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BELGICATHO

  • S'allier avec Al-Qaïda : le pari audacieux des chrétiens du Mali

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    S'allier avec Al-Qaïda : le pari audacieux des chrétiens du Mali

    Le pape Léon XIV s’apprête à entamer aujourd’hui son deuxième grand voyage international de l'année, direction l’Espagne. Mais entretemps, d'importantes nouvelles viennent de tomber concernant le continent africain, la destination de son précédent voyage.

    Lundi 1er juin, le pape a reçu en audience le nonce au Mali, l'archevêque ivoirien Mambé Jean-Sylvain Emien, sans doute pour obtenir de sa part plus d'informations sur les événements en cours dans ce pays du Sahel.

    Le pape Léon avait attiré l'attention sur le Mali après le Regina Coeli du dimanche 10 mai. Il s'était dit préoccupé par « l'augmentation des violences dans la région du Sahel, en particulier au Tchad et au Mali, frappés par de récents attentats terroristes ».

    En effet, quelques jours plus tôt, on dénombrait pas moins de 40 victimes au Tchad et, au Mali, 70 personnes abattues par les combattants djihadistes du Jnim, un acronyme de Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, c'est-à-dire le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda.

    Mais, que ce soit au Mali comme dans l’ensemble du Sahel, on n’assiste pa seulement à une simple augmentation des raids terroristes islamistes. L'État islamique, Daesh, tout comme Al-Qaïda avec ses groupes armés, est en train de renforcer, sur des territoires de plus en plus vastes, une domination assez proche de celle qu'il exerçait en Syrie et en Irak à l'époque du Califat.

    En février dernier, Daesh a même occupé pendant plusieurs heures l'aéroport international de Niamey, la capitale du Niger. Une véritable humiliation pour les militaires au pouvoir et leurs alliés, les mercenaires russes d'Africa Corps. Ces derniers, héritiers du Groupe Wagner, ont remplacé les troupes internationales et françaises – qui se sont définitivement retirées en 2022 – pour défendre les gouvernements locaux contre les attaques islamistes.

    Les seules défaites récemment essuyées par Daesh et ses alliés ont été contre les troupes d'élite envoyées par les États-Unis au Nigeria et dans la région du lac Tchad. C'est là qu'à la mi-mai, le numéro 2 de l'État islamique, Abou Bilal al-Maïnouki, a été repéré et abattu. Il était le cerveau de l'expansion de l’État Islamique du Nigeria vers les autres États du Sahel, en particulier le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

    Au Mali, dont la population est presque entièrement musulmane et où les chrétiens représentent un peu plus de 2 %, la domination islamiste s'étend désormais à une grande partie du pays. Depuis des mois, la capitale elle-même, Bamako, est encerclée et paralysée par le blocage presque total des approvisionnements en carburant.

    L'offensive est menée principalement par deux formations armées : les djihadistes du JNIM et les séparatistes touaregs (sur la photo de Getty Images) du Mouvement national de libération de l'Azawad, le MNLA. Ces derniers combattent depuis des années pour l'indépendance de leurs terres dans le nord du Mali, avec pour épicentre le carrefour caravanier historique de Tombouctou, en amont du fleuve Niger.

    En 2021, une junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta s’est emparée du pouvoir au Mali. Mais depuis novembre, alors que la capitale Bamako est assiégée, cette junte essuie défaite après défaite, dont la mort du ministre de la Défense, le lieutenant-général Sadio Camara. Récemment, l'avance des rebelles a été si foudroyante qu'elle a contraint les mercenaires russes à battre en retraite et à négocier avec l’ennemi une escorte pour quitter la ligne de front.

    Et ce n’est pas tout. La grande nouveauté de ces dernières semaines réside dans le fait que les opposants politiques à la junte putschiste, qui rassemblent des représentants marxistes, chrétiens et soufis sous le sigle CFR, Coalition des forces pour la République, ont convenu d'une chose : pour évincer les militaires arrivés au pouvoir avec le soutien de Moscou, il est nécessaire de former une alliance incluant les islamistes du JNIM et les Touaregs du MNLA.

    Dans un entretien accordé le 2 mai à France 24, le porte-parole de ces opposants politiques, Étienne Fakaba Sissoko, a déclaré que des négociations étaient en cours avec les islamistes et les Touaregs sur l'acceptation de la charia, la loi islamique déjà en vigueur dans de vastes régions du pays. Il a précisé : « et moi, qui suis chrétien catholique, on ne peut certes pas m'accuser de vouloir la charia », mais il s'agit précisément de « devoir faire face à la réalité ». Selon lui, « avec le JNIM, l'objectif est de reproduire le modèle déjà en place dans de nombreuses régions. À Gao, Tombouctou et Kidal, les cadis, c'est-à-dire les juges islamiques, jouent un rôle important dans toutes les affaires judiciaires, dans toutes les matières civiles. Au lieu de laisser tout cela se dérouler dans un état de chaos général, nous devons l'inscrire dans une Constitution qui nous permettra de résoudre, une fois pour toutes, les questions relatives aux revendications territoriales et au rôle des personnalités religieuses dans le système de gouvernement national ». Sissoko a ajouté que cette même logique de compromis devra s'appliquer aux Touaregs, afin de leur accorder l'autonomie tant attendue dans le nord du pays par le biais d'une révision constitutionnelle.

    Ce qui semblait impensable jusqu'à hier est donc en train de prendre forme au Mali : une alliance de l'opposition politique avec un spectre de guérilleros islamistes allant jusqu'à Al-Qaïda. Sissoko a toutefois prévenu que « tout doit se faire dans un cadre où l'esprit de la République est sauvegardé, où la démocratie renaît, et où l'intégrité territoriale est préservée. Ce sont des lignes rouges pour nous ».

    En rapportant la nouvelle de cette alliance naissante le 4 mai, l'agence vaticane « Fides » a titré : « Un possible "scénario syrien" pour le Mali ? ».

    Il existe effectivement une similitude entre ce scénario et les événements survenus en Syrie à la fin de l'année 2024, à lors de la chute du régime prorusse d'Assad sous les coups d'Ahmed al-Charaa. Ce dernier, ancien chef d'une formation djihadiste affiliée à Al-Qaïda, s'est transformé en défenseur d'un gouvernement ouvert aux différentes composantes de la société syrienne.

    Certes, parmi les chrétiens de Syrie, les sceptiques ont des raisons d’être inquiets, surtout après le terrible attentat commis il y a un an contre l'église Saint-Élie à Damas par des kamikazes musulmans, qui a fait 30 morts et 60 blessés. On reproche à Charaa son manque de contrôle sur les franges islamistes extrémistes.

    Cependant, il faut aussi prendre en compte la rencontre historique du dimanche 26 octobre 2025 entre Charaa et le patriarche d'Antioche Jean X, dans la cathédrale mariamite de Damas. Lors de cet entretien, le président syrien s'est inspiré d'un verset du Coran pour exprimer sa volonté de réconciliation : « Tu trouveras que les plus proches des croyants [musulmans] par l'amitié sont ceux qui disent : "Nous sommes chrétiens". Damas est le premier lieu de coexistence de l'humanité. Sa promesse est un pacte et un devoir, avec tout mon amour ».

    De son côté, au cours de cette même rencontre, le patriarche Jean X a rappelé l'Ashtiname de Mahomet. Il s'agit de la lettre adressée en 623, l'année suivant sa fuite de La Mecque à Médine, aux moines du monastère Sainte-Catherine du Sinaï, dans laquelle le Prophète promettait de s'engager à défendre la liberté de culte des chrétiens et leurs biens.
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Dix choses à savoir sur l'Église catholique en Espagne avant la visite du pape Léon XIV

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    Dix choses à savoir sur l'Église catholique en Espagne avant la visite du pape Léon XIV

    Le pape Léon XIV se rendra en Espagne du 6 au 12 juin, et fera escale à Madrid, Barcelone, aux îles Canaries et à Tenerife.

    De gauche à droite : la basilique de la Sagrada Familia ; le roi Felipe VI d'Espagne avec le pape Léon XIV ; et Notre-Dame de l'Almudena.
    De gauche à droite : la basilique de la Sagrada Familia ; le roi Felipe VI d’Espagne avec le pape Léon XIV ; et Notre-Dame de l’Almudena. (Photo : Daniela Perez via Canva Pro ; Vatican Media ; Bernard Gagnon, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

    Le pape Léon XIV se rendra en Espagne du 6 au 12 juin, avec des étapes à Madrid, Barcelone, aux îles Canaries et à Tenerife. C'est la neuvième fois qu'un pape visite le pays. Jean-Paul II s'y est rendu cinq fois et Benoît XVI à trois reprises.

    Au cours de ce voyage, le pape Léon XIV participera à 20 événements officiels, parmi lesquels une grande veillée avec les jeunes, une messe en plein air pour la Fête-Dieu et une procession dans les rues de Madrid seront parmi les moments les plus attendus.

    Voici 10 choses à savoir sur l'Église en Espagne, avec un accent particulier sur les régions que le Saint-Père visitera.

    1. L'Espagne est le pays qui envoie le plus de missionnaires.

    L'Espagne est actuellement le premier pays au monde en termes d'envoi de missionnaires catholiques à l'étranger et figure parmi les principaux donateurs des Œuvres pontificales missionnaires. Selon le rapport 2024 de ces dernières, l'Espagne compte près de 10 000 missionnaires, dont environ 5 000 sont actifs ; plus de la moitié sont des femmes et la plupart œuvrent sur le continent américain.

    2. Le pape Jean-Paul II a appelé l'Espagne Tierra de María (« Terre de Marie »).

    Saint Jean-Paul II, lorsqu'il était pape, a souvent qualifié l'Espagne de « terre de Marie », notamment lors de ses visites de 1982 et 2003, soulignant ainsi la richesse du réseau de sanctuaires mariaux et de dévotions qui y règne. L'Espagne est littéralement parsemée de lieux de culte mariaux – des grandes basiliques aux minuscules ermitages perchés sur les collines – si bien que presque chaque région possède son propre titre marial, sa fête et son pèlerinage.

    3. C'est un lieu de témoins et de martyrs chrétiens.

    La guerre civile espagnole a laissé l'une des plus importantes « empreintes de martyre », selon l'historien espagnol Monseigneur Vicente Carcel Orti, dans l'histoire moderne de l'Église, et elle a profondément marqué le panthéon des saints et bienheureux d'Espagne. Durant la guerre et la période de persécution qui suivit, environ 6 832 évêques, prêtres, religieux et religieuses furent tués pour leur foi, ainsi que des milliers de laïcs catholiques qui risquèrent leur vie pour protéger le clergé et les religieux.

    De cette persécution massive est née une reconnaissance progressive par l'Église d'un très grand nombre de martyrs : en 2007, la béatification de 498 martyrs sous le pontificat de Benoît XVI, en octobre, fut la plus importante cérémonie de béatification jamais organisée. À la fin des années 2000, près de 1 000 martyrs de la guerre civile espagnole avaient été béatifiés ou canonisés.

    4. La cathédrale de Madrid a été consacrée par un pape.

    L'un des monuments catholiques les plus importants de Madrid est la cathédrale Notre-Dame de l'Almudena, consacrée par le pape Jean-Paul II en 1993. De telles consécrations papales sont relativement rares en dehors de Rome, ce qui confère à la cathédrale une importance particulière dans la vie catholique espagnole. L'édifice demeure un lieu central pour les grandes célébrations religieuses de la capitale espagnole.

    La construction de la cathédrale de l'Almudena a débuté en 1883 et ne s'est achevée qu'en 1993. Ce projet centenaire témoigne de l'importance durable du catholicisme en Espagne et de l'évolution architecturale de l'époque moderne. Aujourd'hui, la cathédrale se dresse face au Palais royal de Madrid, symbolisant le lien historique entre l'Église et la Couronne.

    5. La patronne mariale de Madrid était « cachée dans les murs ».

    La sainte patronne de Madrid est la Vierge de l'Almudena, dont l'image est liée à une tradition séculaire remontant au Moyen Âge espagnol. Selon la tradition, lors de l'invasion maure de la région en 712, les Madrilènes cachèrent secrètement leur statue de la Vierge Marie dans les épais remparts de la forteresse, y laissant deux bougies allumées. En 1085, après la reconquête de Madrid par le roi Alphonse VI, les chrétiens se mirent à la recherche de la statue. Alors qu'ils arpentaient les remparts, une section s'effondra miraculeusement, révélant la statue parfaitement conservée, les bougies brûlant encore après des siècles.

    Cette même image vénérable sera portée en procession dans le stade Santiago Bernabéu lors de la rencontre du Saint-Père avec la communauté diocésaine de Madrid le 8 juin.

    6. La famille royale espagnole entretient des liens étroits avec l'Église.

    La famille royale espagnole entretient des liens étroits avec l'Église catholique, comme en témoigne le mariage, en 2004, du prince Felipe avec Letizia Ortiz à la cathédrale de l'Almudena à Madrid. Cette cérémonie a mis en lumière le rôle continu des traditions catholiques dans les grands événements nationaux.

    7. L'église la plus célèbre de Barcelone est une catéchèse en pierre.

    La basilique de la Sagrada Família est bien plus qu'un chef-d'œuvre architectural : elle fut construite comme un instrument d'évangélisation. Ses fondateurs imaginaient une église qui communiquerait la foi chrétienne à travers l'art, le symbolisme et l'architecture, faisant d'elle l'une des expressions les plus singulières de la foi catholique au monde.

    Les visiteurs de la Sagrada Família découvrent une représentation visuelle du récit central du christianisme. Les principales façades de la basilique illustrent la Nativité, la Passion et la gloire du Christ, et célèbrent la gloire, l'ascension et la vie éternelle de Dieu.

    La Sagrada Família est devenue l'édifice religieux le plus haut du monde, culminant à 172 mètres. Malgré ses dimensions immenses, la basilique a été conçue pour orienter l'attention vers Dieu plutôt que vers les réalisations humaines.

    La célèbre basilique fut initialement conçue par Francisco de Paula del Villar en 1882. Cependant, l'architecte catalan Antoni Gaudí reprit le projet en 1883 et transforma complètement le dessin en un mélange de styles gothique et Art nouveau, supervisant sa construction jusqu'à sa mort en 1926. Après son décès, plusieurs autres architectes ont poursuivi son œuvre dans le but de réaliser sa vision originale.

    Gaudí a délibérément conçu la Sagrada Família de manière à ce qu'elle reste légèrement plus basse que la colline de Montjuïc, située à proximité de Barcelone, car il estimait qu'aucune œuvre humaine ne devait surpasser la création divine.

    8. L'architecte de la Sagrada Família sera peut-être un jour canonisé.

    Antoni Gaudí était connu pour sa foi profonde et son dévouement à la construction de la Sagrada Família. Le Vatican a annoncé le 14 avril 2025 que le pape François avait officiellement reconnu la « vertu héroïque » de Gaudí, une étape cruciale du processus de canonisation. Deux miracles attribués à son intercession sont désormais requis pour sa canonisation.

    9. Le grand sanctuaire marial de Tenerife est le site de pèlerinage le plus important des îles Canaries.

    La basilique Notre-Dame de Candelaria à Tenerife est le plus important lieu de pèlerinage catholique des îles Canaries. Depuis des générations, elle est le cœur spirituel de l'archipel et demeure une destination majeure pour les pèlerins et les visiteurs, attirant environ deux millions de personnes par an.

    La basilique est dédiée à la sainte patronne des îles Canaries, la Vierge de Candelaria. La tradition veut que l'image de la Vierge de Candelaria ait été vénérée par le peuple autochtone guanche avant même la conquête de Tenerife par l'Espagne. La Vierge de Candelaria est souvent associée à la tradition des Vierges noires, ces images de Marie à la peau sombre vénérées dans différentes parties du monde.

    10. Les îles Canaries furent un des premiers avant-postes catholiques.

    Les îles Canaries sont divisées en deux diocèses catholiques : l’un centré à Las Palmas et l’autre à San Cristóbal de La Laguna, sur l’île de Tenerife. Établis au début du XVe siècle, plusieurs décennies avant l’évangélisation d’une grande partie des Amériques, ces diocèses ont fait des îles une frontière importante de l’expansion catholique durant une période charnière de l’histoire mondiale.

    De par leur situation stratégique dans l'Atlantique, les îles Canaries devinrent une étape incontournable pour les explorateurs, les missionnaires et les colons voyageant entre l'Europe et les Amériques. De ce fait, elles jouèrent un rôle important dans la diffusion du catholicisme à travers le Nouveau Monde.

  • L’urgence missionnaire de l’Espagne qui attend Léon XIV

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    Une dépêche de l'Agence Fides (Marie-Lucile Kubacki) :

    L’urgence missionnaire de l’Espagne qui attend Léon XIV

    5 juin 2026  
     

    Madrid(Agence Fides)- Du 6 au 12 juin 2026, c’est en Espagne que Léon XIV a choisi de se rendre pour son quatrième voyage apostolique hors d’Italie. À cette occasion, il se rendra à Madrid, Barcelone où il célébrera notamment une messe à la basilique de la Sagrada Família, dans le cadre des commémorations du centenaire de la mort de son célèbre architecte, Antoni Gaudí (1852-1926).) et aux Canaries, archipel  frappé par la crise migratoire.

    D’un point de vue ecclésial et missionnaire, la situation espagnole est assez intéressante. Pays historiquement marqué par le christianisme, l’Espagne est rattrapée par la sécularisation même si l’Église conserve une certaine visibilité.

    Une enquête publiée par le CIS (Encuesta sobre Tendencias Sociales V, étude n° 3535, décembre 2025), estime que 15,2% des personnes interrogées se définissent comme catholiques pratiquants, et, que parmi l’ensemble de l’échantillon, 11,4% déclarent aller à la messe « tous les dimanches et jours de fête » tandis que 4,7% y assistent « plusieurs fois par semaine. » 
    C’est pénétrée de ce constat que la Conférence épiscopale espagnole, mène depuis plusieurs années une profonde réflexion afin de repenser la mission à partir de la réalité du pays.

    Quelques semaines avant la venue du Pape, elle a publié un long document particulièrement intéressant intitulé « Mettez-vous en route » (citation extraite de l’Évangile de Lc 10,3), proposant des lignes pastorales pour les quatre années à venir.

    Alors que le Pape Léon XIV, dans un récent discours livré devant les participants à l’assemblée générale des Oeuvres Pontificales missionnaires, a rappelé aux « fidèles des Églises plus anciennes » combien il était important de s'inscrire « dans l’esprit missionnaire de l’Église tout entière », on peut trouver là un constat à la fois lucide et dynamique. « En Espagne, l'époque révolue, ancrée pendant des siècles, où l'on disait : « je suis catholique parce que je suis né en Espagne », est bien derrière nous », affirme le texte.

    « Les difficultés que nous rencontrons dans l'évangélisation, ainsi que le vieillissement et la diminution numérique des membres de la communauté chrétienne, des époux, des consacrés, des pasteurs et des laïcs engagés dans la mission de l'Église, provoquent un certain découragement dans l'Église, aggravé par la surcharge de travaux et de défis évangélisateurs, particulièrement chez les ministres ordonnés, peut-on lire encore. Les consacrés vivent en Espagne une extraordinaire reconfiguration de leurs provinces et de leurs présences apostoliques. La réorganisation permanente des paroisses en « unités pastorales » — quelle qu'en soit la dénomination — ainsi que ce qui vient d'être exposé, nous font vivre avec la sensation d'être centrés sur l'« administration d'une pénurie quantitative » qui entrave l'avancée dans la « conversion pastorale » que la nouveauté du changement d'époque exige. »

    La tentation de la « double vie » et les attentes à prendre en compte

    La CEE proposent de réfléchir à partir de l’épisode du Cénacle, où les disciples sont d’abord enfermés dans la peur. « Certains pensent qu'il vaut mieux se réfugier dans le « cénacle » jusqu'à ce que la tempête se dissipe », écrit la CEE, en mettant en garde contre la tentation de penser la mission de manière clivée, en scindant sa vie entre ce qui se joue à l'intérieur du “temple”, en contexte ecclésial, et ce qui se joue à l’extérieur, le reste du temps. « Les difficultés, d'une profonde racine culturelle, poussent à une sorte de double vie, dans laquelle on peut arborer des étendards évangéliques tout en adoptant des formes de vie, des instruments et des moyens mondains, poursuit le texte. On finit par réduire la vie évangélique aux temples, mais en dehors d'eux — là où se vivent les relations de travail, les relations avec les autres, avec les voisins, les relations en tant que parents d'élèves à l'école, en tant que professionnels dans tel ou tel domaine — il faudrait accepter les règles du jeu du monde, dominées par l'argent et le pouvoir, qui engendrent l'indifférence et la passivité au moment d'évangéliser dans les replis de la mentalité dominante. Cette sorte de double vie est l'« aliénation sociale » à laquelle se réfère François dans l'encyclique Dilexit nos (2024). » C’est de ce climat, analyse la CEE, que jaillissent «les réductions idéologiques de la foi ou la nostalgie des temps passés », « imputant à la réforme conciliaire et à son accueil tous les maux de l'Église.»

    Parmi les symptômes de la mondanité contemporaine, la CEE identifie la culture de  l'« empowerment », dans les sphères anthropologiques, économiques et politiques, qui engendre « une mentalité contraire à la compréhension chrétienne de la personne.» Autre symptôme, le consumérisme. « Le système culturel, économique et politique contemporain est structuré à la manière d'un supermarché : le plaisir, compris comme la satisfaction d'un désir, et le pouvoir et l'argent comme instruments pour l'atteindre », peut-on lire. Dans un contexte marqué par l’essor d’un individualisme qui fragilise la perception traditionnelle des liens familiaux et communautaires, la CEE pointe relève une inquiétude croissante face à l’inconnu. La « réduction anthropologique de la personne à simple individu » engendre une forme d’insatisfaction profonde, en appauvrissant « la raison, l’affectivité et la volonté ». Cette insatisfaction est souvent compensée par la quête de « pouvoir » ou par des « succédanés addictifs », sans jamais combler le malaise persistant. Pourtant, cette tension révèle une aspiration plus profonde : redécouvrir que « la vie est don, et non pouvoir ». Ainsi, derrière l’exaltation de l’individu se manifeste la « nostalgie de la personne », derrière la recherche de pouvoir celle de « l’amour », et derrière les promesses d’un « projet de vie accomplie » proposées par une société de consommation, celle de « la sainteté ». Pour la CEE, ce sont ces attentes que l’Église doit écouter pour être missionnaire.

    Le triomphe du « bricolage » religieux

    Un autre constat fondamental est qu’au sein de la société espagnole sécularisée, « le défi de l'Église n'est pas tant l'athéisme que la faim de Dieu qui se manifeste de très diverses manières.» En effet, selon une enquête publiée la Fundación SM, “Jóvenes españoles 2026” (10ᵉ rapport sur la jeunesse), reprise dans plusieurs médias catholiques espagnols, si la proportion de jeunes qui se disent catholiques est passée de 31,6% à 45% entre 2020 et 2025, la teneur de cette foi est souvent syncrétique, puisqu’entre les catholiques pratiquants 60,7% déclarent croire au karma, 48,5% à la réincarnation et 44,1% aux arts magiques, composant une spiritualité à la carte où se mêlent des éléments de tradition catholique et des fragments de « spiritualités néo‑ésotériques. » Même s’il faut toujours se garder d'idolâtrer les chiffres, ceux-ci manifestent la complexité de la situation qui ne peut être simplement pensée à l’aune de la dialectique effondrement / renouveau. Comment, répondre à cette faim de Dieu sachant qu’elle s’assortit dans de nombreux cas d’une démarche plus individualiste et distanciée au regard des institutions? La mission à l’égard ceux ce que les sociologues  des religions appellent parfois “spiritual but non religious” ou “nones” est en effet un des grands défis de l’époque.

    Des éléments que l’on retrouve aussi en France, où le pape doit se rendre du 25 au 18 septembre prochain. Dans les deux pays, le même constat que la sécularisation et la baisse des courbes de la pratique invitent à se recentrer plus que jamais sur la cohérence et la vitalité du témoignage.

    En Espagne, l’Église invite à opérer ce changement de paradigme en utilisant la clé de discernement offerte par le Pape François lors de son discours à la Curie romaine de 2023  : « Soixante ans après le Concile, avait-il déclaré, nous continuons à débattre de la division entre "progressistes" et "conservateurs" ; mais ce n'est pas là la vraie différence : la différence véritable et principale est entre les "amoureux" et les "habitués". Voilà la différence. Et seuls ceux qui aiment peuvent marcher ».

    Mais comment passer de la logique de l’habitude à celle de l’amour? De nombreuses initiatives et essais apostoliques ont été mis en oeuvre ces dernières années « dans le domaine de la première annonce, du catéchuménat d'adultes, du renouveau de l'initiation chrétienne, des nouveaux itinéraires de préparation au mariage, de la piété populaire, de l'adoration eucharistique et de l'aide aux personnes les plus pauvres » relève la CEE, qui pointe aussi l’apport des immigrés catholiques en terme de revitalisation et rajeunissement des communautés parmi les éléments de renouveau. En somme, il ne s’agit pas tant d’inventer de nouvelles recettes que de retrouver, à chaque époque et en chaque lieu, le puits d’eau vive de l’Évangile et les gestes de toujours des Béatitudes. (Agence Fides 5/6/2026)

  • Pologne : béatification de neuf prêtres salésiens assassinés

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    Du Père Łukasz Bankowski sur Vatican News :

    Les neuf salésiens martyrs qui seront béatifiés.Les neuf salésiens martyrs qui seront béatifiés. 
    Neuf religieux tués par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale seront béatifiés le 6 juin au sanctuaire Saint-Jean-Paul II de Cracovie. Le lieu de la cérémonie n’est pas le fruit du hasard: enfant, le futur Jean-Paul II avait assisté à l’arrestation de certains d’entre eux, et leur témoignage l’avait profondément marqué.

    Les pères Jan Świerc, Ignacy Antonowicz, Karol Golda, Włodzimierz Szembek, Franciszek Harazim, Ludwik Mroczek, Ignacy Dobiasz, Kazimierz Wojciechowski et Franciszek Miśka. Tels sont les noms des neuf prêtres salésiens tués dans les camps de concentration nazis allemands d’Auschwitz et de Dachau entre 1941 et 1942. Après que Léon XIV eut approuvé le décret sur leur martyre le 24 octobre 2025, l’heure est venue pour leur béatification. Samedi à 10 heures, heure de Cracovie, le cardinal Marcello Semeraro, préfet du dicastère des Causes des saints, présidera la messe solennelle au sanctuaire Saint-Jean-Paul II de la ville polonaise.

    Le courage face à la persécution

    Les futurs bienheureux étaient engagés dans des activités pastorales et éducatives, mais après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ils furent arrêtés au seul motif qu’ils étaient prêtres catholiques. Ils n’avaient pris part à aucune activité politique ou militaire, et pourtant, le régime nazi considérait leur ministère comme une menace. Même enfermés dans les camps de concentration, les neuf salésiens sont restés fidèles à leur vocation, résistant à la faim, aux humiliations et à la torture, continuant à soutenir leurs compagnons de captivité, à prier et à témoigner de leur foi. Leur martyre a été reconnu par l’Église comme une mort in odium fidei, par haine de la foi.

    Un lieu lié à Jean-Paul II

    La béatification au sanctuaire de saint Jean-Paul II, dans le quartier Mer Blanche de Cracovie, revêt une profonde signification historique et spirituelle. Le jeune Karol Wojtyła, qui vécut à Cracovie dans le quartier de Dębniki pendant la guerre, fut témoin de l’arrestation de six des neuf salésiens. Les Allemands les déportèrent au camp de concentration de Dachau et cette expérience marqua la vie du futur Pape, devenant l’un des événements qui influencèrent son choix de devenir prêtre. «Je crois fermement que la vocation sacerdotale de saint Jean-Paul II est également née de leur martyre», a déclaré le cardinal métropolite de Cracovie, Grzegorz Ryś. Pour le cardinal, le jeune Wojtyła a compris à ce moment-là ce que signifiait le manque de prêtres et l’immense perte que représentait, pour la communauté de l’Église, le fait de priver les fidèles de leurs pasteurs. «Cette béatification – soulignent les organisateurs de la cérémonie – est une reconnaissance publique de leur dévouement à Dieu, qui s’est révélé plus fort que la violence, la peur et la mort. Dans la réalité de la haine totalitaire, ils sont restés fidèles au Christ, à l’Église et à leur vocation salésienne jusqu’à la fin».

    Prière pour les nouvelles vocations

    Le métropolite de Cracovie a souhaité que cette béatification ne soit pas seulement une célébration des héros de la foi, mais aussi une prière pour les nouvelles vocations sacerdotales et religieuses: «Qu'elle devienne notre grande prière pour les vocations sacerdotales et religieuses, nous en avons tant besoin aujourd'hui! Ce serait merveilleux de savoir que le témoignage de ces neuf martyrs soit une invitation pour d'autres à les suivre.»

  • Centenaire du monument du Sacré-Coeur de Dison-Andrimont 1926 - 2026

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    Capture d'écran 2026-05-19 144250.png

  • La vie de saint Norbert : Comment Jésus peut faire d’une pierre un enfant d’Abraham (6 juin)

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    La vie de saint Norbert : Comment Jésus peut faire d’une pierre un enfant d’Abraham (1080-1134) (44 mn) (6 juin) Sujets traités : Une conversion d’origine divine. L’urgence du salut.

  • Quand le PS ne veut plus du Te Deum mais se presse aux iftars de rupture du jeûne

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    D'Harrison du Bus sur 21News :

    Le PS ne veut plus du Te Deum mais se presse aux iftars de rupture du jeûne (édito)

    Au nom de la neutralité de l'État, le PS souhaite mettre fin à la participation officielle des autorités belges au Te Deum du 21 juillet. Pourquoi certains symboles religieux seraient-ils devenus incompatibles avec la neutralité publique tandis que d'autres continuent de bénéficier d'une large bienveillance politique ?

  • Quatorze évêques participeront à la Marche pour la Vie au Royaume-Uni, un record de participation épiscopale

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    De Thomas Colsy sur le Catholic Herald :

    Quatorze évêques participeront à la Marche pour la Vie au Royaume-Uni, un record de participation épiscopale.

    L’archevêque Richard Moth de Westminster célébrera la messe d’ouverture et conduira un nombre record de 14 évêques catholiques venus de toute la Grande-Bretagne lors de la Marche pour la Vie au Royaume-Uni le 5 septembre 2026 – soit le double du nombre de participants de l’année dernière – alors que ce témoignage public annuel du caractère sacré de la vie humaine attire un soutien épiscopal sans précédent dans un contexte de pressions législatives continues affectant les enfants à naître.

    Le rassemblement réunira les archevêques des trois principaux sièges épiscopaux d'Angleterre – Mgr Richard Moth de Westminster, ainsi que les archevêques de Birmingham et de Southwark – et une large représentation d'autres ordinaires d'Angleterre, d'Écosse et du Pays de Galles, selon Edward Pentin du National Catholic Register . Les organisateurs de March for Life UK ont qualifié l'ampleur de la participation d'historique, soulignant « l'importance capitale que l'Église accorde à cette question essentielle et fondamentale ».

    Isabel Vaughan-Spruce, directrice de l'événement et militante ayant elle-même fait l'objet de poursuites en vertu des lois sur les zones tampons pour avoir prié en silence près de cliniques pratiquant l'avortement, a attribué la forte participation aux récents développements. Parmi ceux-ci figurent le vote du Parlement en mars 2026 visant à dépénaliser l'avortement jusqu'à la naissance, l'application des zones tampons, le programme d'avortement médicamenteux par voie postale et le débat intense autour de la législation sur le suicide assisté. Les chiffres officiels montrent que 277 970 avortements ont eu lieu en Angleterre et au Pays de Galles en 2023, soit le chiffre le plus élevé depuis la loi de 1967 sur l'avortement.

    La marche a vu le jour lors d'une modeste manifestation pro-vie organisée à Birmingham en 2012, qui avait rassemblé environ 70 personnes. La première Marche pour la Vie officielle du Royaume-Uni a eu lieu en 2013 à la cathédrale Saint-Chad, réunissant près de 400 participants. L'événement s'est déplacé dans le centre de Londres en 2018 et n'a cessé de croître, attirant environ 10 000 personnes en 2025 sous un ciel clément en septembre, avec une forte présence de jeunes familles et une présence œcuménique manifeste.

    Les marches précédentes se sont caractérisées par une atmosphère de recueillement, les participant·e·s partageant des témoignages personnels de guérison après un avortement, offrant des prières silencieuses tout au long du parcours et engageant des conversations respectueuses avec les spectateur·e·s. La procession de 2025 s'est distinguée par sa diversité générationnelle et son esprit de témoignage joyeux plutôt que de confrontation, ce que Vaughan-Spruce a décrit à maintes reprises comme « une réponse compatissante et nécessaire à un mal omniprésent ».

    Le programme de cette année comprendra un festival pro-vie en intérieur et un nouveau Sommet familial pro-vie destiné aux jeunes adultes, avec des petits-déjeuners gratuits et des ateliers adaptés à l'âge des enfants. Le cortège public partira de la cathédrale de Westminster pour rejoindre Parliament Square sous le thème « L'avortement blesse la famille ».

    Les organisateurs ont publié une vidéo promotionnelle encourageant les catholiques et les autres chrétiens à participer et à se joindre à leurs évêques pour témoigner ensemble en faveur de la protection des femmes, des hommes et des enfants à naître.

    Parmi les autres participants figureront l'archevêque Bernard Longley de Birmingham, l'archevêque John Wilson de Southwark, l'évêque Philip Egan de Portsmouth, l'évêque Peter Collins d'East Anglia, l'évêque Paul Swarbrick de Lancaster, l'évêque John Arnold de Salford, l'évêque Bosco MacDonald de Clifton, l'évêque David Waller de l'Ordinariat personnel de Notre-Dame de Walsingham, l'évêque Paul Mason, évêque auprès des forces armées, l'évêque Frank Dougan de Galloway, l'évêque John Keenan de Paisley, ainsi que l'évêque auxiliaire David Evans de Birmingham et l'évêque auxiliaire Paul Hendricks de Southwark.

    Les catholiques de tout le Royaume-Uni sont invités à se joindre à la procession et à prier pour que ce témoignage renforcé de la hiérarchie et des fidèles contribue à une reconnaissance culturelle plus profonde de la dignité inviolable de toute vie humaine, de la conception à la mort naturelle.

  • De quoi l'archevêque Fulton Sheen sera-t-il le saint patron ?

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    De

    L'archevêque Fulton Sheen sera le saint patron… de quoi ?

    L'héritage tout entier du vénérable Sheen était animé par une seule mission : amener des âmes au Christ.

    L'archevêque américain Fulton J. Sheen est photographié en train de prêcher (photo non datée). (Photo CNS)
    Lors d'un récent discours devant l'Assemblée générale des Œuvres pontificales missionnaires, le pape Léon XIV a donné ce qui est peut-être l'indication la plus claire à ce jour de ce que sera l'héritage du vénérable archevêque Fulton Sheen dans l'Église catholique : saint patron des missionnaires.

    Le Saint-Père a salué la foi et les émissions de Sheen, qui ont « touché des millions de personnes par l’espérance de l’Évangile », y compris le pape Léon XIV lui-même. Il a souligné le rôle de Sheen dans l’apport d’une aide spirituelle et matérielle à l’Église dans les régions les plus pauvres du monde.

    En citant Sheen comme un exemple pour les « directeurs nationaux et diocésains des Œuvres pontificales missionnaires du monde entier », le pape Léon XIV laissait entendre que Sheen deviendrait le saint patron des missions et du travail missionnaire.

    Ayant passé des années à étudier de près la vie de Sheen, je suis convaincu qu'il n'y a rien de plus approprié. Tout son héritage — de sa vie de prière intense et de sa rigueur intellectuelle à son évangélisation récompensée par un Emmy et à ses actions caritatives à travers le monde — était animé par une seule mission : amener des âmes au Christ.

    Cette mission a joué un rôle déterminant dans la production littéraire prolifique de Sheen, dont 66 ouvrages qui restent populaires aujourd'hui. Sheen était réputé pour sa profonde compréhension théologique. Il connaissait Jésus personnellement et savait transmettre ces réflexions avec habileté et clarté aux lecteurs. Certains de ses livres, notamment La Vie du Christ et Un trésor dans l'argile , continuent de se vendre à des chiffres records.

    Sheen a également été un pionnier de la radio et de la télévision modernes dans les années 1930, 40 et 50.

    Son émission primée aux Emmy Awards,  « Life Is Worth Living » , a attiré des audiences record, venues écouter son message d'espoir. Il s'exprimait avec éloquence et son intégrité donnait du poids à ses paroles.

    De plus, son humour autodérisoire témoignait d'une humilité dont les personnalités médiatiques d'aujourd'hui feraient bien de s'inspirer. Nombre d'entre elles seraient fascinées de voir comment l'archevêque captivait des millions d'Américains chaque semaine, armé d'un simple tableau noir et d'une craie.

    L'engagement héroïque de Sheen envers la prière et sa relation personnelle avec le Seigneur ont inspiré ceux qui le connaissaient. Le jour de son ordination, Sheen promit de faire une heure sainte eucharistique quotidienne et continue. Il tint cette promesse jusqu'à sa mort, comme il se doit devant le Saint-Sacrement. Au cours de ces 22 000 heures saintes, Sheen témoigna de la profondeur de son engagement envers le Seigneur dans le Saint-Sacrement. Il exhorta ses pairs à s'engager eux aussi dans cette adoration quotidienne du Seigneur, nous rappelant à tous que nous avons toujours le temps. Nombreux sont ceux qui ont été inspirés à suivre son exemple.

    Sheen a également rapproché les catholiques de la Vierge Marie, à qui il a confié sa vocation et qu'il appelait affectueusement « Belle Dame vêtue de bleu ».

    De plus, Sheen a démontré avec force l'importance d'une solide formation pour rechercher la vérité divine et la partager avec autrui. Passionné par l'apprentissage, il a obtenu de nombreux diplômes, dont un doctorat en philosophie de l'Université catholique de Louvain, en Belgique.

    Il fut également professeur et consacra des décennies à l'enseignement de la théologie et de la philosophie à l'Université catholique d'Amérique à Washington. Il se distingua par la rigueur de ses cours et par sa volonté d'inciter ses étudiants à approfondir leurs connaissances. Les érudits catholiques d'aujourd'hui gagneraient à suivre l'exemple de Sheen.

    Enfin, l'engagement de Sheen au sein de la Société de la Mission pontificale – malgré son succès médiatique international et ses relations prestigieuses – a démontré son amour pour tous les enfants de Dieu et son dévouement total à Dieu plutôt qu'à la gloire personnelle.

    Sheen a fait remarquer que les pasteurs sont responsables d'une paroisse et les évêques d'un diocèse. Pourtant, en tant que directeur de la Propagation de la Foi, Sheen avait le privilège de servir et d'évangéliser le monde entier. Il a embrassé cette responsabilité avec enthousiasme et a consacré des années à collecter des fonds, tant matériels que spirituels, pour les missions à travers le monde.

    L'érudition remarquable de Sheen, ses écrits, sa dévotion à la Vierge Marie, son engagement dans l'évangélisation et son rôle de chef missionnaire révèlent un homme qui a consacré sa vie entière à un seul but : mettre tous les talents que Dieu lui avait donnés au service de l'évangélisation. Tout ce que Sheen entreprenait était pour lui une occasion de gagner des âmes au Christ.

    La vie et l'héritage de Sheen rendent donc les éloges récemment adressés au pape Léon particulièrement significatifs.

    Je me joins à notre Saint-Père pour prier afin que ceux qui servent aujourd'hui dans les missions soient inspirés par l'exemple du bientôt bienheureux Fulton Sheen, dont la vie demeure un puissant témoignage de l'appel missionnaire de l'Église.

  • Euthanasie : quand la liberté pèse lourd sur les plus vulnérables

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    Du site de l'ECLJ :

    Euthanasie : quand la liberté pèse lourd sur les plus vulnérables

    3 juin 2026

    En Oregon, près de 40 % des patients ayant eu recours au suicide assisté en 2025 estimaient être un fardeau pour leurs proches.[1]Derrière l’image d’un individu libre et maître de sa propre mort se cache une réalité bien différente : celle de personnes âgées et isolées, abandonnées par un système défaillant, avertit Sofia Gauruel, chercheuse associée au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ).

    Tribune libre de Sofia Gauruel publiée en français dans Valeurs actuelles le 1er juin 2026.

    Les données disponibles dans les pays ayant légalisé l'euthanasie ou le suicide assisté dressent un portrait relativement homogène des participants. Dans l'ensemble, la grande majorité sont des personnes âgées, généralement entre 70 et 80 ans.[2]Au Canada, l’âge médian des personnes recevant l’aide médicale à mourir (AMM) était de 77,6 ans en 2023.[3]

    Hormis l'âge, les raisons les plus fréquemment invoquées pour l'euthanasie ne sont pas la douleur physique, mais plutôt un sentiment d'abandon. En Oregon, l'une des rares juridictions à recenser systématiquement les sources de souffrance telles que celles mentionnées précédemment, les principales raisons sont la perte d'autonomie (89 %), la diminution de la capacité à participer à des activités plaisantes (89 %) et un sentiment de déclin (65 %).[4]Le sentiment d'être un fardeau pour ses proches figure également parmi les raisons fréquemment invoquées. En ce sens, la décision de recourir à l'aide médicale à mourir n'est pas un choix pleinement libre, mais résulte souvent d'un sentiment d'abandon que la société n'a pas su prévenir.

    L’isolement confirme et renforce cette observation. Les données canadiennes montrent que les personnes qui demandent de l’aide médicale à mourir sont plus susceptibles de vivre seules, dans des zones caractérisées par une plus grande instabilité résidentielle, avec une proportion plus élevée de locataires ou de personnes sans conjoint. Pourtant, la solitude n’est pas une fatalité médicale. Dans une étude de 2024, l’Institut national du vieillissement a noté qu’au Canada, 19 % des personnes âgées de 50 ans et plus se sentaient très seules, 40 % ressentaient une certaine solitude et 43 % étaient à risque d’isolement social.[5]

    Le sixième rapport annuel sur l’aide médicale à mourir au Canada apporte des éclaircissements importants à ce sujet. En 2024, l’isolement ou la solitude a été cité comme source de souffrance par 21,9 % des personnes ayant fait une demande d’aide médicale à mourir et par 44,7 % de celles dont le décès n’était pas prévisible à court terme.[6]L'isolement, lorsqu'il est évoqué, n'est jamais un phénomène isolé. Il aggrave de multiples formes de souffrance déjà existantes, les rendant encore plus insupportables. L'isolement ne remplace donc pas les autres formes de souffrance, mais les complète et les exacerbe. Par conséquent, ce qui apparaît comme un choix libre et éclairé est parfois en réalité le symptôme d'une défaillance systémique qui exige des politiques publiques adaptées.

    Il est néanmoins important de souligner une limite majeure de ces analyses : dans la grande majorité des pays européens ayant légalisé l’euthanasie, les systèmes de réglementation ne recueillent pas de données socio-économiques individuelles. De même, les gouvernements ne publient pas de statistiques systématiques sur le profil des personnes souhaitant mourir, les raisons réelles de leurs demandes, ni les pressions qui auraient pu les influencer. Ce manque de données rend toute comparaison rigoureuse entre pays difficile et prive tout débat public des outils nécessaires à une analyse rationnelle des effets de cette législation.

    Mais ce manque de transparence statistique n'est pas anodin. Il permet au mythe du libre choix éclairé de perdurer en occultant le contexte dans lequel il se manifeste. La collecte de données socio-économiques est nécessaire, et il est tout aussi important de savoir qui décide de cette collecte et pourquoi.

    La dépénalisation de l'euthanasie et ses conséquences pour les plus vulnérables

    La légalisation de l'euthanasie n'affecte pas tout le monde de la même manière. Elle touche principalement les personnes souffrant de dépendance, d'isolement ou d'un manque de soutien au sein d'un système de santé défaillant. Pour ces personnes, l'existence d'une option létale légalisée n'est pas neutre ; elle exerce une pression implicite, comparable à un message silencieux de la société. La légalisation transforme ainsi une option autrefois impensable en une solution envisageable, modifiant la perception même de la vie pour celles et ceux qui n'ont pas les ressources matérielles, émotionnelles et médicales nécessaires pour envisager autre chose.

    De nombreux cas illustrent le recours à l'euthanasie comme solution à un problème apparemment insurmontable. Au Canada, Sophia a demandé à mourir en 2022.[7]Après des années d'errance au sein d'un système incapable de lui trouver un logement décent, Shanti de Corte, rescapée des attentats de Bruxelles de 2016, a été euthanasiée en 2022 à l'âge de 23 ans en Belgique, souffrant d'un syndrome de stress post-traumatique que le système de santé n'avait pas su traiter. Toujours en 2022, Nathalie Huygens a bénéficié d'une euthanasie suite à un viol ; sa souffrance psychologique a été jugée incurable, là encore en raison d'un manque de soins adaptés au traumatisme subi. Tous ces cas ont en commun d'être officiellement classés comme médicaux, mais leurs véritables causes sont profondément sociales.

    Ces cas ne sont pas isolés dans le temps : l’affaire Noelia Castillo Ramos, actuellement dans l’actualité, en est la dernière illustration.[8]Victime d'un viol collectif, Noelia a bénéficié d'une aide médicale à mourir en raison de souffrances psychologiques jugées incurables par les autorités. Sa décision illustre l'extrême vulnérabilité de nombreuses personnes qui y ont recours. Dans bien des cas, ces choix, présentés comme individualisés, trouvent leur origine dans des causes sociales. L'expérience de pays pionniers comme la Belgique et le Canada le confirme : face au manque de logements, à l'inaccessibilité des soins psychiatriques et à l'absence de soutien affectif, l'euthanasie peut combler un vide que la société n'a pas su combler.

    La convergence des facteurs sociaux et la responsabilité du législateur français

    Derrière la diversité des systèmes juridiques qui ont dépénalisé l'aide à mourir (Pays-Bas, Belgique, Canada, Oregon, Suisse, Nouvelle-Zélande et autres) se dessine un profil distinct de facteurs sociaux dont les caractéristiques sont suffisamment cohérentes pour suggérer plus qu'une simple coïncidence.

    Pour la France, où la dépénalisation de l'euthanasie fait l'objet de vifs débats, l'absence de données au niveau européen constitue un signal d'alarme plutôt qu'une garantie. Légiférer sans une évaluation rigoureuse des effets empiriques dans les pays voisins revient à s'engager sur une voie incertaine aux conséquences potentiellement irréversibles.

    La France n’est pas à l’abri des facteurs sociaux qui, ailleurs, façonnent ces revendications. La véritable question n’est donc pas de savoir si les individus pourront exercer une liberté dans des conditions idéales, mais si l’État est prêt à institutionnaliser un système dont les effets prévisibles toucheront en premier lieu les plus vulnérables.

    _______

    [1]Autorité sanitaire de l'Oregon. (2026). Résumé des données de la loi Oregon Death with Dignity 2025 (p.16).

    [2]Comités régionaux d’examen de l’euthanasie (RTE). (2025). (p.20) Rapport annuel 2024.

    [3]Santé Canada. (2025). Sixième rapport annuel sur l’aide à mourir au Canada (tableau C.2). Gouvernement du Canada.

    [4]Autorité sanitaire de l'Oregon. (2026) (p.9).

    [5]Iciaszczyk, N., Gallant, G., Bronstein, T., Brierley, A. et Sinha, SK (2024). Perspectives sur le vieillissement au Canada : Enquête 2024 de l'ANI sur le vieillissement au Canada (p. 19). Institut national sur le vieillissement.

    [6]Santé Canada. (2025). Sixième rapport annuel sur l’aide à mourir au Canada (Fig. 3.4a). Gouvernement du Canada.

    [7]  Favaro, A. (2022). Une femme souffrant d'hypersensibilité chimique choisit l'euthanasie après l'échec de sa demande de logement . CTV News.

    [8]Puppinck, G. (2026). Comment la CEDH a contourné l'interdiction de l'euthanasie. Centre européen de droit et de justice (ECLJ).

  • Magnifique succès de la célébration de la Fête-Dieu à Liège

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    Peut être une image de une personne ou plus, foule et texte

    De la page facebook des organisateurs :

    "Nous venons de vivre une magnifique Fête-Dieu ici à Liège. Jésus est vivant. Il est réellement présent dans le pain et le vin consacrés qui deviennent son Corps et Son Sang, pour vivifier et unifier l’Eglise.

    Il est intéressant de relever qu’il y avait de très nombreux jeunes parmi les 600 participants à la procession, et ensuite aux plus de 1.000 bougies pour la paix, merci Seigneur <img class="xz74otr x15mokao x1ga7v0g x16uus16 xbiv7yw" src="https://static.xx.fbcdn.net/images/emoji.php/v9/t7c/1/16/1f64f_1f3fc.png" alt="

  • Prochain consistoire : la liturgie n'est pas au programme mais est-ce un mal ?

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Nouveau programme au consistoire, pas de liturgie, mais ce n'est pas plus mal.

    Le Collège sacré se réunira fin juin avec un ordre du jour modifié : la situation internationale,  Magnifica Humanitas  et le Synode. La question liturgique, précédemment reportée, n’y figure plus, et de ce fait, l’intervention du cardinal Roche, empreinte d’hostilité envers le rite ancien, est mise de côté. 

    5/06/2026

    Photo Vatican Media/LaPresse 08 janvier 2026 - Cité du Vatican, Actualités - Pape Léon XIV lors du Consistoire extraordinaire - Troisième session. DIFFUSION GRATUITE - INTERDIT À LA VENTE

    La situation internationale,  Magnifica Humanitas et le Synode : tels sont les sujets que Léon XIV a assignés aux cardinaux en vue du consistoire extraordinaire des 26, 27 et 29 juin. Dans une lettre publiée par Messainlatino, Giovanni Battista Re, doyen du Sacré Collège, a recommandé aux cardinaux de « se préparer convenablement à la réunion ».

    Cela marque un changement d'ordre du jour par rapport au premier consistoire de janvier, lors duquel les cardinaux avaient voté à une large majorité pour aborder les thèmes du « Synode et de la synodalité » et de « L'évangélisation et la nature missionnaire dans l'Église à la lumière de la lecture d' Evangelii Gaudium », reportant à une date ultérieure  la discussion de Praedicate Evangelium et de la liturgie. Il va sans dire que ce dernier sujet demeure un sujet brûlant parmi les experts, car il touche à la position à adopter vis-à-vis de la messe tridentine.

    Les partisans d'une ligne tolérante envers l'ancien rite, cependant, n'ont guère de raisons de s'en inquiéter. Lors du dernier consistoire, la décision de la majorité des cardinaux de ne pas débattre de la liturgie avait en effet épargné à tous la lecture du discours du cardinal Arthur Roche. Dans ce discours, le préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements osait rejeter Benoît XVI et son motu proprio Summorum Pontificum , déclarant qu'il n'est pas possible de « revenir à cette forme rituelle que les Pères conciliaires, cum Petro et sub Petro , ont jugé nécessaire de réformer, approuvant, sous l'inspiration de l'Esprit et selon leur conscience de pasteurs, les principes dont est née la réforme ». Roche citait la très controversée  Traditionis custodes  , que le pape François affirmait avoir écrite « afin que l'Église puisse élever, dans la diversité des langues, une prière unique et identique, capable d'exprimer son unité ».

    Léon XIV réfuta cette affirmation quelques mois plus tard dans une lettre aux évêques français, les exhortant à trouver « des solutions concrètes permettant l’inclusion généreuse de ceux qui adhèrent sincèrement au Vetus Ordo, conformément aux directives établies par le Concile Vatican II concernant la liturgie ». Bien que la ligne de tolérance envers la forme extraordinaire du rite romain soit probablement devenue majoritaire au sein du Sacré Collège, il n’aurait certainement pas été judicieux d’engager un débat sur la base d’un texte aussi hostile que celui de Roche.

    Et si la liturgie était restée l’un des sujets abordés lors des sessions consistoriales,Il est probable que, cette fois encore, l'introduction aurait été confiée au cardinal britannique. Tant mieux. Le doyen Re écrivait à ses confrères cardinaux qu'en vue du consistoire, « la contribution de chaque cardinal est d'autant plus fructueuse qu'elle naît d'un contact direct avec le Peuple de Dieu, ses espoirs, ses interrogations et même ses luttes ». Ce conseil pourrait s'avérer utile au cardinal Roche s'il décidait d'écouter les espoirs, les interrogations et les luttes des plus de 20 000 jeunes fidèles, fervents admirateurs de la messe tridentine, qui ont animé le pèlerinage Paris-Chartres. Ce serait la preuve de cette « nouvelle manière de se regarder, avec une meilleure compréhension des sensibilités mutuelles », souhaitée par Léon XIV dans sa lettre aux évêques français.