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BELGICATHO

  • Les saints Côme et Damien (26 septembre)

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    Du site du Centre catholique des médecins français :

    La Décapitation de saints Côme et Damien, 1438 - 1440 - Fra Angelico

    SAINT COME ET SAINT DAMIEN

    Frères jumeaux, Côme et Damien étaient d'origine arabe. Ils étaient nés à Egée, en Cilicie (Asie Mineure), au IIIe siècle, et appartenaient à une famille noble et chrétienne. L'hagiographie conte qu'ils étaient "fort habiles dans l'art médical" et qu'ils parcouraient "villes et bourgades, guérissant les malades et délivrant, au nom de celui qu'on appelle le Christ, ceux qui sont possédés des esprits immondes". Or ils exerçaient leur art gratuitement: ils étaient ainsi devenus les Anargyres, "ceux qui repoussent l'argent". Battant en brèche l'autorité du proconsul Lysias, juge en la ville d'Egée, ils lui furent amenés. Après mille tortures qui ne parvinrent pas à les éprouver, ils subirent le martyre vers l'an 287. L'Église honore ces deux saints guérisseurs le 27 septembre; leurs noms sont inscrits parmi beaucoup d'autres dans les litanies des saints et, distinction plus rare et plus insigne, ils le sont aussi au canon de la messe.

    Au VIIIe siècle, un diplôme de Charlemagne donnant l'église de Luzarches à l'Abbaye de Saint-Denis nous apprend qu'elle était déjà placée sous le vocable de Saint-Côme et Saint-Damien. Au XIIe siècle, Jean de Beaumont, seigneur de Luzarches qui avait été parmi les premiers à se croiser, reçut, lors de son retour par Rome, des reliques des saints Côme et Damien pour prix de ses hauts faits en faveur de la chrétienté. Il en fit deux parts, une pour Luzarches et une pour Paris. A Luzarches, ces reliques furent d'abord déposées dans une collégiale dont la construction commença en 1180 et dont seuls subsistent à l'heure actuelle quelques vestiges. Puis en 1320 elles furent transférées en l'église paroissiale au cours d'une procession solennelle dont la chronique a gardé le souvenir: "Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe V le Long, vient à Luzarches le jeudi 23 octobre 1320 honorer les reliques des deux martyrs. La translation de ces reliques dans des châsses d'argent donne lieu à l'évêque de Paris et au chapitre de Luzarches de mander de la capitale des chirurgiens pour faire leur rapport de ces saintes reliques ".

    Les chirurgiens, dont la corporation est l'une des plus anciennes de France, s'étaient alors constitués en confrérie en se choisissant pour saints patrons Côme et Damien. Une confrérie de simple piété aurait d'abord été fondée à Luzarches au XIIIe siècle, puis une confrérie franchement professionnelle serait apparue à Paris. Les deux fusionnèrent lors de l'événement de 1320. C'était pour les chirurgiens, dont l'activité n'était pas considérée comme un "métier" et ne donnait pas accès à l'Université, la meilleure manière d'affirmer indépendance et dignité, et ils se placèrent sous la protection de l'Official (juridiction ecclésiastique dépendant de l'évêque). Ils furent alors à l'origine de l'une des plus anciennes et des plus durables traditions de cette région de l'Ile-de-France: celle des pèlerinages médicaux à Luzarches.

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  • Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

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    Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

    Il y avait quelque chose d’assez inhabituel dans les paroles de Léon XIV à Paris : le pape n’a pas semblé éprouver le besoin de demander pardon au monde d’être catholique.

    Pas de christianisme réduit à quelques bons sentiments. Pas de foi transformée en simple supplément d’âme humanitaire. Pas de dilution du message chrétien dans le vocabulaire convenu du moment. Léon XIV a parlé au monde contemporain, mais il ne lui a pas abandonné, pour autant, les catégories propres de la foi catholique.

    C’est une distinction essentielle : dialoguer avec son époque ne signifie pas nécessairement lui donner raison sur tout. Écouter les interrogations du monde ne signifie pas que l’Église doive renoncer à ses propres réponses.

    Et c’est sans doute ce qui frappe le plus dans les paroles prononcées à Paris : sur plusieurs sujets décisifs — la vie humaine, la bioéthique, le droit international, la laïcité, l’éducation et la foi — Léon XIV a réaffirmé une vision de l’homme qui ne se confond pas avec les catégories dominantes de la culture contemporaine.

    La vie humaine : un droit qui précède tous les autres

    C’est probablement sur la question de la vie que le contraste apparaît avec le plus de netteté.

    Devant les autorités françaises, Léon XIV a déclaré que « la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain ». Il a également appelé à « accueillir la vie sans condition », à « soutenir la fragilité avec tendresse » et à défendre « ceux qui n’ont pas de voix ».

    La formule est capitale. Le pape ne place pas la vie parmi une liste de droits concurrents : il la présente comme le fondement des autres droits.

    Il faut être précis : dans ce discours, Léon XIV ne prononce pas explicitement le mot « avortement ». Mais le principe qu’il pose est sans ambiguïté : la vie humaine doit être accueillie et protégée sans condition.

    Cette affirmation entre nécessairement en tension avec l’évolution récente du droit français. Depuis mars 2024, la Constitution garantit à la femme une liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse.

    Il ne s’agit pas de prétendre que ces deux formulations répondent exactement à la même question juridique. Mais elles révèlent deux points de départ anthropologiques différents.

    D'un côté, la liberté de recourir à l'IVG est constitutionnellement garantie ; de l'autre, le pape rappelle que le droit à la vie constitue le fondement même de tous les autres droits.

    Derrière la controverse juridique se trouve donc une question beaucoup plus profonde : qu'est-ce qui doit être placé au premier plan lorsque la liberté d'une personne entre en tension avec la vie d'un autre être humain ?

    Léon XIV, lui, ne contourne pas la question.

    L’aide à mourir : quand la mort devient une réponse sociale

    Le contraste est encore plus direct concernant la fin de vie.

    La France a désormais institué un droit à l'aide à mourir dans certaines circonstances. Le dispositif permet, sous des conditions précises, le recours à une substance létale.

    Or, devant les autorités françaises, Léon XIV a dénoncé « l'offre d'une mort programmée ».

    La formule est particulièrement forte, précisément parce qu'elle intervient dans un pays qui vient de franchir une nouvelle étape législative sur cette question.

    Le pape pose ici une limite fondamentale : la souffrance humaine ne saurait transformer la mort provoquée en solution médicale ordinaire.

    Il ne s'agit pas simplement d'une divergence sur les garanties entourant l'aide à mourir. C'est une différence concernant la signification même du soin.

    La logique catholique consiste à accompagner la personne souffrante, à soulager sa douleur, à entourer sa fragilité et à ne jamais considérer que la dépendance ou la souffrance lui fait perdre sa dignité.

    Léon XIV parle précisément de « soutenir la fragilité avec tendresse ».

    La formule mérite d'être méditée dans une société où l'autonomie est devenue une valeur centrale. Car que devient la dignité lorsque l'homme n'est plus autonome ? Que vaut une vie lorsqu'elle est devenue entièrement dépendante des autres ?

    La réponse chrétienne est radicale : elle vaut toujours autant.

    La personne âgée, malade, handicapée ou mourante ne possède pas une dignité diminuée. Elle possède la même dignité humaine que lorsqu'elle était jeune, forte, autonome et productive.

    L’homme n’est pas une matière disponible

    Léon XIV élargit d'ailleurs son propos à d'autres questions bioéthiques : il évoque notamment « les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l'achat d'organes », auxquels il associe « l'offre d'une mort programmée ».

    Ce rapprochement révèle la cohérence de sa pensée.

    Dans tous ces domaines apparaît la même question : l'être humain peut-il devenir un objet disponible entre les mains de la technique, du marché ou de la volonté individuelle ?

    Ce qui est techniquement possible n'est pas nécessairement humainement souhaitable.

    La science donne à l'homme des possibilités extraordinaires. Mais elle ne lui fournit pas, à elle seule, le critère permettant de déterminer ce qu'il doit faire de ces possibilités.

    C'est précisément pourquoi Léon XIV rappelle la nécessité d'une conscience morale capable de discerner le bien.

    La liberté n’est pas l’unique mesure du bien

    On retrouve ici l'un des points fondamentaux du message pontifical.

    La culture contemporaine tend souvent à penser la dignité humaine à partir de l'autonomie : je suis libre, donc je dois pouvoir décider.

    Le christianisme part d'un autre principe : je suis une personne, donc ma dignité ne dépend pas de ma capacité à décider, à produire, à être autonome ou à exercer un contrôle sur ma propre existence.

    Cette différence explique une grande partie des tensions actuelles sur l'avortement, l'euthanasie, la procréation ou les manipulations génétiques.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas livré une simple critique circonstancielle de telle ou telle loi française. Il a placé devant la France une question beaucoup plus fondamentale :

    Jusqu'où une société peut-elle étendre le domaine de la liberté individuelle lorsqu'est en jeu la vie d'un autre être humain — l'enfant à naître — ou la vie de celui qui, devenu vulnérable, demande qu'on mette fin à ses souffrances ?

    Face à une culture qui tend à définir certains choix en termes de droits — droit à l'IVG, droit à l'aide à mourir — le pape rappelle un principe antérieur à ces droits : la vie humaine elle-même mérite protection, indépendamment de sa force, de son autonomie ou de son utilité.

    La laïcité n’est pas l’effacement du religieux

    Autre sujet particulièrement sensible en France : la laïcité.

    Léon XIV n'a évidemment pas réclamé un retour à une quelconque confusion entre l'Église et l'État. Mais il a rappelé devant les autorités françaises les « riches racines chrétiennes » de la France et la contribution du christianisme à son histoire intellectuelle, culturelle et spirituelle.

    Ce rappel est loin d'être anodin.

    La laïcité peut être comprise comme la neutralité de l'État à l'égard des religions et comme la garantie de la liberté de conscience. Elle ne devrait pas nécessairement signifier que les convictions religieuses doivent disparaître de l'espace public.

    La neutralité de l'État n'exige pas la neutralisation des croyants.

    Les catholiques sont des citoyens comme les autres. Ils ont donc le droit de participer au débat public à partir de leur foi, de leur conception de la personne humaine et de leur vision du bien commun.

    Léon XIV semble ainsi rappeler une distinction devenue essentielle : respecter la laïcité ne signifie pas renoncer à la vérité ; respecter la liberté de conscience ne signifie pas renoncer à annoncer l'Évangile.

    Une autre conception de l’éducation

    À l'UNESCO, le pape a prolongé cette réflexion sur le terrain de l'éducation.

    Face aux promesses de l'intelligence artificielle et du progrès technologique, il a rappelé que la machine peut établir des corrélations mais qu'elle ne peut répondre aux questions fondamentales concernant « le sens de la vie humaine ».

    Et cette formule particulièrement heureuse : « Le sens est l'oxygène de l'esprit. »

    Éduquer ne consiste donc pas seulement à transmettre des compétences, à préparer à un métier ou à apprendre à maîtriser les nouvelles technologies.

    Éduquer, c'est aussi apprendre à rechercher la vérité, à discerner le bien et à donner un sens à son existence.

    Léon XIV va jusqu'à affirmer que « la recherche de la vérité » est une question de « justice sociale ».

    Dans une époque où la vérité est souvent réduite à une opinion personnelle, cette affirmation n'est pas secondaire.

    Et surtout : annoncer le Christ

    Mais toutes ces questions — la vie, la dignité, la liberté, l'éducation, la paix, la société — ne constituent finalement que les conséquences d'une affirmation plus fondamentale.

    L'Église est là pour annoncer le Christ.

    Au Stade de France, devant des dizaines de milliers de jeunes, Léon XIV n'a pas présenté le christianisme comme une simple tradition culturelle française ou comme une source de valeurs humanistes parmi d'autres. Il leur a parlé de Jésus-Christ, de l'Esprit Saint, du salut, de l'espérance et de la vie éternelle.

    C'est peut-être là le véritable fil conducteur de son séjour parisien.

    À l'Élysée : la dignité de l'homme et le droit à la vie.

    À l'UNESCO : la vérité et le sens de l'existence.

    À Notre-Dame : la foi et l'espérance chrétiennes.

    Au Stade de France : le Christ et la vie éternelle.

    Tout se tient.

    Léon XIV semble rappeler que l'Église n'a pas seulement une histoire à conserver, des œuvres sociales à accomplir ou un patrimoine à défendre. Elle a une foi à transmettre et un Évangile à annoncer.

    Et c'est peut-être précisément ce qui donne à ses paroles leur tonalité particulière.

    Il ne s'agit pas d'une Église qui chercherait à être « moderne » en épousant les catégories du moment. Il s'agit d'une Église qui accepte de dialoguer avec le monde sans devenir le miroir du monde.

    Écouter sans se soumettre.
    Dialoguer sans se diluer.
    Respecter la laïcité sans accepter l'effacement du religieux.
    Défendre la liberté sans oublier les devoirs envers les plus vulnérables.
    Accompagner la souffrance sans faire de la mort une solution.
    Accueillir la modernité sans faire de la technique le critère ultime du bien.
    Et surtout, parler au monde du Christ sans avoir honte de parler comme l'Église.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas simplement commenté l'évolution de la société française.

    Il lui a proposé une autre conception de l'homme.

    Et c'est probablement là que se trouve la portée la plus profonde de son message : dans une société qui proclame de nouveaux droits, le pape rappelle qu'il existe quelque chose qui les précède tous — la dignité inviolable de la personne humaine et, avec elle, le droit à la vie.

    Une Église qui ne rougit pas de son message n'est pas nécessairement une Église fermée au monde.

    Elle peut être, au contraire, une Église qui a encore quelque chose à lui dire.

  • La veillée du pape avec les jeunes à Paris : un très beau moment

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    Oui, ce qui frappe dans cette veillée, au-delà de son ampleur exceptionnelle, c’est précisément la manière dont la joie et la profondeur spirituelle ont été articulées.

    Le Stade de France, rempli par quelque 80 000 jeunes de 17 à 35 ans, aurait pu devenir un immense spectacle. Il y eut effectivement des chants, des artistes et une atmosphère festive. Mais la soirée a progressivement conduit cette foule vers tout autre chose : la prière, le silence, la contemplation et la mémoire de la foi.

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    Une Église qui assume son histoire

    Un des éléments les plus significatifs est certainement la fresque consacrée aux saints de France : Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld, Louis et Zélie Martin, Frédéric Ozanam, Jean-Marie Vianney, Bernadette Soubirous, François de Sales, Vincent de Paul, Louise de Marillac, Jean-Baptiste de La Salle, Louis-Marie Grignion de Montfort, Bernard de Clairvaux et bien d'autres.

    Ce choix avait une portée particulière : il ne s'agissait pas de présenter aux jeunes une Église abstraite ou désincarnée, mais de leur montrer une histoire, une continuité, des visages et des vies offertes au Christ. Le diocèse de Paris avait d'ailleurs explicitement présenté cette évocation des saints comme une manière d'inscrire la jeunesse dans « une continuité du témoignage de la foi, de génération en génération ».

    Et la présence de la Sainte Tunique d'Argenteuil, suivie d'un véritable moment de silence et de recueillement dans le stade, a donné à cette soirée une dimension sacrée particulièrement forte.

    Puis le silence au milieu de 80 000 personnes

    C'est peut-être là le plus beau contraste : après les chants et l'enthousiasme, 80 000 jeunes ont été invités au silence et à la prière.

    Léon XIV ne leur a d'ailleurs pas proposé un message de circonstance. À partir de saint Paul, il les a invités à devenir des hommes et des femmes de Dieu et à avancer vers la sainteté. Il a résumé son exhortation autour de trois verbes : « évite, tends et combats » — éviter l'orgueil, la vanité, la violence et la cupidité ; tendre vers la justice, la foi, la charité, la patience et la douceur ; et mener le « combat de la foi », non contre les autres, mais contre ce qui éloigne de Dieu.

    La soirée s'est finalement achevée par les Complies, à 23 heures : ce détail est loin d'être anodin. Une foule immense réunie dans l'un des plus grands stades de France pour terminer non par un simple « show », mais par la prière liturgique de l'Église.

    Il y a donc effectivement quelque chose de très différent de certaines formes de célébrations où l'expression festive finit par prendre toute la place. Ici, la fête n'a pas remplacé le sacré : elle y a conduit.

    Et c'est peut-être le signe le plus intéressant de cette soirée : ces 80 000 jeunes n'ont manifestement pas eu besoin qu'on leur cache la dimension religieuse de leur rencontre. On leur a parlé de Dieu, du Christ, de l'Esprit Saint, de la sainteté, des saints, de la prière et de la vocation — et ils étaient là, nombreux.

    Ce n'est peut-être pas une Église qui cherche à paraître jeune ; c'est une Église qui parle aux jeunes de ce qui est au cœur de sa foi.

    De jeunes catholiques se joindront au pape Léon XIV au stade national de football, au nord de Paris, le 25 septembre 2026, pour prier et écouter son message pour l'Église. | Crédit : Vatican Media

    (Vatican Media)

  • Brève réflexion sur la science et Dieu

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    De Jean-Pierre Snyers :

    Brève réflexion sur la science et Dieu
     
    Je crois pouvoir écrire que le fait que notre univers soit scientifiquement daté (13,8 milliards d'années) et que (comme le suggère la science moderne), tout ce qui compose celui-ci soit contingent, laisse clairement entendre qu'il ne possède pas sa réalité en lui-même et que sa cause est forcément extérieure à lui. Espérer trouver la trace d'un élément éternel dans un univers qui a fait naitre l'espace-temps est une chose autant contradictoire que perdue d'avance. En fonction de cela, il va sans dire que si cette cause extérieure est également contingente, le même problème se pose quant à son origine et ainsi de suite vis-à-vis de ce qui précèderait... Autrement dit, sans une cause sans cause (forcément éternelle) capable de donner naissance à tout ce qui existe, rien n'existerait. Suite à cela, je pense que cette "cause sans cause" n'est pas "quelque chose" mais "Quelqu'un" qui, selon la Bible, a pour nom "Je suis celui qui suis".
     
    Jean-Pierre Snyers  (Adresse blog: jpsnyers.blogspot.com)  
  • « Un évangélisateur zélé et créatif » - Fulton Sheen béatifié

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    De Michelle La Rosa sur le Pillar :

    « Un évangélisateur zélé et créatif » - Fulton Sheen béatifié

    « Voilà la source du bonheur : la communion avec Jésus. »

    L'archevêque Fulton Sheen, prélat américain lauréat d'un Emmy Award et connu pour ses émissions catéchétiques populaires à la radio et à la télévision, a été déclaré bienheureux jeudi.

    La béatification de Sheen, affectueusement surnommé « l'évêque de l'Amérique », a eu lieu près de sept ans après la date initialement prévue.

    Le cardinal Luis Tagle, pro-préfet du Dicastère pour l'Évangélisation du Vatican, a présidé la messe de béatification, qui s'est déroulée au Dôme de l'America's Center à Saint-Louis.

    On estimait à quelque 50 000 le nombre de pèlerins présents à la messe, ainsi que plus de 80 évêques et des centaines de prêtres.

    Une image du bienheureux Fulton Sheen est dévoilée lors de sa messe de béatification. Crédit : EWTN / YouTube, capture d’écran.

    « Nous sommes reconnaissants du témoignage héroïque de ce grand évangéliste, qui a consacré sa vie à la proclamation de l’Évangile et au soutien de la mission », a déclaré l’évêque Louis Tylka de Peoria après la proclamation déclarant officiellement Sheen bienheureux.

    « Nous prions pour que l’Église aux États-Unis et dans les territoires de mission du monde entier bénéficie du noble exemple de sa sainteté. »

    Une relique de Sheen – sa mâchoire – a été présentée pendant la messe par James Fulton Engstrom, âgé de 16 ans, et sa famille.

    Engstrom est né sans vie en 2010, mais a miraculeusement repris vie après une heure sans respiration ni battement de cœur. Ses parents avaient prié pour l'intercession de Sheen, et sa guérison est devenue le miracle reconnu par le Vatican, ouvrant la voie à la béatification de Sheen.

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    L'homélie de Tagle portait sur la communion avec le Christ et les autres comme source de béatitude pour un missionnaire-évangélisateur.

    « C’est pour son zèle et sa créativité en tant qu’évangélisateur et défenseur de la mission que Fulton Sheen est considéré comme bienheureux», a déclaré Tagle.

    Il peut sembler étrange de qualifier de « bienheureux » un évangélisateur ou un missionnaire, a-t-il réfléchi, car « de nombreux évangélisateurs et missionnaires, depuis les débuts de l’Église jusqu’à nos jours, ont subi le rejet, voire la persécution. »

    Cependant, poursuivit le cardinal, Sheen n'est pas appelé bienheureux parce qu'il était célèbre, mais parce qu'il est resté fidèle à l'appel du Christ.

    « Le missionnaire-évangélisateur est véritablement bienheureux, comblé et heureux grâce au don de la communion avec Jésus », a déclaré Tagle. « C’est là la source du bonheur, la communion avec Jésus. »

    « Se choisir soi-même et aller où l’on veut n’est ni une mission ni une bénédiction. »

    En travaillant humblement avec Jésus, le missionnaire-évangélisateur parvient à mieux connaître sa propre identité, a-t-il déclaré.

    « Heureux êtes-vous lorsque Jésus vous voit, vous connaît, vous appelle, vous envoie et œuvre avec vous. Heureux êtes-vous lorsque vous prenez conscience de votre véritable nature et de votre mission, car Jésus vous connaît et vous connaissez Jésus. »

    Tagle a ajouté : « Le missionnaire-évangélisateur est bienheureux par la communion avec les personnes et les peuples, en particulier les pauvres et les vulnérables. »

    « Pour l’archevêque Sheen, prendre soin des pauvres n’était pas une propagande idéologique, mais un impératif pour suivre le Christ, pour unir l’Église et les missions, et pour la conversion inspirée par le Saint-Esprit. »

    « De même que seul un Christ blessé pouvait convertir un Thomas incrédule, seule une Église blessée par la pauvreté peut convertir un monde incrédule », a déclaré Tagle.

    Le cardinal a fait remarquer que Jésus avait envoyé ses disciples prêcher non pas à la société dans son ensemble, mais à toute créature.

    « Se servir de la prédication comme prétexte pour éviter de s'intéresser aux personnes concrètes et pour être aveugle à l'action de Dieu en elles n'est pas une mission. Ce n'est pas une bénédiction », a-t-il déclaré.

    Il a également souligné l'humilité de Sheen, en racontant une anecdote selon laquelle l'archevêque refusait de comptabiliser le nombre de conversions attribuées à ses prédications, car il voulait éviter l'orgueil de se mettre en avant plutôt que Dieu.

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    Sheen fut ordonné prêtre en 1919, devint professeur à l'Université catholique d'Amérique, puis animateur de radio, présentant « The Catholic Hour » sur NBC Radio de 1930 à 1950. Il fut nommé évêque auxiliaire de New York en 1951 et se tourna peu après vers la télévision, présentant « Life is Worth Living » de 1952 à 1957 et « The Fulton Sheen Program » de 1961 à 1968.

    Sheen a remporté un Emmy Award pour son travail à la télévision.

    Il devint évêque de Rochester en 1966 et resta en fonction jusqu'en 1969. Après sa retraite, le pape Paul VI le nomma archevêque titulaire.

    Sheen est décédé en 1979 et a d'abord été inhumé à la cathédrale Saint-Patrick de New York. Après une longue bataille juridique, sa dépouille a été transférée à Peoria.

    Le diocèse de Peoria a ouvert la cause de canonisation de Sheen en 2002.

    Cependant, la cause a connu plusieurs revers, dont une bataille juridique de cinq ans entre le diocèse de Peoria et l'archidiocèse de New York au sujet de la dépouille mortelle de Sheen.

    En juillet 2019, le pape François a approuvé un miracle attribué à Sheen et a fixé le 21 décembre 2019 comme date de la béatification envisagée de l'évêque.

    Sheen était à trois semaines de la béatification prévue en 2019, mais les choses ont été retardées après que l'évêque de Rochester, Salvatore Matano, a demandé au Vatican de reporter le processus, craignant que Sheen — qui a été évêque diocésain de Rochester de 1966 à 1969 — ne soit accusé de mauvaise gestion des cas d'abus sexuels ou d'inconduite.

    Le cas précis concernait Gerard Guli, un ancien prêtre de Rochester, accusé d'avoir abusé d'adultes au début des années 1960 — avant l'arrivée de Sheen dans le diocèse — et qui aurait demandé à Sheen une mission en 1967.

    Cependant, une enquête ultérieure a confirmé que Sheen n'avait jamais nommé Guli à un poste ministériel. C'est son successeur qui l'avait fait.

    Outre l'affaire Guli, certains responsables craignaient également que de nouvelles allégations ne soient portées contre Sheen pendant la période de procédure prévue par la loi de l'État de New York sur les victimes d'abus sexuels sur mineurs ou dans le cadre de l'enquête du procureur général sur la gestion des cas d'abus sexuels par les diocèses de New York.

    Cependant, cette possibilité de recours judiciaire s'est refermée et l'enquête du procureur général a été lancée, avant de finalement s'enliser sans qu'aucune nouvelle allégation ne soit déposée contre Sheen.

    Suite au règlement de la procédure de faillite de Rochester et à l'approbation, en septembre 2025, d'un accord d'une valeur d'environ 250 millions de dollars, le Siège apostolique a poursuivi la procédure, approuvant la béatification de septembre 2026.

    La béatification a eu lieu à Saint-Louis car il n'y avait pas de lieux à Peoria suffisamment grands pour accueillir la foule qui souhaitait y assister.

    Lire également : « Un puissant ami et intercesseur céleste » : l’évêque Barron rend hommage à Fulton Sheen

  • Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité

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    Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité

    Parmi les grandes figures catholiques américaines du XXe siècle, Fulton J. Sheen (1895-1979) occupe une place singulière. Évêque, prédicateur, écrivain et remarquable communicateur, il fut aussi l'un des adversaires les plus constants du communisme. Mais son anticommunisme ne se réduisait ni à une dénonciation politique de l'Union soviétique ni à une défense inconditionnelle du système occidental. Pour Sheen, le communisme posait une question beaucoup plus profonde : quelle conception de l'homme voulons-nous défendre ?

    C'est ce qui donne encore aujourd'hui un intérêt particulier à ses analyses.

    Le communisme, plus qu'un système économique

    Dans Communism and the Conscience of the West, publié en 1948, Sheen refuse de considérer l'affrontement entre communisme et Occident comme une simple opposition entre deux modèles économiques ou politiques.

    À ses yeux, le véritable conflit est d'abord spirituel et anthropologique. Le marxisme, en réduisant l'homme à ses conditions matérielles et historiques, tend à faire disparaître sa dimension spirituelle et transcendante. Si l'homme n'est plus une créature appelée à une destinée qui dépasse le monde présent, la société peut finir par se considérer elle-même comme l'ultime réalité.

    Le danger est alors que l'État, le parti ou l'idéologie prétende déterminer ce que l'homme doit penser, espérer et même désirer.

    Pour Sheen, le problème du communisme n'est donc pas seulement ce qu'il fait de la propriété ou de l'économie. Il est ce qu'il fait de la personne humaine.

    Mais Sheen ne disculpe pas l'Occident

    C'est probablement l'aspect le plus intéressant de sa pensée.

    Sheen ne disait pas : « Le communisme est mauvais, donc l'Occident est nécessairement bon. » Il soutenait au contraire que le communisme pouvait trouver un terrain favorable dans les faiblesses mêmes des sociétés occidentales.

    Il voyait dans le communisme à la fois un effet et un jugement porté sur l'Occident. Un effet, parce que certaines injustices sociales, certains égoïsmes et l'abandon des exigences chrétiennes pouvaient nourrir la contestation révolutionnaire. Un jugement, parce que le succès d'une idéologie matérialiste révélait aussi quelque chose de la crise spirituelle de sociétés qui se prétendaient chrétiennes.

    Cette remarque est essentielle pour comprendre Sheen. Son anticommunisme n'était pas un appel à défendre indistinctement tout ce qui existait en Occident. Il exigeait au contraire de l'Occident qu'il soit fidèle à ce qu'il prétendait être.

    On ne combat pas efficacement une idéologie matérialiste par un matérialisme concurrent.

    Le danger d'une société qui ne voit plus ce qui lui arrive

    Sheen s'intéressait particulièrement à un phénomène qui dépasse largement la question du communisme : la capacité d'une civilisation à devenir progressivement inconsciente de sa propre transformation.

    Une société peut, selon lui, perdre ses convictions fondamentales sans avoir le sentiment de les perdre. Les changements se produisent progressivement. Les mots changent de sens, les principes deviennent des opinions, les certitudes sont remplacées par des préférences et ce qui paraissait autrefois évident devient incompréhensible aux générations suivantes.

    L'homme ne se rend pas nécessairement compte qu'il abandonne une vision du monde : il croit simplement adopter une nouvelle manière de parler, de vivre ou d'organiser la société.

    C'est ici que la pensée de Sheen prend une résonance contemporaine.

    Il ne serait évidemment pas sérieux de prétendre que les sociétés occidentales actuelles sont devenues communistes au sens historique du terme. Le communisme soviétique, les régimes marxistes-léninistes et les sociétés occidentales contemporaines sont des réalités très différentes.

    Mais la question posée par Sheen demeure : une civilisation peut-elle conserver durablement ses libertés si elle perd les convictions morales et anthropologiques qui leur donnaient leur fondement ?

    « Une religion destinée à détruire la religion »

    Sheen était également frappé par la dimension quasi religieuse du communisme. Il lui reconnaissait une vision globale de l'existence, une explication de l'histoire, une promesse d'émancipation et même une forme de sacrifice au service d'un avenir meilleur.

    Il parlait ainsi d'une « religion sans Croix » et d'une politique qui tend à devenir une religion.

    Son intuition mérite d'être entendue avec prudence. Elle ne signifie pas que toute idéologie politique serait une religion au sens propre. Elle signifie plutôt que l'être humain ne renonce pas facilement à chercher un sens ultime.

    Si la religion disparaît de l'espace culturel, le besoin de croire, d'espérer, d'appartenir et de se dévouer à une cause ne disparaît pas nécessairement avec elle. D'autres doctrines peuvent alors prétendre fournir une explication totale de l'histoire et déterminer ce qui est bien ou mal.

    Cette observation dépasse largement le seul communisme.

    La liberté contre la sécurité ?

    Une autre intuition de Sheen mérite également d'être relue aujourd'hui : une société peut être tentée de sacrifier progressivement la liberté au profit de la sécurité, du confort ou de la prospérité.

    Là encore, il faut éviter les rapprochements faciles. Les institutions contemporaines ne sont pas les régimes totalitaires que Sheen combattait. Mais sa question reste pertinente : jusqu'où sommes-nous prêts à renoncer à notre liberté pour obtenir davantage de sécurité, de confort ou de protection ?

    Et surtout : savons-nous encore pourquoi la liberté est précieuse ?

    Pour Sheen, la liberté n'était pas simplement la possibilité de choisir entre plusieurs produits ou plusieurs opinions. Elle était liée à la vérité et à la responsabilité morale. Une liberté détachée de toute vérité risque, selon lui, de devenir paradoxalement vulnérable à ceux qui promettent de décider à notre place.

    L'amour des personnes, le refus de l'erreur

    Un dernier aspect de Sheen mérite d'être souligné. Son opposition au communisme ne l'empêchait pas de distinguer radicalement l'erreur de celui qui se trompe.

    On lui attribue cette formule :

    « Je hais le communisme, mais j'aime les communistes. »

    Elle résume bien une attitude chrétienne qu'il revendiquait : combattre vigoureusement une idéologie tout en refusant de transformer ses partisans en ennemis humains à haïr.

    Cette distinction est particulièrement importante aujourd'hui, à une époque où le débat public tend facilement à confondre la critique d'une idée avec la condamnation de la personne qui la défend.

    Pourquoi Sheen reste-t-il actuel ?

    L'actualité de Sheen ne tient donc pas au fait que nous vivrions aujourd'hui sous la menace d'une nouvelle révolution communiste comparable à celle qu'il redoutait en 1948. Ce serait une lecture anachronique de son œuvre.

    Son actualité réside plutôt dans les questions qu'il posait derrière le communisme :

    • Que devient une société lorsqu'elle ne possède plus de conception commune de la personne humaine ?
    • Peut-on défendre durablement la liberté si l'on ne sait plus pourquoi l'homme est libre ?
    • Que se passe-t-il lorsqu'une civilisation perd progressivement la conviction qu'il existe une vérité qui la dépasse ?
    • Une société peut-elle combattre le matérialisme tout en faisant du confort matériel son principal horizon ?
    • Que devient le désir humain de sens lorsque la religion disparaît ?
    • Une démocratie peut-elle survivre si toute vérité devient une simple opinion et tout principe une préférence individuelle ?

    Ces questions ne sont pas exclusivement catholiques. Elles sont devenues des questions de civilisation.

    C'est peut-être là le paradoxe de Fulton Sheen. L'homme qui consacra une grande partie de son énergie à combattre le communisme nous oblige finalement à regarder au-delà du communisme. Son véritable sujet était l'homme : sa liberté, sa dignité, sa responsabilité, son besoin de vérité et son ouverture à la transcendance.

    Pour Sheen, une civilisation ne se sauve pas seulement en repoussant ses ennemis. Elle se sauve en retrouvant les raisons profondes de vivre selon la vérité qu'elle prétend défendre.

    Et c'est pourquoi, près de huit décennies après la publication de Communism and the Conscience of the West, certaines de ses interrogations peuvent encore être entendues sans que l'on ait besoin de considérer notre époque comme la répétition de la guerre froide.

    Le communisme historique appartient au XXe siècle. La question de savoir ce qui fonde la liberté, la dignité humaine et une civilisation demeure, elle, pleinement actuelle.

    (avec l'IA)

  • L'impasse de l'Église partisane

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    Ce qui suit est assez inspirant et pourrait éclairer ce qui s'est passé chez nous, en Flandre tout particulièrement.

    De George Weigel sur le NCR :

    L'impasse de l'Église partisane

    COMMENTAIRE : Le catholicisme polonais devrait tirer des leçons de ce que j'ai constaté au Québec.

    La route 132, qui longe la côte nord de la péninsule gaspésienne au Québec, offre l'un des plus beaux panoramas d'Amérique du Nord. À gauche, l'extraordinaire fleuve Saint-Laurent donne l'illusion de rouler en bord de mer, tant l'estuaire est large et que la rive opposée, également au Québec, se trouve souvent à l'horizon.  

    Mais existe-t-il une route côtière offrant le « petit plus » de Gaspé : des falaises escarpées à droite, au-delà desquelles s’étendent des forêts denses et de petits lacs cristallins ? Observer une baleine traversant l’estuaire en route vers l’Atlantique ajoute une touche d’aventure supplémentaire à une excursion à Gaspé ou à une traversée en ferry. 

    Pour le visiteur catholique, la Gaspésie se distingue également par les noms des villages bordant le fleuve et l'estuaire, dont la grande majorité sont en l'honneur des saints : Notre-Dame-du-Portage, Notre-Dame-des-Neiges, Saint-Simon, Saint-Fabien-sur-Mer, Sainte-Flavie, Saint-Joseph-de-Lepage, Saint-Ulric, Sainte-Félicité, Sainte-Anne-des-Monts, etc.  

    Dans bon nombre de ces villages côtiers, l'élément le plus marquant est une église en pierre avec un haut clocher et un toit en tôle scintillante, témoignage silencieux du fait que le Québec fut jadis — et il n'y a pas si longtemps — l'une des régions les plus intensément catholiques du continent. 

    Je parle de témoignage « muet », car il est difficile de trouver une de ces églises qui soit ouverte.  

    L' église Saint-Roch, au village de Saint-Roch-des-Aulnaies, en est un exemple typique. Ses deux flèches invitent à entrer dans le village depuis la route longeant le Saint-Laurent. Pourtant, malgré un panneau indiquant que l'église est ouverte tous les jours, elle était fermée à clé le 25 août dernier. Le fait que l'ancien presbytère soit devenu un café-pâtisserie – proposant d'excellents croissants aux amandes, soit dit en passant – ne laissait pas présager une vie paroissiale dynamique. De plus, aucun horaire des messes, ni le week-end ni en semaine, n'était affiché sur place. Le visiteur ne peut donc qu'admirer l'architecture extérieure, sans avoir la possibilité de découvrir ce qu'une recherche en ligne a révélé être un intérieur splendide, doté de galeries, idéal pour la prière et le recueillement.  

    Comment en est-on arrivé là ? Comment le Québec catholique est-il devenu, de mon vivant, sans doute l'endroit le plus aride religieusement entre le pôle Nord et la Terre de Feu ? Il y a sans doute de nombreuses raisons. L'une d'elles, digne de réflexion en cette période électorale, est suggérée par une photographie granuleuse en noir et blanc, parmi les affiches retraçant l'histoire du village, entre l'ancien presbytère transformé en café et l'église fermée à clé. Intitulée « Assemblée politique en 1930 » , la photo montre plusieurs dizaines de Ford Modèle T et Modèle A, et une centaine de villageois environ rassemblés devant la grande statue en pierre du Sacré-Cœur, dans la paroisse. Depuis le porche de la salle paroissiale, des personnes que l'on suppose être des candidats aux élections s'adressaient à eux, commentées par les prêtres locaux. Cette hypothèse est confortée par le fait qu'en 1930, l'Église catholique du Québec était étroitement liée au gouvernement provincial, pour lequel elle gérait les écoles, les hôpitaux et les services sociaux : une ancienne alliance qui s'est par la suite transformée en un partenariat étroit entre l'Église et l'Union nationale. Puis survint la « Révolution tranquille » québécoise des années 1960, qui brisa ce lien indéfectible entre l'Église et l'État. L'Église du Québec ne s'en est jamais remise.    

    Cette vieille photo m'a particulièrement marqué car, un mois auparavant, j'avais vu des panneaux d'affichage dans le sud-est de la Pologne invitant la population locale à la messe du dimanche et à un discours du candidat d'un parti politique donné ; ces panneaux arboraient les portraits du curé et du candidat. En passant devant ces affiches, j'imaginais sans peine Jean-Paul II secouant la tête, partagé entre stupéfaction et consternation face à cette dérive de l'Église, devenue un acteur politique partisan – précisément ce qu'il avait si vivement critiqué dans certains courants de la théologie de la libération en Amérique latine.  

    Quelle que soit l'orientation idéologique du parti en question, les alliances partisanes sont fatales pour l'Église. Il en va de même, dans le contexte actuel, pour le type d'alliance ecclésiastique avec le pouvoir d'État qui a caractérisé la vie québécoise pendant près de 300 ans. Le catholicisme polonais devrait tirer les leçons de ce que j'ai constaté en Gaspésie – et les évêques polonais devraient affirmer clairement que l'instrumentalisation des églises locales (et a fortiori de la messe dominicale !) à des fins politiques partisanes est incompatible avec la nature de l'Église. 

    Quant aux électeurs catholiques, eh bien, jugeons les candidats sur leur caractère et leurs politiques, et non sur l'étiquette partisane qu'ils arborent.

  • Léon XIV en France; Parolin : L'Europe doit protéger la vie et relancer le multilatéralisme

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    De Vatican News (Massimiliano Menichetti) :

    Léon XIV en France, Parolin : L'Europe doit protéger la vie et relancer le multilatéralisme

    Le cardinal secrétaire d’État du Saint-Siège, évoquant le voyage de Léon XIV en France et à l’Unesco, a souhaité que cette visite ne se limite pas à un simple fait d’actualité, mais qu’il puisse marquer le début d’un processus créateur, d’un cheminement à long terme capable d’interpeller avant tout les nouvelles générations, appelées à hériter des défis complexes d’une époque en profonde mutation.

    Le cinquième voyage apostolique international du Pape Léon XIV en France est très attendu. Dans ce pays, il affermira la foi en apportant la lumière du Christ, capable de renouveler chaque cœur. Il s’adressera à une société multiculturelle, laïque et sécularisée, où le nombre de jeunes adultes catéchumènes ne cesse de croître. Il abordera des thèmes centraux tels que: la protection de la vie, la construction de la paix, les défis de l’intelligence artificielle, l’identité de l’Europe.

    Le Pape considère la France comme un pays appelé à mettre à profit sa tradition culturelle, humaniste et diplomatique pour redécouvrir et renforcer le regard porté sur la personne et sa relation avec le Créateur. Le défi consiste également à redynamiser les racines chrétiennes du Vieux Continent, qui affirment le caractère sacré de la vie et appellent à la construction de ponts et de voies de dialogue dans la perspective d’un multilatéralisme aujourd’hui fortement affaibli. Pour le Secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, le souhait est que «ce voyage donne lieu à un dynamisme renouvelé: un grand chantier ouvert de réflexion et d’action où croyants et non-croyants puissent cheminer et travailler ensemble».

    Éminence, la devise choisie pour le prochain voyage apostolique du Pape est: "Pour que le monde ait la vie". Quel message souhaite-t-on concrètement faire passer depuis la France?

    Quand on pense à la vie dont le monde a besoin, trois aspects viennent à l’esprit. Tout d’abord, l’aspect naturel. Sans aucun doute, le premier message que l’on souhaite exprimer est la valeur de la vie humaine, qui doit être accueillie, aimée et protégée, de la conception jusqu’à la mort naturelle. Le contexte actuel, dans de nombreux pays, tend à introduire et à justifier des pratiques, voire des lois, qui ne respectent pas cette valeur. Dans le contexte de la baisse de la natalité en Europe, ce voyage en France offre la possibilité de redécouvrir la vie comme un don à accueillir avec gratitude et responsabilité.

    Mais que serait une vie corporelle sans âme? J’en viens donc au deuxième sens, celui de la vie spirituelle. La France est aujourd’hui un pays qui se distingue par un grand nombre de catéchumènes jeunes adultes. Cela offre l’occasion de mettre en lumière la soif de vie spirituelle qui caractérise le monde d’aujourd’hui. Derrière la devise «pour que le monde ait la vie», on peut lire «pour que le monde croie». Car il n’y a pas de vie du corps sans vie de l’âme.

    Enfin, le merveilleux travail accompli pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame met en évidence le savoir-faire artisanal et intellectuel dont l’homme est capable aujourd’hui. Ainsi, dans un monde de plus en plus technologique et artificiel, la devise de ce voyage à Paris permet d’attirer l’attention sur la vitalité créatrice de la personne humaine. Que l’utilisation des nouvelles technologies, y compris l’intelligence artificielle, ne fasse jamais oublier à l’homme cet aspect de sa vie.

    Le Pape se rendra à l’UNESCO, un lieu dédié à la culture, à l’éducation et à la coopération entre les peuples. Quel poids la culture et l’éducation peuvent-elles avoir dans la construction de la paix, aux côtés de la politique? Et quel rôle l’Église peut-elle jouer dans ce processus?

    Dans "Magnifica humanitas", le Pape Léon XIV a souligné la nécessité de passer d’une «culture de la puissance» à une «culture de la négociation», dans laquelle «le dialogue et les relations diplomatiques deviennent une voie habituelle pour gérer les conflits» (n° 221). Il s’agit d’une évolution culturelle avant même d’être politique; elle implique en effet l’engagement d’éduquer, surtout les nouvelles générations, à considérer la confrontation non pas comme une faiblesse, mais comme une forme de responsabilité, et à reconnaître dans le dialogue un outil de construction du bien commun. La politique a bien sûr une responsabilité irremplaçable: elle doit mettre en place des institutions justes, garantir le droit et rechercher, par la voie de la diplomatie, des solutions aux conflits. Mais la politique, à elle seule, risque d’intervenir lorsque les fractures sont déjà profondes.

    La culture et l’éducation peuvent agir bien avant, en formant des personnes capables de reconnaître dans l’autre un frère en humanité et non un ennemi. Dans cette perspective, l’UNESCO représente un lieu particulièrement significatif: un lieu où la culture et l’éducation deviennent des outils concrets de coopération entre les peuples. Une école, une université, un musée, un lieu de culture peuvent devenir de véritables laboratoires de paix lorsqu’ils enseignent à connaître l’histoire de l’autre, à distinguer la vérité de la propagande, à se confronter sans crainte et à reconnaître ce qui, au-delà des différences, nous rend humains. Et c’est là que je vois également le rôle de l’Église, en réponse à sa vocation particulière: contribuer à former les consciences à la lumière de l’Évangile, jeter des ponts, éduquer à la rencontre et donner la parole à ceux qui risquent de ne pas en avoir. L’Église, de par sa nature, est appelée à être un espace où des personnes, des peuples et des cultures différentes apprennent à s’écouter, à se connaître et à se reconnaître dans la dignité commune d’enfants de Dieu.

    La relation entre la foi et la raison est l’un des grands thèmes de la tradition culturelle française. Dans une société marquée par la technologie et l’intelligence artificielle, quelle contribution la pensée chrétienne peut-elle apporter aujourd’hui à la question de savoir ce que signifie être véritablement humain?

    Il s’agit d’une contribution pour ainsi dire originelle du christianisme, poussée par le mystère de l’Incarnation à repenser et à redéfinir l’humain à la lumière de la Révélation. Le Concile Vatican II a représenté, au siècle dernier, un moment fondamental de cette mission au service de l’humanité et, ces derniers mois précisément, le Pape en aborde les principaux contenus dans ses catéchèses.  D’autre part, l’accueil favorable réservé à sa première lettre encyclique, "Magnifica humanitas", témoigne de la recherche croissante, dans le monde, d’une parole capable de guider les personnes et les sociétés face à l’accélération du développement technologique et des intelligences artificielles.

    Nous l’avions déjà constaté avec les encycliques Laudato si’ et Fratelli tutti du Pape François, à travers leur message sur l’écologie intégrale et la fraternité humaine. Face à des défis toujours plus grands, on observe un intérêt croissant pour ce que saint Paul VI définissait déjà comme la «civilisation de l’amour», indiquant et appelant à une orientation différente de la croissance, sous le signe du développement humain intégral. Aujourd’hui, face à la souffrance de tant d’êtres humains et aux dommages infligés à des écosystèmes entiers, il est particulièrement nécessaire d’intensifier la réflexion, le dialogue social et l’écoute de la conscience. Et c’est à cela que l’Église souhaite contribuer, en montrant comment la foi et la raison s’enrichissent mutuellement et sont au service de la vie.

    Comment l’Église peut-elle dialoguer aujourd’hui avec ceux qui ne croient pas?

    Il faut dire, à cet égard, que le dialogue s’établit toujours entre des personnes et qu’il est d’autant plus authentique que les interlocuteurs s’enferment le moins possible dans des catégories et des définitions. Il existe toujours, même entre des personnes de cultures et de sensibilités différentes, un terrain d’entente à reconnaître et sur lequel se rencontrer. Ceux qui appartiennent à l’Église catholique et la représentent à divers titres doivent rechercher ce qui unit et favorise la rencontre, pour ensuite cerner correctement et approfondir ce qui ne fait pas l’unanimité. Il s’agit d’un style dans lequel il faut mûrir, en tant qu’individus et en tant que communauté, qui n’est jamais acquis une fois pour toutes et qui est souvent soumis à des tensions pouvant blesser et éloigner.

    Plus précisément, le dialogue avec ceux qui ne croient pas est déjà encouragé dans le Nouveau Testament. Je voudrais souligner deux aspects qui en ressortent: le devoir des chrétiens de toujours répondre, avec douceur et respect, à ceux qui leur demandent raison de leur espérance (cf. 1 P 3, 15); la disposition à reconnaître que l’œuvre de Dieu est libre et nous précède, nous surprenant même là où nous n’étions pas encore arrivés. La foi est un don et personne ne peut mesurer celle d’autrui, ni peut-être même la sienne. Cependant, en France par exemple, nous sommes aujourd’hui confrontés à un regain d’intérêt pour ce don, à un regain d’intérêt pour la parole de l’Évangile, à des choix de vie de jeunes et d’adultes qui suggèrent qu’il y a un avenir pour la foi même là où l’incroyance semble prévaloir.

    Qu’attend le Saint-Siège de la France et de l’Europe pour promouvoir des actions diplomatiques dans cette phase si délicate de l’histoire de l’Europe et du monde? Paris peut-il redevenir le moteur d’une politique européenne fondée non seulement sur la sécurité, mais aussi sur la réconciliation, la solidarité et le multilatéralisme?

    La diplomatie du Saint-Siège ne se lasse pas de réaffirmer que la paix ne peut se réduire à un simple jeu d’équilibres de forces, ni à une stabilité précaire garantie exclusivement par la dissuasion et la course aux armements. Face aux profondes fractures qui déchirent aujourd’hui le continent européen et la scène mondiale, nous formulons le vœu que la France et l’Europe sachent redécouvrir cette audace et cette vision d’avenir qui animaient les pères fondateurs du projet européen. Paris, de par son histoire culturelle, sa tradition juridique illustre et sa profonde vocation humaniste, détient les ressources spirituelles et politiques nécessaires pour insuffler un nouvel élan à un multilatéralisme aujourd’hui fortement affaibli.

    Il ne s’agit évidemment pas de nier les exigences légitimes en matière de sécurité; il faut plutôt comprendre qu’une paix authentique et durable ne se construit jamais contre quelqu’un, mais toujours avec l’autre, à travers une architecture commune de réconciliation et un dialogue aussi exigeant que patient. Ancrée dans les sources de sa longue histoire chrétienne — qui fait d’elle la «fille aînée de l’Église» — et forte de son riche patrimoine humaniste, la France est aujourd’hui appelée à honorer cette noble mission, en continuant à faire rayonner dans le monde les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Le Saint-Siège est donc convaincu que la France saura se faire l’interprète de cet «effort créatif» nécessaire en faveur de l’harmonie, afin que l’Europe ne se replie pas sur ses peurs, mais s’affirme à nouveau comme un laboratoire fécond de solidarité, d’accueil et d’intégration authentique. La véritable grandeur d’une nation se mesure précisément à sa capacité constante à concilier le respect du droit international et la défense inlassable de la dignité humaine. En rejetant la logique de la fatalité et en s’engageant avec détermination dans ce que le Saint-Père appelle la «diplomatie de la rencontre», Paris peut apporter une contribution décisive pour que le Vieux Continent ne se transforme pas en une forteresse isolée, mais reste un phare d’espoir, de justice et de réconciliation pour l’ensemble de la communauté internationale.

    Ce voyage intervient après l’adoption en France de la loi sur le suicide assisté. La question de la vie en tant que bien inaliénable sera inévitablement au centre de l’attention. Quel message le Pape Léon XIV souhaite-t-il transmettre à ce sujet?

    Face au mystère de la douleur, de la maladie et de la fragilité qui unissent tous les êtres humains, la voix du Saint-Père ne résonnera pas comme un avertissement rigide et abstrait, mais comme un appel vibrant à cette responsabilité solidaire qui nous lie les uns aux autres, surtout lorsque l’existence devient plus faible et sans défense. Il est évident que le Saint-Siège observe ces changements législatifs avec une vive sollicitude et une profonde préoccupation. La position de l’Église à ce sujet est bien connue: elle se fait la défense constante de la vie sous toutes ses formes, à toutes ses étapes et dans toutes ses dimensions, depuis sa conception jusqu’à son terme naturel.

    Le pape Léon XIV rappellera que la véritable compassion face à la souffrance ne consiste pas à favoriser ou à anticiper l’interruption de la vie, mais à ne jamais abandonner personne dans la solitude de sa souffrance. Le devoir incontournable d’une société civile est celui de «prendre soin», en offrant des réponses concrètes de proximité, de soins et d’amour. En ce sens, l’appel du Souverain Pontife à la France sera une invitation chaleureuse à redécouvrir les racines les plus profondes de son humanisme à travers le renforcement effectif et généralisé des soins palliatifs et de l’accompagnement intégral de la personne.

    Choisir d’accompagner la souffrance, c’est investir dans une alliance sociale qui n’abandonne pas face à la fragilité, mais en assume la responsabilité. La dignité intrinsèque de l’être humain n’est pas liée à des critères d’efficacité ou de santé biologique. Par conséquent, la réponse de l’État et de la communauté à la douleur ne peut se traduire par l’introduction d’options qui risquent de se transformer, avec le temps, en une pression sociale voilée ou en un raccourci accentuant l’abandon de ceux qui sont seuls. La parole du Pape abordera cette question délicate avec la sensibilité du Pasteur et la clarté du Successeur de Pierre, s’adressant non seulement aux croyants, mais aussi à la conscience de toute personne de bonne volonté. Notre souhait le plus cher est que l’Europe, et la France en particulier, continuent à fonder leur pacte social sur le principe fondamental de la sauvegarde de la dignité humaine, où le soin et la protection de la vie marquée par l’épreuve restent toujours la véritable mesure du progrès d’une civilisation.

    Le Pape se rend à Lourdes, destination de nombreux pèlerinages et lieu où la souffrance et la fragilité humaines se transforment en prière et en espérance. Que nous dit Lourdes aujourd’hui?

    Lourdes, aujourd’hui comme hier, manifeste la tendresse de la Mère de Dieu pour l’humanité. À la Grotte de Massabielle, les fidèles catholiques, mais aussi de nombreuses autres personnes, viennent du monde entier pour confier leurs douleurs, leurs souffrances, leurs espoirs et leurs remerciements. En cela, Lourdes manifeste l’unité de l’humanité qui reconnaît en Marie une figure maternelle qui écoute et console. Quand un membre souffre, tout le corps souffre, et quand un membre est guéri, tout le corps se relève. À Lourdes, on fait donc l’expérience de la fraternité dans la vie: une vie aimée, une vie chérie, une vie parfois douloureuse, mais toujours une vie partagée, car c’est un don inestimable de Dieu qui fait de nous tous des frères et sœurs dans l’humanité.

    Le Pape se rendra également à Metz, ville étroitement liée à la figure de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe aux côtés de De Gasperi et d’Adenauer, qui voyaient dans la réconciliation entre les peuples la voie pour construire un nouveau continent. Quel message nous transmet cette vision chrétienne et originelle de l’Europe?

    À la lecture des textes de Schuman, ainsi que de ceux des autres pères fondateurs, il apparaît clairement que leur idée de l’Europe repose sur le concept de «fraternité chrétienne». Après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, qui ont représenté un paroxysme négatif de violence fratricide, menée dans une vision claire de la domination de l’homme sur l’homme, à la lumière d’une conception de l’homme qui, n’ayant plus Dieu comme point de référence, estimait ne plus avoir de limites dans l’exercice de son pouvoir. La fraternité chrétienne propose, au contraire, un profond respect pour son prochain, que chacun est appelé à aimer comme soi-même dans une filiation qui jaillit d’un Père commun. Les valeurs fondamentales de la personne, telles que la liberté, l’égalité, la dignité du travail, qui sont les valeurs européennes rappelées dans les Traités, trouvent précisément leur fondement dans cette idée de fraternité chrétienne.

    Je considère donc qu’il est important de garder à l’esprit qu’on ne peut poursuivre la prise de conscience et la mise en œuvre concrète de ces valeurs sans tenir compte du fait que l’Europe moderne, selon la pensée et les intentions de ses fondateurs, est issue du christianisme lui-même, qui est un peu comme la levure qui fait lever la pâte. C’est dans cette optique de fraternité que l’on comprend la logique du partage des ressources, énoncée par Schuman dans sa Déclaration, afin que l’acier et le charbon puissent devenir un instrument de collaboration et de développement, plutôt qu’un prétexte à de nouveaux conflits, et qu’une nouvelle guerre entre les anciens belligérants soit non seulement impensable, mais aussi matériellement impossible.

    Le Pape est intervenu à plusieurs reprises au cours de l’année écoulée contre le réarmement, contre la folie que représente l’augmentation considérable des ressources consacrées à l’armement. Quel rôle l’Europe peut-elle redécouvrir pour rester fidèle à l’esprit des pères fondateurs?

    La Déclaration Schuman de 1950 commence par ces mots: «La paix mondiale ne pourra être préservée que par des efforts créatifs, à la mesure des dangers qui la menacent.» Lorsque la paix est menacée, on peut se contenter de suivre le vieil adage «si vis pacem, para bellum», ou bien mettre en œuvre des «efforts créatifs», comme ce fut le cas avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. C’est cette intuition qui a mis fin au revanchisme entre Allemands et Français et a permis la longue période de paix dont nous bénéficions encore aujourd’hui.

    Aujourd’hui encore, des «efforts créatifs» sont possibles, notamment grâce à l’expérience du dialogue acquise au cours de ces dernières décennies au sein des institutions communautaires et des États membres. Ces «efforts» exigent toutefois que chacun reconnaisse clairement que l’on ne pourra relever les défis qui nous attendent que si l’idée mûrit que l’Europe n’est pas une superstructure, mais un véritable corps, au sein duquel la multiplicité des membres est harmonisée par une vision et une volonté communes en matière de politique étrangère. En ce sens, une Europe capable d’élaborer une vision diplomatique partagée peut mieux mettre à profit ses capacités de négociation et faire valoir sa «persuasion morale» même face à ceux qui estiment que la menace de la force est plus persuasive. L’effort créatif consiste peut-être justement en cela: faire comprendre qu’une parole convaincante et clairement prononcée à l’unisson est plus forte que n’importe quelle démonstration de force.

    Quel est votre souhait personnel pour ce voyage?

    Je souhaite que ce voyage apostolique ne se limite pas à un simple fait d’actualité, mais qu’il puisse marquer le début d’un processus créateur, d’un cheminement à long terme capable d’interpeller avant tout les nouvelles générations, appelées à hériter des défis complexes d’une époque en profonde mutation. À une époque où le regard tourné vers l’avenir est souvent obscurci par la crainte ou le désenchantement, la présence et la parole du Saint-Père se veulent une graine de confiance et une invitation à ne pas se résigner aux logiques de la fragmentation, de la polarisation et de l’individualisme.

    L’espérance est que cette visite contribue à réveiller les énergies les meilleures et les plus nobles de la société, en indiquant des voies où le développement technologique et les dynamiques économiques ne soient pas considérés comme des fins en soi, mais restent rigoureusement au service du développement intégral de l’homme. En regardant vers l’horizon des premières décennies, j’espère que la France saura mettre à profit l’extraordinaire richesse de son héritage spirituel, civil et culturel pour apporter des réponses visionnaires aux grandes questions éthiques et sociales de notre siècle.

    Nous souhaitons que ce voyage donne naissance à un dynamisme renouvelé: un grand chantier ouvert de réflexion et d’action où croyants et non-croyants puissent cheminer et œuvrer ensemble. Ce n’est qu’en posant dès aujourd’hui des fondations solides, fondées sur la justice et la responsabilité intergénérationnelle, que nous pourrons léguer à ceux qui viendront après nous un monde véritablement plus fraternel et une terre réconciliée.

  • 259 400 avortements en France en 2025 : une grossesse sur 3,5 a été interrompue

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    De gènéthique.org :

    259 400 avortements en France en 2025 : une grossesse sur 3,5 a été interrompue

    22 septembre 2026

    La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie son étude annuelle sur les interruptions volontaires de grossesse en France[1]. Comme les années précédentes, les avortements sont en hausse : en 2025, on en a recensé 259 400, soit 2,9% de plus que l’année précédente. En 2025, d’après les chiffres de l’Insee[2], 645 000 bébés sont nés en France. Ainsi, une grossesse sur 3,5 a été interrompue et on a recensé un avortement pour moins de 2,5 naissances.

    81% des avortements sont médicamenteux

    En 2025, une très forte part des avortements a été pratiquée par la méthode médicamenteuse : 81%. C’est leur augmentation hors établissement de santé qui « porte » la hausse globale des IVG en 2025. D’ailleurs la moitié des avortements ont été effectués hors établissement.

    Le nombre d’IVG instrumentales quant à lui « reste globalement stable ». En 2004, tous les avortements étaient pratiqués en établissement de santé, et plus de la moitié par la méthode instrumentale (57%).

    On peut en outre relever que 76% des IVG en téléconsultation sont réalisées sous anonymat. Les avortements effectués sous anonymat représentent 7,8% de l’ensemble des IVG en 2025.

    Toujours plus d’IVG pratiquées par des sages-femmes

    Par ailleurs, « en cabinet libéral, plus de la moitié des IVG sont réalisées par des sages-femmes », indique la Drees. En 2025, 1690 sages-femmes ont pratiqué 59 680 IVG en cabinet libéral, 970 médecins généralistes 22208 IVG et 910 gynécologues, médicaux ou obstétriciens, 26 490 IVG. En centre de santé ou centre de santé sexuelle, ce sont 5510 IVG qui ont été effectuées par des sages-femmes, 5450 par des généralistes et 1710 par des gynécologues, médicaux ou obstétriciens.

    En ville, une part importante de sages-femmes et de médecins pratiquent peu d’IVG[3] chaque année : 28 % des sages-femmes et 53 % des médecins. En revanche, 7% des sages-femmes et 5% des médecins en ont réalisé « 100 ou plus ».

    Un taux de recours lui aussi en hausse, pour tous les âges

    En 2025, après être resté longtemps stable, le taux de recours à l’IVG était à nouveau en hausse : il atteint 17,8 IVG pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Et il augmente pour tous les âges depuis 2022.

    L’indice conjoncturel d’avortement lui aussi est en hausse : le chiffre de 0,63 constaté en 2025 signifie que « si chaque recours correspondait à une femme différente[4], plus de 6 femmes sur 10 pratiqueraient une IVG au cours de leur vie féconde, avec les taux actuels par âge ».

    Et alors que les autorités s’inquiètent encore de l’accès à l’IVG, la Drees indique que 83% des avortements en France métropolitaine ont lieu dans le département de résidence des femmes concernées, 95 % dans leur région de résidence, avec des disparités territoriales. D’ailleurs, la direction précise que « le recours à l’IVG hors du département de résidence peut résulter d’un choix personnel (confidentialité, proximité des soins ou du lieu de travail) ».

    A quand une politique de prévention ?

    Année après année, le nombre d’avortements ne cesse d’augmenter sans inquiéter les pouvoirs publics. Au contraire. Bien loin de réfléchir à une politique de prévention, de réfléchir à mettre en place les garde-fous qui pourraient protéger les femmes qui avortent parfois sous la contrainte, qu’elle soit économique ou familiale (cf. IVG : une femme témoigne « ce n’était pas « mon choix », mais « ma peur »»), le gouvernement privilégie la fuite en avant. En effet, dans sa « feuille de route en matière de santé sexuelle » rendue publique il y a deux semaines, l’exécutif envisage de supprimer la clause de conscience spécifique à cette pratique et d’allonger, encore, les délais autorisés (cf. Clause de conscience, délais : le gouvernement prévoit de « réévaluer » le cadre légal en matière d’avortement). Avec quelles conséquences pour les femmes ? Et pour la société ?

    _______________

    [1] Drees, Études et Résultats, septembre 2026, n° 1384, 50 ans après la loi Veil, un quart des IVG sont réalisées en ville par des sages-femmes en 2025

    [2] Insee, Bilan démographique 2025 – Insee Première – 2087

    [3] C’est-à-dire moins de 10.

    [4] Certaines femmes recourent en effet plusieurs fois à l’avortement au cours de leur vie

  • « Mars attacks » n'est pas un mouvement politique ?

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    De Claude Callens :

    Mars attacks n'est pas un mouvement politique ?

    Soyons sérieux ! Les animateurs de ce mouvement ont beau crier haut et fort qu’ils sont apolitiques, il n’empêche qu’un mouvement qui prétend militer « au finish » pour « le retrait de toutes les réformes » du gouvernement, joue un rôle éminemment politique. À moins que le mot « politique » ait perdu tous ses sens !

    Il y a plus significatif encore. Il suffit de parcourir le site de ce mouvement et on découvrira qu’il se prononce comme il l’a fait publiquement le 6 septembre dernier place Albertine à Bruxelles, pour une « convergence des luttes » rassemblant tous les secteurs : « enseignement, santé, agriculture, eau, biodiversité », bref, tous les mécontents.

    Et d’où vient ce concept « convergence des luttes » ? Il apparaît déjà en mai 68, en France comme leitmotiv des mouvements gauchistes qui tentent d’unir écologistes, féministes, antiracistes, anticapitalistes. Il est enraciné dans la tradition marxiste, plus précisément, aujourd’hui, dans le « populisme de gauche » tel qu’il a été défini par Ernesto Laclau, penseur post-marxiste et sa femme, la carolorégienne Chantal Mouffe* qui lui a survécu et dont la pensée inspire Podemos en Espagne ou La France insoumise.

    Pas mal pour un mouvement apolitique !

     

    * Laclau (théoricien argentin) et Mouffe (philosophe belge) partent d'un constat de crise du marxisme orthodoxe. Ils rejettent l'idée du déterminisme économique (le réductionnisme de classe) selon laquelle la classe ouvrière serait, par essence, le seul sujet révolutionnaire destiné à renverser le capitalisme.
    Pour eux, les identités politiques ne sont pas figées par la position économique des individus, mais sont construites à travers le discours et la lutte politique.

  • Les slogans à la mode au crible de Platon

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    De Claude Callens :

    Les slogans à la mode au crible de Platon

    On entend de toutes parts un slogan : « faites payer les riches ! »
    Il faudrait peut-être relire Platon. Dans La République, (Livre VIII, 557b), on entend dans la bouche de Socrate, une critique pertinente de cette démocratie qui permet aux beaux parleurs de séduire le peuple en lui disant ce qu'il a envie d'entendre, au détriment de la vérité et de la justice et en fomentant un excès d'égalitarisme et de licence.

    Cette démocratie assimilée au désordre, par souci d'égalité extrême, précise-t-il, s'installe « lorsque les pauvres, ayant remporté la victoire sur les riches, [...] partagent également avec ceux qui restent le gouvernement et les charges publiques. » Dès lors, « la cité déborde de liberté et de franc-parler, [...] il y a licence de faire ce qu'on veut. [...] il est clair que partout où règne cette licence chacun organise sa vie de la façon qui lui plaît. » C'est l'anarchie, et l'anarchie finit toujours en dictature.

    On entend aussi : « Glatigny, dégage ! » ou encore « Vive Lenoci ! »
    Ici aussi, Platon nous éclaire. Pour lui, égalitarisme et excès de liberté détruisent toutes les structures d'autorité. Les distances naturelles et sociales disparaissent : il n'y a plus de respect pour les parents, les maîtres, les magistrats ou les sénateurs. Tout le monde veut décider à la place de tout le monde. (Id., 562a-563e). Puisque la liberté est considérée comme « le bien suprême », si ceux qui gouvernent la cité « ne se montrent pas tout à fait dociles » le peuple enivré de liberté « les châtie, les accusant d'être des criminels et des oligarques. Et ceux qui obéissent aux magistrats, [il] les bafoue et les traite d'hommes serviles et sans caractère. » En revanche, « il loue et honore [...] les gouvernants qui ont l'air de gouvernés et les gouvernés qui prennent l'air de gouvernants. [...] »

    Quel est le résultat ? Les citoyens deviennent tellement ombrageux « qu'à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s'indignent et se révoltent [...]. Et ils en viennent à la fin, [...] à ne plus s'inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n'avoir absolument aucun maître. » [...] La « licence générale [...] réduit la démocratie à l'esclavage ; car il est certain que tout excès provoque ordinairement une vive réaction. »

    Près de vingt-cinq siècles plus tard, Alexis de Tocqueville confirme ce qui menace la démocratie moderne : « il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l'égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l'égalité dans la servitude à l'inégalité dans la liberté. » (De la démocratie en Amérique, tome I, première partie, chapitre III)

  • Léon XIV met en garde contre le « drame de l'humanisme athée » : Dieu et l'homme ne sont pas rivaux.

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    D'InfoVaticana :

    Léon XIV met en garde contre le « drame de l'humanisme athée » : Dieu et l'homme ne sont pas rivaux.

    Léon XIV a mis en garde mercredi contre les « humanismes post-chrétiens » qui présentent Dieu et l'homme comme des rivaux et a rappelé que le progrès scientifique et technique ne peut être considéré comme authentiquement humain que lorsqu'il est guidé par la charité et mis au service de la dignité de la personne.

    Lors de l'audience générale du 23 septembre sur la place Saint-Pierre, le pape a poursuivi son cycle de catéchèses sur les documents du concile Vatican II, en s'attardant sur la devise « Gaudium et spes » et sur le sens de l'activité humaine dans l'univers. Léon XIV a expliqué que le christianisme n'oppose pas les réalisations humaines à la puissance de Dieu et a rappelé à l'assemblée que le travail quotidien peut devenir un chemin vers la sainteté.

    À la fin de la catéchèse, le Pape a rappelé la béatification du Vénérable Fulton Sheen, qui aura lieu ce jeudi à Saint-Louis ; il a encouragé les couples mariés à collaborer avec le Créateur « à la transmission de la vie » ; il a lancé un appel en faveur des immigrants et des réfugiés, en particulier des mineurs ; et il a rappelé la mémoire liturgique de saint Pio de Pietrelcina.

    LÉON XIV

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Place Saint-Pierre
    Mercredi 23 septembre 2026

    ________________

    Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II IV. La Constitution Pastorale Gaudium et spes 4. Le sens de l'activité humaine dans l'univers (GS, 33-39)

    Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

    En poursuivant notre parcours à travers la Constitution pastorale Gaudium et Spes du Concile œcuménique Vatican II, nous arrivons au troisième chapitre de la première partie, qui porte un titre captivant : « L’activité humaine dans l’univers ». La question fondamentale est la suivante : quelle est la valeur de l’activité humaine dans le monde et, par conséquent, du progrès technique, social et scientifique ? Rappelons que, moins de quatre ans après la clôture du Concile, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, l’homme allait poser le pied sur la Lune pour la première fois.

    Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’être humain est sujet du progrès. Grâce à sa liberté et à son intelligence, il enrichit ses connaissances, faisant ainsi progresser la société tout entière. Nous le constatons aisément en observant l’amélioration des conditions de vie au fil des générations. En effet, dit le Document, « il en résulte que l’homme se procure désormais par sa propre industrie de nombreux biens qu’il attendait autrefois avant tout de forces supérieures. » (n°33).

    C’est pourquoi certains penseurs ont présenté le progrès technico-scientifique comme un facteur qui affaiblit la relation avec Dieu, au point de la faire paraître superflue, voire comme un antagoniste de la foi chrétienne. Et cette interprétation a entraîné un changement de regard sur le monde de la part de l’homme contemporain, par rapport aux époques précédentes. Un tel préjugé s’affirme surtout dans cette partie de la culture occidentale qui a perdu son ancrage dans la Révélation chrétienne. Dans les humanismes post-chrétiens, l’être humain et Dieu sont présentés à tort comme des rivaux : pour affirmer ses connaissances, sa liberté et son progrès, l’homme devrait s’émanciper de Dieu. Mais en fin de compte, en niant la relation avec Dieu, on perd aussi la possibilité d’affirmer la valeur transcendante de la personne humaine. C’est le « drame de l’humanisme athée », bien décrit par un éminent théologien du Concile Vatican II, Henri de Lubac. [1]

    Le Concile souhaite apporter une réponse claire : « Pour les croyants – affirme Gaudium et Spes –, une chose est certaine : considérée en elle-même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu. » (n°34). Mieux encore, poursuit la Constitution, « loin d’opposer les conquêtes du génie et du courage de l’homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable. » ( ibid.). En substance, Dieu a remis entre les mains de l’homme et de la femme une création encore in statu viae, c’est-à-dire en chemin, en pleine croissance, afin qu’ils la mènent à son accomplissement par leur activité avisée. [2]

    On trouve ici une référence importante au mystère de l’Incarnation. L’humanité – et avec elle le travail, le progrès et l’autonomie des réalités créées – n’est ni absorbée ni annulée par la rencontre avec Dieu, mais assumée dans son intégralité, continuant d’être, en Christ, libre et active : en effet, c’est en Lui qu’elle trouve pleine vérité et liberté. De plus, lors de la célébration eucharistique, le fruit du travail humain, représenté par le pain et le vin, est déposé chaque jour sur l’autel, pour être transformé en Corps et en Sang du Christ.

    De cette perspective découle une vérité importante : pour rencontrer Dieu, l’être humain ne doit pas abandonner ses occupations terrestres, mais il peut vivre pleinement sa vocation en accomplissant bien son travail quotidien et en le sanctifiant. [3] Les chrétiens sont engagés, comme tout le monde, dans l’édification de la cité des hommes, en visant la fin de toutes choses et la rencontre avec Dieu, et en rappelant cette fin ultime à ceux avec qui ils partagent l’aventure du progrès, de la science et de la vie.

    Certes, il faut bien distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ ; toutefois, le Concile affirme que « ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine. […] Tous ces fruits de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés » (n° 39).

    Enfin, rappelons que pour devenir un véritable progrès humain – c’est-à-dire celui de tout l’homme et de tous les hommes –, le progrès technique et scientifique doit être animé et orienté par la charité. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra toujours être mis au service de la dignité de l’homme et favoriser l’amélioration des conditions de vie de tous, en particulier des plus défavorisés.

    Chers frères et sœurs, le Concile Vatican II nous invite à partager le pain du savoir et du savoir-faire, afin que chaque homme et chaque peuple puisse développer son potentiel et qu’ensemble, nous puissions construire, avec l’aide de Dieu, un avenir meilleur.