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BELGICATHO

  • « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? »

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    De Matteo Matzuzzi sur Il Foglio :

    Un monde où Dieu n’a plus d’importance

    Dans la solitude dramatique de l’Occident sécularisé, on s’est bercé de l’illusion de pouvoir s’en passer. Mais le caractère limité de la vie pose toujours la question du sens, à laquelle il est impossible d’échapper. Entretien avec le cardinal Robert Sarah

    1er août 2026

    Sur la couverture de son dernier ouvrage paru en France, sous le titre 2050, figure une question : « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? ». La question que pose le cardinal Robert Sarah est dramatique ; elle devrait empêcher de dormir les évêques du monde entier, bien plus que les réunions et les discussions autour des tables synodales sur le trafic de drogue et la délinquance juvénile. Et pourtant, il semble que le sujet soit tabou : on continue comme si de rien n’était, on élabore des plans diocésains et on prépare des campagnes pour atteindre les plus éloignés. Avec des résultats, en général, maigres. « Ce qui figure en couverture est justement une question, pas une affirmation, ni un vœu », explique Sarah dans cet entretien accordé au Foglio : « Il est certain que l’Église, du moins en Occident, traverse une période de grandes difficultés, voire de confusion, tant sur le plan doctrinal que sur les plans moral et disciplinaire. L’imbrication entre culture et foi n’est jamais sans importance ; au contraire, elle conditionne souvent de manière déterminante la transmission de la foi. Je pense qu’il ne fait aucun doute qu’on ne peut plus confier à la culture la transmission de la foi ; celle-ci ne peut être transmise aux nouvelles générations que par des expériences et des témoignages significatifs, qui placent au centre la prière, le silence, une liturgie bien célébrée, une fidélité fondamentale à l’Évangile et, par conséquent, une humanité renouvelée, ainsi qu’une manière plus humaine de vivre les relations. Ce sont là les communautés auxquelles Benoît XVI faisait référence, et dont nous voyons déjà poindre l’aube. L’Église, au fil des siècles, a traversé bien des tempêtes, mais nous ne devons jamais oublier qu’elle est divine, et qu’elle ne disparaîtra donc jamais. Oui, l’Église sera toujours un phare, car elle est le Corps mystique du Christ, et le Christ est la Lumière. »

    Et pourtant, comme l’indique clairement l’ouvrage, le discours dominant s’est concentré exclusivement sur d’autres questions : du changement climatique à l’écologie, des migrations au dialogue culturel. Des thèmes sur lesquels il n’y a pas de critique a priori : le cardinal lui-même les qualifie d’importants. Le problème, comme le souligne l’ouvrage, survient lorsque ces questions relèguent au second plan la place centrale de Dieu. Mais pourquoi cela s’est-il produit ? Pourquoi entend-on de plus en plus souvent, dans les homélies, parler d’urgence climatique plutôt que des thèmes profonds de notre foi ? « D’une part, comme je le disais, la culture dominante a imprégné même les milieux ecclésiaux, et même les prédicateurs ne sont pas à l’abri de cette influence. D’autre part, il peut y avoir la tentation de vouloir à tout prix plaire, d’être acceptable aux yeux de l’auditoire, et donc de céder à ces sujets qui font recette parce qu’ils sont plus à la mode. Il en résulte une prédication banale, totalement hors de propos, qui ne répond pas aux désirs profonds de l’homme. L’homme, y compris l’homme contemporain, a absolument besoin de Dieu, d’entendre parler de l’Évangile, de la vie éternelle, de la spiritualité. Il n’est jamais licite de réduire l’Évangile à des thèmes sociaux et horizontaux, aussi pertinents soient-ils, car cela revient à trahir la volonté même du Christ, qui nous a envoyés prêcher le salut éternel, et non la rédemption sociale. »

    Ce que dit le cardinal Sarah, et ce n’est pas nouveau, est évident en Occident et – pour restreindre encore davantage le champ – en Europe. Lorsqu’on s’entretient avec un évêque ou un prêtre du Vieux Continent, des pays qui en constituent le cœur, on perçoit que le problème n’est plus l’athéisme, qui supposait tout de même un débat – plus ou moins approfondi – sur l’existence de Dieu. Non, la question est désormais tout autre : Dieu n’est pas une évidence. On ne se pose plus la question de sa présence dans la vie de chacun et dans la société. Selon le cardinal Sarah, qui a publié en 2024 Dieu existe-t-il ? (Cantagalli), « on peut constater qu’en Occident, d’un point de vue culturel, beaucoup vivent comme si Dieu n’existait pas. Dieu n’est plus au centre des préoccupations des gens, nous n’en avons pas besoin. Le thème de Dieu est devenu sans importance, même si le thème religieux, lui, ne l’est pas, car l’homme est naturellement religieux, et le sens religieux humain fait partie de la structure anthropologique de l’homme et revêt de toute façon une importance universelle. Probablement, en Occident, prévaut une idée déformée de Dieu, qui entre en conflit avec la liberté entendue comme autonomie radicale. L’illusion de la domination par la technoscience favorise cette position de l’homme vis-à-vis de la création et du Créateur. Mais c’est une illusion, car le caractère limité de la vie pose toujours le problème du sens, auquel il est impossible d’échapper. Il faut avoir le courage de proposer avec force le Christ comme seule source permettant de connaître véritablement l’homme, sa destinée, son sens profond. Et cela notamment à travers des expériences de foi communautaires, qui permettent aux personnes de se sentir appartenir à une réalité commune, surmontant ainsi la solitude dramatique de l’Occident sécularisé. La question reste, aujourd’hui comme toujours, anthropologique : qui est l’homme, quel est le sens de sa vie, quelles relations comblent véritablement son besoin profond d’amour ? Cet amour qui est Dieu lui-même.

    On oppose souvent à la torpeur de l’Europe sécularisée – même s’il existe des îlots de bonheur, comme la Norvège de Mgr Erik Varden, ou le nombre record de baptêmes en France – la vivacité de l’Église en Afrique. Mais n’y a-t-il pas un risque de mettre trop l’accent sur cette grande expression de la foi africaine sans tenir compte des dangers d’une foi « jeune », comme le soulignait déjà Benoît XVI il y a de nombreuses années ? Le pape Ratzinger parlait de l’Afrique comme d’un « immense poumon spirituel », mais il ajoutait que les poumons peuvent tomber malades. « Certes – répond le cardinal Robert Sarah, Guinéen –, l’Afrique est un poumon spirituel ; mieux encore, comme le disait le pape Paul VI : nova patria Christi, la nouvelle patrie du Christ, c’est l’Afrique. On peut le dire à la fois, bien sûr, sur le plan démographique, et parce que le christianisme est en expansion constante. Mais, comme toutes les réalités jeunes, elle est fragile, elle a besoin de soutien, et l’Europe, forte de sa longue expérience théologique, liturgique et monastique, dans ce qu’elle a de meilleur – sur le plan culturel, de la foi et à travers ses plusieurs siècles d’histoire –, peut encore offrir ce soutien. Parfois, les prêtres africains qui viennent étudier en Europe ne saisissent pas toute la grandeur et la force de la foi chrétienne bimillénaire, car l’Europe aussi est fragile, distraite, incapable de transmettre sa propre identité profonde. « Je pense qu’il peut y avoir une réciprocité entre l’Afrique et l’Europe : l’Afrique, avec son apport d’une foi jeune, fraîche, enthousiaste, ouverte au martyre, et l’Europe, avec sa force bimillénaire de sainteté et de doctrine. Un équilibre difficile, mais pas impossible. »

    Et quand on parle de l’Afrique, on ne peut s’empêcher d’évoquer la persécution des chrétiens, même si ce sujet ne passionne guère ceux qui organisent les débats télévisés sous nos latitudes. Le pape François disait que les persécutés étaient « plus nombreux aujourd’hui qu’aux premiers siècles de l’Église ». Souvent, en revanche, on a tendance à dire qu’il n’y a pas de persécution, mais qu’il s’agit seulement d’affrontements pour le contrôle des ressources naturelles. Et, si l’on se tourne vers l’Orient, la situation n’est pas meilleure en Chine. « Le drame de la persécution n’est pas fortuit dans le christianisme, mais il fait partie intégrante de l’identité chrétienne elle-même. Le Christ lui-même a été persécuté et est mort sur la croix pour nous ; on pourrait donc dire que la dimension du martyre est essentielle au christianisme ; il n’y a pas de christianisme sans martyre. Si, dans certaines parties du monde, pendant un certain temps, on ne fait pas l’expérience de la persécution, le risque est que la foi devienne tiède, nonchalante, incapable d’un véritable témoignage. Cela étant dit, il est tout à fait évident que l’information est sélective : surtout lorsque la persécution a lieu dans des pays en développement, la valeur de ces vies n’est absolument pas prise en compte, et souvent, les médias occidentaux ignorent complètement le phénomène. Je pense que l’Europe a terriblement peur de reconnaître qu’une persécution antichrétienne, et souvent, plus généralement, antireligieuse, est en cours. Mais la persécution est plus cruelle en Europe. La foi est marginalisée, les valeurs morales et chrétiennes sont combattues. L’Occident a tué Dieu, ou plutôt, il l’a méprisé, voire combattu ouvertement. L’admettre signifierait adopter des positions cohérentes, ce que l’Europe n’a probablement pas la force de faire. Pourtant, les chrétiens doivent être protégés, surtout là où ils sont minoritaires, comme toutes les minorités. La question de la Chine est très complexe, et il faut espérer que cet accord secret vise uniquement à favoriser l’évangélisation, et non à faire des compromis avec un gouvernement qui est, de fait, intrinsèquement antireligieux. »

    L’accord avec la Chine est l’un des points marquants du pontificat de François qui, quelle que soit la manière dont on le considère et l’évalue, a été source de divisions, y compris dans le débat « laïc ». Lors des congrégations générales qui ont précédé le conclave, la recherche de l’unité était évidente. Comment peut-on aider, dans cette œuvre, un pape comme Léon qui a fait de l’unité sa devise et son style de gouvernement ? « La première façon d’aider le pape est de le soutenir quotidiennement par nos prières, afin qu’il se laisse véritablement éclairer par le Saint-Esprit, sans suivre ses propres pensées ni se laisser influencer par un groupe de personnes, mais en écoutant ce que Dieu dit à son Église. Certes, le pape Léon, au cours de cette première année de pontificat, a fait preuve d’un grand équilibre, d’une grande capacité d’écoute et d’une volonté concrète d’apaiser même les tensions qui s’étaient créées. Sa prudence, son calme et sa sympathie humaine nous confortent dans l’idée qu’il est réellement possible d’avancer dans cette direction. Nous pouvons en outre l’aider dans son discernement, en lui présentant les différentes situations de l’Église et du monde, en proposant des pistes de solution possibles, mais surtout en lui fournissant le plus d’éléments possible afin qu’il puisse procéder à une évaluation attentive et prendre les décisions qui s’imposent. Je suis convaincu que le Saint-Père Léon sait très bien quel est le but à atteindre et qu’il cherche, notamment avec l’aide des cardinaux, les voies les plus praticables pour y parvenir. « Nous rendons grâce au Seigneur pour le don que représente le pape Léon ».

    Parler d’unité lorsqu’on aborde la question liturgique semble compliqué. C’est un sujet qui divise, il y a deux camps opposés. D’un côté, ceux qui revendiquent l’usage du vetus ordo comme s’il s’agissait d’une conquête ; de l’autre, une réalité idéologique qui considère presque ces catholiques comme une « secte » à éradiquer. Le Pape a déclaré vouloir bien comprendre la situation, échanger et dialoguer avec tous. Selon le cardinal Robert Sarah, « c’est un drame, voire un véritable péché, qu’il y ait une sorte de guerre sur un sujet aussi essentiel que la liturgie. La liturgie est la source de la communion de l’Église et il est inconcevable que, sur des questions liturgiques – voire, dirais-je, rituelles –, il y ait une telle confrontation et des oppositions aussi féroces. Personne n’a d’autorité sur les rites, qui sont issus de l’histoire séculaire de l’Église. Les rites ne peuvent être arbitrairement abolis, et personne ne peut affirmer qu’un rite n’existe plus, du jour au lendemain. Je pense qu’il faut prendre cette question très au sérieux, en revenant à la position équilibrée, pastorale et théologiquement fondée de Benoît XVI, qui a permis aux deux formes du rite latin de coexister, de s’enrichir mutuellement, d’être connues du peuple saint de Dieu qui, au fil des décennies, pourra choisir la forme qui correspond le mieux à son besoin de foi, de silence et de spiritualité.  Certains excès de ceux qui sont attachés à la forme extraordinaire sont, en partie, justifiés par les abus dramatiques et généralisés de la liturgie de la forme ordinaire, qui, à ce jour, n’est souvent pas célébrée comme le Concile l’aurait souhaité et comme le suggère la réforme liturgique elle-même. La liturgie n’est pas la propriété du célébrant, quel qu’il soit, prêtre, évêque ou cardinal. La liturgie appartient à Dieu ; on y entre et personne n’en est le maître. » Peut-être, cependant, le problème est-il encore plus profond. Regardons la qualité des homélies, souvent mal préparées et rarement capables de laisser une trace dans le cœur et l’esprit des fidèles. Sans parler des célébrations, où les références au transcendant sont souvent réduites à de simples parenthèses. Que faire ? « J’y ai déjà répondu en partie. La clé, c’est la formation liturgique, la formation, et encore la formation. Tant des évêques que des prêtres et des laïcs. Le retour au sens du sacré, dans une société sécularisée qui a chassé Dieu, ne peut se faire qu’à travers l’annonce de la vérité, une catéchèse convaincue et constante, et des expériences concrètes de silence et de spiritualité au sein de la célébration liturgique. Le respect dû à Dieu et l’humilité de sa propre personne sont des éléments fondamentaux pour retrouver le sens du sacré et la fidélité à la célébration telle que l’Église la veut. D’ailleurs, personne ne se permettrait d’entrer dans la chapelle Sixtine pour corriger le Jugement dernier de Michel-Ange.  « Voilà, le missel est bien plus important, bien plus ancien et bien plus contraignant que le Jugement dernier de Michel-Ange ; par conséquent, personne ne peut corriger, supprimer, ajouter ou modifier quoi que ce soit au rite tel que l’Église le présente aux fidèles. Et les fidèles ont le droit sacro-saint de participer à des messes célébrées selon les prescriptions de l’Église, et non selon l’arbitraire ou le caprice d’un prêtre en particulier. »

    Matteo Matzuzzi : Originaire du Frioul, il est né en 1986. Diplômé en politique internationale et diplomatie à Padoue avec un mémoire sur les Turcs et les Américains, il a été arbitre de football. Au Foglio depuis 2011, il s’occupe de l’Église, des papes, des religions et des livres. Son auteur préféré : Joseph Roth (mais tout ce qui concerne la « finis Austriae » lui convient). Il est rédacteur en chef depuis 2020.

  • Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

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    De Filip Mazurczak  sur le CWR :

    Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

    L'ouvrage « La Croix et le Drapeau » , du père John Tanyi Nquah Lebui, offre de nombreuses perspectives, notamment sur l'héritage africain méconnu du pape polonais.

    Le pape Jean-Paul II lors de son premier voyage papal en Pologne en juin 1979. (Image : Wikipédia)

    On peut affirmer que depuis saint Pie V, qui créa la Sainte Ligue et vainquit les Turcs ottomans lors de la bataille de Lépante en 1571, aucun pape n'a exercé une influence aussi profonde sur la politique mondiale que saint Jean-Paul II. Outre sa contribution majeure à la chute pacifique du régime communiste en Europe centrale et orientale, le pontife fut un fervent opposant à la guerre, à la pauvreté, à l'avortement et à toutes sortes d'injustices, et un défenseur de la dignité humaine. Même si les dirigeants du monde ne partageaient pas toujours son avis, ils l'écoutaient toujours.

    Dans son nouvel ouvrage, le père John Tanyi Nquah Lebui examine l'héritage diplomatique de Jean-Paul II. Bien qu'il s'agisse d'un ouvrage précieux sur les relations internationales, il présente quelques défauts assez surprenants.

    diplomatie papale

    Le père John Tanyi Nquah Lebui est un prêtre camerounais et spécialiste des relations internationales, actuellement en poste dans l'archidiocèse de Boston, dans le Massachusetts. Son ouvrage, intitulé « La Croix et le Drapeau : la diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible » , a été publié par St. Augustine's Press.

    Pour ceux qui ne reconnaissaient pas l'Église catholique comme la véritable Église, il semblait, au XIXe siècle, que celle-ci allait s'effondrer comme la Société des Nations, Lehman Brothers, l'Union soviétique, l'Empire britannique ou toute autre construction humaine. Lorsque Napoléon envahit Rome, il emprisonne le pape Pie VII, puis l'exile en France. Parallèlement, lors de l'unification de l'Italie, les États pontificaux se dissolvent, avant que le Vatican ne réapparaisse en 1929, devenant ainsi le plus petit État du monde, huit fois plus petit que Central Park.

    Ces bouleversements historiques, écrit Tanyi, furent cependant une  felix culpa , ou « heureuse faute ». Ayant perdu tout son pouvoir temporel, le Saint-Siège put renaître en tant que superpuissance morale. Tanyi se réfère ainsi aux grands politologues, tels que Fukuyama, Kissinger et Nye, et recourt aux catégories classiques de la science politique pour analyser le Vatican et saint Jean-Paul II en tant qu'acteurs politiques. Il soutient que le Vatican a eu recours à diverses formes de diplomatie durant le pontificat de Jean-Paul II, notamment l'action humanitaire, la communication médiatique (en particulier grâce au regretté porte-parole du Vatican, Joaquín Navarro-Valls), et la diplomatie traditionnelle.

    Le Saint-Siège et la Palestine sont les deux seuls observateurs permanents auprès des Nations Unies. Cependant, comme le démontre Tanyi, grâce à l'autorité morale de Jean-Paul II, le Vatican exerçait une influence considérable à l'ONU. Lors de la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 au Caire, l'administration Clinton a activement œuvré pour la légalisation et la promotion de l'avortement comme solution au problème de la surpopulation.

    Pourtant, Clinton a échoué, et c'est à cause du Saint-Siège, qui a trouvé des alliés étranges dans divers États à majorité musulmane, notamment au Pakistan et auprès de sa Première ministre de l'époque, Benazir Bhutto, assassinée par un kamikaze en 2007 (et que le pape Léon XIV loue comme une femme « courageuse et généreuse » dans son encyclique Magnifica humanitas ), pour empêcher la promotion de l'avortement.

    Tanyi réfute de manière convaincante la vision marxiste de l'histoire comme étant uniquement déterminée par l'économie, la vision réaliste qui dépeint les relations internationales comme influencées par une lutte de pouvoir, et la vision libérale qui se concentre sur les incitations économiques, démontrant ainsi que les dirigeants peuvent avoir un impact sur l'histoire. Par exemple, Jean-Paul II, Polonais ayant lui-même subi l'oppression du communisme, a, sans surprise, rejeté la politesse mesurée dont certains de ses prédécesseurs italiens faisaient preuve envers les régimes communistes.

    Parallèlement, son enfance à Wadowice, où un cinquième de la population était juive avant l'Holocauste, lui a inculqué un amour pour le peuple juif qui a conduit le Vatican à établir des relations diplomatiques avec l'État d'Israël en 1993.

    Un pape « africain »

    « Les Irlandais sont les Noirs de l'Europe », déclare un personnage du film d'Alan Parker,  The Commitments (1991) , qui raconte l'histoire d'un groupe de jeunes Dublinois formant un groupe de soul. À l'instar des Irlandais, les Polonais ont subi l'oppression étrangère (notamment l'esclavage, parmi les nombreuses injustices commises à leur encontre pendant la Seconde Guerre mondiale), et l'on peut donc affirmer qu'ils sont eux aussi les « Noirs de l'Europe ».

    Dans ce contexte, l'origine polonaise de Jean-Paul II n'est pas fortuite. Selon Tanyi, les Polonais, à l'instar des Africains, ayant subi les pires atrocités du colonialisme, le pontife était particulièrement sensible aux nombreux maux du continent. Tandis que l'Italie, pays d'origine de la plupart des papes, avait commis d'horribles crimes contre l'humanité en Libye et en Éthiopie, la Pologne était elle-même sous le joug étranger lors du partage de l'Afrique.

    L’héritage africain de saint Jean-Paul II est souvent négligé, malheureusement parce que l’Occident fait preuve d’une ignorance délibérée à l’égard de ce continent. Pourtant, comme le souligne Tanyi, Jean-Paul II a effectué onze pèlerinages en Afrique (à titre de comparaison, il s’est rendu neuf fois dans son pays natal, la Pologne, huit fois en France et sept fois aux États-Unis), visitant trente-neuf de ses cinquante-quatre nations. Tanyi cite le biographe du pape, George Weigel, qui affirme qu’aucun dirigeant mondial de la fin du XXe siècle ne s’est autant soucié de ce « continent oublié ».

    L’amour du pape polonais pour l’Afrique et ses peuples était réciproque. Tanyi nous apprend que de nombreux Kenyans, par exemple, donnent son nom à leurs enfants, voire à leurs animaux de compagnie, à leurs animaux d’élevage et même à des hôtels. Tanyi énumère les contributions concrètes de Jean-Paul II à l’Afrique : de ses appels pressants aux nations occidentales et aux institutions financières internationales pour l’annulation de la dette africaine, à son exigence de la libération des prisonniers politiques détenus par des dictateurs africains comme condition nécessaire aux visites papales, en passant par la création de la Fondation humanitaire Jean-Paul II pour le Sahel.

    Lorsque les évêques catholiques de la Côte d'Ivoire, pays appauvri, décidèrent de construire la plus grande basilique du monde dans la capitale, Yamoussoukro, Jean-Paul II n'accepta sa construction qu'à la condition qu'un hôpital destiné aux plus démunis soit construit sur son terrain (cet hôpital a été construit depuis, et son saint patron est le grand médecin altruiste saint Joseph Moscati).

    défauts « idiosyncrasiques »

    L'adjectif de prédilection de John Tanyi semble être « idiosyncrasique », et il apparaît souvent à plusieurs reprises sur une même page. Il explique que, bien que ce mot puisse avoir des connotations négatives, il l'utilise au contraire de manière positive pour évoquer la personnalité et le parcours uniques de Jean-Paul II et leur influence sur sa diplomatie.

    Message reçu. Cependant,  « La Croix et le Drapeau »  souffre de défauts pour le moins originaux. Nombre d'idées sont répétées à l'envi, et l'ouvrage regorge de fautes d'orthographe et de ponctuation. La lecture peut ainsi s'avérer frustrante.

    Plus problématique encore est la bibliographie de Tanyi. Il cite à plusieurs reprises certains auteurs, dont certains sont des « catholiques dissidents » notoires, très critiques envers Jean-Paul II et l'Église, notamment Peter Hebblethwaite, David Willey, et même David Yallop, auteur d'un best-seller anti-catholique de mauvais goût promouvant la thèse, depuis longtemps démentie, selon laquelle le Vatican aurait assassiné le pape bienheureux Jean-Paul Ier.

    De plus, certaines œuvres citées dans *The Flag and the Cross*  (Tanyi utilise le style de citation APA) sont curieusement absentes de la bibliographie. On relève également plusieurs erreurs grossières : par exemple, Tanyi se trompe de six ans lorsqu’il mentionne la béatification de Jean-Paul II, alors que la messe papale de 1983 à Managua s’est déroulée devant une image des Sandinistes, et non de Che Guevara (apparemment, Tanyi a confondu cette messe papale mouvementée avec celle de La Havane quinze ans plus tard).

    Certaines opinions de Tanyi sont étranges. Par exemple, lorsqu'il évoque les dirigeants africains post-indépendance, il cite Ahmed Sékou Touré de Guinée parmi ceux « acclamés comme des héros et des sauveurs par leurs peuples » et des « penseurs », et non parmi les dictateurs mentionnés à la page suivante, tels qu'Idi Amin d'Ouganda, Mouammar Kadhafi de Libye et Hosni Moubarak d'Égypte. Sékou Touré fut l'un des pires tyrans d'Afrique ; le cardinal Robert Sarah, sans doute son critique le plus connu, fut par la suite inscrit sur la liste des personnes à abattre du dictateur.

    Certaines affirmations de Tanyi concernant la Pologne natale de Jean-Paul II sont problématiques. Il écrit, par exemple, que « certains prétendent même que la démocratie et la diversité ne font pas naturellement partie de la culture et de la mentalité polonaises traditionnelles », sans remettre en question ces affirmations. Tenir de tels propos sur n'importe quelle culture serait offensant, et la Pologne d'avant le partage possédait l'un des plus anciens parlements du monde et était le pays le plus tolérant d'Europe sur le plan religieux.

    Par ailleurs, le fait qu'il qualifie à plusieurs reprises la Pologne occupée par l'Allemagne – un pays soumis à une occupation extrêmement dure et sans gouvernement collaborateur – de « Pologne nazie » est regrettable. Et bien que l'antisémitisme ait connu une forte recrudescence en Pologne et en Europe durant l'entre-deux-guerres, la citation par Tanyi des propos du Premier ministre israélien Menahem Begin, selon lesquels les Polonais seraient imprégnés d'antisémitisme dès leur plus jeune âge, est injuste (sans compter qu'il attribue cette citation à tort, car elle provient non pas de Begin, mais d'un autre Premier ministre israélien, Yitzhak Shamir).

    Néanmoins, * La Croix et le Drapeau* est un premier ouvrage universitaire prometteur. Le chapitre consacré à Jean-Paul II et à l'Afrique constitue un apport essentiel à la littérature sur le pontificat de Wojtyła. J'espère qu'il poursuivra ses écrits sur la diplomatie de l'Église, l'Afrique et l'influence politique de la papauté.

    La Croix et le Drapeau : La diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible,
    par John Tanyi Nquah Lebui.
    Préface de Mary Ann Glendon.
    Postface de George Weigel.
    St. Augustine's Press, 2024.
    Broché, 330 pages.

    Filip Mazurczak est historien, traducteur et journaliste. Ses articles ont été publiés dans First Things, la St. Austin Review, l'European Conservative, le National Catholic Register et de nombreuses autres revues. Il enseigne à l'université jésuite Ignatianum de Cracovie.
  • Léon XIV : vers une restructuration nécessaire

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : vers une restructuration nécessaire

    3 août 2026

    Léon XIV est de retour au Vatican après un mois de vacances à Castel Gandolfo, et une série de décisions importantes l’attendent. Il ne s’agit pas toutes de questions urgentes, mais ses choix dans chacune d’entre elles nous en diront long sur la manière dont le pape entend façonner son pontificat.

    Ces décisions seront soumises à l’examen minutieux de nombreuses personnes, à commencer par celles qui, au Vatican, ont défendu les décisions du pape François et refusent de faire marche arrière.

    Le risque est que le pape se retrouve, dans un avenir proche, pris entre deux feux au sujet des nominations et de l’organisation de la Curie romaine. Vous entendrez peut-être même des rumeurs – dont certaines émaneront de personnes haut placées – faisant état d’un abandon ou d’une trahison du projet de réforme de la Curie du pape François, tel qu’il l’a exprimé dans sa constitution apostolique de 2022, *Praedicate Evangelium*.

    Alors, quelles sont ces décisions ?

    Tout d’abord, plusieurs chefs de dicastères ont déjà atteint l’âge de la retraite et devront être remplacés.

    Il s’agit du préfet du Dicastère pour les Causes des Saints, le cardinal Marcello Semeraro ; du préfet du Dicastère pour le Culte divin, le cardinal Arthur Roche ; du préfet du Dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens, le cardinal Kurt Koch ; et du préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, le cardinal Kevin Farrell.

    En novembre, le cardinal Lazzaro You, préfet du Dicastère pour le clergé, fêtera également ses 75 ans.

    Jusqu’à présent, Léon XIV a agi de manière cohérente dans tous les dicastères où il a été appelé à procéder à des renouvellements générationnels. La seule exception est le Dicastère de la Communication, où il a choisi Montse Alvarado, ancienne directrice des opérations d’EWTN, qui, à partir de novembre, sera chargée de superviser la machine complexe de la communication du Vatican.

    Pour le reste, il n’y a eu ni surprise majeure, ni même de décision bouleversante. Léon XIV a adopté une attitude plutôt discrète, ce qui s’avère efficace pour toutes les questions importantes.

    Des rumeurs laissent entrevoir un autre changement possible, cette fois au poste de secrétaire d’État.

    Il convient de mentionner à cet égard que l’actuel secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, jouit jusqu’à présent de la confiance absolue du pape et qu’il lui reste un peu plus de deux ans avant d’atteindre l’âge de 75 ans. Le pape pourrait toutefois souhaiter confier la direction de la Secrétairerie d’État à une personne de son choix.

    Les spéculations vont déjà bon train quant à l’identité du nouveau secrétaire d’État, mais on parle peu de ce que le cardinal Parolin pourrait faire. À 73 ans, toute nouvelle affectation serait incomplète, même avec une prolongation jusqu’à ses 77 ans, car il n’y aurait pas le temps de mener des réformes et d’agir.

    Il est toutefois possible que le cardinal Parolin remplace le cardinal Fernando Filoni, aujourd’hui octogénaire, au poste de Grand Maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre. Cette fonction, dotée d’une dimension internationale et diplomatique, constituerait une transition idéale vers la retraite.

    De plus, cela éviterait de nommer le cardinal Parolin à un poste où il ne pourrait pas mener à bien son mandat de cinq ans.

    En effet, le Saint-Siège préfère toujours que les prélats capables d’aller jusqu’au bout de leur premier mandat de cinq ans soient nommés à des postes de haut niveau, afin qu’ils puissent travailler en toute sérénité.

    Certains affirment que le cardinal Parolin pourrait être remplacé par l’archevêque Paul Richard Gallagher, l’actuel secrétaire du Vatican chargé des relations avec les États. Mais cela semble peu probable, étant donné que Mgr Gallagher a déjà 73 ans et ne resterait donc en fonction que deux ans avant de prendre sa retraite.

    C’est le moment des spéculations.

    On parle de plus en plus de Mgr Erik Varden comme nouveau préfet du Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens. On évoque également le transfert du cardinal Mauro Gambetti de son poste d’archiprêtre de Saint-Pierre à celui d’évêque de Chieti. Il est également question de la nomination de Mgr Guido Marini au poste d’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre.

    Mais il est assez difficile de faire la part des choses entre vœux pieux et informations avérées, car en réalité, on sait encore peu de choses sur la manière de gouverner de Léon XIV.

    C’est d’ailleurs pour cette raison que ces prochaines nominations – et elles auront bien lieu, certaines plus tôt, d’autres plus tard – sont si intéressantes.

    Jusqu’à présent, Léon a privilégié la continuité dans ses nominations, à la seule exception du Dicastère pour la communication.

    On peut citer l’exemple de l’archevêque Filippo Iannone, le successeur de Léon XIV au sein du Dicastère pour les évêques. Pour le Dicastère pour le développement humain intégral, Léon XIV a choisi une femme, sœur Alessandra Smerilli, qui en était déjà la secrétaire, et a promu le cardinal Fabio Baggio, sous-secrétaire, au poste de pro-préfet.

    Par cette décision, Léon XIV a maintenu le « quota féminin » du dicastère, mais a également mis fin à la répartition asymétrique des postes et des honneurs, car il était objectivement étrange que le sous-secrétaire d’un dicastère soit également cardinal.

    Reste à voir si le pape poursuivra cette tendance, en laissant les décisions à la vieille garde.

    Il convient de mentionner que le pape Léon XIV faisait lui-même partie de cette vieille garde – bien qu’il y soit entré tardivement –, ayant occupé pendant deux ans le poste de préfet du Dicastère pour les évêques.

    La confiance est générale quant à la capacité du pape à mener à bien les tâches liées à sa nouvelle fonction, mais il reste à voir si cette confiance sera justifiée par les faits.

    En attendant, le risque pour Léon est que toute nomination perçue comme perturbatrice sape l’autorité des cardinaux et des évêques, les conduisant à s’en prendre au pontificat et à susciter une opinion publique défavorable.

    Ce n’est pas que le pape se soucie de l’opinion publique, mais une partie de son mandat – tel qu’il le conçoit, sa mission – consiste à « faire baisser la tension » au sein de l’Église, à Rome et dans le monde entier. L’impact que ses décisions auront – sur les membres de la Curie à Rome et sur les fidèles – ne doit pas être sous-estimé.

  • Créés pour l'amour : l'attirance pour les personnes du même sexe et l'Église catholique

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    D'Info Vaticana :

    L'Église a bel et bien une réponse à la question de l'homosexualité : elle est écrite par le prêtre le plus écouté des États-Unis, et elle est loin d'être celle à laquelle presque personne ne s'attend.

    L'Église a bel et bien une réponse à la question de l'homosexualité : elle est écrite par le prêtre le plus écouté des États-Unis, et elle est loin d'être celle à laquelle presque personne ne s'attend.
    Il existe un moyen d'abandonner quelqu'un qui arbore sa capacité d'aimer. Il consiste à ne jamais lui dire la vérité, à céder à tous ses caprices et à applaudir tout ce qui l'éloigne de la volonté divine. Cela ne coûte rien, c'est flatteur et même applaudi en public.

    Ces dernières décennies, au sein comme en dehors de l'Église, on a trop souvent observé cette attitude envers les hommes et les femmes attirés par le même sexe : les laisser souffrir et appeler cela du respect. Comme si la charité consistait à se taire. Comme si aimer signifiait ne rien attendre en retour.

    À contre-courant de cette tendance, il est recommandé de lire Created for Love: Same-Sex Attraction and the Catholic Church, du prêtre américain Michael Schmitz, publié en espagnol par Bibliotheca Homo Legens.

    Ce qui surprend d'emblée dans ce livre, c'est son ton. Car quiconque s'attend à un règlement de comptes, à un catalogue de condamnations ou à un manuel de reproches se trompe lourdement. Schmitz écrit, avec ses propres mots, sans la moindre condamnation personnelle. Et pourtant – ou peut-être précisément à cause de cela – il n'édulcore pas la vérité.

    Qui est le père Mike ?

    Il convient de s'arrêter un instant pour considérer l'auteur, car son nom en dit long sur l'importance du livre.

    Michael Schmitz — le père Mike pour des millions de catholiques — est un prêtre du diocèse de Duluth (Minnesota), directeur de son ministère de la jeunesse et aumônier du Newman Center de l'Université du Minnesota-Duluth.

    Mais son influence dépasse largement ces limites. Il est la voix de « La Bible en un an », le podcast grâce auquel il a guidé des centaines de milliers de personnes à travers l'intégralité de la Bible en trois cent soixante-cinq épisodes.

    Les chiffres sont impressionnants. Pendant la majeure partie des cinq dernières années, le podcast « La Bible en un an » a dominé le classement Religion et Spiritualité d'Apple Podcasts aux États-Unis et approche le milliard de téléchargements. Sa version espagnole, « La Biblia en un año », a atteint la première place du classement Christianisme dans près de cinquante pays. En mai 2025, il a été présenté à Constitution Hall, au cœur de Washington D.C.

    Dans un pays où la voix catholique se fait rare sur la scène religieuse actuelle, le père Mike est tout simplement le prêtre le plus écouté. Quand quelqu'un comme lui prend la plume pour aborder la question la plus épineuse de notre époque, il est essentiel de l'écouter.

    Le faux dilemme

    Le cœur de ce livre réside dans une intuition aussi simple que libératrice.

    Schmitz soutient que les personnes attirées par le même sexe ont été confrontées à un « faux dilemme » : un choix entre deux options où, quel que soit le choix, on perd.

    Soit tu suis tes désirs, soit tu seras malheureux. Soit tu satisfais toutes tes impulsions, soit tu finiras seul. Soit tu acceptes inconditionnellement les décisions d'autrui, soit tu les hais et les crains.

    L'auteur soutient que cette approche est une tromperie.

    Puis elle pose des questions qui le désarment : N'y a-t-il vraiment pas d'autre solution ? N'est-il pas possible de vivre selon les enseignements du Christ et d'être heureux ? N'est-il pas possible d'aimer son prochain tout en étant en désaccord avec certaines de ses décisions ?

    Schmitz répond par l'affirmative : il existe une troisième voie. Et cette troisième voie n'est pas de son invention : c'est précisément celle que l'Église propose depuis des siècles et que tant de personnes ont occultée parce qu'elle est gênante.

    Ni le reproche qui exclut ni le bien-pensance qui abandonne

    C’est là que réside la clé qui fait de ce livre un outil et non un simple pamphlet.

    La réponse catholique ne consiste pas à confirmer quiconque dans le péché – ce serait une fausse miséricorde par abandon –, mais elle ne consiste pas non plus à désigner du doigt de manière à humilier et isoler. Elle consiste en quelque chose de plus profond et de plus exigeant : accueillir la personne avec respect, compassion et délicatesse, éviter tout signe de discrimination injuste et, en même temps, l’appeler, comme nous le faisons pour chaque baptisé sans exception, à la conversion et à la sainteté.

    Le Catéchisme le dit précisément en nous rappelant que ces personnes sont appelées à la chasteté et peuvent, par la prière et la grâce, s'approcher de la perfection chrétienne, comme tout le monde.

    Schmitz déjoue également le piège de l'exceptionnalisme. Nul n'est exempté de l'appel à faire la volonté de Dieu ; nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, tentés de croire que nous sommes une exception, de dire : « Je sais ce que le Seigneur demande, mais ma situation est différente. »

    L’attirance pour les personnes du même sexe n’est pas, en ce sens, une condamnation unique : c’est l’une des nombreuses manières dont chaque chrétien est appelé à dire oui à Dieu selon son mode de vie. Nous sommes tous dans le même bateau, même si chacun rame à sa façon.

    L'autorité de celui qui a accompagné

    Le livre peut se permettre cette franchise car il ne s'exprime pas depuis une tribune distante.

    Depuis plus de vingt-cinq ans, Schmitz accompagne des amis, des membres de sa famille et des jeunes confrontés à cette réalité. Il sait d'expérience combien de personnes se sont senties rejetées, condamnées et indésirables au sein de l'Église, souvent en raison d'une communication maladroite des enseignements de l'Évangile.

    Et il admet, avec une rare honnêteté, que de nombreux membres de l'Église pourraient améliorer leur manière de transmettre la vérité avec amour.

    Ainsi, le fondement de tout le livre est une scène évangélique : la femme surprise en flagrant délit d’adultère, que Jésus ne lapide pas, mais qu’il ne laisse pas non plus indemne.

    « Moi non plus, je ne te condamne pas ; va et ne pèche plus. »

    Toute la proposition de Schmitz tient dans cette phrase. Non pas la condamnation qui claque la porte au nez, ni l'absolution facile qui laisse tout en l'état. C'est l'amour qui dit la vérité et qui accompagne. La preuve que tendresse et exigence peuvent coexister, et que les séparer revient, presque toujours, à les trahir toutes deux.

    Un livre indispensable

    À une époque où une grande partie du débat s'est focalisée sur la fausse dichotomie entre affirmation sans nuance et rejet sans compassion, « Créés pour l'amour » remet la question à sa juste place.

    Elle ne cherche pas à édulcorer la doctrine pour la rendre plus acceptable. Elle ne l'utilise pas comme une arme. Elle la présente telle qu'elle a toujours été : un appel à chaque homme et à chaque femme à vivre pleinement leur vocation. À aimer véritablement. Ce qui ne signifie pas approuver un désir quelconque, mais l'orienter vers le véritable bien de la personne.

    Le prologue de l'édition espagnole est écrit par Monseigneur Jesús Sanz Montes, OFM, archevêque d'Oviedo, qui souligne avec quelle beauté, audace et vérité le père Mike aborde le sujet.

    Trois mots qui résument parfaitement la réussite d'un livre qui n'élude aucune difficulté sans pour autant blesser personne. Car son auteur a appris, au cours d'un quart de siècle de vie commune, que la vérité la plus dure, exprimée avec bienveillance, est toujours porteuse d'espoir.

    Michael SchmitzCréés pour l'amour : L'attirance pour les personnes du même sexe et l'Église catholique. Bibliotheca Homo Legens. Préface de Jesús Sanz Montes, OFM, archevêque d'Oviedo. Disponible en librairie et sur homolegens.com .

    Il ne reste plus qu'à espérer que ce livre soit rapidement traduit en français...

  • Le pape Léon XIV établit une nouvelle loi fondamentale pour l'État de la Cité du Vatican.

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    De Luke Coppen sur le Pillar :

    Léon XIV promulgue une nouvelle loi fondamentale de l'État de la Cité du Vatican.

    Le pape Léon XIV a promulgué vendredi une nouvelle loi fondamentale de l'État de la Cité du Vatican, remplaçant la version précédente adoptée en 2023.

    Dans un préambule au nouveau document, publié uniquement en italien le 31 juillet, Léon XIV expliquait que le cadre constitutionnel de l'État de la Cité du Vatican devait être mis à jour « pour tenir compte des nouvelles exigences de gouvernance et de plusieurs changements législatifs importants introduits ces dernières années ».

    Il a déclaré que la nouvelle version de la Loi fondamentale confirmait et intégrait les modifications.

    La Loi fondamentale de l'État de la Cité du Vatican a été promulguée pour la première fois par le pape Pie XI en 1929, suite à la création de cet État en vertu du traité du Latran, signé par l'Italie et le Saint-Siège.

    Le pape saint Jean-Paul II a promulgué une nouvelle version de la Loi fondamentale en 2000, qui a été révisée par le pape François en 2023.

    Le nouveau texte, qui entre en vigueur immédiatement, comprend 25 articles, soit un de plus que dans la version précédente.

    Le dernier document comporte un nouvel article 16 qui précise les fonctions du président de la Commission pontificale pour l'État de la Cité du Vatican, organe législatif de la Cité du Vatican placé sous l'autorité du pape. Le président de la Commission pontificale est également président du Gouvernorat de l'État de la Cité du Vatican, organe exécutif de la Cité du Vatican.

    L'article 16 mis à jour stipule : « Le président du Gouvernorat assure la gouvernance de l'État, supervise la fonction exécutive et la mise en œuvre des lois et autres actes normatifs, émet les directives nécessaires à l'organisation générale de l'État, détermine les politiques administratives et les politiques de gestion du personnel, et coordonne les organes du Gouvernorat. »

    Il est précisé : « Le Président, assisté du Secrétaire général et, lorsqu'il est nommé, du Vice-Secrétaire général, peut déléguer certaines fonctions exécutives au Secrétaire général et au Vice-Secrétaire général. »

    Soulignant ce changement, un rapport de Vatican News daté du 31 juillet indiquait : « Concernant la fonction exécutive, la nouvelle loi confirme le rôle du Gouvernorat, dont la structure organisationnelle contribue à la bonne mission de l’État et sert le Successeur de Pierre, auquel il est directement responsable. »

    « Parallèlement, elle précise davantage les responsabilités du Président et du Secrétaire général, ainsi que leur relation de collaboration. Elle souligne également le caractère institutionnel du poste de Secrétaire général, indiquant ainsi que cette fonction peut être confiée à plusieurs personnes. »

    Vatican News a également relevé une modification du libellé de la section relative aux fonctions judiciaires.

    La version de 2023 (article 21, paragraphe 1) stipulait : « L’autorité judiciaire est exercée, au nom du Souverain Pontife, par les organes établis conformément au système judiciaire et par d’autres organes auxquels la loi confère compétence en matière spécifique. »

    Le document de 2026 (article 22, paragraphe 1) dispose : « L’autorité judiciaire est exercée, au nom du Souverain Pontife, pour les fonctions juridictionnelles par le Tribunal, la Cour d’appel et la Cour de cassation ; et pour les fonctions d’enquête et de poursuite par le Bureau du Promoteur de la justice. Le statut juridique des organes judiciaires est établi par la loi sur l’organisation judiciaire . »

    Vatican News a commenté : « Concernant la fonction judiciaire, l’article 22, paragraphe 1, réaffirme expressément que la Loi établit le cadre juridique régissant les organes judiciaires du système judiciaire. Grâce aux importantes réformes introduites ces dernières années, cette loi garantit pleinement la bonne administration de la justice. »

    Une autre différence entre les textes de 2023 et 2026 réside dans l'article 8, qui stipulait auparavant que la Commission pontificale pour l'État de la Cité du Vatican était composée exclusivement de cardinaux. La nouvelle version précise que la Commission pontificale comprend « des cardinaux et d'autres membres ».

    Cette modification fait suite à la nomination, le 15 février 2025, par le pape François, de sœur Raffaella Petrini, FSE, à la présidence de la Commission pontificale et du Gouvernorat de l'État de la Cité du Vatican.

    Le pape Léon XIV a mis à jour le texte de l'article 8 dans une lettre apostolique publiée motu proprio (de sa propre initiative) le 21 novembre 2025 pour reconnaître que des non-cardinaux peuvent servir à ce poste.

    Petrini est actuellement assisté de deux secrétaires généraux, l' archevêque italien Emilio Nappa et l'avocat italien Giuseppe Puglisi-Alibrandi .

    Dans le préambule du nouveau document, le pape Léon XIV a déclaré que la Loi fondamentale constituait « le fondement et le point de référence de toutes les autres normes et réglementations » de l’État de la Cité du Vatican.

    Il a écrit que l’existence de cette loi « réaffirme le caractère unique et l’autonomie de l’ordre juridique vaticanais, ainsi que le rôle du Gouvernorat, qui contribue à la mission propre à l’État et est au service du Successeur de Pierre, auquel il rend directement compte. »

    Il a ajouté : « Comme par le passé, l’exercice de tous les pouvoirs qui en découlent sur le territoire défini par le traité du Latran, ainsi que sur les bâtiments et les zones où opèrent les institutions de l’État ou du Saint-Siège et où des garanties et immunités personnelles et fonctionnelles sont en vigueur en vertu du droit international, est conféré aux organes directeurs et à ceux qui, occupant diverses fonctions de responsabilité et animés d’un véritable esprit ecclésial, accomplissent leur service pour l’État de manière stable. »

    L'État de la Cité du Vatican, le plus petit État indépendant du monde, est une enclave entourée par la ville de Rome. Il couvre une superficie d'environ 49 hectares et compte environ 700 citoyens, dont près de 70 % résident sur son territoire.

    La nouvelle version de la Loi fondamentale, à l'instar de celle de 2023, comporte trois annexes. La première définit les spécifications du drapeau de l'État de la Cité du Vatican, l'un des deux seuls drapeaux nationaux officiellement carrés, avec celui de la Suisse.

    La deuxième annexe présente les armoiries officielles de l'État de la Cité du Vatican, distinctes de celles du Saint-Siège, et la troisième, le sceau officiel de l'État.

  • En août, le Pape exhorte à prier pour l’évangélisation dans les villes

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    De Janvier Yameogo sur Vatican News :

    En août, le Pape exhorte à prier pour l’évangélisation dans les villes

    Selon le rapport 2025 de l’ONU, 45% de la population mondiale vit dans une ville et le nombre de mégapoles a quadruplé, passant de huit en 1975 à 33 en 2025. Léon XIV consacre son intention de prière du mois d’août à «l’évangélisation dans les villes», invitant les fidèles à la créativité pour bâtir des foyers ouverts et accueillants, «où personne ne se sente invisible».

    Au cœur de l’anonymat et de la solitude qui marquent souvent la vie urbaine, Léon XIV consacre son intention de prière du mois d’août à «l’évangélisation dans les villes», incitant les fidèles à découvrir des chemins pour bâtir des foyers ouverts et accueillants, «où personne ne se sente invisible». À travers le Réseau Mondial de Prière du Pape et la campagne Prie avec le Pape, le Saint-Père invite les fidèles ainsi que toutes les personnes de bonne volonté à s’unir chaque mois à ses intentions de prière.

    Dans sa prière, le Pape s’adresse à Jésus «Bon Pasteur», qui parcourt les rues et les places, entre dans les «immeubles élevés comme dans les quartiers modestes» et accompagne silencieusement les millions de personnes qui cherchent un sens à leur vie «au milieu du bruit et de l’agitation». Le Souverain pontife reconnaît que les villes, appelées à être des lieux de liberté et d’opportunités, peuvent aussi devenir des «espaces d’anonymat et d’isolement». Il appelle ainsi à porter un regard renouvelé, capable de découvrir dans la vie urbaine un «terrain fertile pour annoncer» l’Évangile. La prière s’achève ainsi:

    «Seigneur, que nos communautés urbaines soient des foyers ouverts et accueillants, des lieux où l’on partage l’espérance, où personne ne se sente invisible, et où la joie de ton Évangile illumine la vie cachée de tant de frères et sœurs. Fais de nous tes témoins dans la ville, des missionnaires audacieux et créatifs, qui annoncent par leur vie ton Amour, capables de vaincre la précipitation, le bruit et l’anonymat.»

    La ville, un champ de mission pour notre temps

    Aujourd’hui, près de 45 % de la population mondiale vit en milieu urbain, faisant des mégapoles l’un des principaux champs de mission de notre époque. La croissance démographique avec la concentration de la population nous met face à des défis sociaux et communautaires. Quartiers, immeubles, zones commerciales et périphéries deviennent des lieux d’anonymat et de solitude. Selon les données des Nations Unies – World Urbanization Prospects (2025), parmi les agglomérations les plus peuplées du monde figurent Jakarta (42 millions d’habitants), Dacca (37 millions), Tokyo (33 millions), Delhi (30 millions) et Shanghai (30 millions).

    Dans ce contexte, la solitude a des répercussions sur la santé mentale, en particulier chez les jeunes. En effet, 35 % d’entre eux  reconnaissent qu’elle affecte leur vie quotidienne, même si en grande majorité, ils sont en permanence connectés dans l’univers numérique. Cette solitude urbaine se manifeste aussi dans la superficialité des relations, le manque de proximité et de soutien affectif dans les moments difficiles. Dans son discours aux participants à la rencontre annuelle de l’International Catholic Legislators Network, en août 2025 le Successeur de Pierre rappelait que «l’avenir de l’épanouissement humain dépend de l’“amour” que nous choisissons pour organiser notre société: un amour égoïste, centré sur soi-même, ou l’amour de Dieu et du prochain».

    Évangéliser les grandes villes avec créativité

    «Combien de fois avons-nous croisé le visage blessé d’un frère sans nous arrêter?», s’interroge le père Cristóbal Fones, SJ, directeur international du Réseau Mondial de Prière. Pour lui «cette intention de prière est un appel adressé à chacun pour engager une réflexion. À partir de la transformation intérieure que suscite une authentique prière apostolique, l’Esprit Saint pourra nous éclairer sur la manière de construire, dans nos propres contextes, des villes plus justes et plus accueillantes, comme nous y invite le Saint-Père.» En 2022, le Pape François avait consacré son intention «Pour une Église ouverte à tous», invitant à une Église de la proximité, qui est le style de Dieu.

  • Saint Pierre Favre, premier prêtre jésuite (2 août)

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    Saint Pierre Favre sj (site des jésuites d'Europe occidentale francophone)


    Ignace de Loyola disait de Pierre Favre qu’il était celui qui donnait le mieux les Exercices spirituels. C’était un homme de Dieu, passionné de la conversation pour “aider les âmes” et favoriser la conversion des cœurs. Pierre Favre est le patron de la Province d’Europe Occidentale Francophone.

    Pierre Favre naît en Savoie en 1506, au village du Villaret ; c’est là qu’il grandit gardant les troupeaux de ses parents. A partir de 1525, il vient étudier à Paris où il a comme compagnons de chambre François-Xavier et Ignace de Loyola ; celui-ci se l’adjoint comme le premier de tous ses compagnons.

    Ordonné prêtre en 1534, il est le premier prêtre de la Compagnie et est l’un des théologiens envoyés par Ignace au Concile de Trente. Sur l’ordre du Souverain Pontife, il parcourt à pieds la France, l’Italie et l’Allemagne, et travaille efficacement à la restauration catholique.

    Il meurt épuisé à Rome le 1er août 1546 et est béatifié par Pie IX en 1872. Il est canonisé en décembre 2013 par le pape François.

    saint pierre favre
    Saint Pierre Favre (1506-1546)
  • Seul l'amour est digne de foi (18e dimanche du temps ordinaire)

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    Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde (fsJ) (homelies.fr)

    Jésus vient d’apprendre l’exécution de Jean le Baptiste. Cette mort dramatique le bouleverse : Jean était son cousin ; il lui était attaché par de profonds liens d’affection. De plus, Notre-Seigneur pressent que cette mort annonce la sienne. Aussi cherche-t-il la solitude, le silence. Jésus est certes le Fils unique de Dieu, mais il est aussi pleinement homme, partageant nos interrogations devant le grand mystère de la mort - surtout lorsque celle-ci apparaît comme le triomphe insolent du mal. N’est-il pas légitime que Notre-Seigneur veuille s’abstraire quelques instants de son ministère surchargé pour se retrouver seul ?

    Pourtant tout se passe comme si Dieu son Père ne le lui permettait pas : les foules ont deviné l’intention du Rabbi, et le précèdent sur le lieu qu’il a choisi pour s’y retirer « à l’écart ». S’oubliant lui-même, Jésus ne voit plus que la détresse de ces hommes et de ces femmes qui affluent de toute part vers lui : « saisi de pitié envers eux, il guérit les infirmes ». Matthieu ne le précise pas, mais il ne fait pas de doute que Notre-Seigneur « se mit à les enseigner longuement » (Mc 6, 34).

    Comme le jour baisse, les disciples réagissent avec bon sens et exhortent leur Maître à renvoyer la foule. Mais Jésus ne l’entend pas ainsi ; croisant tous ces regards posés sur lui, il se souvient du Psaume 144 : « Les yeux sur toi, tous ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit ». Renonçant encore à son désir si légitime de solitude, Jésus, dans un geste anticipant l’institution de l’Eucharistie, offre le pain du ciel à cette foule nombreuse qui erre au désert, prémisse du nouveau peuple de Dieu marchant à la suite du nouveau Moïse. Le Verbe se donne en nourriture dans la Parole et dans le Pain : « Ecoutez-moi donc : mangez de bonnes choses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez, et vous vivrez » (1ère lect.).

    Etonnant contraste entre le banquet célébré dans le palais luxueux d’Hérode, qui coûtât la vie au Baptiste, et la simplicité de ce repas pris au désert, un soir de printemps peu avant la Pâque, et qui donne la vie à la multitude. La réponse que Jésus cherchait aux questions qui se bousculaient en lui suite au décès de son ami, lui est donnée dans l’obéissance aux événements : c’est en allant toujours plus loin sur le chemin du don désintéressé de soi, qu’il sera vainqueur de la mort, car l’amour ne peut mourir ; en lui, la vie triomphe toujours.

    Notre-Seigneur aura le courage d’aller jusqu’au bout de cette voie apparemment sans issue et de livrer sa vie par amour pour nous, afin que toutes les générations puissent partager la certitude de Saint Paul : « ni la mort, ni la vie (…) rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur » (2nd lect.). Telle est notre confiance et notre espérance : la Croix est l’Arbre de vie divine dont la sève est le Pur Amour, et dont le fruit eucharistique nous donne part à la vie filiale de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

    Dès lors, si « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28), nous devons nous aussi faire comme lui. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » : Jésus invite ses disciples à le suivre sur le chemin déconcertant du « davantage » de l’amour. La charité s’oublie ; elle ne se décharge pas sur les autres pour servir : elle se met en peine, même lorsque la tâche semble impossible, dans la certitude que Dieu fera sa part. Le seul pouvoir que Jésus transmet à son Eglise, est celui de se livrer à sa suite pour la vie du monde. « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 12-13).

    Nous n’avons rien de plus à proposer que « cinq pains et deux poissons » : le don dérisoire de nos pauvres humanités marquées par le péché ; mais si dans la foi nous les « apportons à Jésus » pour qu’il en dispose selon son bon plaisir, il en fera un pain rompu pour la vie du monde. C’est en suivant notre Maître sur ce chemin du don total de soi, que nous le rejoindrons là où il nous précède : dans le Royaume de Dieu son Père ; mais en passant par le même porche : celui de la Croix. « Nous les vivants, écrit Saint Paul, nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre existence mortelle » (2 Co 4, 10). Tel est le mystérieux échange auquel il nous faut consentir dans la foi, car l’amour vrai ne se purifie des scories de l’égoïsme qu’au creuset de la souffrance librement consentie.

    Pourquoi donc venons-nous nous rassasier à la Table du Corps et du Sang de Notre-Seigneur, sinon pour pouvoir vivre à notre tour notre Pâques d’amour au cœur de notre existence quotidienne ? Si nous croyons qu’en toutes choses « nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés » (1ère lect.), alors ne renvoyons plus notre prochain qui nous sollicite, mais prenons autorité au nom de Jésus-Christ sur nos égoïsmes et sur nos peurs, et mettons-nous généreusement au service de ceux qui ont faim : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger ».

    « “Il est temps que tous reconnaissent le christianisme comme la religion de l’amour” : Seigneur, donne-nous de ne pas faire mentir cette parole de Jean-Paul II, qui résonne comme un testament confié en ton Nom à l’Eglise du troisième millénaire. Car “seul l’amour est digne de foi” (Saint Augustin) ; à condition que ce soit un amour vrai, un amour fort, un amour grand, qui se donne sans compter ; un amour qui puise sa générosité dans l’Esprit de charité que tu répands en abondance, Père, sur tous ceux qui invoquent avec foi le Nom de ton Fils bien-aimé, Jésus-Christ notre Seigneur. »

    Père Joseph-Marie

  • Cinq pains et deux poissons : Evangile et homélie du dimanche 2 août

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    avgat5.jpgÉvangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 14,13-21.

    Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l'écart. Les foules l'apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
    En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes.
    Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : « L'endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu'ils aillent dans les villages s'acheter à manger ! »

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  • "Traditionis Custodes" : retour sur les déclarations du cardinal Roche

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    Du substack de Diane Montagna :

    Nouvelle manipulation extraordinaire : le cardinal Roche s'exprime à nouveau sur la messe traditionnelle en latin.

    Analyse des allégations fallacieuses du cardinal formulées dans la nouvelle interview du London Tablet

    31 juillet
    (Arthur Cardinal Roche, 7 décembre 2024 ; Crédit photo : Edward Pentin)

    CITÉ DU VATICAN, 31 juillet 2026 — Répéter un mensonge peut convaincre un homme de ce qu'il souhaite croire, mais cela ne le rend pas plus vrai.

    Dans une nouvelle interview largement diffusée avec The Tablet , le cardinal Arthur Roche, préfet du dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements, a de nouveau affirmé que la liturgie romaine traditionnelle est facilement accessible aux catholiques qui souhaitent y assister, et que si quelqu'un pense le contraire, le problème vient de lui.

     

    Interrogé par l'hebdomadaire britannique sur la question de savoir si le pape Léon XIV accorderait à la restriction de la messe traditionnelle une priorité aussi importante que celle du pape François avec son motu proprio Traditionis Custodes de 2021 , le cardinal Roche a déclaré : « Permettez-moi de dire, tout d'abord, qu'il s'agit d'un sujet très complexe. Et c'est un sujet très important car l'Eucharistie est le sacrement de l'unité : c'est le lieu où nous devrions tous pouvoir nous rassembler pour célébrer la messe. Si elle commence à nous diviser, c'est qu'il y a un grave problème. Mais non, le pape Léon XIV ne modifiera pas Traditionis Custodes et ne reviendra pas à Summorum Pontificum, la lettre apostolique de 2007 du pape Benoît XVI libéralisant l'usage de la liturgie traditionnelle. »

    Le cardinal a ajouté :

    « C’est intéressant. Quand je rencontre des groupes qui souhaitent la liturgie antérieure et que je leur dis : « Le Saint-Père vous l’a donnée, alors où est le problème ? », ils ne savent pas quoi répondre. Puis ils repartent en disant : « Nous sommes toujours persécutés. » Mais en quoi sont-ils persécutés ? Pourquoi ce groupe continue-t-il de jouer un air qui est en désaccord avec la vie de l’Église ? »

    Les propos du cardinal Roche font écho aux commentaires qu'il avait tenus plus tôt cette année lors d'un entretien avec OSV News , après les vives critiques adressées à son document sur la liturgie, distribué aux membres du Sacré Collège en janvier lors du premier consistoire extraordinaire des cardinaux du pape Léon XIV.

    Défendant les positions exposées dans ce document, le cardinal a fait valoir que les catholiques peuvent toujours assister à la messe traditionnelle en latin « par l’autorité papale ».

    « Alors, je me demande : pourquoi tout ce débat si intense ? Pourquoi tout ce bruit, ces tambours qui résonnent et ces trompettes qui sonnent ? Que se passe-t-il d’autre maintenant qu’on leur a accordé la concession de cette messe ? Quel est le problème ? Il est clair qu’il se trame quelque chose », a-t-il déclaré.

    Manipulation mentale incroyable

    Rarement un membre de la Curie aura fait preuve d'une manipulation aussi flagrante . Rappelons-nous que le cardinal Roche a été nommé préfet du DDW en mai 2021, six semaines seulement avant la promulgation par le pape François de Traditionis Custodes , qui interdisait la liturgie romaine traditionnelle dans les églises paroissiales, révoquait l'autorisation accordée par Benoît XIV aux prêtres de célébrer la messe traditionnelle et transférait l'autorité des prêtres aux évêques diocésains.

    Cependant, ces mêmes évêques furent par la suite contraints par le cardinal Roche et ses collaborateurs de se conformer à leur interprétation très restrictive du motu proprio. Ils reçurent en effet des lettres inattendues du Dicastère pour le Culte Divin leur ordonnant de s'y conformer. Dans certains cas, la Congrégation pour les évêques fut même sollicitée pour faire appliquer cette politique.

    Le cardinal Roche travailla assidûment avec le secrétaire du DDW, l'archevêque Vittorio Viola, un homme largement méconnu mais défenseur résolu des restrictions.

    Parce que les évêques diocésains usaient de leur pouvoir légitime, conformément au droit canonique ( canon 87 § 1 ), pour dispenser des dispositions de Traditionis Custodes , le cardinal Roche a jugé nécessaire, en février 2022, d’ obtenir un rescrit du pape François afin d’« assurer la bonne application » du motu proprio. Désormais, tout évêque souhaitant se prévaloir du canon 87 § 1 pour dispenser de Traditionis Custodes devait en informer le Dicastère pour le Culte Divin, lequel était alors chargé de confirmer ou d’infirmer sa décision. Le rescrit a considérablement restreint la liberté des évêques en leur qualité de « directeurs, promoteurs et gardiens de toute la vie liturgique » dans leurs diocèses ( canon 835 § 1 ; cf. Christus Dominus , n° 15 ).

    Le rescrit était nécessaire pour le cardinal Roche en raison de l'opposition croissante à sa répression, de la résistance continue des évêques et des critiques grandissantes des canonistes selon lesquelles il avait outrepassé son autorité.

    Ce zèle pharisaïque a bel et bien conduit à une persécution mondiale de la liturgie romaine traditionnelle. Il est inconcevable que Son Éminence ne puisse ou ne veuille admettre cette réalité. S'il l'admettait, il devrait également reconnaître que c'est lui qui a proféré des menaces contre ceux qui trouvent dans l' usus antiquior la source féconde et le sommet de leur vie chrétienne (cf. Sacrosanctum Concilium , 10 ).

    Au contraire, comme en témoignent ses récents entretiens et son document consistorial (cf. art. 10), il obscurcit ou nie que l'ancienne liturgie soit indisponible et prétend que le problème vient de quiconque pense autrement.

    Ce qui rend la manipulation du cardinal Roche encore plus stupéfiante, c'est sa persistance, alors même que nous savons désormais que les résultats du sondage auprès des évêques du monde entier, utilisés pour justifier Traditionis Custodes, étaient falsifiés. En réalité, la majorité des évêques ayant répondu à ce sondage souhaitaient maintenir le cap sur Summorum Pontificum .

    Quel est le problème ?

    Dans son entretien avec The Tablet , le cardinal Roche affirme que la messe tridentine est facilement accessible et demande : « Alors, où est le problème ? » Son Éminence pourrait poser cette question à tous ceux qui ont perdu l'accès à la liturgie romaine traditionnelle, qui ont été de fait exclus de leurs paroisses et qui doivent désormais faire des heures de route le dimanche avec leurs enfants pour assister à la messe tridentine – si cela leur est même physiquement possible – ou qui n'ont d'autre choix que de fréquenter la Fraternité Saint-Pie-X. Il pourrait interroger les jeunes couples qui se sont vu refuser la possibilité de se marier ou de faire baptiser leur nouveau-né selon les rites anciens de l'Église, ou ceux dont les parents défunts n'ont pas pu bénéficier d'une messe de requiem traditionnelle – non pas parce que leurs évêques s'y opposaient, mais parce qu'ils craignaient les répercussions si le cardinal Roche et ses représentants l'apprenaient.

    Son Éminence pourrait également consulter le nombre croissant de jeunes, notamment en Occident sécularisé, qui trouvent dans les rites traditionnels de l'Église non seulement une oasis sacrée, mais aussi le rempart nécessaire pour lutter contre la chair, le monde et le mal. Il pourrait aussi interroger les six diacres de la communauté des Missionnaires de la Miséricorde Divine du diocèse de Fréjus-Toulon : le cardinal Roche persiste à affirmer qu'ils ne peuvent être ordonnés prêtres selon la liturgie traditionnelle (conformément aux constitutions), pour la célébration de laquelle leur communauté a été fondée. Enfin, Son Éminence pourrait interroger les nombreux jeunes prêtres dont les demandes de célébrer la messe traditionnelle ont été catégoriquement rejetées par son bureau au moyen d'une lettre type. Ces exemples ne sont ni imaginaires ni spéculatifs, ils sont légion.

    Une telle attitude clivante et un tel mépris flagrant de la part du préfet du Culte divin sont totalement indignes d’un prêtre de Jésus-Christ et pasteur de l’Église, qui a été consacré évêque pour prendre soin des âmes, et non pour écraser ce que saint Jean-Paul II a décrit comme leurs « aspirations légitimes » ( Ecclesia Dei , 5).

    Dans sa récente interview, le cardinal Roche affirme également que la liturgie a dû être modifiée pour rendre l'Église plus missionnaire. Saint Ignace de Loyola, dont les compagnons se rendirent aux confins du monde et subirent le martyre pour prêcher l'Évangile, fortifiés par le Sang du Christ reçu à la Messe des siècles, pourrait bien avoir un avis différent.

    Malheureusement, Son Éminence n'est pas suffisamment sorti de sa tour d'ivoire , et il semble que cette contemplation excessive lui ait causé une myopie sévère. Si seulement il pouvait voir, comme tant d'autres, que les tensions à Rome et ailleurs autour du rite romain traditionnel s'inscrivent dans une lutte générationnelle qui agonise. Comme me le confiait récemment un prêtre : « Les jeunes catholiques et de nombreux convertis sont frappés par la profonde beauté et la transcendance de la messe traditionnelle et ne s'intéressent guère aux querelles liturgiques et aux sordides controverses politiques qui ont tant marqué la vie catholique pour la génération précédente. »

    Il a ajouté : « L’approche pacifique du pape Benoît XVI reste très pertinente pour ces personnes et séduit un nombre croissant de catholiques pratiquants, inébranlables dans leur fidélité au Successeur de saint Pierre. Et, paradoxalement, Traditionis Custodes a surtout permis aux jeunes catholiques de mieux apprécier le rite romain traditionnel, un trésor à découvrir et à chérir. L’œuvre du Saint-Esprit ne doit pas, et ne peut en fin de compte pas, être entravée, et, à la lumière des signes des temps, il est clair que le rite romain traditionnel continuera de prospérer quoi qu’il arrive. »

    Alors oui, il reste bien « beaucoup de travail à faire », mais le cardinal Arthur Roche n'est pas l'homme de la situation. De son propre aveu, « je ne me suis jamais senti à la hauteur d'aucune tâche qui m'ait été confiée ».

  • Alphonse de Liguori : la sainteté est accessible à chaque chrétien (1/8)

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    Lors de l'Audience générale du 30 mars 2011, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à saint Alphonse de Liguori (source : vatican.va) :

    Chers frères et sœurs,

    Je voudrais aujourd’hui vous présenter la figure d’un saint docteur de l’Eglise à qui nous devons beaucoup, car ce fut un éminent théologien moraliste et un maître de vie spirituelle pour tous, en particulier pour les personnes simples. Il est l’auteur des paroles et de la musique de l’un des chants de Noël les plus populaires en Italie et pas seulement: Tu descends des étoiles.

    Appartenant à une noble et riche famille napolitaine, Alphonse Marie de Liguori naquit en 1696. Doté de nombreuses qualités intellectuelles, il obtint à seulement 16 ans une maîtrise de droit civil et canonique. Il était l’avocat le plus brillant du barreau de Naples: pendant huit ans il gagna toutes les causes qu’il défendit. Toutefois, dans son âme assoiffée de Dieu et désireuse de perfection, le Seigneur le conduisait à comprendre que la vocation à laquelle il l’appelait était une autre. En effet, en 1723, indigné par la corruption et l’injustice qui viciaient le milieu juridique, il abandonna sa profession — et avec elle la richesse et le succès — et il décida de devenir prêtre, malgré l’opposition de son père. Il eut d’excellents maîtres, qui l’initièrent à l’étude de l’Ecriture Sainte, de l’histoire de l’Eglise et de la mystique. Il acquit une vaste culture théologique, qu’il mit à profit quand, quelques années plus tard, il entreprit son œuvre d’écrivain. Il fut ordonné prêtre en 1726 et il se lia, pour l’exercice de son ministère, à la Congrégation diocésaine des Missions apostoliques. Alphonse commença une action d’évangélisation et de catéchèse dans les couches les plus humbles de la société napolitaine, auxquelles il aimait prêcher, et qu’il instruisait sur les vérités fondamentales de la foi. Un grand nombre de ces personnes, pauvres et modestes, auxquelles il s’adressait, s’adonnaient souvent aux vices et accomplissaient des actes criminels. Il leur enseignait avec patience à prier, les encourageant à améliorer leur façon de vivre. Alphonse obtint d’excellents résultats: dans les quartiers les plus misérables de la ville se multipliaient les groupes de personnes qui, le soir, se réunissaient dans les maisons privées et dans les échoppes, pour prier et pour méditer la Parole de Dieu, sous la direction de plusieurs catéchistes formés par Alphonse et par d’autres prêtres, qui rendaient visite régulièrement à ces groupes de fidèles. Quand, suivant le désir de l’archevêque de Naples, ces réunions furent tenues dans les chapelles de la ville, elles prirent le nom de «chapelles du soir». Elles furent de véritables sources d’éducation morale, d’assainissement social, d’aide réciproque entre les pauvres: les vols, les duels, la prostitution finirent presque par disparaître.

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  • Ceuta : entre le devoir d’accueillir et le droit des États à protéger leurs frontières

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    De "Tribune Chrétienne" :

    Enclave espagnole de Ceuta : entre le devoir d’accueillir et le droit des États à protéger leurs frontières

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    Les images diffusées dans la nuit du 30 au 31 juillet, montrant des milliers de migrants convergeant vers l'enclave espagnole de Ceuta sont impressionnantes. Une crise qui invite à relire avec précision ce que l'Église catholique enseigne réellement sur l'immigration

    Les images venues de Ceuta ont suscité une vive émotion en Espagne. Face à l’afflux de milliers de migrants, le président de la ville autonome, Juan Jesús Vivas, a demandé au gouvernement de Pedro Sánchez de déclarer une « urgence nationale », de mettre en place un commandement unique, de déployer l’armée et de fermer la frontière. Si Madrid a renforcé les effectifs militaires et policiers, il a refusé, à ce stade, de proclamer l’état d’urgence. Cette crise dépasse toutefois le seul débat politique : elle renvoie à une question fondamentale, celle de l’équilibre entre le devoir d’accueil et la responsabilité des États.

    Contrairement aux idées reçues, la doctrine de l’Église ne défend ni l’ouverture sans limites des frontières, ni le repli systématique. Elle affirme deux principes complémentaires.

    Le premier est le devoir d’accueillir celui qui fuit la guerre, les persécutions ou une misère telle qu’elle menace sa dignité. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle ainsi que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine ».

    Mais le même paragraphe du Catéchisme, souvent oublié, ajoute aussitôt : « Les autorités politiques, en vue du bien commun dont elles ont la charge, peuvent subordonner l’exercice du droit d’immigrer à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des immigrés à l’égard du pays d’adoption » (CEC, n° 2241). Autrement dit, l’Église reconnaît explicitement aux États le droit – et même la responsabilité – de réglementer les flux migratoires lorsque les circonstances l’exigent.

    Cet enseignement a été constamment rappelé par les papes. Dans son Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié de 1996, saint Jean-Paul II soulignait qu’il appartient aux autorités publiques de « contrôler les flux migratoires en considération des exigences du bien commun ». Benoît XVI, dans Caritas in veritate (2009, n° 62), appelait lui aussi à une gestion des migrations qui conjugue le respect de la personne humaine et les responsabilités propres des États. Le pape François s’est inscrit dans cette même ligne. Lors de la conférence de presse donnée dans l’avion qui le ramenait de Singapour à Rome, le 13 septembre 2024, il rappelait que les gouvernements doivent accueillir les personnes selon leurs capacités d’intégration, tout en reconnaissant qu’un État « a le droit de défendre ses frontières ». Il précisait cependant que cette protection ne peut jamais conduire à nier la dignité des migrants ou à les traiter de manière inhumaine.

    Lire aussi : https://tribunechretienne.com/incendies-monseigneur-marc-stenger-un-eveque-emerite-bien-mal-inspire-en-sen-prenant-a-leglise/

    La crise de Ceuta illustre précisément cette tension. L’accueil de ceux qui fuient la guerre ou la misère demeure un impératif évangélique. Mais protéger les frontières, garantir la sécurité des citoyens et veiller à ce que l’accueil reste possible font également partie des responsabilités légitimes de l’autorité politique.

    Le pape Léon XIV s’inscrit dans cette continuité. Depuis le début de son pontificat, il n’a jamais remis en cause cet équilibre de la doctrine sociale de l’Église, qui conjugue l’accueil des personnes en détresse avec la responsabilité des États de réguler les migrations dans le respect de la dignité humaine. Loin des slogans et des oppositions idéologiques, l’Église invite ainsi à tenir ensemble ces deux exigences. La charité chrétienne ne supprime pas la prudence politique ; elle l’éclaire. Et le contrôle des frontières, lorsqu’il est exercé dans le respect de la dignité de toute personne humaine, n’est pas contraire à l’Évangile : il s’inscrit pleinement dans la doctrine sociale de l’Église.

    Communiqué du diocèse de Cadix et Ceuta

    « Face à la situation que connaît ces derniers jours la Ville autonome de Ceuta, le diocèse de Cadix et Ceuta souhaite faire la déclaration suivante :

    Tout d’abord, nous exprimons notre profonde préoccupation devant la gravité des événements et la vulnérabilité particulière de tant de personnes touchées par cette situation.

    En tant qu’Église diocésaine, nous réaffirmons notre entière disponibilité à collaborer avec les institutions civiles et les organismes compétents, en mettant à leur disposition les moyens humains et matériels dont nous disposons, afin de contribuer, dans le respect des compétences de chaque administration et en coordination avec elles, à répondre aux besoins qui pourraient se présenter.

    Par ailleurs, nous informons que les quêtes qui seront réalisées ce week-end dans les paroisses de Ceuta seront intégralement affectées à la Délégation diocésaine pour les migrations. Leur produit sera acheminé par l’intermédiaire du Centre d’accueil des personnes migrantes Saint-Antoine, à Ceuta, d’où seront prises en charge les urgences les plus immédiates, en coordination avec les services compétents.

    Nous remercions par avance les fidèles ainsi que toutes les personnes de bonne volonté pour leur générosité et invitons les communautés chrétiennes à intensifier leur prière pour ceux qui souffrent, pour les responsables chargés de gérer cette situation, ainsi que pour tous ceux qui œuvrent à construire des chemins de paix, de justice et d’espérance. »