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BELGICATHO

  • Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité

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    Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité

    Parmi les grandes figures catholiques américaines du XXe siècle, Fulton J. Sheen (1895-1979) occupe une place singulière. Évêque, prédicateur, écrivain et remarquable communicateur, il fut aussi l'un des adversaires les plus constants du communisme. Mais son anticommunisme ne se réduisait ni à une dénonciation politique de l'Union soviétique ni à une défense inconditionnelle du système occidental. Pour Sheen, le communisme posait une question beaucoup plus profonde : quelle conception de l'homme voulons-nous défendre ?

    C'est ce qui donne encore aujourd'hui un intérêt particulier à ses analyses.

    Le communisme, plus qu'un système économique

    Dans Communism and the Conscience of the West, publié en 1948, Sheen refuse de considérer l'affrontement entre communisme et Occident comme une simple opposition entre deux modèles économiques ou politiques.

    À ses yeux, le véritable conflit est d'abord spirituel et anthropologique. Le marxisme, en réduisant l'homme à ses conditions matérielles et historiques, tend à faire disparaître sa dimension spirituelle et transcendante. Si l'homme n'est plus une créature appelée à une destinée qui dépasse le monde présent, la société peut finir par se considérer elle-même comme l'ultime réalité.

    Le danger est alors que l'État, le parti ou l'idéologie prétende déterminer ce que l'homme doit penser, espérer et même désirer.

    Pour Sheen, le problème du communisme n'est donc pas seulement ce qu'il fait de la propriété ou de l'économie. Il est ce qu'il fait de la personne humaine.

    Mais Sheen ne disculpe pas l'Occident

    C'est probablement l'aspect le plus intéressant de sa pensée.

    Sheen ne disait pas : « Le communisme est mauvais, donc l'Occident est nécessairement bon. » Il soutenait au contraire que le communisme pouvait trouver un terrain favorable dans les faiblesses mêmes des sociétés occidentales.

    Il voyait dans le communisme à la fois un effet et un jugement porté sur l'Occident. Un effet, parce que certaines injustices sociales, certains égoïsmes et l'abandon des exigences chrétiennes pouvaient nourrir la contestation révolutionnaire. Un jugement, parce que le succès d'une idéologie matérialiste révélait aussi quelque chose de la crise spirituelle de sociétés qui se prétendaient chrétiennes.

    Cette remarque est essentielle pour comprendre Sheen. Son anticommunisme n'était pas un appel à défendre indistinctement tout ce qui existait en Occident. Il exigeait au contraire de l'Occident qu'il soit fidèle à ce qu'il prétendait être.

    On ne combat pas efficacement une idéologie matérialiste par un matérialisme concurrent.

    Le danger d'une société qui ne voit plus ce qui lui arrive

    Sheen s'intéressait particulièrement à un phénomène qui dépasse largement la question du communisme : la capacité d'une civilisation à devenir progressivement inconsciente de sa propre transformation.

    Une société peut, selon lui, perdre ses convictions fondamentales sans avoir le sentiment de les perdre. Les changements se produisent progressivement. Les mots changent de sens, les principes deviennent des opinions, les certitudes sont remplacées par des préférences et ce qui paraissait autrefois évident devient incompréhensible aux générations suivantes.

    L'homme ne se rend pas nécessairement compte qu'il abandonne une vision du monde : il croit simplement adopter une nouvelle manière de parler, de vivre ou d'organiser la société.

    C'est ici que la pensée de Sheen prend une résonance contemporaine.

    Il ne serait évidemment pas sérieux de prétendre que les sociétés occidentales actuelles sont devenues communistes au sens historique du terme. Le communisme soviétique, les régimes marxistes-léninistes et les sociétés occidentales contemporaines sont des réalités très différentes.

    Mais la question posée par Sheen demeure : une civilisation peut-elle conserver durablement ses libertés si elle perd les convictions morales et anthropologiques qui leur donnaient leur fondement ?

    « Une religion destinée à détruire la religion »

    Sheen était également frappé par la dimension quasi religieuse du communisme. Il lui reconnaissait une vision globale de l'existence, une explication de l'histoire, une promesse d'émancipation et même une forme de sacrifice au service d'un avenir meilleur.

    Il parlait ainsi d'une « religion sans Croix » et d'une politique qui tend à devenir une religion.

    Son intuition mérite d'être entendue avec prudence. Elle ne signifie pas que toute idéologie politique serait une religion au sens propre. Elle signifie plutôt que l'être humain ne renonce pas facilement à chercher un sens ultime.

    Si la religion disparaît de l'espace culturel, le besoin de croire, d'espérer, d'appartenir et de se dévouer à une cause ne disparaît pas nécessairement avec elle. D'autres doctrines peuvent alors prétendre fournir une explication totale de l'histoire et déterminer ce qui est bien ou mal.

    Cette observation dépasse largement le seul communisme.

    La liberté contre la sécurité ?

    Une autre intuition de Sheen mérite également d'être relue aujourd'hui : une société peut être tentée de sacrifier progressivement la liberté au profit de la sécurité, du confort ou de la prospérité.

    Là encore, il faut éviter les rapprochements faciles. Les institutions contemporaines ne sont pas les régimes totalitaires que Sheen combattait. Mais sa question reste pertinente : jusqu'où sommes-nous prêts à renoncer à notre liberté pour obtenir davantage de sécurité, de confort ou de protection ?

    Et surtout : savons-nous encore pourquoi la liberté est précieuse ?

    Pour Sheen, la liberté n'était pas simplement la possibilité de choisir entre plusieurs produits ou plusieurs opinions. Elle était liée à la vérité et à la responsabilité morale. Une liberté détachée de toute vérité risque, selon lui, de devenir paradoxalement vulnérable à ceux qui promettent de décider à notre place.

    L'amour des personnes, le refus de l'erreur

    Un dernier aspect de Sheen mérite d'être souligné. Son opposition au communisme ne l'empêchait pas de distinguer radicalement l'erreur de celui qui se trompe.

    On lui attribue cette formule :

    « Je hais le communisme, mais j'aime les communistes. »

    Elle résume bien une attitude chrétienne qu'il revendiquait : combattre vigoureusement une idéologie tout en refusant de transformer ses partisans en ennemis humains à haïr.

    Cette distinction est particulièrement importante aujourd'hui, à une époque où le débat public tend facilement à confondre la critique d'une idée avec la condamnation de la personne qui la défend.

    Pourquoi Sheen reste-t-il actuel ?

    L'actualité de Sheen ne tient donc pas au fait que nous vivrions aujourd'hui sous la menace d'une nouvelle révolution communiste comparable à celle qu'il redoutait en 1948. Ce serait une lecture anachronique de son œuvre.

    Son actualité réside plutôt dans les questions qu'il posait derrière le communisme :

    • Que devient une société lorsqu'elle ne possède plus de conception commune de la personne humaine ?
    • Peut-on défendre durablement la liberté si l'on ne sait plus pourquoi l'homme est libre ?
    • Que se passe-t-il lorsqu'une civilisation perd progressivement la conviction qu'il existe une vérité qui la dépasse ?
    • Une société peut-elle combattre le matérialisme tout en faisant du confort matériel son principal horizon ?
    • Que devient le désir humain de sens lorsque la religion disparaît ?
    • Une démocratie peut-elle survivre si toute vérité devient une simple opinion et tout principe une préférence individuelle ?

    Ces questions ne sont pas exclusivement catholiques. Elles sont devenues des questions de civilisation.

    C'est peut-être là le paradoxe de Fulton Sheen. L'homme qui consacra une grande partie de son énergie à combattre le communisme nous oblige finalement à regarder au-delà du communisme. Son véritable sujet était l'homme : sa liberté, sa dignité, sa responsabilité, son besoin de vérité et son ouverture à la transcendance.

    Pour Sheen, une civilisation ne se sauve pas seulement en repoussant ses ennemis. Elle se sauve en retrouvant les raisons profondes de vivre selon la vérité qu'elle prétend défendre.

    Et c'est pourquoi, près de huit décennies après la publication de Communism and the Conscience of the West, certaines de ses interrogations peuvent encore être entendues sans que l'on ait besoin de considérer notre époque comme la répétition de la guerre froide.

    Le communisme historique appartient au XXe siècle. La question de savoir ce qui fonde la liberté, la dignité humaine et une civilisation demeure, elle, pleinement actuelle.

    (avec l'IA)

  • L'impasse de l'Église partisane

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    Ce qui suit est assez inspirant et pourrait éclairer ce qui s'est passé chez nous, en Flandre tout particulièrement.

    De George Weigel sur le NCR :

    L'impasse de l'Église partisane

    COMMENTAIRE : Le catholicisme polonais devrait tirer des leçons de ce que j'ai constaté au Québec.

    La route 132, qui longe la côte nord de la péninsule gaspésienne au Québec, offre l'un des plus beaux panoramas d'Amérique du Nord. À gauche, l'extraordinaire fleuve Saint-Laurent donne l'illusion de rouler en bord de mer, tant l'estuaire est large et que la rive opposée, également au Québec, se trouve souvent à l'horizon.  

    Mais existe-t-il une route côtière offrant le « petit plus » de Gaspé : des falaises escarpées à droite, au-delà desquelles s’étendent des forêts denses et de petits lacs cristallins ? Observer une baleine traversant l’estuaire en route vers l’Atlantique ajoute une touche d’aventure supplémentaire à une excursion à Gaspé ou à une traversée en ferry. 

    Pour le visiteur catholique, la Gaspésie se distingue également par les noms des villages bordant le fleuve et l'estuaire, dont la grande majorité sont en l'honneur des saints : Notre-Dame-du-Portage, Notre-Dame-des-Neiges, Saint-Simon, Saint-Fabien-sur-Mer, Sainte-Flavie, Saint-Joseph-de-Lepage, Saint-Ulric, Sainte-Félicité, Sainte-Anne-des-Monts, etc.  

    Dans bon nombre de ces villages côtiers, l'élément le plus marquant est une église en pierre avec un haut clocher et un toit en tôle scintillante, témoignage silencieux du fait que le Québec fut jadis — et il n'y a pas si longtemps — l'une des régions les plus intensément catholiques du continent. 

    Je parle de témoignage « muet », car il est difficile de trouver une de ces églises qui soit ouverte.  

    L' église Saint-Roch, au village de Saint-Roch-des-Aulnaies, en est un exemple typique. Ses deux flèches invitent à entrer dans le village depuis la route longeant le Saint-Laurent. Pourtant, malgré un panneau indiquant que l'église est ouverte tous les jours, elle était fermée à clé le 25 août dernier. Le fait que l'ancien presbytère soit devenu un café-pâtisserie – proposant d'excellents croissants aux amandes, soit dit en passant – ne laissait pas présager une vie paroissiale dynamique. De plus, aucun horaire des messes, ni le week-end ni en semaine, n'était affiché sur place. Le visiteur ne peut donc qu'admirer l'architecture extérieure, sans avoir la possibilité de découvrir ce qu'une recherche en ligne a révélé être un intérieur splendide, doté de galeries, idéal pour la prière et le recueillement.  

    Comment en est-on arrivé là ? Comment le Québec catholique est-il devenu, de mon vivant, sans doute l'endroit le plus aride religieusement entre le pôle Nord et la Terre de Feu ? Il y a sans doute de nombreuses raisons. L'une d'elles, digne de réflexion en cette période électorale, est suggérée par une photographie granuleuse en noir et blanc, parmi les affiches retraçant l'histoire du village, entre l'ancien presbytère transformé en café et l'église fermée à clé. Intitulée « Assemblée politique en 1930 » , la photo montre plusieurs dizaines de Ford Modèle T et Modèle A, et une centaine de villageois environ rassemblés devant la grande statue en pierre du Sacré-Cœur, dans la paroisse. Depuis le porche de la salle paroissiale, des personnes que l'on suppose être des candidats aux élections s'adressaient à eux, commentées par les prêtres locaux. Cette hypothèse est confortée par le fait qu'en 1930, l'Église catholique du Québec était étroitement liée au gouvernement provincial, pour lequel elle gérait les écoles, les hôpitaux et les services sociaux : une ancienne alliance qui s'est par la suite transformée en un partenariat étroit entre l'Église et l'Union nationale. Puis survint la « Révolution tranquille » québécoise des années 1960, qui brisa ce lien indéfectible entre l'Église et l'État. L'Église du Québec ne s'en est jamais remise.    

    Cette vieille photo m'a particulièrement marqué car, un mois auparavant, j'avais vu des panneaux d'affichage dans le sud-est de la Pologne invitant la population locale à la messe du dimanche et à un discours du candidat d'un parti politique donné ; ces panneaux arboraient les portraits du curé et du candidat. En passant devant ces affiches, j'imaginais sans peine Jean-Paul II secouant la tête, partagé entre stupéfaction et consternation face à cette dérive de l'Église, devenue un acteur politique partisan – précisément ce qu'il avait si vivement critiqué dans certains courants de la théologie de la libération en Amérique latine.  

    Quelle que soit l'orientation idéologique du parti en question, les alliances partisanes sont fatales pour l'Église. Il en va de même, dans le contexte actuel, pour le type d'alliance ecclésiastique avec le pouvoir d'État qui a caractérisé la vie québécoise pendant près de 300 ans. Le catholicisme polonais devrait tirer les leçons de ce que j'ai constaté en Gaspésie – et les évêques polonais devraient affirmer clairement que l'instrumentalisation des églises locales (et a fortiori de la messe dominicale !) à des fins politiques partisanes est incompatible avec la nature de l'Église. 

    Quant aux électeurs catholiques, eh bien, jugeons les candidats sur leur caractère et leurs politiques, et non sur l'étiquette partisane qu'ils arborent.

  • Léon XIV en France; Parolin : L'Europe doit protéger la vie et relancer le multilatéralisme

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    De Vatican News (Massimiliano Menichetti) :

    Léon XIV en France, Parolin : L'Europe doit protéger la vie et relancer le multilatéralisme

    Le cardinal secrétaire d’État du Saint-Siège, évoquant le voyage de Léon XIV en France et à l’Unesco, a souhaité que cette visite ne se limite pas à un simple fait d’actualité, mais qu’il puisse marquer le début d’un processus créateur, d’un cheminement à long terme capable d’interpeller avant tout les nouvelles générations, appelées à hériter des défis complexes d’une époque en profonde mutation.

    Le cinquième voyage apostolique international du Pape Léon XIV en France est très attendu. Dans ce pays, il affermira la foi en apportant la lumière du Christ, capable de renouveler chaque cœur. Il s’adressera à une société multiculturelle, laïque et sécularisée, où le nombre de jeunes adultes catéchumènes ne cesse de croître. Il abordera des thèmes centraux tels que: la protection de la vie, la construction de la paix, les défis de l’intelligence artificielle, l’identité de l’Europe.

    Le Pape considère la France comme un pays appelé à mettre à profit sa tradition culturelle, humaniste et diplomatique pour redécouvrir et renforcer le regard porté sur la personne et sa relation avec le Créateur. Le défi consiste également à redynamiser les racines chrétiennes du Vieux Continent, qui affirment le caractère sacré de la vie et appellent à la construction de ponts et de voies de dialogue dans la perspective d’un multilatéralisme aujourd’hui fortement affaibli. Pour le Secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, le souhait est que «ce voyage donne lieu à un dynamisme renouvelé: un grand chantier ouvert de réflexion et d’action où croyants et non-croyants puissent cheminer et travailler ensemble».

    Éminence, la devise choisie pour le prochain voyage apostolique du Pape est: "Pour que le monde ait la vie". Quel message souhaite-t-on concrètement faire passer depuis la France?

    Quand on pense à la vie dont le monde a besoin, trois aspects viennent à l’esprit. Tout d’abord, l’aspect naturel. Sans aucun doute, le premier message que l’on souhaite exprimer est la valeur de la vie humaine, qui doit être accueillie, aimée et protégée, de la conception jusqu’à la mort naturelle. Le contexte actuel, dans de nombreux pays, tend à introduire et à justifier des pratiques, voire des lois, qui ne respectent pas cette valeur. Dans le contexte de la baisse de la natalité en Europe, ce voyage en France offre la possibilité de redécouvrir la vie comme un don à accueillir avec gratitude et responsabilité.

    Mais que serait une vie corporelle sans âme? J’en viens donc au deuxième sens, celui de la vie spirituelle. La France est aujourd’hui un pays qui se distingue par un grand nombre de catéchumènes jeunes adultes. Cela offre l’occasion de mettre en lumière la soif de vie spirituelle qui caractérise le monde d’aujourd’hui. Derrière la devise «pour que le monde ait la vie», on peut lire «pour que le monde croie». Car il n’y a pas de vie du corps sans vie de l’âme.

    Enfin, le merveilleux travail accompli pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame met en évidence le savoir-faire artisanal et intellectuel dont l’homme est capable aujourd’hui. Ainsi, dans un monde de plus en plus technologique et artificiel, la devise de ce voyage à Paris permet d’attirer l’attention sur la vitalité créatrice de la personne humaine. Que l’utilisation des nouvelles technologies, y compris l’intelligence artificielle, ne fasse jamais oublier à l’homme cet aspect de sa vie.

    Le Pape se rendra à l’UNESCO, un lieu dédié à la culture, à l’éducation et à la coopération entre les peuples. Quel poids la culture et l’éducation peuvent-elles avoir dans la construction de la paix, aux côtés de la politique? Et quel rôle l’Église peut-elle jouer dans ce processus?

    Dans "Magnifica humanitas", le Pape Léon XIV a souligné la nécessité de passer d’une «culture de la puissance» à une «culture de la négociation», dans laquelle «le dialogue et les relations diplomatiques deviennent une voie habituelle pour gérer les conflits» (n° 221). Il s’agit d’une évolution culturelle avant même d’être politique; elle implique en effet l’engagement d’éduquer, surtout les nouvelles générations, à considérer la confrontation non pas comme une faiblesse, mais comme une forme de responsabilité, et à reconnaître dans le dialogue un outil de construction du bien commun. La politique a bien sûr une responsabilité irremplaçable: elle doit mettre en place des institutions justes, garantir le droit et rechercher, par la voie de la diplomatie, des solutions aux conflits. Mais la politique, à elle seule, risque d’intervenir lorsque les fractures sont déjà profondes.

    La culture et l’éducation peuvent agir bien avant, en formant des personnes capables de reconnaître dans l’autre un frère en humanité et non un ennemi. Dans cette perspective, l’UNESCO représente un lieu particulièrement significatif: un lieu où la culture et l’éducation deviennent des outils concrets de coopération entre les peuples. Une école, une université, un musée, un lieu de culture peuvent devenir de véritables laboratoires de paix lorsqu’ils enseignent à connaître l’histoire de l’autre, à distinguer la vérité de la propagande, à se confronter sans crainte et à reconnaître ce qui, au-delà des différences, nous rend humains. Et c’est là que je vois également le rôle de l’Église, en réponse à sa vocation particulière: contribuer à former les consciences à la lumière de l’Évangile, jeter des ponts, éduquer à la rencontre et donner la parole à ceux qui risquent de ne pas en avoir. L’Église, de par sa nature, est appelée à être un espace où des personnes, des peuples et des cultures différentes apprennent à s’écouter, à se connaître et à se reconnaître dans la dignité commune d’enfants de Dieu.

    La relation entre la foi et la raison est l’un des grands thèmes de la tradition culturelle française. Dans une société marquée par la technologie et l’intelligence artificielle, quelle contribution la pensée chrétienne peut-elle apporter aujourd’hui à la question de savoir ce que signifie être véritablement humain?

    Il s’agit d’une contribution pour ainsi dire originelle du christianisme, poussée par le mystère de l’Incarnation à repenser et à redéfinir l’humain à la lumière de la Révélation. Le Concile Vatican II a représenté, au siècle dernier, un moment fondamental de cette mission au service de l’humanité et, ces derniers mois précisément, le Pape en aborde les principaux contenus dans ses catéchèses.  D’autre part, l’accueil favorable réservé à sa première lettre encyclique, "Magnifica humanitas", témoigne de la recherche croissante, dans le monde, d’une parole capable de guider les personnes et les sociétés face à l’accélération du développement technologique et des intelligences artificielles.

    Nous l’avions déjà constaté avec les encycliques Laudato si’ et Fratelli tutti du Pape François, à travers leur message sur l’écologie intégrale et la fraternité humaine. Face à des défis toujours plus grands, on observe un intérêt croissant pour ce que saint Paul VI définissait déjà comme la «civilisation de l’amour», indiquant et appelant à une orientation différente de la croissance, sous le signe du développement humain intégral. Aujourd’hui, face à la souffrance de tant d’êtres humains et aux dommages infligés à des écosystèmes entiers, il est particulièrement nécessaire d’intensifier la réflexion, le dialogue social et l’écoute de la conscience. Et c’est à cela que l’Église souhaite contribuer, en montrant comment la foi et la raison s’enrichissent mutuellement et sont au service de la vie.

    Comment l’Église peut-elle dialoguer aujourd’hui avec ceux qui ne croient pas?

    Il faut dire, à cet égard, que le dialogue s’établit toujours entre des personnes et qu’il est d’autant plus authentique que les interlocuteurs s’enferment le moins possible dans des catégories et des définitions. Il existe toujours, même entre des personnes de cultures et de sensibilités différentes, un terrain d’entente à reconnaître et sur lequel se rencontrer. Ceux qui appartiennent à l’Église catholique et la représentent à divers titres doivent rechercher ce qui unit et favorise la rencontre, pour ensuite cerner correctement et approfondir ce qui ne fait pas l’unanimité. Il s’agit d’un style dans lequel il faut mûrir, en tant qu’individus et en tant que communauté, qui n’est jamais acquis une fois pour toutes et qui est souvent soumis à des tensions pouvant blesser et éloigner.

    Plus précisément, le dialogue avec ceux qui ne croient pas est déjà encouragé dans le Nouveau Testament. Je voudrais souligner deux aspects qui en ressortent: le devoir des chrétiens de toujours répondre, avec douceur et respect, à ceux qui leur demandent raison de leur espérance (cf. 1 P 3, 15); la disposition à reconnaître que l’œuvre de Dieu est libre et nous précède, nous surprenant même là où nous n’étions pas encore arrivés. La foi est un don et personne ne peut mesurer celle d’autrui, ni peut-être même la sienne. Cependant, en France par exemple, nous sommes aujourd’hui confrontés à un regain d’intérêt pour ce don, à un regain d’intérêt pour la parole de l’Évangile, à des choix de vie de jeunes et d’adultes qui suggèrent qu’il y a un avenir pour la foi même là où l’incroyance semble prévaloir.

    Qu’attend le Saint-Siège de la France et de l’Europe pour promouvoir des actions diplomatiques dans cette phase si délicate de l’histoire de l’Europe et du monde? Paris peut-il redevenir le moteur d’une politique européenne fondée non seulement sur la sécurité, mais aussi sur la réconciliation, la solidarité et le multilatéralisme?

    La diplomatie du Saint-Siège ne se lasse pas de réaffirmer que la paix ne peut se réduire à un simple jeu d’équilibres de forces, ni à une stabilité précaire garantie exclusivement par la dissuasion et la course aux armements. Face aux profondes fractures qui déchirent aujourd’hui le continent européen et la scène mondiale, nous formulons le vœu que la France et l’Europe sachent redécouvrir cette audace et cette vision d’avenir qui animaient les pères fondateurs du projet européen. Paris, de par son histoire culturelle, sa tradition juridique illustre et sa profonde vocation humaniste, détient les ressources spirituelles et politiques nécessaires pour insuffler un nouvel élan à un multilatéralisme aujourd’hui fortement affaibli.

    Il ne s’agit évidemment pas de nier les exigences légitimes en matière de sécurité; il faut plutôt comprendre qu’une paix authentique et durable ne se construit jamais contre quelqu’un, mais toujours avec l’autre, à travers une architecture commune de réconciliation et un dialogue aussi exigeant que patient. Ancrée dans les sources de sa longue histoire chrétienne — qui fait d’elle la «fille aînée de l’Église» — et forte de son riche patrimoine humaniste, la France est aujourd’hui appelée à honorer cette noble mission, en continuant à faire rayonner dans le monde les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Le Saint-Siège est donc convaincu que la France saura se faire l’interprète de cet «effort créatif» nécessaire en faveur de l’harmonie, afin que l’Europe ne se replie pas sur ses peurs, mais s’affirme à nouveau comme un laboratoire fécond de solidarité, d’accueil et d’intégration authentique. La véritable grandeur d’une nation se mesure précisément à sa capacité constante à concilier le respect du droit international et la défense inlassable de la dignité humaine. En rejetant la logique de la fatalité et en s’engageant avec détermination dans ce que le Saint-Père appelle la «diplomatie de la rencontre», Paris peut apporter une contribution décisive pour que le Vieux Continent ne se transforme pas en une forteresse isolée, mais reste un phare d’espoir, de justice et de réconciliation pour l’ensemble de la communauté internationale.

    Ce voyage intervient après l’adoption en France de la loi sur le suicide assisté. La question de la vie en tant que bien inaliénable sera inévitablement au centre de l’attention. Quel message le Pape Léon XIV souhaite-t-il transmettre à ce sujet?

    Face au mystère de la douleur, de la maladie et de la fragilité qui unissent tous les êtres humains, la voix du Saint-Père ne résonnera pas comme un avertissement rigide et abstrait, mais comme un appel vibrant à cette responsabilité solidaire qui nous lie les uns aux autres, surtout lorsque l’existence devient plus faible et sans défense. Il est évident que le Saint-Siège observe ces changements législatifs avec une vive sollicitude et une profonde préoccupation. La position de l’Église à ce sujet est bien connue: elle se fait la défense constante de la vie sous toutes ses formes, à toutes ses étapes et dans toutes ses dimensions, depuis sa conception jusqu’à son terme naturel.

    Le pape Léon XIV rappellera que la véritable compassion face à la souffrance ne consiste pas à favoriser ou à anticiper l’interruption de la vie, mais à ne jamais abandonner personne dans la solitude de sa souffrance. Le devoir incontournable d’une société civile est celui de «prendre soin», en offrant des réponses concrètes de proximité, de soins et d’amour. En ce sens, l’appel du Souverain Pontife à la France sera une invitation chaleureuse à redécouvrir les racines les plus profondes de son humanisme à travers le renforcement effectif et généralisé des soins palliatifs et de l’accompagnement intégral de la personne.

    Choisir d’accompagner la souffrance, c’est investir dans une alliance sociale qui n’abandonne pas face à la fragilité, mais en assume la responsabilité. La dignité intrinsèque de l’être humain n’est pas liée à des critères d’efficacité ou de santé biologique. Par conséquent, la réponse de l’État et de la communauté à la douleur ne peut se traduire par l’introduction d’options qui risquent de se transformer, avec le temps, en une pression sociale voilée ou en un raccourci accentuant l’abandon de ceux qui sont seuls. La parole du Pape abordera cette question délicate avec la sensibilité du Pasteur et la clarté du Successeur de Pierre, s’adressant non seulement aux croyants, mais aussi à la conscience de toute personne de bonne volonté. Notre souhait le plus cher est que l’Europe, et la France en particulier, continuent à fonder leur pacte social sur le principe fondamental de la sauvegarde de la dignité humaine, où le soin et la protection de la vie marquée par l’épreuve restent toujours la véritable mesure du progrès d’une civilisation.

    Le Pape se rend à Lourdes, destination de nombreux pèlerinages et lieu où la souffrance et la fragilité humaines se transforment en prière et en espérance. Que nous dit Lourdes aujourd’hui?

    Lourdes, aujourd’hui comme hier, manifeste la tendresse de la Mère de Dieu pour l’humanité. À la Grotte de Massabielle, les fidèles catholiques, mais aussi de nombreuses autres personnes, viennent du monde entier pour confier leurs douleurs, leurs souffrances, leurs espoirs et leurs remerciements. En cela, Lourdes manifeste l’unité de l’humanité qui reconnaît en Marie une figure maternelle qui écoute et console. Quand un membre souffre, tout le corps souffre, et quand un membre est guéri, tout le corps se relève. À Lourdes, on fait donc l’expérience de la fraternité dans la vie: une vie aimée, une vie chérie, une vie parfois douloureuse, mais toujours une vie partagée, car c’est un don inestimable de Dieu qui fait de nous tous des frères et sœurs dans l’humanité.

    Le Pape se rendra également à Metz, ville étroitement liée à la figure de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe aux côtés de De Gasperi et d’Adenauer, qui voyaient dans la réconciliation entre les peuples la voie pour construire un nouveau continent. Quel message nous transmet cette vision chrétienne et originelle de l’Europe?

    À la lecture des textes de Schuman, ainsi que de ceux des autres pères fondateurs, il apparaît clairement que leur idée de l’Europe repose sur le concept de «fraternité chrétienne». Après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, qui ont représenté un paroxysme négatif de violence fratricide, menée dans une vision claire de la domination de l’homme sur l’homme, à la lumière d’une conception de l’homme qui, n’ayant plus Dieu comme point de référence, estimait ne plus avoir de limites dans l’exercice de son pouvoir. La fraternité chrétienne propose, au contraire, un profond respect pour son prochain, que chacun est appelé à aimer comme soi-même dans une filiation qui jaillit d’un Père commun. Les valeurs fondamentales de la personne, telles que la liberté, l’égalité, la dignité du travail, qui sont les valeurs européennes rappelées dans les Traités, trouvent précisément leur fondement dans cette idée de fraternité chrétienne.

    Je considère donc qu’il est important de garder à l’esprit qu’on ne peut poursuivre la prise de conscience et la mise en œuvre concrète de ces valeurs sans tenir compte du fait que l’Europe moderne, selon la pensée et les intentions de ses fondateurs, est issue du christianisme lui-même, qui est un peu comme la levure qui fait lever la pâte. C’est dans cette optique de fraternité que l’on comprend la logique du partage des ressources, énoncée par Schuman dans sa Déclaration, afin que l’acier et le charbon puissent devenir un instrument de collaboration et de développement, plutôt qu’un prétexte à de nouveaux conflits, et qu’une nouvelle guerre entre les anciens belligérants soit non seulement impensable, mais aussi matériellement impossible.

    Le Pape est intervenu à plusieurs reprises au cours de l’année écoulée contre le réarmement, contre la folie que représente l’augmentation considérable des ressources consacrées à l’armement. Quel rôle l’Europe peut-elle redécouvrir pour rester fidèle à l’esprit des pères fondateurs?

    La Déclaration Schuman de 1950 commence par ces mots: «La paix mondiale ne pourra être préservée que par des efforts créatifs, à la mesure des dangers qui la menacent.» Lorsque la paix est menacée, on peut se contenter de suivre le vieil adage «si vis pacem, para bellum», ou bien mettre en œuvre des «efforts créatifs», comme ce fut le cas avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. C’est cette intuition qui a mis fin au revanchisme entre Allemands et Français et a permis la longue période de paix dont nous bénéficions encore aujourd’hui.

    Aujourd’hui encore, des «efforts créatifs» sont possibles, notamment grâce à l’expérience du dialogue acquise au cours de ces dernières décennies au sein des institutions communautaires et des États membres. Ces «efforts» exigent toutefois que chacun reconnaisse clairement que l’on ne pourra relever les défis qui nous attendent que si l’idée mûrit que l’Europe n’est pas une superstructure, mais un véritable corps, au sein duquel la multiplicité des membres est harmonisée par une vision et une volonté communes en matière de politique étrangère. En ce sens, une Europe capable d’élaborer une vision diplomatique partagée peut mieux mettre à profit ses capacités de négociation et faire valoir sa «persuasion morale» même face à ceux qui estiment que la menace de la force est plus persuasive. L’effort créatif consiste peut-être justement en cela: faire comprendre qu’une parole convaincante et clairement prononcée à l’unisson est plus forte que n’importe quelle démonstration de force.

    Quel est votre souhait personnel pour ce voyage?

    Je souhaite que ce voyage apostolique ne se limite pas à un simple fait d’actualité, mais qu’il puisse marquer le début d’un processus créateur, d’un cheminement à long terme capable d’interpeller avant tout les nouvelles générations, appelées à hériter des défis complexes d’une époque en profonde mutation. À une époque où le regard tourné vers l’avenir est souvent obscurci par la crainte ou le désenchantement, la présence et la parole du Saint-Père se veulent une graine de confiance et une invitation à ne pas se résigner aux logiques de la fragmentation, de la polarisation et de l’individualisme.

    L’espérance est que cette visite contribue à réveiller les énergies les meilleures et les plus nobles de la société, en indiquant des voies où le développement technologique et les dynamiques économiques ne soient pas considérés comme des fins en soi, mais restent rigoureusement au service du développement intégral de l’homme. En regardant vers l’horizon des premières décennies, j’espère que la France saura mettre à profit l’extraordinaire richesse de son héritage spirituel, civil et culturel pour apporter des réponses visionnaires aux grandes questions éthiques et sociales de notre siècle.

    Nous souhaitons que ce voyage donne naissance à un dynamisme renouvelé: un grand chantier ouvert de réflexion et d’action où croyants et non-croyants puissent cheminer et œuvrer ensemble. Ce n’est qu’en posant dès aujourd’hui des fondations solides, fondées sur la justice et la responsabilité intergénérationnelle, que nous pourrons léguer à ceux qui viendront après nous un monde véritablement plus fraternel et une terre réconciliée.

  • 259 400 avortements en France en 2025 : une grossesse sur 3,5 a été interrompue

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    De gènéthique.org :

    259 400 avortements en France en 2025 : une grossesse sur 3,5 a été interrompue

    22 septembre 2026

    La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie son étude annuelle sur les interruptions volontaires de grossesse en France[1]. Comme les années précédentes, les avortements sont en hausse : en 2025, on en a recensé 259 400, soit 2,9% de plus que l’année précédente. En 2025, d’après les chiffres de l’Insee[2], 645 000 bébés sont nés en France. Ainsi, une grossesse sur 3,5 a été interrompue et on a recensé un avortement pour moins de 2,5 naissances.

    81% des avortements sont médicamenteux

    En 2025, une très forte part des avortements a été pratiquée par la méthode médicamenteuse : 81%. C’est leur augmentation hors établissement de santé qui « porte » la hausse globale des IVG en 2025. D’ailleurs la moitié des avortements ont été effectués hors établissement.

    Le nombre d’IVG instrumentales quant à lui « reste globalement stable ». En 2004, tous les avortements étaient pratiqués en établissement de santé, et plus de la moitié par la méthode instrumentale (57%).

    On peut en outre relever que 76% des IVG en téléconsultation sont réalisées sous anonymat. Les avortements effectués sous anonymat représentent 7,8% de l’ensemble des IVG en 2025.

    Toujours plus d’IVG pratiquées par des sages-femmes

    Par ailleurs, « en cabinet libéral, plus de la moitié des IVG sont réalisées par des sages-femmes », indique la Drees. En 2025, 1690 sages-femmes ont pratiqué 59 680 IVG en cabinet libéral, 970 médecins généralistes 22208 IVG et 910 gynécologues, médicaux ou obstétriciens, 26 490 IVG. En centre de santé ou centre de santé sexuelle, ce sont 5510 IVG qui ont été effectuées par des sages-femmes, 5450 par des généralistes et 1710 par des gynécologues, médicaux ou obstétriciens.

    En ville, une part importante de sages-femmes et de médecins pratiquent peu d’IVG[3] chaque année : 28 % des sages-femmes et 53 % des médecins. En revanche, 7% des sages-femmes et 5% des médecins en ont réalisé « 100 ou plus ».

    Un taux de recours lui aussi en hausse, pour tous les âges

    En 2025, après être resté longtemps stable, le taux de recours à l’IVG était à nouveau en hausse : il atteint 17,8 IVG pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Et il augmente pour tous les âges depuis 2022.

    L’indice conjoncturel d’avortement lui aussi est en hausse : le chiffre de 0,63 constaté en 2025 signifie que « si chaque recours correspondait à une femme différente[4], plus de 6 femmes sur 10 pratiqueraient une IVG au cours de leur vie féconde, avec les taux actuels par âge ».

    Et alors que les autorités s’inquiètent encore de l’accès à l’IVG, la Drees indique que 83% des avortements en France métropolitaine ont lieu dans le département de résidence des femmes concernées, 95 % dans leur région de résidence, avec des disparités territoriales. D’ailleurs, la direction précise que « le recours à l’IVG hors du département de résidence peut résulter d’un choix personnel (confidentialité, proximité des soins ou du lieu de travail) ».

    A quand une politique de prévention ?

    Année après année, le nombre d’avortements ne cesse d’augmenter sans inquiéter les pouvoirs publics. Au contraire. Bien loin de réfléchir à une politique de prévention, de réfléchir à mettre en place les garde-fous qui pourraient protéger les femmes qui avortent parfois sous la contrainte, qu’elle soit économique ou familiale (cf. IVG : une femme témoigne « ce n’était pas « mon choix », mais « ma peur »»), le gouvernement privilégie la fuite en avant. En effet, dans sa « feuille de route en matière de santé sexuelle » rendue publique il y a deux semaines, l’exécutif envisage de supprimer la clause de conscience spécifique à cette pratique et d’allonger, encore, les délais autorisés (cf. Clause de conscience, délais : le gouvernement prévoit de « réévaluer » le cadre légal en matière d’avortement). Avec quelles conséquences pour les femmes ? Et pour la société ?

    _______________

    [1] Drees, Études et Résultats, septembre 2026, n° 1384, 50 ans après la loi Veil, un quart des IVG sont réalisées en ville par des sages-femmes en 2025

    [2] Insee, Bilan démographique 2025 – Insee Première – 2087

    [3] C’est-à-dire moins de 10.

    [4] Certaines femmes recourent en effet plusieurs fois à l’avortement au cours de leur vie

  • « Mars attacks » n'est pas un mouvement politique ?

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    De Claude Callens :

    Mars attacks n'est pas un mouvement politique ?

    Soyons sérieux ! Les animateurs de ce mouvement ont beau crier haut et fort qu’ils sont apolitiques, il n’empêche qu’un mouvement qui prétend militer « au finish » pour « le retrait de toutes les réformes » du gouvernement, joue un rôle éminemment politique. À moins que le mot « politique » ait perdu tous ses sens !

    Il y a plus significatif encore. Il suffit de parcourir le site de ce mouvement et on découvrira qu’il se prononce comme il l’a fait publiquement le 6 septembre dernier place Albertine à Bruxelles, pour une « convergence des luttes » rassemblant tous les secteurs : « enseignement, santé, agriculture, eau, biodiversité », bref, tous les mécontents.

    Et d’où vient ce concept « convergence des luttes » ? Il apparaît déjà en mai 68, en France comme leitmotiv des mouvements gauchistes qui tentent d’unir écologistes, féministes, antiracistes, anticapitalistes. Il est enraciné dans la tradition marxiste, plus précisément, aujourd’hui, dans le « populisme de gauche » tel qu’il a été défini par Ernesto Laclau, penseur post-marxiste et sa femme, la carolorégienne Chantal Mouffe* qui lui a survécu et dont la pensée inspire Podemos en Espagne ou La France insoumise.

    Pas mal pour un mouvement apolitique !

     

    * Laclau (théoricien argentin) et Mouffe (philosophe belge) partent d'un constat de crise du marxisme orthodoxe. Ils rejettent l'idée du déterminisme économique (le réductionnisme de classe) selon laquelle la classe ouvrière serait, par essence, le seul sujet révolutionnaire destiné à renverser le capitalisme.
    Pour eux, les identités politiques ne sont pas figées par la position économique des individus, mais sont construites à travers le discours et la lutte politique.

  • Les slogans à la mode au crible de Platon

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    De Claude Callens :

    Les slogans à la mode au crible de Platon

    On entend de toutes parts un slogan : « faites payer les riches ! »
    Il faudrait peut-être relire Platon. Dans La République, (Livre VIII, 557b), on entend dans la bouche de Socrate, une critique pertinente de cette démocratie qui permet aux beaux parleurs de séduire le peuple en lui disant ce qu'il a envie d'entendre, au détriment de la vérité et de la justice et en fomentant un excès d'égalitarisme et de licence.

    Cette démocratie assimilée au désordre, par souci d'égalité extrême, précise-t-il, s'installe « lorsque les pauvres, ayant remporté la victoire sur les riches, [...] partagent également avec ceux qui restent le gouvernement et les charges publiques. » Dès lors, « la cité déborde de liberté et de franc-parler, [...] il y a licence de faire ce qu'on veut. [...] il est clair que partout où règne cette licence chacun organise sa vie de la façon qui lui plaît. » C'est l'anarchie, et l'anarchie finit toujours en dictature.

    On entend aussi : « Glatigny, dégage ! » ou encore « Vive Lenoci ! »
    Ici aussi, Platon nous éclaire. Pour lui, égalitarisme et excès de liberté détruisent toutes les structures d'autorité. Les distances naturelles et sociales disparaissent : il n'y a plus de respect pour les parents, les maîtres, les magistrats ou les sénateurs. Tout le monde veut décider à la place de tout le monde. (Id., 562a-563e). Puisque la liberté est considérée comme « le bien suprême », si ceux qui gouvernent la cité « ne se montrent pas tout à fait dociles » le peuple enivré de liberté « les châtie, les accusant d'être des criminels et des oligarques. Et ceux qui obéissent aux magistrats, [il] les bafoue et les traite d'hommes serviles et sans caractère. » En revanche, « il loue et honore [...] les gouvernants qui ont l'air de gouvernés et les gouvernés qui prennent l'air de gouvernants. [...] »

    Quel est le résultat ? Les citoyens deviennent tellement ombrageux « qu'à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s'indignent et se révoltent [...]. Et ils en viennent à la fin, [...] à ne plus s'inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n'avoir absolument aucun maître. » [...] La « licence générale [...] réduit la démocratie à l'esclavage ; car il est certain que tout excès provoque ordinairement une vive réaction. »

    Près de vingt-cinq siècles plus tard, Alexis de Tocqueville confirme ce qui menace la démocratie moderne : « il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l'égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l'égalité dans la servitude à l'inégalité dans la liberté. » (De la démocratie en Amérique, tome I, première partie, chapitre III)

  • Léon XIV met en garde contre le « drame de l'humanisme athée » : Dieu et l'homme ne sont pas rivaux.

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    D'InfoVaticana :

    Léon XIV met en garde contre le « drame de l'humanisme athée » : Dieu et l'homme ne sont pas rivaux.

    Léon XIV a mis en garde mercredi contre les « humanismes post-chrétiens » qui présentent Dieu et l'homme comme des rivaux et a rappelé que le progrès scientifique et technique ne peut être considéré comme authentiquement humain que lorsqu'il est guidé par la charité et mis au service de la dignité de la personne.

    Lors de l'audience générale du 23 septembre sur la place Saint-Pierre, le pape a poursuivi son cycle de catéchèses sur les documents du concile Vatican II, en s'attardant sur la devise « Gaudium et spes » et sur le sens de l'activité humaine dans l'univers. Léon XIV a expliqué que le christianisme n'oppose pas les réalisations humaines à la puissance de Dieu et a rappelé à l'assemblée que le travail quotidien peut devenir un chemin vers la sainteté.

    À la fin de la catéchèse, le Pape a rappelé la béatification du Vénérable Fulton Sheen, qui aura lieu ce jeudi à Saint-Louis ; il a encouragé les couples mariés à collaborer avec le Créateur « à la transmission de la vie » ; il a lancé un appel en faveur des immigrants et des réfugiés, en particulier des mineurs ; et il a rappelé la mémoire liturgique de saint Pio de Pietrelcina.

    LÉON XIV

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Place Saint-Pierre
    Mercredi 23 septembre 2026

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    Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II IV. La Constitution Pastorale Gaudium et spes 4. Le sens de l'activité humaine dans l'univers (GS, 33-39)

    Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

    En poursuivant notre parcours à travers la Constitution pastorale Gaudium et Spes du Concile œcuménique Vatican II, nous arrivons au troisième chapitre de la première partie, qui porte un titre captivant : « L’activité humaine dans l’univers ». La question fondamentale est la suivante : quelle est la valeur de l’activité humaine dans le monde et, par conséquent, du progrès technique, social et scientifique ? Rappelons que, moins de quatre ans après la clôture du Concile, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, l’homme allait poser le pied sur la Lune pour la première fois.

    Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’être humain est sujet du progrès. Grâce à sa liberté et à son intelligence, il enrichit ses connaissances, faisant ainsi progresser la société tout entière. Nous le constatons aisément en observant l’amélioration des conditions de vie au fil des générations. En effet, dit le Document, « il en résulte que l’homme se procure désormais par sa propre industrie de nombreux biens qu’il attendait autrefois avant tout de forces supérieures. » (n°33).

    C’est pourquoi certains penseurs ont présenté le progrès technico-scientifique comme un facteur qui affaiblit la relation avec Dieu, au point de la faire paraître superflue, voire comme un antagoniste de la foi chrétienne. Et cette interprétation a entraîné un changement de regard sur le monde de la part de l’homme contemporain, par rapport aux époques précédentes. Un tel préjugé s’affirme surtout dans cette partie de la culture occidentale qui a perdu son ancrage dans la Révélation chrétienne. Dans les humanismes post-chrétiens, l’être humain et Dieu sont présentés à tort comme des rivaux : pour affirmer ses connaissances, sa liberté et son progrès, l’homme devrait s’émanciper de Dieu. Mais en fin de compte, en niant la relation avec Dieu, on perd aussi la possibilité d’affirmer la valeur transcendante de la personne humaine. C’est le « drame de l’humanisme athée », bien décrit par un éminent théologien du Concile Vatican II, Henri de Lubac. [1]

    Le Concile souhaite apporter une réponse claire : « Pour les croyants – affirme Gaudium et Spes –, une chose est certaine : considérée en elle-même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu. » (n°34). Mieux encore, poursuit la Constitution, « loin d’opposer les conquêtes du génie et du courage de l’homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable. » ( ibid.). En substance, Dieu a remis entre les mains de l’homme et de la femme une création encore in statu viae, c’est-à-dire en chemin, en pleine croissance, afin qu’ils la mènent à son accomplissement par leur activité avisée. [2]

    On trouve ici une référence importante au mystère de l’Incarnation. L’humanité – et avec elle le travail, le progrès et l’autonomie des réalités créées – n’est ni absorbée ni annulée par la rencontre avec Dieu, mais assumée dans son intégralité, continuant d’être, en Christ, libre et active : en effet, c’est en Lui qu’elle trouve pleine vérité et liberté. De plus, lors de la célébration eucharistique, le fruit du travail humain, représenté par le pain et le vin, est déposé chaque jour sur l’autel, pour être transformé en Corps et en Sang du Christ.

    De cette perspective découle une vérité importante : pour rencontrer Dieu, l’être humain ne doit pas abandonner ses occupations terrestres, mais il peut vivre pleinement sa vocation en accomplissant bien son travail quotidien et en le sanctifiant. [3] Les chrétiens sont engagés, comme tout le monde, dans l’édification de la cité des hommes, en visant la fin de toutes choses et la rencontre avec Dieu, et en rappelant cette fin ultime à ceux avec qui ils partagent l’aventure du progrès, de la science et de la vie.

    Certes, il faut bien distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ ; toutefois, le Concile affirme que « ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine. […] Tous ces fruits de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés » (n° 39).

    Enfin, rappelons que pour devenir un véritable progrès humain – c’est-à-dire celui de tout l’homme et de tous les hommes –, le progrès technique et scientifique doit être animé et orienté par la charité. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra toujours être mis au service de la dignité de l’homme et favoriser l’amélioration des conditions de vie de tous, en particulier des plus défavorisés.

    Chers frères et sœurs, le Concile Vatican II nous invite à partager le pain du savoir et du savoir-faire, afin que chaque homme et chaque peuple puisse développer son potentiel et qu’ensemble, nous puissions construire, avec l’aide de Dieu, un avenir meilleur.

  • Deux portraits de l'archevêque Fulton Sheen (béatifié aujourd'hui)

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    De Catholic Thing :

    Deux portraits de l'archevêque Fulton Sheen

    Saint Jean d’Antioche, dit Chrysostome ou « à la bouche d’or » (mort en 407), « est généralement considéré… comme le plus grand prédicateur jamais entendu dans une chaire chrétienne », selon l’ Encyclopédie catholique .

    Les homélies sont-elles encore plus précieuses lorsqu'elles sont concises ?   Presque toutes les œuvres qui nous sont parvenues de Pierre, évêque de Ravenne au Ve siècle, sont des homélies remarquables autant par leur concision que par leur éloquence. La  tradition veut que ce Pierre ait reçu son surnom de « Paroles d'or » lorsque l'impératrice romaine l'entendit prêcher et le proclama « Chrysologue ! »   Vénéré comme un saint, puis proclamé Docteur de l'Église, il est aujourd'hui appelé « Docteur des Homélies ».

    Les belles paroles ne sont pas synonymes de sainteté.   Elles sonnent creux et paraissent manipulatrices, comme une cymbale de pacotille, à moins d'exprimer une dévotion sincère.   Saint Paul énonce ce principe : « Ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse humaine, mais sur la démonstration de l'Esprit et de la puissance, afin que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. » (1 Corinthiens 2, 4-5)

    Fulton, évêque de Rochester (État de New York) au XXe siècle – qui sera béatifié aujourd'hui –, le comprenait parfaitement. Une condition essentielle de sa prédication était de passer une heure en prière devant le Saint-Sacrement, ce qu'il fit sans faute pendant plus de soixante ans.

    Il était avant tout philosophe et théologien, mais aussi – et c'est assez rare – un orateur de grand talent, reconnu comme tel, à une époque où la tradition oratoire, bien que déclinante, se transmettait encore au sein des collèges et universités catholiques.   Il affirmait ne jamais lire de texte. Il   fallait s'adresser aux personnes, et non à des textes.   Il citait souvent les propos d'une vieille Irlandaise à propos d'un évêque lisant son discours : « S'il ne s'en souvient pas lui-même, comment peut-il espérer que nous le sachions ? »

    Dans son autobiographie, Trésor d'argile , il raconte comment il a surtout étudié le style de G.K. Chesterton – « qui n'utilisait jamais un mot inutile, qui voyait la valeur d'un paradoxe et évitait ce qui était banal » – mais aussi de C.S. Lewis et de Malcolm Muggeridge.

    Après avoir rédigé sa thèse à Louvain, en Belgique, il enseigna au séminaire St. Edmund's, rattaché à l'archidiocèse de Westminster en Angleterre, où le père Ronald Knox était son collègue.   C'est peut-être Knox qui le présenta à Chesterton en 1925.   Quoi qu'il en soit, Chesterton accepta par la suite d'écrire une introduction au premier ouvrage de Sheen, * God and Intelligence in Modern Philosophy* (1925).

    Ce livre est tiré de la thèse de doctorat de Sheen à Louvain.   Mais il est bien loin d'être une thèse, ou alors cette thèse était tout à fait singulière, car elle n'est pas écrite dans un style académique aride, mais regorge de références à Chesterton et de quasi-paradoxes.   Dès le départ, les mots de Sheen brillaient autant sur le papier qu'en chaire.

    Son premier paragraphe est une variation sur le poème de Chesterton « Wanted, An Unpractical Man », tiré de What's Wrong with the World :

    La philosophie moderne a vu naître une nouvelle conception de Dieu. Rien n'est plus important, car rien n'est plus ultime. L'attitude même d'un homme envers un autre, ou d'une nation envers une autre, varie selon la conception de Dieu. Notre vision du monde change dès que notre vision de Dieu change. Et si nous avions la vigueur intellectuelle suffisante pour remonter des effets aux causes, nous expliquerions les phénomènes politiques, économiques et sociaux moins par les bilans financiers, la balance commerciale et les réparations, que par notre rapport à Dieu.

    La nouvelle conception de Dieu n'est pas celle d'une divinité qui est , mais celle d'une divinité qui devient .   Or, selon Sheen, accepter cette conception revient nécessairement à accepter une vision différente de l'intelligence humaine.   Notre compréhension de Dieu et notre compréhension de notre propre intelligence sont intimement liées : « Que se passe-t-il alors lorsqu'une philosophie rejette l'intellect ? Elle rompt le lien entre le monde et Dieu, refuse de chanter les louanges du Créateur et plonge le monde dans un pluralisme incompréhensible. »

    Bien que publié en 1925, cet ouvrage reste d'une grande actualité dans les débats sur l'intelligence artificielle.   « Quel est le but de l'intellect ? » s'interroge-t-il. « Est-il la faculté du divin, le transcendant du contingent, le jouet du contemplatif, ou simplement un outil primitif, rudimentairement utilisé par l'homme faute de mieux ? » Cette dernière hypothèse résume bien la situation actuelle.   Or, un meilleur instrument est désormais à portée de main.   

    Un tel monde, avec un Dieu et une intelligence redéfinis, doit nous plonger dans un état animal, nous faisant vivre dans une société d’« alimentation scientifique » (comme l’appelait Weaver dans Ideas Have Consequences ) :

    Il y a à peine un siècle, le rationalisme se glorifiait d'avoir libéré l'intelligence de toute influence extérieure. Aujourd'hui, il renie entièrement les droits de la raison et s'incline devant l'autel du sentiment. En arrachant la mitre à l'homme intellectuel, il lui a arraché la tête avec elle. Nous ne sommes plus des hommes, mais des bêtes. Nous agissons par intuition plutôt que par connaissance.

    L'ouvrage de Sheen parut durant l'effervescence de la néo-scolastique – le premier « moment catholique » du XXe siècle – où les responsables des universités laïques estimaient que le thomisme pouvait combler les lacunes de leurs institutions.   À peu près au même moment où Gilson était invité à donner des conférences à Harvard, Sheen était convié par le président de Columbia à s'exprimer sur la scolastique ; le cardinal Bourne souhaitait sa présence à Oxford, aux côtés de Knox.

    Son évêque l'envoya plutôt comme vicaire d'une paroisse pauvre de Peoria, et seulement un an plus tard à l'Université catholique d'Amérique, où, dès 1929, il parlait déjà d'« Éduquer pour une renaissance catholique ».

    Cette renaissance n'eut pas lieu. Vers la fin de sa vie, Sheen déclara lors d'une retraite de prêtres : « Le seul argument que le monde est prêt à écouter désormais est celui de la sainteté personnelle. Il a entendu tous les autres et les a rejetés. »

    Bienheureux Fulton Sheen, priez pour nous, afin que nous puissions jouer notre rôle dans la renaissance que vous espériez, non seulement par l'éloquence, mais aussi par l'argument de la sainteté.

    __________

    Une conversation extraordinaire avec Fulton Sheen

    Christopher M. Reilly

    En mai 1979, l'archevêque Sheen souffrait des séquelles d'une récente opération à cœur ouvert. Il aspirait toujours à des contacts sociaux et avait écrit un mot à James P. McFadden, éditeur adjoint de la  revue National Review  et fondateur de  Human Life Review  et du Comité national des laïcs catholiques : « Vous avez parlé de Malcolm Muggeridge [le célèbre journaliste britannique]. Il y a peu d'hommes au monde que j'estime autant… Je serais honoré, ravi et inspiré si vous pouviez tous deux venir me rendre visite à mon appartement. »

    En mai de cette année-là, Malcolm Muggeridge était à New York, et l'intégralité de la conversation qui s'ensuivit entre l'archevêque Sheen, Muggeridge et McFadden – un échange passionnant et riche en enseignements sur des sujets aussi divers que la valeur de la souffrance, la pauvreté engendrée par le marxisme et l'Union soviétique, et l'éloge de Mère Teresa de Calcutta – fut enregistrée sur cassette audio. La transcription complète de cette conversation, ainsi que plusieurs documents connexes, ont été publiés ce mois-ci sur le  site web de Human Life Review  .

    À un moment de la conversation, on a demandé à Sheen si sa douleur et son épuisement nécessitaient une pause. Il a répondu : « Mille fois non. Je suis inspiré. J’attendais ce moment. Oh mon Dieu, si seulement vous saviez quel privilège c’est ! Car je puise ma lumière et ma force en vous. »

    Ce qui intéressera particulièrement les lecteurs contemporains, c'est leur discussion sur l'évangélisation. Sheen insistait sur le fait que la communication devait se concentrer sur l'essence même de la foi plutôt que sur des artifices : « Je sais que si nous dépensons cet argent en pièces de théâtre, en débats, en émissions de télévision de toutes sortes et en mots croisés, nous n'influencerons personne. »

    Muggeridge acquiesça avec enthousiasme, citant Mère Teresa comme exemple par excellence : « Mais c'est là le point crucial, car il est vrai que les mots – ou le Verbe – sont irrésistibles, présentés par quelqu'un qui y croit et le vit véritablement. »

    Sheen, toujours à l'affût d'une occasion de susciter une conversion (Muggeridge n'était pas encore catholique à l'époque), affirmait : « Même si vous n'en avez pas conscience, vous apparaissez aux yeux des gens comme quelqu'un pour qui le Christ est essentiel. Vous êtes un homme d'amour ; « c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle ». Et les gens le savent. Ils savent reconnaître les imposteurs. »

    L'archevêque Fulton Sheen et Malcolm Muggeridge en mai 1979 [Source : Human Life Review]

    À un moment donné, l'archevêque Sheen a dévoilé une approche plus directe – et surprenante – de l'évangélisation. Il s'est lancé dans une anecdote particulièrement humoristique sur son séjour en Europe en tant qu'étudiant, où il avait rencontré une jeune fille à la porte d'une église :

    Elle a dit : « Où suis-je, où suis-je, Père ? » J'ai répondu : « Oh, êtes-vous catholique ? » Elle a dit : « Je l'étais. Plus maintenant. » Alors je lui ai préparé un café, car elle avait souffert du froid londonien de janvier. Et je lui ai demandé de revenir. Elle a dit : « À condition que vous ne me demandiez pas d'aller me confesser. » J'ai dit : « Très bien… » J'ai ajouté : « Nous avons un Rembrandt dans cette église – aimeriez-vous le voir ? » Alors que nous empruntions une allée latérale, je l'ai poussée dans le confessionnal. [Rires] Je lui avais seulement promis de ne rien lui demander. Après tout, elle a été religieuse pendant toutes ces années. C'était en 1923. Et elle a eu une seconde chance. C'est comme ça qu'on fait.

    Sur un ton contemplatif, Muggeridge demanda plus tard : « Pensez-vous qu’il soit légitime de prier pour sa mort ? » Réponse de Sheen : « Est-ce bien de prier pour sa mort ? En tout cas, je l’ai fait. Que ce soit bien ou non, je n’en ai pas saisi le sens. » Muggeridge proposa une analyse plus approfondie : « Mais cette attitude curieusement contemporaine face à la mort me fascine, car je suppose que pour ceux qui n’ont aucune idée d’une suite à notre existence terrestre, la mort est une véritable atteinte à leur ego, car elle représente leur ultime frustration. »

    Sheen, Muggeridge et McFadden ont évoqué leurs inquiétudes concernant l'Église moderne. À un moment donné, Sheen a lancé avec ironie : « Voyez-vous, aujourd'hui, personne n'est pécheur. Autrefois, nous étions les seuls à croire en l'Immaculée Conception. Aujourd'hui, tout le monde est conçu de façon immaculée. »

    Muggeridge partageait une vision plutôt sombre, déclarant qu’« il n’y a rien dans l’histoire qui me semble nécessairement éternel, rien dans l’histoire qui ne puisse se plier et se désintégrer – aucune qualité humaine qui puisse résister à l’avènement d’un autre âge sombre. »

    Sheen, cependant, a rassuré ses amis quant à la permanence de l'Église, malgré ses difficultés. Il a partagé une expérience très personnelle : « Le Seigneur m'a fait subir une véritable crucifixion, cette opération à cœur ouvert. J'ai souffert d'une douleur dont j'ignorais même l'existence, une douleur qui n'était plus extérieure à moi, une douleur qui me possédait, comme un océan qui me submergeait. Et en dehors de la vertu, il n'y a pas d'autre éducateur au monde. »

    Mais la souffrance recèle des opportunités : « Je pense que lorsqu’on a besoin de conseils, il faut s’adresser soit à une personne sainte, soit à quelqu’un qui souffre. Et pendant que j’étais alité – j’y suis confiné la plupart du temps – j’ai formé quatre convertis et j’en forme actuellement un cinquième… et j’ai validé le mariage, dans cette chambre, de mon cardiologue et de sa femme [incompréhensible], et nous avons célébré une messe de mariage dans la chambre. »

    Pour l'archevêque Sheen, l'Eucharistie doit absolument être au cœur de la revitalisation. « Et c'est là, je crois, que nous retrouverons nos catéchismes, nos dévotions et le véritable sens de la diffusion, de la télédiffusion et de tout le reste. Nous nous approcherons du feu, et lorsque nous nous en éloignerons, nous ne récolterons que des étincelles. »

    Quelques mois plus tard, le 9 décembre 1979, l'archevêque Sheen décédait en priant devant le Saint-Sacrement.

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  • Les crises, le courage et la foi au Soudan du Sud

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    De sur le CWR :

    Le réalisateur de Misereor décrit les crises, le courage et la foi au Soudan du Sud

    « Nous croyons que Dieu agit à travers les hommes », déclare le père Andreas Frick. « Parallèlement, cette tâche nous dépasse et nous avons besoin que Dieu nous mette en relation avec de nombreuses autres personnes qui partagent le même engagement. »

    À gauche : Cathédrale Sainte-Thérèse de Juba, Soudan du Sud (Image : Lomoraronald / Wikipédia) ; à droite : Un camp de réfugiés au Soudan du Sud (Image : DFID – Département britannique pour le développement international / Wikipédia)
    Le Soudan du Sud fait régulièrement la une des journaux internationaux pour des faits de conflit, de déplacement de population et de famine. Ces crises ont déplacé plus de 2 millions de personnes à l'intérieur même du Soudan du Sud et contraint 2,5 millions d'autres à chercher refuge dans les pays voisins, principalement en Ouganda, au Soudan, en Éthiopie et au Kenya.

    Pourtant, suite à une récente visite dans ce pays en proie aux conflits, le père Andreas Frick, directeur général de Misereor , l'organisation des évêques catholiques allemands pour la coopération au développement, propose un récit alternatif, décrivant la nation non seulement comme un lieu de souffrance, mais aussi comme une « terre d'espoir et de solidarité ».

    Dans une interview exclusive accordée à CWR, le père Frick évoque le « nombre inimaginable de crises » auxquelles la population est confrontée et souligne la profonde résilience de ceux qui vivent dans les sites de protection des civils et qui, malgré le manque de produits de première nécessité, refusent de baisser les bras.

    Le père Frick explore le point de rencontre entre le soutien spirituel et matériel, explique pourquoi la communauté internationale ne doit pas détourner le regard et partage comment la force du peuple sud-soudanais offre une leçon essentielle à l'Europe.

    Voici des extraits de la conversation…

    CWR : Père Frick, lors de votre récente visite à Malakal, vous avez décrit le Soudan du Sud comme un « pays d’espoir et de solidarité », alors même que vous aviez visité 47 autres pays. Compte tenu de la violence et de l’instabilité persistantes, qu’avez-vous constaté précisément qui vous a inspiré ce profond sentiment d’espoir au milieu de la souffrance ?

    Père Andreas Frick : Le peuple du Soudan du Sud est touché par une multitude de crises. Les conflits violents persistent, le changement climatique provoque des inondations et des sécheresses, et la guerre au Soudan voisin a engendré des difficultés supplémentaires et exige une grande solidarité de la part de la population. Malgré cela, lors de notre visite, nous avons constaté que les gens s'entraidaient, se mobilisaient pour les plus vulnérables et continuaient d'œuvrer pour de meilleures conditions de vie. Leur courage à ne pas baisser les bras, même dans des circonstances aussi difficiles, est véritablement impressionnant. Nous, en Europe, pouvons également nous inspirer de cette résilience.

    CWR : Vous avez reconnu que la violence est l’un des principaux obstacles au progrès du pays. Selon vous, comment ce conflit persistant affecte-t-il concrètement les progrès réalisés par le pays dans des secteurs essentiels comme l’éducation et l’agriculture ?

    Père Frick : Au Soudan du Sud, de nombreuses personnes sont contraintes de quitter leurs foyers et leurs communautés, soit pour se mettre en sécurité, soit parce que les inondations et les sécheresses les empêchent de subvenir à leurs besoins. De ce fait, leur scolarité est interrompue, elles doivent souvent tout recommencer à zéro et s’adapter à de nouvelles conditions de vie, notamment en apprenant de nouvelles techniques agricoles.

    CWR : Le coût humain de la crise sud-soudanaise est souvent résumé par des statistiques. Pourriez-vous nous décrire la réalité des familles que vous avez rencontrées sur le site de protection des civils (POC) de Malakal ? Quelles sont leurs difficultés quotidiennes ?

    Père Frick : Pour les personnes vivant dans un site d'accueil pour personnes racisées, la préoccupation la plus immédiate est de trouver suffisamment de nourriture. On nous a dit que l'aide alimentaire minimale et le faible soutien financier qu'elles reçoivent ne durent qu'une semaine environ. Après cela, beaucoup se retrouvent sans aucun soutien, hormis celui de l'Église. Elles sont également confrontées à l'incertitude quant à leur avenir, notamment quant à l'endroit et à la manière de reconstruire leur vie. Les enfants ne peuvent souvent pas aller à l'école et leurs perspectives d'avenir sont à reconstruire. C'est particulièrement difficile pour les femmes qui élèvent seules plusieurs enfants. De plus, de nombreuses personnes déplacées ont subi des traumatismes et bénéficieraient d'un soutien psychosocial.

    CWR : L’archevêque Stephan Burger de Fribourg, qui vous accompagnait lors de votre visite, a évoqué le fait de ramener en Allemagne la « foi, l’amour et l’espoir » des personnes déplacées. Que signifie pour une personne déplacée d’entendre que sa souffrance et sa résilience ne sont « pas oubliées » par la communauté internationale ?

    Père Frick : En Allemagne, nous sommes parfois tellement absorbés par nos propres difficultés que nous oublions les crises qui sévissent ailleurs dans le monde et qui exigent bien plus des populations que nous ne pouvons l'imaginer. Il est essentiel de ne pas perdre de vue ces personnes dans notre quotidien et de continuer à les soutenir. Parallèlement, il est important de reconnaître leur force et leur détermination et de nous inspirer de leur expérience. Nous pouvons soutenir celles et ceux qui œuvrent déjà à améliorer leur vie, et nous devons poursuivre dans cette voie.

    CWR : Dans une crise prolongée comme celle du Soudan du Sud, où les besoins sont immenses et constants, comment mesure-t-on le succès ou comment apporte-t-on une aide concrète qui aille au-delà de la simple survie ?

    Père Frick : Au-delà de la survie immédiate et de l’aide humanitaire, il est essentiel que les populations puissent reprendre le contrôle de leur avenir. Nous les accompagnons dans la création d’opportunités de développement et l’amélioration de leurs conditions de vie, que ce soit par l’agriculture, un meilleur accès à l’éducation et à la formation professionnelle, ou en aidant les mères à élever des enfants en bonne santé. Ces modestes améliorations contribuent à un avenir plus prometteur pour l’ensemble du pays.

    CWR : Vous avez offert une bougie à la communauté comme symbole d’espoir, associant sa lumière au Christ. Dans le cadre de l’action humanitaire, comment conciliez-vous le soutien spirituel, cet « espoir », avec les besoins concrets de nourriture, d’abri et de protection ?

    Père Frick : Tous nos partenaires au Soudan du Sud nous ont confirmé que leur travail ne se limite jamais à l’amélioration des conditions matérielles des populations. Pour celles et ceux qui vivent dans des situations aussi difficiles, les efforts déployés pour assurer leur survie sont indissociables de la communauté, de la spiritualité et de valeurs telles que la solidarité et la coexistence pacifique. Nos partenaires ecclésiaux, en particulier, en sont pleinement conscients et intègrent ces deux dimensions à leur action.

    CWR : Vous avez récemment mentionné que le Seigneur ressuscité offrira un foyer, une famille et une protection. En tant que directeur de Misereor, quels sont vos projets pour que la communauté internationale ne détourne pas le regard en attendant ces miracles ?

    Père Frick : Misereor soutient des projets dans de nombreux pays du monde et sensibilise également l'Allemagne à ces enjeux. Nous plaidons pour que l'Allemagne assume ses responsabilités face aux problèmes mondiaux tels que le changement climatique, les inégalités, la pauvreté et la guerre, et qu'elle veille à ce que les intérêts des plus vulnérables restent une priorité. Cela fait partie intégrante de la mission de Misereor, que nous poursuivons par le biais d'actions de plaidoyer, de campagnes de sensibilisation, de programmes scolaires et d'une collaboration avec les communautés ecclésiales.

    Nous n'attendons donc pas de miracle de Dieu ; au contraire, avec Dieu et nos partenaires, nous œuvrons pour un monde meilleur. Nous croyons que Dieu agit à travers les hommes. Cependant, cette tâche nous dépasse et nous avons besoin que Dieu nous mette en relation avec d'autres personnes qui partagent le même engagement.

    CWR : Si l’on considère les prochaines années pour le Soudan du Sud, quelle est votre plus grande crainte et, à l’inverse, votre plus grande prière pour le peuple de la plus jeune nation du monde ?

    Père Frick : Lors de notre visite, nous avons constaté que les mois à venir seront décisifs pour l’avenir du Soudan du Sud. Que des élections aient lieu ou non, nous prions pour que le pays connaisse un avenir pacifique et puisse exploiter son immense potentiel au service de sa population.
  • Baptême et droit à l’effacement des données à caractère personnel - Comprendre un débat juridique européen

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    D'Alicja Słowik sur le site de l'ECLJ :

    Baptême et droit à l’effacement des données à caractère personnel - Comprendre un débat juridique européen - Article clef

    22 Septembre 2026

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    Sommaire

    I. Droit canonique et doctrine de l’Église : le baptême comme acte unique et indélébile

    II. Droit européen : pluralité des sources du « droit à l’oubli » et enjeux de la protection de la liberté religieuse

    A. Droit de l’Union européenne

    B. Système de la CEDH

    III. Droit comparé : protection bien établie des registres de baptêmes

    Allemagne

    Espagne

    France

    Irlande

    Italie

    Malte

    Pologne

    Slovénie

    IV. Approche des juridictions européennes : à la recherche d’un juste équilibre entre le droit à la protection des données personnelles et la liberté religieuse

    A. Jurisprudence de la CJUE

    B. Jurisprudence de la Cour EDH

    Conclusion

  • « Marie et l'Eucharistie : les piliers de la spiritualité de Fulton Sheen »

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    De Fabio Piemonte sur la NBQ :

    « Marie et l'Eucharistie : les piliers de la spiritualité de Fulton Sheen »

    Aujourd'hui aux États-Unis, le grand archevêque et évangéliste qui a converti des dizaines de milliers de personnes par ses livres, la radio et la télévision est béatifié. « Il priait et se sacrifiait aussi pour ceux qu'il cherchait à convertir. » La Bussola s'entretient avec Monseigneur Jason Gray, directeur de l'organisation qui défend sa cause.

    24/09/2026

    Aujourd'hui, 24 septembre, le vénérable Fulton J. Sheen (1895-1979) sera béatifié à Saint-Louis, aux États-Unis. La messe de béatification sera présidée par le cardinal Luis Antonio Tagle, représentant le pape. La béatification, annoncée en juillet 2019, intervient au terme d'un processus difficile, débloqué seulement en février dernier.

    Grand communicateur des vérités de la foi à travers des livres populaires et des émissions de radio et de télévision, Sheen a vécu son charisme dans un dévouement total au Christ et à ses frères et sœurs : grâce à son ministère pastoral, plus de cinquante mille conversions au catholicisme ont été recensées. Pour en savoir plus sur ce témoin lumineux de la foi, La Nuova Bussola Quotidiana a interviewé Monseigneur Jason Gray, directeur de la Fondation de l’archevêque Fulton John Sheen, l’organisation qui promeut la cause de canonisation de l’archevêque américain.

    Le jour de son ordination, le jeune Fulton prit deux décisions : dédier l'Eucharistie chaque samedi à la Vierge Marie et passer une heure par jour en prière devant le Saint-Sacrement, « tel un corps exposé au soleil pour en absorber les rayons ». Ces deux décisions constituent-elles, comme pour Don Bosco, les deux piliers fondamentaux de son ministère pastoral ?

    La Vierge Marie et l'Eucharistie sont deux piliers essentiels de la spiritualité de Sheen. Concernant la Vierge Marie, sa devise épiscopale, « Da per Matrem me venire », témoigne de l'importance qu'il accordait à la proximité mariale. Sheen inscrivait JMJ – acronyme de « Jésus, Marie et Joseph » – sur chaque feuille de papier : un autre signe de sa profonde dévotion à la Vierge Marie. Il racontait aussi à plusieurs reprises, lors de fêtes mariales, avoir été malade ou avoir reçu des croix particulières à ces occasions. Les fêtes mariales représentaient donc pour lui l'opportunité d'offrir ses souffrances, à l'image de Marie au pied de la croix. Sheen souhaitait également mourir un samedi ou un jour de fête mariale. Il s'est éteint le dimanche 9 décembre 1979, lendemain de l'Immaculée Conception. Le fait qu'il soit décédé le 9 et non le jour de l'Immaculée Conception est providentiel, ce qui permet de fixer sa mémoire liturgique au 9 décembre. L'Église a annoncé sa béatification le jour de l'Annonciation, le 25 mars 2026, et a également choisi que celle-ci ait lieu le 24 septembre, fête de Notre-Dame de la Miséricorde. Concernant le Saint-Sacrement, Sheen s'est engagé, dès son ordination en 1919, à vivre l'Heure Sainte en signe d'adoration eucharistique perpétuelle. Je crois que le temps passé devant le tabernacle a été fondamental pour sa connaissance de Jésus-Christ et sa compréhension de l'Évangile. Il avait de nombreux diplômes, mais je ne crois pas que son intelligence provienne des salles de classe ou des bibliothèques, mais de la prière et, comme il l'a lui-même reconnu, de « deux genoux sur un prie-Dieu ».

    Sa spiritualité a engendré de nombreuses conversions…

    Sheen est célèbre pour avoir converti des dizaines de milliers de personnes, même s'il n'en a jamais fait le compte, car il disait craindre de se croire celui qui convertit plutôt que Dieu. Lorsqu'il enseignait, il présentait la foi avec fermeté, mais aussi avec un grand amour et une profonde humilité. Son approche était efficace car elle était très personnelle. Il priait et faisait des sacrifices pour ceux qu'il cherchait à convertir, demandant souvent à la Vierge Marie d'intercéder en leur faveur.

    « J'ai toujours été spirituellement bien accompagné par Pierre et chacun de ses vicaires. » Concernant les liens personnels de Sheen avec les papes du siècle dernier, y a-t-il un épisode qui vous est particulièrement cher ?

    Sheen vouait une grande dévotion au Saint-Père, car là où est Pierre, là est l'Église. Je suis frappé par le fait que Sheen n'ait jamais critiqué aucun pape. Je crois qu'il respectait profondément le fardeau que chaque pape porte pour l'Église universelle. Il savait ce que signifiait porter un tel fardeau en tant qu'évêque, et c'est pourquoi il a toujours soutenu le pape qui avait le plus besoin de nos prières pour son ministère apostolique. Dans son autobiographie, Sheen mentionne plusieurs rencontres avec des papes successifs, ayant eu le privilège de les rencontrer tous en sa qualité de directeur national de la Société pour la Propagation de la Foi. Le pape Pie XII lui a dit qu'il était « un prophète des temps ». Jean XXIII a souligné qu'il avait beaucoup souffert et qu'il aurait donc une place de choix au Ciel. Paul VI s'entretint avec lui des difficultés rencontrées au service de l'Église et loua son dévouement à l'Eucharistie et aux missions. Jean-Paul II rencontra Sheen en 1979, deux mois avant sa mort, et lui dit : « Vous avez écrit et parlé en bien du Seigneur Jésus. Vous êtes un fils fidèle de l'Église. »

    Fulton Sheen fut sans conteste l'un des plus grands prédicateurs de la radio et de la télévision de son époque. Avec son émission  « La vie vaut la peine d'être vécue » – où il parlait de Dieu, de la foi et de l'Église – il toucha 30 millions de téléspectateurs en six ans et remporta même un Emmy Award en 1952 pour son incroyable popularité. Quels étaient les secrets de sa communication ?

    Sheen était extrêmement intelligent et perspicace, mais il ne s'exprimait jamais de manière incompréhensible pour son public. Il avait le don d'expliquer des vérités complexes de façon simple et accessible. S'inspirant des paraboles du Maître, il commençait son émission en expliquant des concepts courants tirés de l'histoire, de la littérature, de la psychologie ou des sciences. En captivant son auditoire, il l'amenait progressivement à la compréhension des vérités divines. De plus, il ne prenait pas de notes de ses émissions précédentes afin d'éviter les répétitions et l'ennui. Au contraire, il préparait chaque émission avec soin, répétant inlassablement pendant de longues heures. Enfin, son authenticité donnait à son message une force percutante. Les auditeurs pouvaient sentir qu'il croyait profondément en ce dont il parlait, qu'il vivait sa foi personnellement et qu'il était un homme courageux, capable d'exprimer même des concepts complexes avec simplicité.

    Quelles sont les principales vertus héroïques qui lui ont valu une telle reconnaissance ?

    Je crois que sa principale vertu est l’humilité. Cela peut paraître étrange, compte tenu de son immense succès et de sa carrière à la radio et à la télévision, pour laquelle il a même remporté un Emmy Award. On ne s’attendrait certainement pas à ce que la plupart des personnalités de la télévision soient humbles. On ne s’attendrait pas non plus à ce qu’une célébrité soit disposée à passer du temps avec des gens ordinaires. Pourtant, Sheen ne fréquentait pas seulement les riches, les puissants en politique ou les célébrités. Il se sentait à l’aise de parler aux gens ordinaires dans la rue, aux chauffeurs de taxi, aux femmes au foyer : il ne méprisait personne parce qu’il était humble.

    Outre le miracle reconnu par le pape François le 6 juillet 2019 – celui de James Fulton Engstrom, un bébé mort-né en 2010 revenu à la vie 61 minutes après sa naissance, sans séquelles cérébrales –, y a-t-il d'autres miracles moins connus survenus par son intercession que vous souhaiteriez partager avec nous ?

    Nous avons reçu des témoignages d'autres miracles importants qui pourraient faire l'objet d'une canonisation. Le pape François ayant approuvé la béatification en 2019 et la cérémonie ayant été reportée, nous pouvons soumettre tout autre miracle survenu depuis cette date. Nous attendons donc l'avis de spécialistes médicaux avant d'entamer une enquête diocésaine sur ces autres miracles potentiels. Au-delà des miracles les plus spectaculaires, nous recevons des nouvelles de nombreux fidèles dévoués qui rapportent que leurs prières ont été exaucées par des guérisons et des conversions de proches. Les miracles spirituels de la conversion d'une âme sont plus précieux que les miracles physiques de la guérison du corps. La conversion des âmes à Dieu est en réalité la continuation des nombreuses conversions que Sheen a accomplies tout au long de sa vie.

  • Notre-Dame des captifs

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    24 septembre : Notre-Dame de la Merci

    Historique (source : missel.free.fr)

    Dans l’expression Notre-Dame de la Merci, le mot Merci traduit l’espagnol merced qui signifie grâce, ou le latin merces qui signifie rançon. A l’origine de l’Ordre des Mercédaires[1] qui s’occupèrent de racheter les chrétiens captifs des musulmans, Notre-Dame apparut à saint Pierre Nolasque[2], à saint Raymond de Penyafort[3] et au roi Jacques I° d’Aragon[4].

    Au milieu de la nuit du 1° août 1218, alors que l’Eglise célébrait la fête de Saint-Pierre-aux-Liens, la vierge Marie, accompagnée d’anges et de saints, apparut à saint Pierre Nolasque et lui dit : Mon fils, je suis la Mère du Fils de Dieu qui, pour le salut et la liberté du genre humain, répandit tout son sang en souffrant la mort cruelle de la Croix ; je viens ici chercher des hommes qui veuillent, à l’exemple de mon Fils, donner leur vie pour le salut et la liberté de leurs frères captifs. C’est un sacrifice qui lui sera très agréable. Je désire donc que l’on fonde en mon honneur un Ordre dont les religieux, avec une foi vive et une vraie charité, rachètent les esclaves chrétiens de la puissance et de la tyrannie des Turcs, se donnant même en gage, s’il est nécessaire, pour ceux qu’ils ne pourront racheter autrement. Telle est, mon fils, ma volonté ; car, lorsque dans l’oraison tu me priais avec des larmes de porter remède à leurs souffrances, je présentais tes vœux à mon Fils qui, pour ta consolation et pour l’établissement de cet Ordre sous mon nom, m’a envoyée du ciel vers toi. Saint Pierre Nolasque répondit : Je crois d’une foi vive que vous êtes la Mère du Dieu vivant et que vous êtes venue en ce monde pour le soulagement des pauvres chrétiens qui souffrent dans une barbare servitude. Mais que suis-je, moi, pour accomplir une œuvre si difficile au milieu des ennemis de votre divin Fils et pour tirer ses enfants de leurs cruelles mains ? Et Notre-Dame de lui répondre : Me crains rien, Pierre, je t’assisterai dans toute cette affaire et, pour que tu aies foi en ma parole, tu verras bientôt l’exécution de ce que je t’ai annoncé et mes fils et mes filles de cet Ordre se glorifieront de porter des habits blancs comme ceux dont tu me vois revêtue. En disant cela, la Vierge disparut.Pierre Nolasque passa en prière le reste de la nuit puis rejoignit Raymond de Penyafort qui lui dit : J’ai eu cette nuit la même vision que vous : j’ai été aussi favorisé de la visite de la Reine des anges et j’ai entendu de sa bouche l’ordre qu’elle me donnait de travailler de toutes mes forces à l’établissement de cette religion et d’encourager dans mes sermons les catholiques fidèles à venir en aide à une œuvre de charité si parfaite.

    C’est pour remercier Dieu et la très sainte Vierge que j’étais venu si matin à la cathédrale. Le roi Jacques I° d’Aragon entra alors dans la cathédrale et leur dit : La glorieuse Reine des anges m’est apparue cette nuit, avec une beauté et une majesté incomparables, m’ordonnant d’instituer, pour la rédemption des captifs, un Ordre qui porterait le nom de Sainte-Marie de la Merci ou de la Miséricorde ; et, comme je connais en toi, Pierre Nolasque, un grand désir de racheter les esclaves, c’est toi que je charge de l’exécution de cette œuvre. Pour toi, Raymond, dont je sais la vertu et la science, tu seras le soutien de l’Ordre par tes prédications.


    [1] Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie de la Merci pour la Rédemption des captifs.

    [2] Issu de la noble famille des Nolasco, apparenté par sa mère aux comtes de Toulouse et aux rois d’Aragon, Pierre Nolasque, né vers 1189 au mas des Saintes-Puelles, dans l’ancien diocèse de Saint-Papoul, après avoir renoncé au mariage pour se consacrer à Dieu, rejoint les armées de Simon de Montfort. A la bataille de Muret où le roi Pierre d’Aragon est tué, son fils, Jacques, âgé de six ans, est fait prisonnier ; Simon de Monfort le met sous la garde de Pierre Nolasque puis les envoie tous deux en Espagne. Loin de la cour, Pierre Nolasque enseigne son royal élève et lui montre l’exemple de sa piété et de sa charité.

    [3] Né près de Barcelone, au le château familial de Villafranca de Penades (vers 1175), Raymond de Penyafort, parent des comtes de Barcelone et des rois d'Aragon, étudie à l'école cathédrale de Barcelone où il enseigne la rhétorique et la logique ; il étudie le droit à Bologne où, reçu docteur, il enseigne (1216). L'évêque de Barcelone le recrute pour le séminaire de son diocèse (1219). A Viterbe, saint Dominique leur donne quelques uns de ses frères. A Barcelone, chanoine de la cathédrale, prévôt du chapitre, archidiacre, grand vicaire et official (1220), il donne grande solennité à l'Ascension et travaille au soin des pauvres. Le Vendredi Saint 1222, il quitte le clergé séculier pour les Dominicains, sans perdre son influence sur l'évêque de Barcelone. A cette époque, il écrit la Summa de pænitentia, premier ouvrage du genre, qui rassemble les cas de conscience à l'usage des confesseurs. Lorsque Pierre Nolasque fonde l'Ordre de la Merci (1223), dans la cathédrale de Barcelone, en présence de l'évêque et de Jacques I° d'Aragon, il donne l'habit aux premiers mercédaires dont il rédige la règle pour quoi il obtient l'approbation de Grégoire IX (1235). En 1229, le cardinal de Sainte-Sabine, envoyé comme légat en Espagne pour prêcher la croisade contre les Maures et mettre en application les décrets du quatrième concile du Latran, s'adjoint Raymond de Penyafort qui fait si bien qu'on le charge de prêcher dans les provinces d'Arles et de Narbonne. En 1230, Grégoire IX en fait son confesseur et son chapelain ; nommé pénitencier, il instaure l'Inquisition en Aragon, révise les décrétales et en fait établir la nouvelle collection promulguée par la bulle Rex pacificus (5 septembre 1234). Il refuse l'archevêché de Tarragone et rentre en Aragon pour absoudre Jacques I° qui a malmené l'évêque élu de Saragosse ; il quitte Barcelone pour rejoindre, à Bologne, le chapitre général de son Ordre qui l'élit maître général (1238). Il fait établir de nouvelles constitutions dominicaines, en usage jusqu'en 1924. Il demande à saint Thomas d'Aquin de rédiger la Somme contre les gentils. Il se démet de sa charge (1240) et retourne au couvent de Barcelone d'où il partit souvent pour prêcher et pour conseiller Jacques I°. Pour former les missionnaires, il fonde des écoles de langues, comme l'école arabe de Tunis (1245) et l'école d'hébreu de Murcie (1266). Entre les rois d'Aragon et de Castille, il meurt à Barcelone le 6 janvier 1275 ; l'archevêque de Tarragone demande, dès 1297, sa canonisation qui ne sera faite par Clément VIII que le 29 avril 1601.

    [4] Jacques I° d’Aragon, dit le Conquérant, fils de Pierre II, né à Montpellier en 1206, est fait prisonnier à la bataille de Muret où mourut son père (1213) et remis par Simon de Montfort à Pierre Nolasque qui l’élève. Allié au roi de Castille dont il épouse la fille, Eléonore (1221), il conquiert une partie du royaume musulman de Valence (1225) qu’il prendra tout entier (1253). Il conquiert les Baléares (1229-1235). Au profit du comte Thibault de Champagne, il renonce au royaume de Navarre que lui a laissé Sanche VII. Au traité de Corbeil (1256), saint Louis renonce en sa faveur aux comtés de Barcelone et de Roussillon et à la seigneurie de Montpellier. En 1262, il partage ses Etats entre ses deux fils : Pierre obtient l’Aragon, la Catalogne et Valence ; Jacques obtient Majorque, le Roussillon, la Cerdagne et Montpellier. Il meurt en 1276.