paul II est considéré comme le saint patron de la Pologne. Mais en 2023, la mémoire du pape polonais a commencé à se fissurer. Face aux scandales d'abus sexuels au sein de l'Église polonaise, une institution publique a souhaité enquêter sur les délits sexuels commis par des ecclésiastiques pendant l'ère communiste. Dans les archives de l'Institut de la mémoire nationale (IPN), il s'agissait notamment de vérifier ce que les services secrets communistes savaient de chaque cas. Il y a trois ans, le journaliste Marcin Gutowski avait porté des accusations à la télévision polonaise, accusations que l’auteur néerlandais Ekke Overbeek avait déjà présentées dans un soi-disant « livre à scandale ». Selon Gutowski, Wojtyla aurait muté des prêtres de son diocèse, dont il connaissait les agissements, vers d’autres paroisses afin d’éviter les scandales. Le journal « taz » (Die Tageszeitung) s’est empressé de publier un article intitulé « Le saint impie » afin d’ébranler la réputation de Jean-Paul II. « Il semble prouvé que le pape Jean-Paul II était au courant des abus », écrivait alors le « taz » avec précipitation.

    Mais même en Pologne, où la population peut encore être qualifiée majoritairement de « catholique pratiquante » malgré des tendances croissantes à la sécularisation, la nervosité grandissait. Que savait Karol Wojtyła ? La crainte que la réputation du pape polonais ne soit sérieusement compromise a connu un bref regain en Pologne à la fin de l’année 2025. En novembre, le pape Léon XIV nomma le cardinal Grzegorz Ryś archevêque et métropolite de Cracovie. Ryś est considéré – selon les normes polonaises – comme libéral en matière de politique ecclésiastique et a la réputation de traiter les cas d’abus avec transparence et détermination. Ce cardinal charismatique, proche du Chemin néocatéchuménal, s’était déjà forgé cette réputation lorsqu’il était archevêque de Łódź.

    Le nouvel archevêque ouvre les archives

    Les archives de la curie métropolitaine de Cracovie, qui étaient restées fermées aux chercheurs pendant plusieurs années, ont rouvert début février. Le cardinal Grzegorz Ryś a autorisé le journal « Rzeczpospolita » à consulter les documents des pères Eugeniusz Surgent, Józef Loranc et Bolesław Saduś. Ces deux derniers ont été condamnés à des peines de prison dans les années 1970 pour abus sexuels sur des enfants. « Rzeczpospolita » a rendu compte de ces affaires pour la première fois fin 2022. Selon les médias, après avoir eu connaissance des cas d’abus sur mineurs commis par le père Saduś, Wojtyła l’aurait envoyé en Autriche.

    D'après les recherches menées, les documents relatifs à ces prêtres comprennent au total neuf volumes compacts et plusieurs centaines de pièces, qui ont été retrouvées lors d'enquêtes complémentaires menées dans d'autres archives, notamment dans les dossiers des paroisses où ils ont exercé leur ministère. On y trouve notamment des avis de curés sur leur travail, des lettres de fidèles demandant qu’ils restent dans la paroisse, des documents officiels de mutation ainsi que des licenciements et des interdictions d’exercer.

    Jean-Paul II a traduit en justice les prêtres pédophiles plus rapidement que la police

    À partir du 10 février, les journalistes sont retournés dans les archives pendant plusieurs semaines afin d’analyser les documents en profondeur et d’élargir leurs recherches. « Nous n’avons trouvé aucune preuve que le cardinal Karol Wojtyła ait sciemment dissimulé des cas de pédophilie ; les mutations des prêtres ont eu lieu en raison de leurs conflits », écrivent-ils dans le dernier numéro du supplément culturel Plus-Minus du journal Rzeczpospolita. Mieux encore : l’Église a demandé des comptes aux prêtres pédophiles plus rapidement que la police.

    Selon l'enquête, l'attitude de saint Jean-Paul II, alors archevêque cardinal de Cracovie, à l'égard du père Surgent et du père Loranc a été rapide et ferme dès que leurs crimes ont été révélés : suspension de leurs fonctions, ordre de quitter la paroisse et obligation de rester dans une zone déterminée jusqu'à ce que les faits soient clarifiés. Dans les deux cas, Wojtyła a apparemment pris des décisions rapides, conformes aux directives des autorités judiciaires. Lorsque la police a ouvert son enquête, les deux ecclésiastiques avaient même déjà été suspendus par l’Église et éloignés des lieux des faits. Après avoir purgé leurs peines, ils n’ont pas été réintégrés dans leurs fonctions, mais envoyés en pénitence dans des monastères, sans le droit de célébrer la messe ni d’entendre les confessions. Dans le cas du père Saduś, le journal « Rzeczpospolita » n’a trouvé aucune indication selon laquelle Wojtyła aurait jamais eu connaissance des abus présumés sur mineurs. Son transfert en Autriche n’était donc pas une tentative de dissimuler ses actes. Le journal est parvenu aux mêmes conclusions après avoir analysé des documents de l’Institut de la mémoire nationale.

    La question des abus sexuels sur mineurs commis par des prêtres de l’archidiocèse de Cracovie et le comportement de la hiérarchie ecclésiastique font désormais l’objet d’une enquête menée par une commission d’experts indépendants. Mercredi, les évêques polonais ont décidé de la mettre en place. 

    En tant que pape, il a établi des normes dans la lutte contre les abus

    Comme l'écrit la journaliste polonaise Milena Kindziuk dans l'hebdomadaire Niedziela, c'est Karol Wojtyła, déjà sous le nom de pape Jean-Paul II, qui a été le premier à durcir systématiquement les dispositions du droit canonique à l'encontre des prêtres impliqués dans des affaires de pédophilie. Selon Kindziuk, Jean-Paul II a adopté en 1983 le nouveau Code de droit canonique, dans lequel des sanctions sévères pour les abus sexuels sur mineurs – pouvant aller jusqu’à la destitution du sacerdoce – ont été clairement inscrites. Il ne s’agissait plus de coutumes locales ou de pratiques isolées, mais de normes contraignantes pour l’ensemble de l’Église.

    Et en effet : en 1992, Jean-Paul II a proclamé dans le Catéchisme de l’Église catholique que l’abus d’un enfant est clairement qualifié de crime grave et de péché qui crie vengeance vers le ciel d’une manière particulière. Une autre étape a finalement été franchie avec le motu proprio Sacramentorum sanctitatis tutela de 2001. Dans ce document, le pape Jean-Paul II a classé les infractions commises contre des mineurs parmi les crimes les plus graves au sein de l’Église, a ordonné la déclaration obligatoire de chaque cas grave à la Congrégation pour la doctrine de la foi et a réservé au Siège apostolique la conduite des procédures pénales.

    Selon Kindziuk, à partir de ce moment-là, aucun évêque n’a plus pu simplement « passer sous silence » un tel cas, car les enquêtes canoniques relevaient désormais du contrôle de Rome et la défroque pouvait effectivement être prononcée à titre de sanction.

    Les auteurs de « Rzeczpospolita » soulignent que ces recherches d’archives ne marquent pas la fin du débat historique. Les documents publiés constituent toutefois une contribution importante au débat sur l’évaluation de l’attitude de Karol Wojtyła face aux cas d’abus au sein de l’Église pendant son mandat à Cracovie. D’après les conclusions du journal, les documents disponibles réfutent clairement la thèse d’une dissimulation systématique des infractions par le futur pape. Ils prouvent au contraire qu’il a agi de manière résolue dans le cadre des procédures en vigueur à l’époque.

  • « Magnifica humanitas » : la première encyclique du pape Léon XIV paraîtra après Pâques

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    De kath.net/news :

    La première encyclique du pape Léon XIV paraîtra après Pâques

    16 mars 2026

    Selon un article de la revue « Repubblica », l'encyclique s'intitule « Magnifica humanitas » et contient une mise en garde exhaustive concernant les conséquences négatives potentielles de l'intelligence artificielle.

    La première grande encyclique du pape Léon XIV est apparemment en phase finale de révision. Comme l'a rapporté le quotidien « La Repubblica » samedi, sa publication est prévue après Pâques. Son titre provisoire est « Magnifica humanitas » (Magnifique Humanité), et son thème principal est une mise en garde générale contre les conséquences négatives potentielles de l'intelligence artificielle (IA). Elle abordera notamment ses implications sur le marché du travail et les relations humaines.

    En octobre dernier, le site web « Silere non possum » avait spéculé sur le titre et le thème de cette première encyclique, se basant sur des hypothèses similaires. Cependant, les observateurs du Vatican anticipaient alors une publication plus rapide. Les encycliques sont des documents doctrinaux pontificaux contraignants pour l'ensemble de l'Église catholique, mais elles suscitent également un vif intérêt au-delà de ses frontières.

  • Léon XIV : un moment de grands changements ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV, les premiers changements

    16 mars 2026

    L'emménagement de Léon XIV dans les appartements pontificaux a coïncidé cette semaine avec une nomination importante.

    Le cardinal Konrad Krajewski a été nommé archevêque de Łódź. Cette nomination met fin à plus de trente ans de collaboration avec le Vatican. Avant tout, il cède la direction du Bureau des œuvres de charité apostoliques.

    Pour le remplacer, Léon XIV a fait appel à un augustinien, Mgr Luis Marin de San Martín, qui se voit désormais attribuer le titre d’archevêque. Jusqu’à présent, Marin de San Martín était sous-secrétaire du Synode des évêques. Le pape lui confère le titre d’« archevêque », titre qui revient à un aumônier.

    Ce changement est important pour quatre raisons distinctes, chacune marquant un changement d’approche.

    La première raison concerne la manière dont le pape constitue son équipe. Un augustinien est nommé aumônier et chef du Dicastère de la Charité, renforçant ainsi la présence des augustins au sein de la famille pontificale. La sacristie de la basilique Saint-Pierre et la paroisse de Sant’Anna au Vatican sont également confiées aux augustins. Léon XIV ajoute un autre augustinien, donnant l’impression de former sa propre famille pontificale qui partage la même langue et les mêmes connaissances. Lors d’une future transition, le pape pourrait rétablir la charge d’aumônier en tant que fonction personnelle plutôt que comme dicastère de la Curie, revenant ainsi à l’ancienne tradition de la charité papale et la libérant de la bureaucratie.

    Lors des visites d'État, l'aumônier siège à la gauche du pape, tandis que le préfet de la Maison pontificale siège à sa droite. Ce poste était vacant sous le pape François, mais il pourrait bientôt être pourvu par l'archevêque Petar Rajić, nonce en Italie.

    Rajić, issu de la diplomatie papale, fera le lien avec la Secrétairerie d’État. Léon XIV trouve un équilibre entre la nomination d’un préfet lié à la Secrétairerie d’État et celle d’un aumônier en qui il a entièrement confiance. Marin est venu à Rome en tant que bibliothécaire des Augustins à la demande du père Robert Prevost, qui était alors prieur général.

    En bref, la famille papale est en train d’être reconstituée.

    Léon XIV semble très attentif à l'équilibre entre les deux. Tout d'abord, il a rééquilibré le groupe de ses collaborateurs en nommant un ancien garde suisse aux côtés d'un ancien gendarme. À présent, il reconstitue les rangs de l'ancienne Maison pontificale en plaçant un membre de son propre ordre aux côtés d'une personnalité de rang diplomatique.

    La deuxième raison est que Léon XIV commence à constituer sa propre équipe, et surtout, qu'il le fait en dehors du cercle qui entourait autrefois le pape François. Krajewski était très estimé en tant qu’aumônier. Son rôle d’aide et de soutien aux pauvres faisait de lui un excellent candidat à ce poste et le rendait cher au pape François. En conséquence, le pape a décidé de le nommer cardinal pour souligner que même la « charité » du pape devait avoir un chapeau rouge aux côtés de la « foi » — c’est-à-dire aux côtés du préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi.

    Krajewski incarnait le pontificat du pape François. Il a mené des missions humanitaires très médiatisées et adressé des lettres de remerciement aux donateurs. Sa notoriété l’a même conduit à rétablir illégalement l’électricité pour un groupe occupant un immeuble à Rome. Après avoir côtoyé Jean-Paul II, servi sous Benoît XVI et être devenu le bras droit du pape François, Krajewski est retourné dans son pays natal. Pour la première fois, il est archevêque d’un diocèse.

    Il a été envoyé à Łódź, un archidiocèse complexe laissé vacant par le cardinal Ryszard Ryś, qui a été nommé archevêque de Cracovie.

    Il ne s’agissait pas d’un promoveatur ut amoveatur — littéralement « promouvoir pour écarter » — ne serait-ce que parce que Krajewski était déjà cardinal. On peut néanmoins se demander comment Léon XIV allait constituer son équipe. Il semble le faire sans heurts, en tirant parti des opportunités et en recherchant l’harmonie.

    La troisième raison montre la volonté du pape de rétablir un profil plus institutionnel et de s’entourer d’hommes adaptés à cette fin.

    Cette volonté était évidente dès le début de son pontificat, lorsqu’il a décidé de revêtir la mozzetta. Par exemple, Mgr Luis Marín a expliqué dans une interview que le pape François avait constitué une exception ; néanmoins, la tenue de chœur du pape reste blanche et rouge, reflétant, entre autres, une manière typiquement augustinienne.

    La nomination de l’archevêque Filippo Iannone au poste de préfet du Dicastère pour les évêques est une nomination institutionnelle. La nomination de Mgr Marin au poste d’aumônier est également une question institutionnelle. La nomination de quatre nouveaux évêques auxiliaires du diocèse de Rome, tous originaires de Rome, ainsi que la restructuration du secteur central, sont des questions institutionnelles. Prochainement, une nomination institutionnelle désignera un nouveau préfet de la Maison pontificale.

    Beaucoup plus de choses seront possibles lorsque Léon XIV choisira le remplaçant du sostituto, une figure clé de la Secrétairerie d’État et, en fait, le premier collaborateur du pape.

    La quatrième raison concerne l’avenir du Synode des évêques.

    Le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode, a immédiatement insisté pour que le calendrier du processus synodal soit maintenu tel qu’il avait été conçu. Léon XIV a d’emblée évoqué la « synodalité » comme une marque distinctive de son pontificat. Le Secrétariat général du Synode a continué à publier des documents, à animer des groupes de travail et à avancer sur sa voie sans interruption.

    Mais la décision de démettre Marin revêt une importance considérable. Léon XIV retire un homme de confiance du Synode au moment même où celui-ci cherche un nouvel élan. Reste à voir qui le pape choisira pour succéder à Marin au poste de sous-secrétaire.

    Le départ de Marin laisse également entrevoir, avant tout, un démantèlement de la structure du Secrétariat du Synode. Quoi qu’il en soit, cette décision laisse entendre – à tort ou à raison – que le Pape n’a pas l’intention d’accorder au Secrétariat du Synode toute l’importance qu’il avait autrefois sous le pape François.

    Assistons-nous à une dynamique synodale nouvelle et différente ? Il est certain que quatre points d’intérêt accompagnent la nomination du nouvel aumônier et le départ de Krajewski. Ils donnent matière à réflexion. Pendant ce temps, le pape poursuit son parcours institutionnel et retourne vivre au Palais apostolique. Cela semble être un moment de grands changements.

  • Taybeh (Cisjordanie) :  ne pas laisser les chrétiens palestiniens devenir un souvenir du passé

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    De Christophe Lafontaine sur le site de l'Aide à l'Eglise en Détresse :

    Taybeh :  ne pas laisser les chrétiens palestiniens devenir un souvenir du passé

    12 mars 2026

    A l’est de Ramallah, à Taybeh, seul village entièrement chrétien de Cisjordanie, l’année écoulée a été marquée par une recrudescence d’attaques et d’intimidations de la part de colons israéliens : destruction des terres agricoles, incendies de voitures et tentative d’incendie d’une ancienne église, graffitis haineux et menaçants, bétail lâché dans le village ou encore volé comme ce fut le cas dernièrement. Sans compter les multiples postes de contrôle militaires installés aux entrées de la ville. Le 8 février 2026, le gouvernement israélien a adopté une décision administrative renforçant l’autorité de son administration civile et militaire sur les terres et le foncier en Cisjordanie. Dans une interview accordée à Aid to the Church in Need, le père Bashar Fawadleh, le curé de la paroisse latine, évoque une « pression qui va augmenter » sur les 1 400 âmes du village, ainsi qu’un « manque de protection ».

    Le père Bashar Fawadleh

    Quelle a été votre réaction face à la décision du 8 février 2026 renforçant le contrôle israélien en Cisjordanie ?

    Le gouvernement israélien a pris une décision très grave concernant la Cisjordanie. Par l’intermédiaire de son cabinet de sécurité, Israël a décidé de renforcer son contrôle direct sur ce territoire. Cette décision est considérée comme l’une des plus dangereuses depuis 1967. Beaucoup de personnes la voient comme le début d’une annexion officielle de la Cisjordanie.

    D’abord, de nombreuses responsabilités administratives et civiles sont transférées aux institutions israéliennes, même dans des zones qui devaient être sous gestion palestinienne. Deuxièmement, l’expansion des colonies est encouragée. Les colons peuvent acheter plus de terres et agrandir leurs implantations. Cela exerce une pression croissante sur les villes et les villages palestiniens, comme le nôtre. Troisièmement, Israël prend le contrôle total de sites religieux importants, notamment la mosquée d’Abraham à Hébron (ndlr : construite sur le Tombeau des Patriarches). Les autorités palestiniennes y perdent leur rôle. Cela affecte les droits religieux et culturels des habitants. Quatrièmement, les démolitions de maisons et les restrictions de mouvement augmentent. Les villes et les villages sont isolés les uns des autres.

    Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour un village comme Taybeh, votre paroisse ?

    Cette décision rend la vie quotidienne des gens encore plus difficile. Des familles perdent leur maison. Des travailleurs ne peuvent plus aller à leur travail. Des élèves ont des difficultés à se rendre à l’école. Des agriculteurs ne peuvent plus accéder à leurs terres. Depuis des années, les habitants de Taybeh subissent des attaques de colons voisins : incursions sur des terres agricoles encore en février dans les zones orientales du village, incendies de biens, et empêchement des agriculteurs d’accéder à leurs oliviers, qui sont leur principale source de revenus. Le 28 février, des colons sont entrés sur un terrain appartenant à une famille et ont volé un cheval et son poulain. Par ailleurs, le contexte régional marqué notamment par la guerre à Gaza continue d’avoir des répercussions profondes sur la Cisjordanie. Le climat général est devenu plus fragile et plus tendu, avec une augmentation des opérations militaires, des restrictions de circulation imposées par l’installation de postes de contrôle militaires à plusieurs entrées de la ville, dont un nouveau il y a environ deux semaines. Les forces israéliennes en contrôlent l’ouverture et la fermeture, perturbant la vie quotidienne des civils.

    Les colons juifs incendient souvent des terres à Taybeh et dans ses environs

    Avec cette nouvelle décision israélienne de février 2026, la pression va encore augmenter. L’expansion des colonies menace les terres agricoles. Le manque de protection laisse les habitants sans soutien juridique. La violence crée un climat de peur et d’insécurité.

    A cause de ce contexte, les chrétiens de Taybeh envisagent d’émigrer. Quel message avez-vous pour eux ? Comment encourager ceux qui restent ?

    Malheureusement, l’idée de l’émigration est de plus en plus présente dans les esprits. Plusieurs familles ont déjà quitté Taybeh – 16 entre 2023 et 2025 – et d’autres y pensent sérieusement, surtout à cause de l’insécurité et du manque de perspectives économiques.

    L’histoire de Taybeh parle de maisons vides, de terres perdues, de communautés brisées, et de la disparition progressive des chrétiens de leur terre historique.

    Comme prêtre et pasteur, mon message est avant tout un message de compréhension et de proximité : je comprends la peur et la responsabilité des parents envers leurs enfants.

    Mais je veux aussi rappeler que la présence chrétienne à Taybeh est une mission et un témoignage vivant : celui d’une foi enracinée dans cette terre où le christianisme est né. Quitter la terre est parfois une nécessité humaine, mais rester est souvent un acte de foi et d’espérance. L’espérance ne nie pas les difficultés, mais elle rappelle que la dignité humaine, la justice et la paix restent possibles. Les chrétiens de Terre Sainte veulent continuer à être des artisans de dialogue, de paix et de présence évangélique au cœur de cette région blessée.

    Les colons font passer leur bétail à travers la ville pour déranger les habitants

    Quel rôle espérez-vous de la part des États, de l’Église universelle et des organisations chrétiennes internationales ?

    En tant que curé de cette paroisse, j’attends des États et de la communauté internationale, des visites sur place, une documentation des incidents et une action claire pour garantir la sécurité des civils, un accès sécurisé aux terres agricoles et aux moyens de subsistance, la protection des lieux de culte et la fin de l’impunité.

    J’attends de l’Église universelle, une voix forte et constante en faveur des chrétiens de Terre sainte, ainsi qu’un soutien pastoral et matériel pour aider les familles à rester sur leur terre.

    Enfin, j’attends des organisations chrétiennes internationales, comme l’Aide à l’Église en Détresse, un appui essentiel à travers des projets concrets dans les domaines de l’éducation, du logement, de l’emploi et du soutien psychologique et spirituel.

     Le père Bashar célébrant la messe à Taybeh, le dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie

    Quel message souhaitez-vous adresser aux chrétiens du monde entier ?

    Comme prêtre de Taybeh, je voudrais dire aux chrétiens du monde entier : nous avons besoin de votre solidarité. Taybeh n’est pas seulement un village, c’est un signe vivant de la présence chrétienne en Terre sainte.

    Priez pour nous, mais soutenez-nous aussi par vos actions, votre engagement et votre témoignage. Aidez-nous à faire en sorte que les chrétiens de cette terre restent une communauté vivante, enracinée dans la foi, et ne deviennent pas seulement un souvenir du passé. Merci encore pour votre soutien et votre prière pour les communautés de Terre Sainte.

    Lire également : Les chrétiens en Terre sainte : le maillon faible d'une guerre mondiale

  • La guérison de l’aveugle-né : un chemin de foi (Mgr Delville)

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    Homélie du 4e dimanche de Carême A
    La guérison de l’aveugle-né : un chemin de foi
    Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège
    Chapelle du Collège Saint-Servais, Liège
    (archive 18 mars 2023)

    Chers Frères et Sœurs,

    En ce dimanche de Laetare, « Réjouis-toi » nous sommes invités à nous réjouir comme l’aveugle-né, qui a retrouvé la vue grâce à Jésus. Cet évangile annonce Pâques et la résurrection ; il préfigure le baptême des catéchumènes.

    Le regard de Jésus : source de dignité pour l’homme

    Remarquons d’abord que Jésus porte un nouveau regard sur la maladie. Face à l’homme aveugle, il a un regard original (Jn 9,1-41). C’est lui qui remarque le malade : « Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance ». Les disciples ont un regard extérieur : « Est-ce lui qui a péché ou bien ses parents ? » C’est un regard froid et même soupçonneux. Certains pharisiens ont même un regard accusateur : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat ». Et les parents de l’aveugle sont indifférents eux aussi : « Qui lui a ouvert les yeux ? Nous ne savons pas ! ».

    Jésus réagit autrement. Il ne répond pas de manière théorique, mais pratique. Il fait de la boue avec sa salive. Avec celle-ci, il « fait une onction », nous dit l’évangéliste, sur les yeux de l’aveugle. C’est un geste à la fois religieux et affectueux. Jésus entre en contact : il regarde et il agit. C’est cette tendresse qui guérit. Ainsi nous aussi nous sommes invités à avoir ce regard autour de nous et cette tendresse des gestes.

    L’écoute de l’homme : source de guérison

    Mais nous avons aussi besoin d’être guéris et remis debout par Jésus. Notons que l’homme aveugle n’est pas guéri tout de suite. Il doit participer à sa guérison. Pour cela il doit écouter ce que dit Jésus : Jésus l’invite à se laver à la piscine de Siloé. L’aveugle doit donc y mettre du sien, avoir une foi personnelle.

    « Il alla, il se lava, il revint, il voyait », dit l’évangile. Il retrouve la vue parce qu’il a écouté. Il a pris Jésus au sérieux ! Jésus m’a « oint », dit-il. Epechrisen ; c’est le même mot que « Christ », qui veut dire « le consacré ». L’aveugle est devenu consacré, comme Jésus. Il considère qu’il est devenu sacré, précieux, grâce à Jésus. Certaines gens ne croient pas à cette guérison : pour eux, c’est impossible de changer !

    Il y en a même que cela dérange ! Ils lui rappellent son handicap. Cœurs froids ! Ils deviennent aveugles, ou plutôt aveuglés ! En ce sens, nous sommes appelés aujourd’hui aussi à écouter la parole de Jésus dans notre monde. Elle nous invite à prendre des initiatives pour demain, à penser le monde futur à la lumière de l’épreuve que nous vivons aujourd’hui. Nous sommes appelés comme Jésus à voir dans le faible et le malade une personne précieuse, une personne consacrée, dynamique grâce à son écoute.

    Découvrir la foi

    Grâce au regard de Jésus et grâce à l’écoute de sa parole, l’aveugle-né progresse dans la vie et dans la foi. À propos de Jésus, il dit : « c’est un prophète ». Puis il le défend contre les gens et dit : « Nous savons que Dieu n’exauce pas les pécheurs ». L’aveugle est non seulement guéri physiquement, mais spirituellement, il devient un apôtre. Partout il proclame : « je me suis lavé, et je vois. » En retrouvant l’aveugle, Jésus voit en lui un ami, un disciple : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » « Qui est-il ? », répond l’aveugle. « Tu le vois ! », dit Jésus.

    L’aveugle a donc obtenu une vision intérieure pour reconnaître Jésus. « Je crois, Seigneur », répond-il. C’est la profession de foi de quelqu’un qui a été aimé et répond en reconnaissant le visage de Dieu.

    Jésus montre que les pharisiens, ceux-là même qui croyaient avoir la foi, mais qui accusaient l’aveugle d’être un pécheur, sont eux-mêmes des aveugles. Et inversement, s’ils avaient accepté le fait qu’ils étaient aveugles, ils n’auraient pas de péché, ils auraient la foi ! Donc pour avoir la foi, il faut reconnaître sa faiblesse !

    Aujourd’hui, aussi, en reconnaissant nos faiblesses, nous serons délivrés du péché par Jésus, nous recevrons une force nouvelle. Alors reconnaissons honnêtement devant le Seigneur nos aveuglements, nos limites et nos péchés, et c’est alors que le Seigneur pourra nous relever. Demandons au Seigneur la grâce de la vision et de l’illumination. Demandons la grâce de la foi pour notre monde, qui cherche sa voie difficilement, entre les guerres et les dérèglement écologiques. Engageons-nous personnellement comme le fait Jésus en touchant les yeux de l’aveugle et comme le fait l’aveugle, en se lavant à la piscine de Siloé. Par cet engagement mutuel et cette rencontre, nous découvrirons la joie de la guérison, et la lumière de Jésus, qui vainc le mal, qui est la lumière du monde, qui illumine la vie et la rend éternelle. Amen.

  • 4e dimanche de Carême : Nous sommes tous des aveugles-nés

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    Guérison-de-laveugle-né-par-Duccio-di-Buoninsegna.jpgLecture Patristique: saint Ephrem le Syrien (v. 306 – 373)

    Diatessaron XVI, 28-30

                «Jésus cracha sur le sol et avec sa salive il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveu­gle», et la lumière jaillit de la terre, comme au commencement, quand l’ombre du ciel, «la ténèbre, était répandue sur tout», lorsqu’il commanda à la lumière et qu’elle naquit des ténèbres. Ainsi il guérit le défaut qui existait depuis la naissance, pour montrer que lui, dont la main achevait ce qui manquait à la nature, il était bien celui dont la main avait façonné la création au commencement. Et comme ses adversaires refusaient de le croire antérieur à Abraham, il leur prouva par cette œuvre qu’il était le Fils de celui qui, de sa main, forma le premier «Adam avec la terre» ; en effet il guérit le défaut de l’aveugle par les gestes de son corps.

    Il fit cela pour l’utilité de ceux qui cherchaient des miracles afin de croire. Ce n’est pas la piscine de Siloé qui ouvrit les yeux de l’aveugle, comme ce ne furent pas les eaux du Jourdain qui purifièrent Naaman ; c’est le commandement du Seigneur qui accomplit tout. Bien plus, ce n’est pas l’eau de notre baptême, mais les noms qu’on prononce sur elle qui nous purifient.

    Ceux qui voyaient la lumière maternelle étaient conduits par un aveugle qui voyait la lumière de l’esprit; et, dans sa nuit, l’aveugle était conduit par ceux qui voyaient extérieurement, mais étaient spirituellement aveugles. L’aveugle lava la boue de ses yeux, et il se vit lui-même ; les autres lavèrent l’aveuglement de leur cœur et ils s’examinèrent eux-mêmes. Ainsi, en ouvrant extérieurement les yeux d’un aveugle, notre Seigneur ouvrait secrètement les yeux de beaucoup d’autres aveugles.

                L’aveugle a lavé la boue de ses yeux, et il s’est vu lui-même ; les autres ont lavé l’aveuglement de leur cœur, et ils se sont examinés eux-mêmes. Ainsi, en ouvrant extérieurement les yeux d’un aveugle, notre Seigneur ouvrait secrètement les yeux de beaucoup d’autres aveugles… Dans ces quelques mots du Seigneur étaient cachés des trésors admirables, et dans cette guérison, était esquissé un symbole : Jésus, fils du Créateur.

  • Il y a une lumière pour ta vie. Accueille-la ! (homélie pour le dimanche de Laetare)

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    L'homélie du 4e dimanche de carême, année A, (archive 19 mars 2023), par l'abbé Christophe Cossement :

    La nostra gioia è camminare nella luce del signore – Opera Santa Teresa  Ravenna

    Il y a une lumière pour ta vie. Accueille-la !

    Jésus accomplit une œuvre de lumière, l’œuvre de lumière par excellence : il rend la vue à un aveugle de naissance. Devant cela, les pharisiens se divisent. Certains reconnaissent l’œuvre de Dieu, « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » D’autres estiment que Jésus a violé le repos du sabbat et donc ne peut pas être homme de Dieu. Ces derniers ont-ils une conception trop étroite ? Ont-ils besoin d’avoir une conception plus laxiste du sabbat pour admettre qu’on peut prendre ses libertés avec l’interdiction de faire aucun ouvrage ? Nous ferions fausse route en regardant les choses ainsi. Jésus ne s’est jamais présenté comme un maître qui prend ses libertés par rapport à la Loi. Mais il est un maître qui lui redonne tout son sens, qui l’accomplit. Il est maître du sabbat parce qu’il en est l’auteur, pas parce qu’il accommode la loi à ses priorités personnelles.

    S’ils avaient compris que le sabbat est le jour de Dieu, le jour pour le Seigneur, les pharisiens adversaires pourraient se réjouir de cette victoire de Dieu sur les ténèbres, sur le découragement qu’instille le malin dans nos vies. Ou au moins admettre qu’ils ne comprennent pas, qu’ils sont aveugles. Mais ils disent « nous voyons » et considèrent les autres, ceux qui reconnaissent l’action du Christ, comme des moins que rien.

    Jésus avait dit qu’il était la lumière du monde, qui fait refluer les ténèbres et permet d’accomplir les œuvres de Dieu. De cela, les pharisiens n’ont rien à faire. Est-ce que cela arrive encore de nos jours ? Bien sûr, dans le monde étranger à la foi ou hostile à Dieu, on n’admettra pas que Jésus peut agir encore de la sorte, ni même qu’il ait un jour agi comme cela. Mais même dans le monde chrétien, c’est loin d’être répandu que Jésus peut agir dans une vie et lui ouvrir des perspectives insoupçonnées. On entend beaucoup de propositions de réforme de la morale de l’Église qui consiste plutôt à adapter l’appel de Dieu à nos limites que de croire que le Seigneur peut patiemment les repousser. Trop souvent, au lieu de dire : « crois que le Seigneur peut t’aider à changer, à te convertir », on dit : « attends que nous parvenions à changer ce qu’on a toujours cru que le Seigneur te demande… » « Bientôt l’Église appellera bon ce qui a été dit mauvais jusqu’ici ». Et pourtant, dans l’Évangile, il y a tant d’exemple de la façon dont le Seigneur change une vie, en dépassant ce qu’on croyait possible.

    Quand les pharisiens aimeraient un peu moins de lumière de la part du Seigneur, afin de rester centrés sur leurs conceptions humaines déguisées en piété, les petits et les pauvres désirent toujours plus de lumière pour réconforter leur vie. Aux pharisiens qui lui ordonnent « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous que cet homme est un pécheur », l’aveugle répond : « Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ». Je fais le souhait que l’Église avance davantage dans cette voie qui consiste à affirmer que Dieu agit aujourd’hui dans nos vies, qu’il peut sauver ce qui paraît perdu, qu’il permet une espérance nouvelle. Nous ne sommes pas condamnés à ce qui paraît humainement possible. Bien sûr, « qui fait l’ange fait la bête » disait déjà Pascal. Il ne s’agit pas d’annoncer un évangile irréaliste, une conversion facile, magique, et finalement superficielle. Mais d’entendre à nouveau le Seigneur nous dire : « crois-tu au Fils de l’homme ? » Et aussi : « si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te demande à boire, c’est toi qui lui demanderais de l’eau vive ».Oui, le Christ appelle aujourd’hui des ténèbres à la lumière, et cette lumière vient de son cœur. Cherchons-le et conduisons-y ceux qui nous entourent. Seigneur, fais de nos paroisses des communautés missionnaires !

  • Réjouis-toi, Jérusalem ! et rassemblez-vous, vous tous qui l'aimez !

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    Introitus Introït
    Isai. 66, 10 et 11  
    LAETÁRE, Ierúsalem: et convéntum fácite, omnes qui dilígitis eam: gaudéte cum laetítia, qui in tristítia fuístis: ut exsultétis, et satiémini ab ubéribus consolatiónis vestrae. Ps. 121, 1 Laetátus sum in his, quae dicta sunt mihi: in domum Dómini íbimus. V/. Glória Patri. Réjouis-toi, Jérusalem, et rassemblez-vous, vous tous qui l’aimez ; tressaillez de joie avec elle, vous qui avez été dans la tristesse afin que vous exultiez et soyez rassasiés à la mamelle de vos consolations. V/. Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur.

    Graduale Graduel
    Ps. 121, 1 et 7  
    R/. Laetátus sum in his, quae dicta sunt mihi: in domum Dómini íbimus. V/. Fiat pax in virtúte tua: et abundántia in túrribus tuis. R/. Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. V/. Que la paix soit dans tes forteresses, et l’abondance dans tes tours.
  • Sur les écrans : DAENS, le retour

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    DAENS, le retour.

    DAENS

    A partir de ce mercredi 11 mars, une trentaine de salles de cinéma mettent à l’affiche le film de Stijn Coninx consacré à l’abbé Adolf Daens (1839-1907) et à son action, à Alost, en faveur des travailleurs des filatures, exploités et réduits à la misère.

    Le film est superbe et ses qualités plastiques méritent incontestablement le détour. C'est à juste titre qu'il a été retenu à Hollywood parmi les cinq meilleurs films étrangers… en 1993 !

    Une première question se pose : pourquoi ce film revient-il sur nos écrans trente-quatre ans après sa sortie ? Stijn Coninx déclare dans La Libre Belgique (11 mars 2026) que « le film peut ouvrir une discussion actuelle sur les conditions de travail ». Il ajoute : « Qui va donner à manger à tous ces enfants ? c’est une phrase qui résonne encore dans beaucoup de pays et même dans certaines familles en Belgique. » Certes, dans beaucoup de pays existent encore des travaux pénibles, malsains, mal rémunérés mais, en Belgique, nous n’en sommes plus aux conditions de vie du XIXe siècle. Tous les économistes estiment que notre pouvoir d’achat a doublé depuis 1990[1] et que le risque de pauvreté a diminué[2]. De plus, toute une série d’organismes publics et privés sont là pour subvenir aux besoins essentiels des plus défavorisés. Pour mourir de faim, chez nous, il faut le vouloir mais Stijn Coninx persiste et évoque la « misère » réelle d’aujourd’hui c’est-à-dire le « burn out ». Pour traiter de ce mal réel et répandu, il faudrait un autre film, dans un autre cadre.[3] La misère à laquelle se confronte Daens est celle d’autres pays où le film a peu de chances d’être projeté. Alors, pourquoi ce retour chez nous ? La veille de la manifestation nationale du 12 mars pour bien persuader les manifestants que rien n’a changé ? Tocqueville a bien montré que plus une société est égalitaire et plus la moindre inégalité devient insupportable.[4] A chaque manifestation nationale, on entend cette plainte : pourrai-je emmener mes enfants en vacances ? On manifeste aujourd’hui, non pour survivre mais pour gagner plus et travailler moins. Alors, pourquoi ressortir ce film maintenant ? On peut tenter une autre explication vu qu’à l’approche de Pâques, il est de coutume, notamment sur certaines chaînes de télévision, de donner des leçons à l’Eglise.  Daens servirait-il à décrire l’Eglise dont tout un chacun rêve ou devrait rêver ? Voyons cela de plus près.

    Le film, en lui-même, est très interpellant. Il montre de manière saisissante I'extrême et scandaleux dénuement de la classe ouvrière à Alost au XIXe siècle, l'indifférence cynique et calculatrice de la bourgeoisie francophone et d'un Parti catholique borné, gangréné par le libéralisme, conservateur à I'excès. Le film est même susceptible de bouleverser davantage encore le spectateur si celui-ci pense que les ouvriers d'hier sont devenus les affamés du Tiers monde et que les nantis aveugles qui discourent dans les salons ou se donnent bonne conscience par des soupes populaires, sont notre propre image ! Ainsi, les analyses et les demandes pressantes de Léon XIII dans Rerum novarum, réactualisées par Jean-Paul II dans Centesimus annus, par Benoît XVI dans Caritas in veritate, par François dans Fratelli tutti et résumées par Léon XIV dans Dilexi te, doivent continuer à guider I'action sociale, économique et politique des hommes de bonne volonté, d'autant plus qu'aujourd'hui la question sociale est devenue mondiale ! Le film montre que cette question sociale, hier en Belgique comme aujourd'hui sur I'ensemble de la planète, ne peut se régler durablement par de simples "aides humanitaires" qui ne sont souvent, comme l'écrit avec audace et lucidité M. Schooyans[5], que des "feuilles de vigne" cachant de troubles jeux d'intérêts. Hier comme aujourd'hui, I'avenir des pauvres n'est pas simplement dans les collectes ou I'expédition de boîtes de lait, la solution passe par l'évangélisation intégrale des hommes et des sociétés. A ce titre, le film est une parabole grave qui doit mobiliser les consciences.

    Toutefois, nous ne pouvons souscrire sans réserve à toutes les dimensions de ce film.

    1. Un jugement erroné

    L'abbé Daens y est présenté comme un héros sans reproche, attaché à appliquer I'enseignement de Rerum novarum et, à cause de cela, semble-il, en opposition de plus en plus radicale avec la hiérarchie de I'Eglise de Belgique et même avec l'Eglise de Rome. Il est acculé finalement à continuer son action dans la dissidence pour rester fidèle à la classe ouvrière qui le soutient et à sa conscience généreuse[6] .

    Dans cet esprit, le film nous montre, sans réserve et finalement de manière positive, trois comportements qui ne peuvent être acceptés par une conscience chrétienne bien formée parce qu'ils sont contraires à I'enseignement le plus constant de I'Eglise :

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  • « Quo vadis, humanitas ? » : Un guide succinct pour les lecteurs pressés

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    De Luke Coppen sur The Pillar :

    « Quo vadis, humanitas ? » : Un guide succinct pour les lecteurs pressés

    Quelle est l'origine du nouveau document de l'ITC ? Et que dit-il ?

    Au sein de l'appareil bureaucratique complexe du Vatican, il existe un organisme qui fait office de système d'alerte précoce en matière théologique.

    L'ITC est dirigée par son secrétaire général italien, Mgr Piero Coda. Elle compte actuellement 26 membres, dont le mandat de cinq ans expire ou peut être renouvelé en 2026. Les membres basés aux États-Unis sont les professeurs Reinhard Huetter et Robin Darling Young, de l'Université catholique d'Amérique .

    Début mars, le CTI a publié un nouveau document, dont la traduction française est parue cette semaine. Il s'intitule Quo vadis, humanitas ? (« Humanité, où vas-tu ? »).

    Quelle est l’origine de ce nouveau document, sous-titré « Réflexions anthropologiques chrétiennes face à certains scénarios pour l’avenir de l’humanité » ? Et que dit-il ?

    Voici un guide rapide pour les lecteurs pressés.

    Quel est le contexte ?

    Durant son mandat actuel de cinq ans, l'ITC s'est concentré sur l'anthropologie chrétienne — l'étude des êtres humains en relation avec Dieu — à la lumière des défis culturels contemporains.

    Elle a examiné le sujet à travers le prisme de Gaudium et spes, un document fondateur du Concile Vatican II, dont le 60e anniversaire a eu lieu en 2025.

    Ce projet a été piloté par une sous-commission composée des membres suivants :

    Après trois années d'étude et de débat, les membres du CTI ont approuvé à l'unanimité le texte « Quo vadis, humanitas ? » en 2025. Ce texte a été soumis au président du CTI, le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui l'a présenté au pape Léon XIV.

    Avec l'approbation du pape, le cardinal Fernández a autorisé la publication du document le 9 février 2026. Il a été publié en italien et en espagnol le 4 mars.

    Qu'est-ce que ça dit ?

    Le document soutient que la culture évolue si rapidement, en raison des progrès technologiques, que les notions autrefois stables de ce que signifie être humain risquent d'être renversées.

    Il propose des pistes pour que les catholiques puissent proclamer avec conviction la conception chrétienne de la nature et du but de l'humanité, alors que le monde est secoué par une série de crises culturelles, économiques, sanitaires et militaires.

    Elle soutient que la vie humaine se définit par les relations — avec la nature, les autres et surtout Dieu — et que, puisque l'existence humaine est un don, elle s'accompagne de certaines contraintes et responsabilités, mais peut s'ouvrir à une communion impressionnante avec Dieu.

    Ce texte d'environ 28 000 mots se lit en deux heures environ. Il s'adresse probablement aux théologiens, aux philosophes s'intéressant à la pensée catholique et aux laïcs ayant déjà étudié des textes théologiques. Son style est d'une clarté inhabituelle pour un document du Vatican.

    Le texte se compose d'une introduction, suivie de quatre chapitres et d'une conclusion.

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  • Les mathématiciens peuvent devenir des « signes d'espoir pour le monde », déclare le pape Léon XIV.

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    De Victoria Cardiel sur EWTN News :

    13 mars 2026

    Les mathématiciens peuvent devenir des « signes d'espoir pour le monde », déclare le pape Léon XIV.

    À l'occasion de la Journée internationale des mathématiques, le pape Léon XIV a envoyé un message invitant à réfléchir au rôle que peuvent jouer les mathématiques de qualité dans le monde d'aujourd'hui.

    Dans un message transmis par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican, le pape Léon XIV a déclaré vendredi que les mathématiciens peuvent devenir des « signes d'espoir pour le monde », en particulier dans un contexte marqué par des progrès technologiques rapides et les défis auxquels l'humanité est confrontée.

    Le message du pape était adressé à la mathématicienne et professeure d'université turque Betül Tanbay, présidente de la Journée internationale des mathématiques, célébrée le 13 mars.

    Tanbay avait informé le pape d'un webinaire consacré au thème « Mathématiques et Espérance ». En réponse, le pape a adressé une lettre présentant ses salutations cordiales et ses meilleurs vœux à tous les participants à cette initiative.

    Dans ce texte, Léon XIV invitait à réfléchir au rôle que les mathématiques peuvent jouer face aux « multiples défis auxquels est confrontée la famille humaine », citant le développement technologique rapide, avec tout son potentiel « pour le bien comme pour le mal ».

    Le pape a encouragé les participants à réfléchir à la manière dont les mathématiciens peuvent témoigner positivement auprès de la société. « Un domaine de recherche particulièrement fructueux est l’utilisation des algorithmes, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle », a-t-il souligné.

    Le pape a toutefois souligné que travailler dans ces domaines exige bien plus que des compétences techniques. Comme il l'a fait remarquer, cette tâche requiert « non seulement un effort intellectuel et de l'ingéniosité, mais aussi un développement intégral de la personne », capable de prendre en compte la dimension morale des technologies émergentes.

    Se remémorant sa propre expérience d'enseignant de mathématiques et de physique, Léon XIV a cité les mots qu'il avait adressés aux étudiants lors du Jubilé mondial de l'éducation, qui s'est tenu le 30 octobre 2025 : « Posséder de vastes connaissances ne suffit pas si nous ne savons pas qui nous sommes ni quel est le sens de la vie. »

    Dans cette optique, le pape a exprimé l'espoir que les participants seraient attentifs « aux profonds besoins spirituels du cœur humain » et chercheraient des moyens d'humaniser le monde numérique afin qu'il devienne une occasion de fraternité et de créativité.

    De même, il encourageait les mathématiciens à être des « prophètes d’espoir, de vérité et de bonté dans le monde ».

    Le message s'est conclu par une prière du pape pour tous les participants à la Journée internationale des mathématiques, sur lesquels il a invoqué « d'abondantes bénédictions divines de sagesse, de joie et de paix ».

    Les connaissances mathématiques du pape Léon XIV

    Robert Francis Prevost, devenu le pape Léon XIV, obtint en 1977 une licence en mathématiques à l'université Villanova de Pennsylvanie, après avoir également étudié la philosophie. Il commença ensuite ses études de théologie la même année par son entrée au noviciat augustinien.

    Durant son séjour à l'Union théologique catholique de Chicago, Prevost a combiné sa formation religieuse avec l'enseignement : il a enseigné les mathématiques à temps partiel au lycée catholique Mendel de Chicago et a travaillé occasionnellement comme professeur de physique suppléant au lycée Ste Rita de Cascia.