Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

BELGICATHO

  • « Providentiel » : L’évêque Hansen à propos du nouveau sanctuaire d’Oslo dédié aux chrétiens persécutés

    IMPRIMER

    De Luke Coppen sur le Pillar :

    « Providentiel » : L’évêque Hansen à propos du nouveau sanctuaire d’Oslo dédié aux chrétiens persécutés

    Hansen a reçu une proposition pour établir le sanctuaire en 2025, quelques mois après avoir été consacré évêque d'Oslo, à la suite d'une carrière diplomatique au Vatican.

    L'évêque Fredrik Hansen bénit l'icône de Marie, Mère des chrétiens persécutés, à l'église Saint-Jean d'Oslo, en Norvège, le 20 juin 2026. Crédit : Marta Wade/Diocèse d'Oslo.

    À première vue, ces deux événements, distants de milliers de kilomètres, pourraient sembler sans lien. Le père Youhanna Al-Amin a été assassiné le 19 juin, apparemment en représailles à sa dénonciation du vol de médicaments destinés à la population locale. Hansen a inauguré le sanctuaire dédié à Marie, Mère des chrétiens persécutés, le 20 juin à l'église Saint-Jean, dans le quartier de Bredtvet à Oslo.

    Pourtant, au sein de la communion de l'Église, tout est lié. Le but de ce nouveau sanctuaire est d'offrir aux catholiques un lieu où prier ensemble pour les prêtres et les laïcs confrontés à des dangers semblables à ceux qu'a connus le père Youhanna.

    Hansen a reçu une proposition pour la création du sanctuaire en août 2025, sept mois après sa consécration comme évêque d'Oslo, à la suite d'une carrière diplomatique au Vatican. L'idée venait du père Benedict Kiely, prêtre anglais de l'Ordinariat personnel Notre-Dame de Walsingham, qui dirige Nasarean.org , une organisation caritative soutenant les chrétiens persécutés.

    Dans le cadre de sa mission, Kiely invite les évêques du monde entier à installer des sanctuaires abritant une icône de Marie, Mère des chrétiens persécutés. Cette icône d' Éléuse porte une inscription en araméen, la langue parlée par Jésus, dans son coin supérieur gauche : « Marie, Mère des chrétiens persécutés ». Parmi les lieux où se trouvent ces sanctuaires, citons New York, Londres et Stockholm , ainsi qu'Astana au Kazakhstan et Qaraqosh en Irak.

    Ces sanctuaires attirent l'attention sur les quelque 338 millions de chrétiens persécutés dans le monde et encouragent la prière à leur sujet .

    La Norvège peut sembler un lieu surprenant pour un sanctuaire catholique dédié aux chrétiens persécutés. Pourtant, la communauté catholique norvégienne, en pleine expansion, rassemble des personnes originaires de plus de 180 pays , dont certaines ont vécu personnellement la persécution dans leur pays d'origine.

    Dans une interview par courriel à la veille de l'inauguration, l'évêque Hansen a évoqué sa propre prise de conscience de l'ampleur de la persécution antichrétienne, les raisons qui l'ont poussé à créer ce nouveau sanctuaire et ses espoirs pour son avenir.


    Pour une expérience optimale, ouvrez la carte dans une nouvelle fenêtre .


    Quand avez-vous pris conscience pour la première fois de l'ampleur de la persécution des chrétiens dans le monde ?

    Il y a dix ans, j'étais en poste comme diplomate pontifical à Vienne, en Autriche, au sein de la mission du Saint-Siège auprès de plusieurs organisations internationales. Dans l'une de ces organisations, le volet relatif aux droits de l'homme comprenait le travail sur l'intolérance et la discrimination à l'encontre des chrétiens dans l'hémisphère nord.

    Aux Nations Unies et ailleurs, les atrocités horribles commises par Daech, y compris contre des chrétiens, étaient de plus en plus mises en lumière. Il était facile de conclure que la colère et la haine dirigées contre les disciples de Jésus-Christ étaient une réalité mondiale.

    Pourquoi avez-vous accepté l'invitation à fonder un sanctuaire dédié à Marie, Mère des chrétiens persécutés, dans le diocèse d'Oslo ,

    Je crois qu'il est nécessaire de porter une attention beaucoup plus grande à la situation difficile des chrétiens persécutés et à notre obligation commune de prier pour eux et de les soutenir.

    Je considère comme providentiel que, juste au moment où je commençais mon ministère épiscopal et que je me penchais sur les priorités de notre diocèse, l'offre de l'icône et l'idée d'un sanctuaire m'aient été présentées.

    Icône de Marie, Mère des chrétiens persécutés, à l'église Saint-Jean d'Oslo, en Norvège. Crédit : Marta Wade/Diocèse d'Oslo.

    Pourquoi avoir choisi l' église Saint-Jean de Bredtvet, à Oslo, comme emplacement du nouveau sanctuaire ?

    Pour deux raisons : premièrement, il s’agit de la plus grande église catholique de la ville d’Oslo et elle assurera donc l’importance du sanctuaire.

    Deuxièmement, un nombre important de fidèles de la paroisse sont originaires de pays où le souvenir de l'intolérance ou de la persécution est fort, comme la Pologne, la Lituanie et le Vietnam, ou de pays où les chrétiens subissent aujourd'hui des violences et des persécutions, notamment le Nigéria, le Myanmar et l'Inde.

    Pourquoi pensez-vous que, outre le soutien matériel et le plaidoyer, la prière pour les chrétiens persécutés est importante ?

    Notre Seigneur a dit : « Demandez, et l’on vous donnera » ( Matthieu 7,7 ). Présenter à Dieu nos frères et sœurs souffrants et implorer son aide est donc une expression de notre foi et un acte concret de solidarité. Cela nous rappelle aussi la nécessité d’en faire davantage, notamment par un soutien matériel et un plaidoyer public.

    L’évêque Hansen inaugure le sanctuaire de Marie, Mère des chrétiens persécutés, à l’église Saint-Jean. Crédit : Marta Wade/Diocèse d’Oslo.

    Avez-vous déjà rencontré des chrétiens persécutés ? Si oui, qu’est-ce qui vous a marqué chez eux ?

    Lors de mes visites dans nos paroisses, j'ai rencontré de nombreuses personnes touchées par la persécution, que ce soit personnellement, par l'intermédiaire de leurs familles ou de leurs communautés. Mes prêtres font part d'expériences similaires.

    Ce qui me frappe, c'est la joie et l'espoir qu'ils semblent tous partager. Malgré l'horreur qu'ils ont vue ou qui les a touchés de si près, ces deux caractéristiques chrétiennes si fondamentales – la joie et l'espérance – sont prédominantes. Quel témoignage ils nous donnent !

    Quel rôle espérez-vous que le sanctuaire jouera au sein du diocèse d'Oslo ?

    J'espère que ce sanctuaire renforcera l'action collective de notre Église locale en faveur des chrétiens qui souffrent pour leur foi.

    À l'occasion de son inauguration ce week-end, nous avons organisé des conférences et des présentations, ainsi que des réunions de planification – notamment avec nos partenaires – afin de définir les actions futures. Tout cela sera soutenu par les prières au sanctuaire – pour les années à venir.

  • Voilà pourquoi le départ des Jésuites est une perte pour Liège

    IMPRIMER

    De sur Boulettes Magazine :

    Pourquoi le départ des Jésuites est une perte pour Liège

    Après plus de 450 ans de présence ininterrompue dans la Cité ardente, les Jésuites quittent Liège cette année. Plus que le départ d’une communauté religieuse, c’est une page majeure de l’histoire éducative, intellectuelle et sociale liégeoise qui se tourne. Leur absence prive en effet la ville d’un héritage vivant, qui a contribué à former des générations d’élèves, d’enseignants, d’ingénieurs et de citoyens.

    C’est que les Jésuites étaient présents à Liège depuis 1569. Mille cinq cent soixante-neuf, vous imaginez ? Quelques décennies seulement après la fondation de la Compagnie de Jésus par Ignace de Loyola, ils s’implantent en principauté, où ils développent rapidement une œuvre éducative d’envergure. Dès 1582, ils fondent le Collège en Isle, qui accueillera jusqu’à un millier d’élèves. Plus tard viendront le Collège des Anglais, le Collège Saint-Servais et le Collège Saint-Louis. L’Institut Gramme ? Encore eux, au début du XXe siècle.

    Peu d’institutions peuvent revendiquer une telle continuité dans l’histoire liégeoise. Pendant près de cinq siècles, les Jésuites ont accompagné les transformations de la ville. Traversé les bouleversements politiques, les révolutions industrielles et les mutations sociales. Et ce, sans jamais abandonner leur mission première : transmettre le savoir et former la personne humaine dans toutes ses dimensions.

    Disclaimer : l’auteure de ces lignes a été en première ligne pour en juger, ayant fait toutes ses humanités à Saint-Servais. Aujourd’hui encore, un lien bien plus fort qu’un CESS perdu depuis belle lurette unit ses alumni. « La mafia Saint-Servais » se rient certains, tant on se retrouve, rencarde et renseigne entre nous.

    Une conception exigeante de l’éducation

    Plus qu’en raison du prestige aujourd’hui terni d’une école dite d’élite, c’est parce que la contribution des Jésuites ne se mesure pas seulement au nombre d’écoles qu’ils ont fondées à Liège. Elle réside aussi dans une vision particulière de l’éducation.

    Depuis le XVIe siècle, la pédagogie ignatienne repose sur une conviction forte.

    L’école ne doit pas seulement transmettre des connaissances, mais aider chacun à développer son intelligence, son sens critique, sa liberté intérieure et son sens des responsabilités.

    Une approche qui a inspiré des générations d’enseignants (et d’élèves) à Liège.

    Lire aussi : Philippe Boxho (ex-Saint-Servais aussi, et oui) nous a partagé ses restos préférés à Liège

    La tradition éducative jésuite valorise l’excellence académique sans la dissocier de l’excellence humaine. Elle encourage la rigueur intellectuelle, certes. Mais aussi le respect de l’autre, l’écoute, la capacité de dialogue et le discernement.

    Dans une société souvent marquée par la polarisation et l’immédiateté, autant dire que cette culture de la réflexion et du respect apparaît plus précieuse que jamais.

    Pour et avec les autres

    L’une des formules les plus connues de la tradition jésuite ? La volonté de former des « femmes et des hommes pour les autres et avec les autres ». Une expression qui dénote d’une philosophie profondément humaniste.

    Les Jésuites ont en effet toujours considéré que l’éducation devait préparer les jeunes à contribuer au bien commun.

    La réussite individuelle n’a de sens que si elle s’accompagne d’un souci des plus fragiles et d’une attention à la société dans laquelle chacun évolue.

    Une vision qui a marqué durablement la culture de nombreuses institutions liégeoises. Et a encouragé l’engagement social, le sens du service et la responsabilité citoyenne. Bien sûr, le départ des Jésuites ne signifie pas la disparition de ces valeurs essentielles. Mais il prive la ville de ceux qui en furent pendant des siècles les porteurs directs et les témoins quotidiens. Et franchement ? Quel gâchis.

    On ne citera pas de noms, on sait que certains POs ont le bras long. Mais ceux qui ont refusé de trouver un compromis pour garder les Jésuites restants ? Vous savez qui vous êtes. Et dans les mots d’une autre icône de la religion, la nonne Unella : honte, honte honte !

    Liège sans Jésuites ? Un sacré vide

    La capacité à créer des ponts entre la foi, la culture, la science et la société a constitué l’une des richesses de leur présence. Dans une époque où les institutions peinent parfois à dialoguer entre elles, les Jésuites représentaient une tradition de médiation intellectuelle et humaine dont Liège bénéficiait encore.

    Bien sûr, les écoles fondées par les Jésuites vont continuer d’exister. Les œuvres qu’ils ont inspirées poursuivront leur mission.

    Mais une institution n’est jamais plus tout à fait la même lorsqu’elle perd ceux qui lui ont donné naissance – et qui ont incarné son esprit pendant des siècles.

    Oui, décidément, ce départ est une perte. Parce qu’il met fin à une présence qui reliait la ville à une histoire exceptionnelle de transmission, de culture et d’engagement. Il rappelle aussi qu’un patrimoine ne se résume pas à des bâtiments ou à des archives. Il vit à travers des femmes et des hommes qui portent une vision du monde.

    Pendant plus de 450 ans, les Jésuites ont contribué à faire de Liège un lieu d’éducation, de réflexion et de service.

    Leur héritage demeure. Mais leur absence laisse incontestablement un vide dans le paysage humain et intellectuel de la Cité. Et pas seulement parce que désormais, plus personne ne va patrouiller le Carré crucifix au cou sur le temps de midi pour récupérer les brebis égarées.

    Au-delà de la religion, une question de patrimoine et de diversité

    On vous entend, noter que gnignignagnagna, Saint-Servais, grenouille de bénitier, tout ça. Ce n’est pas déraisonnable, mais ce n’est pas non plus toute la vérité. Déjà, parce qu’en ce qui concerne l’auteure de ces lignes (toujours elle !), une de ses dernières messes date probablement de sa fin de rhéto. Comment faire mieux qu’une reprise bof réussie de One of Us en pleine église Saint-Christophe ?!

    Mais plus sérieusement, regretter le départ des Jésuites ne relève pas nécessairement d’une adhésion religieuse ni même d’une pratique de la foi. La question dépasse largement le cadre confessionnel.

    Elle touche au patrimoine vivant de Liège et à la diversité des institutions qui composent son identité.

    Une ville s’enrichit de la coexistence d’acteurs porteurs d’histoires, de traditions et de visions différentes du monde. Et les Jésuites, bien que toujours moins nombreux au gré des années, faisaient partie de cette pluralité. Leur présence apportait une sensibilité éducative, culturelle et humaniste particulière, forgée au fil des siècles.

    Dans une époque clivée, la disparition d’une telle singularité constitue une perte collective. Que l’on ait ou non la foi, difficile de nier la valeur d’un héritage qui a contribué à la richesse intellectuelle et sociale de la cité. Préserver la diversité d’une ville, c’est aussi préserver les traditions qui l’ont façonnée. Amen.

    Lire aussi : 

    Journaliste pour Le Vif Weekend & Knack Weekend, Kathleen a aussi posé sa plume dans VICE, Le Vif ou encore Wilfried, avec une préférence pour les sujets de société et politique. Mariée avec Clément, co-rédacteur en chef de Boulettes Magazine, elle a fondé avec lui le semestriel SIROP, décliné à Liège et Bruxelles en attendant le reste du pays.

  • La conversion de JD Vance

    IMPRIMER

    De Maximilien Lutz sur le Tagespost :

    La conversion de JD Vance

    Dans « Communion », le vice-président américain relate sa conversion au catholicisme. Ce livre est aussi un manifeste politique. Que révèle-t-il sur Vance, sa vision du monde et ses ambitions politiques ? Et quel lien peut-on établir entre un verre à vin brisé et le destin ?

    22 juin 2026

    Août 2018 : JD Vance se sentait de plus en plus attiré par la foi catholique, mais les doutes des années précédentes ne l’avaient pas encore totalement dissipé. Les graves affaires d’abus sexuels qui avaient secoué l’Église américaine cette année-là l’avaient particulièrement marqué. Puis, lors d’un voyage en Europe avec sa femme Usha et leur jeune fils, il vécut une sorte de révélation spirituelle : dans une cathédrale vide en Bourgogne, il fut saisi par un profond sentiment d’appartenance et d’espoir : « Cette église, dans un pays étranger, où ma famille et moi étions les seuls visiteurs, me semblait m’appartenir. Je lui devais quelque chose, tout comme elle me devait quelque chose. » Peu importaient les gros titres négatifs et le déclin du christianisme dans de nombreux endroits : « Si le Titanic coule, je préfère être à bord que de monter dans un canot de sauvetage. » Suite à cette expérience, il décida de se faire baptiser pour la première fois.

    JD Vance : Communion. Retrouver le chemin de la foi.

    Vance relate cet épisode dans son nouveau livre, « Communion : Retrouver la foi ». Cet ouvrage très attendu du vice-président américain, actuellement disponible uniquement en anglais, fait d'une pierre deux coups : autobiographie à thématique religieuse, il raconte la conversion du numéro deux des États-Unis. Parallèlement, « Communion » est aussi un manifeste politique. Ce livre apporte de nouvelles pièces au puzzle de cet homme politique qui pourrait bientôt viser des fonctions plus importantes. Car Vance est considéré comme un successeur potentiel de Donald Trump.

    La conversion politique et la conversion religieuse sont inextricablement liées.

    Le livre de Vance arrive à point nommé à plusieurs égards : depuis un an, un Américain, Léon XIV, occupe le trône pontifical et jouit d’une popularité bien supérieure dans son pays que son prédécesseur, François. Par ailleurs, l’intérêt pour la foi catholique s’accroît aux États-Unis : les jeunes adultes, notamment, se font baptiser – même si cette tendance n’a pas encore enrayé le déclin général du nombre de fidèles. En outre, les critiques à l’égard de l’administration Trump se sont récemment intensifiées au sein des milieux chrétiens conservateurs américains. Le livre de Vance s’inscrit donc dans cet intérêt grandissant pour le catholicisme, mais peut aussi être interprété comme un message adressé à l’électorat traditionnel, qui n’est plus entièrement satisfait : « Voyez, nous pensons toujours de la même manière. »

    Lorsque JD Vance a accédé à la notoriété publique, il ne partageait pas encore les idées du camp MAGA alors naissant. Dans son autobiographie à succès de 2016, « Hillbilly Elegy », une étude concise de la classe ouvrière marginalisée de la Rust Belt américaine, Vance se présentait comme un critique conservateur de Trump. Depuis, Vance, aujourd'hui âgé de 41 ans, a opéré une conversion politique. Depuis son élection victorieuse au Sénat dans l'Ohio en 2022, il est considéré comme une figure importante du camp Trump. Ce changement politique a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années. Ses détracteurs l'accusent d'opportunisme. Le vice-président américain aborde ouvertement ce sujet dans « Communion » : pour ses critiques, cette conversion politique n'était qu'une « manœuvre cynique » pour accéder au pouvoir. « Je doute de jamais pouvoir les faire changer d'avis. »

    Lire la suite

  • Israël combat pour sa survie, mais le monde presqu'entier leur est hostile. Une enquête dans 36 pays

    IMPRIMER

    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Israël combat pour sa survie, mais le monde presqu'entier leur est hostile. Une enquête dans 36 pays

    Il y avait, un grand absent la semaine dernière, à l’occasion de la signature de l’accord préliminaire entre l’Iran et les États-Unis : Israël. Ce dernier n’a pas pour autant déposé les armes contre l’Iran ni contre son “proxy” libanais, le Hezbollah, mais dans le même temps, il semble avoir perdu la bataille de l’image dans le monde.

    Depuis l’an dernier, et sur tous les continents, les opinions sur Israël sont en berne. C’est ce que confirme le Pew Research Center de Washington, qui a réalisé entre février et mai une enquête parallèle dans 36 pays d’Europe, d’Asie, d’Afrique, des Amériques et d’Australie, et qui a comparé les chiffres avec une enquête similaire réalisée en 2025.

    Sur 36 pays, seuls 4 d’entre eux ont un nombre d’opinions positives supérieur aux opinions négatives sur Israël : l’Inde, le Kenya, le Nigéria et le Ghana. Mais là encore, les chiffres témoignent d’une forte inversion de tendance. Au Nigéria, par exemple, en 2025, 59% des personnes interrogées avaient une opinion positive, contre 32% d’opinions négatives. Mais aujourd’hui, les opinions positives sont tombées à 47% et les négatives ont grimpé à 41%.

    Comme on pouvait s’y attendre, les opinions négatives sont écrasantes dans les pays à population musulmane. C’est d’ailleurs la Turquie qui remporte la palme, avec 97% d’opinions négatives (presque toutes “très négatives”) et à peine 1% de positives.

    En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, l’écart est immense : 85% contre 4%. Et il l’est encore tout autant, sinon davantage, au Pakistan, 95% contre 3%, en Malaisie, 89% contre 11%, en Indonésie, 86% contre 13% ou encore au Bangladesh, 79% contre 13%.

    En Europe également, Israël recueille des opinions principalement négatives. En Espagne, en Suède, aux Pays-Bas et en Italie, les opinions défavorables dépassent les 75% des personnes interrogées, contre seulement 17% à 21% d'opinions favorables. Suivent, de peu, l'Allemagne, la Pologne, le Royaume-Uni, la France et la Grèce, qui affichent tous des jugements négatifs compris entre 65% et 73%. Le seul pays européen qui semble un peu plus bienveillant à l'égard d'Israël est la Hongrie, mais même là, les avis défavorables atteignent 54%, contre 32% d'avis favorables.

    Le Japon, avec 83% d’opinions négatives contre 13%, l'Australie, 79% contre 19%, Singapour, 72% contre 28%, la Corée du Sud, 70% contre 27%, et les Philippines, 64% contre 32%, égalent l'Europe en matière d'écart entre jugements positifs et négatifs.

    De son côté, l'Amérique latine se situe un cran en dessous, avec des opinions défavorables comprises entre 50% et 60% et des opinions favorables entre 22% et 33% au Chili, au Mexique, en Colombie, en Argentine, au Brésil et au Pérou.

    Il en va de même en Afrique du Sud, où les opinions négatives atteignent 58% contre 27% d'avis positifs, ainsi qu'au Canada, avec 65% contre 28%.

    Et aux États-Unis ? Ici, les opinions défavorables s'élèvent à 60% et les favorables à 37% (avec 3% d'abstention). Toutefois, on observe un écart très marqué entre les personnes se déclarant de droite et celles de gauche. Parmi ces dernières, 83% jugent Israël négativement, tandis que parmi les personnes de droite, les avis défavorables ne sont que de 37%.

    Un écart analogue entre la droite et la gauche apparaît également dans de nombreux autres pays. En Australie, en Suède et en Espagne, entre 94% et 96% des personnes se déclarant de gauche jugent Israël défavorablement. Aux Pays-Bas et en Grèce, ce chiffre est de 90%, en Italie de 88%, en France de 86% et en Allemagne de 85%.

    En tout cas, dans tous les pays — 24 sur 36 — où la comparaison avec 2025 a été possible, les opinions négatives sur Israël ont nettement augmenté.

    En Italie, par exemple, il y a un an, les opinions négatives étaient de 66% contre 29% d'opinions positives, alors qu'aujourd'hui, les opinions négatives ont grimpé à 75% et les positives ont chuté à 21%. Avec une précision : si l'on isole les opinions "très négatives" et les "très positives", les premières ont bondi de 37% à 48%, tandis que les secondes, déjà très faibles, se sont effondrées de 7% à 3%.

    Si l'on se concentre ensuite, comme l'a fait le Pew Research Center, sur les opinions exprimées non pas sur Israël mais sur son Premier ministre Benjamin Netanyahu, plus de la moitié des personnes interrogées expriment une opinion totalement négative sur la qualité de sa politique internationale. C'est ce qui ressort en Australie, au Bangladesh, au Canada, en France, en Allemagne, en Grèce, en Indonésie, en Italie, en Malaisie, aux Pays-Bas, au Pakistan, au Royaume-Uni, en Espagne, en Suède, en Turquie, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Ici aussi, avec une présence plus marquée d'opinions négatives chez les plus jeunes et chez ceux qui se déclarent de gauche. Et avec une augmentation des opinions négatives entre 2025 et cette année dans 13 des 24 pays où la comparaison est possible, dont l'Italie, l'Allemagne et les États-Unis.

    Il n’y a que deux pays dans lesquels un peu plus de la moitié des personnes interrogées ont exprimé leur confiance à Netanyahu : le Kenya et les Philippines.

    Dans une autre enquête publiée fin mai et limitée aux États-Unis, le Pew Research Center a en outre cherché à vérifier dans quelle mesure les fidèles de diverses confessions qui participent régulièrement aux offices religieux ont récemment entendu de la part de leurs pasteurs des commentaires sur des questions politiques et sociales d'actualité.

    Parmi les questions faisant l’objet du sondage, on retrouvait notamment Israël et la guerre menée par les États-Unis contre l'Iran. Entre un quart et un tiers des personnes interrogées ont répondu par l'affirmative, indiquant avoir entendu des commentaires sur ces sujets.

    Les protestants évangélisques ont déclaré que leurs pasteurs, quand ils parlaient d’Israël, ont presque toujours eu des discours de soutien, avec très peu d’interventions contraires.

    Et chez les catholiques, on a entendu plus d’interventions de soutien à Israël ou de neutralité que de condamnations.

    En revanche, concernant la guerre des États-Unis contre l'Iran, ceux qui en ont entendu parler en chaire ont déclaré avoir entendu principalement des commentaires critiques.

    Par exemple, sur les 30% de catholiques qui ont entendu aborder le sujet, à peine un sur dix déclare avoir entendu des opinions favorables à cette guerre. Les autres interventions étaient pour la plupart opposées ou neutres.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Un missionnaire flamand en route vers la béatification

    IMPRIMER

    De hbvl.be/news ;

    Le missionnaire flamand Júlio Maria de Lombaerde en route vers la béatification

    Waregem –Le missionnaire flamand Júlio Maria de Lombaerde (1878-1944) est en voie de béatification. Le Dicastère pour les causes des saints, organe de la Curie romaine, a publié un décret du pape Léon XIV reconnaissant les « vertus héroïques du Serviteur de Dieu Júlio Maria de Lombaerde » et le déclarant Vénérable.

    (IA) Le Père Júlio Maria de Lombaerde (né Jules Emiel de Lombaerde) était un célèbre missionnaire catholique belge naturalisé brésilien, né le 7 janvier 1878 à Beveren-Leie (Belgique) et mort le 24 décembre 1944 à Alto Jequitibá (Brésil). Reconnu pour son immense ferveur apostolique, son action sociale et ses talents d'écrivain, il a été officiellement déclaré Vénérable par le Vatican en juin 2026.

    Son parcours et sa vocation
    • Origines belges : Issu d'une famille d'agriculteurs pieux, il étudie à Torhout avant de ressentir l'appel des missions chrétiennes.
    • Départ pour le Brésil : Après un premier passage comme missionnaire en Afrique, il est envoyé au Brésil en 1912. C’est par dévotion envers la Vierge qu'il adopte le nom de Júlio Maria.
    • L'action dans le Nord : Il passe 16 ans dans le Nord et le Nord-Est du pays (notamment en Amazonie et à Macapá). Il y travaille comme pasteur, enseignant, médecin et pharmacien pour les populations démunies.
    • L'œuvre à Minas Gerais : En 1928, il s'installe à Manhumirim. Il y transforme la région en construisant des hôpitaux, des écoles, des asiles et des infrastructures sanitaires.
    • Mort tragique : Il meurt la veille de Noël 1944 dans un accident de voiture alors qu'il se déplaçait pour célébrer la messe de minuit.
    Fondations religieuses et impact littéraire
    Le Père Júlio Maria a marqué l'histoire de l'Église brésilienne par ses nombreuses initiatives :
    • Trois congrégations : Il a fondé les Filles du Cœur Immaculé de Marie (Cordimarianas), les Missionnaires de Notre-Dame du Très Saint Sacrement (Sacramentinos) et les Sœurs Sacramentines.
    • Journalisme et livres : Écrivain prolifique et fervent défenseur de la doctrine catholique, il a rédigé plus de 80 ouvrages. Il a également fondé le journal à grand tirage O Lutador, toujours existant.
    En route vers la sainteté
    Son procès en béatification a débuté au niveau diocésain en 2015. En juin 2026, le Dicastère pour les Causes des Saints a publié le décret papal reconnaissant ses virtues héroïques, lui octroyant le titre de Vénérable, première étape majeure avant de devenir bienheureux.
  • "Jamais un médecin ne devrait se permettre de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée !" (Léon XIV)

    IMPRIMER

    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV 
    AUX MEMBRES DE LA FONDATION JÉRÔME LEJEUNE

    Salle du Consistoire
    Lundi 22 juin 2026

     

    Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
    La paix soit avec vous !

    Chers membres de la Fondation,
    chers parents du Vénérable Professeur Jérôme Lejeune,
    chers amis,

    c’est une joie de marquer le centenaire de la naissance de Jérôme Lejeune avec vous, membres de la Fondation qui porte son nom et qui poursuit son œuvre.

    Touché par la détresse des enfants porteurs d’handicap, le Professeur Lejeune leur a consacré sa vie de chercheur scientifique. Sa plus fameuse découverte, celle de l’anomalie chromosomique responsable de la trisomie 21, fit de lui le précurseur de la génétique moderne, reconnu dans le monde entier ; la longue liste de ses titres honorifiques en témoigne. Mais il fut aussi un médecin par vocation et n’eut de cesse de travailler pour trouver un traitement, afin de soulager la détresse de ses patients qu’il appelait « les pauvres parmi les pauvres ». Il défendit ardemment la vie et la dignité des plus fragiles, fût-ce au prix de sa carrière : « La médecine – aimait-il affirmer – c’est la haine de la maladie et l’amour du malade ».

    Conscient de l’excellence académique du Professeur Lejeune et de son inlassable dévouement pour l’Église, le Pape saint Paul VI le nomma membre de l’Académie Pontificale des Sciences. Par la suite, comme vous le savez, sa profonde amitié nouée avec saint Jean-Paul II et leur vision commune en faveur de la défense de la vie ont été à l’origine de la création de l’Académie Pontificale pour la Vie, que le Professeur Lejeune voyait comme institution nécessaire face à la multiplication des menaces contre la vie.

    Homme de science et de sagesse, Jérôme Lejeune a rapidement compris que sa découverte scientifique serait utilisée pour éradiquer les personnes porteuses de trisomie 21 avant leur naissance. Il n’hésita pas alors à se faire leur avocat, dénonçant la transgression du serment d’Hippocrate et ce nouvel eugénisme, qu’il qualifiait de « racisme chromosomique ». Ses prises de parole prophétiques le conduisirent à défendre la vie de toute personne humaine en référence à l’inviolable dignité qui a son origine dans l’acte créateur de Dieu. Il interpela à cet égard et conseilla des institutions et des souverains du monde entier. Ce combat lui valut d’être malmené dans certains milieux scientifiques.

    Le Professeur Lejeune était conscient que si la technique peut aider la médecine, elle ne saurait en revanche la remplacer. De plus, il savait que la technique peut être utilisée contre la médecine – qui est par nature au service de la vie –, ainsi que cela se vérifie lorsque la technique échappe à tout contrôle éthique indispensable et que prévalent des calculs d’efficacité, de rentabilité ou d’utilité. Or, la valeur de la personne ne dépend pas de ce qu’elle réalise ou produit. C’est pourquoi, jamais un médecin ne devrait se permettre, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée !

    Chers amis, aujourd’hui, la Fondation Lejeune, dont vous êtes des membres actifs, poursuit l’œuvre initiée par le Professeur Lejeune dans les trois dimensions de la recherche, du soin et de la défense inconditionnelle de la personne humaine. Je me réjouis de la place que vous occupez au plan mondial dans la recherche sur les déficiences intellectuelles d’origine génétique. Vous avez aussi créé et soutenez l’Institut Jérôme Lejeune, lequel reçoit en consultation des milliers de patients souffrant de différents handicaps mentaux.

    Je tiens à vous exprimer mes encouragements dans votre engagement en faveur de la vie et de la dignité humaine, et notamment auprès des pouvoirs publics. Je sais que vous intervenez régulièrement dans les débats de société afin de protéger chaque personne dans toutes les circonstances de son existence. Mais je vous sais également attentifs à développer la culture de vie à travers la Chaire internationale de bioéthique, qui délivre une formation académique aux différents acteurs en ce domaine : soignants, juristes et philosophes. Soyez remerciés de cette formation que vous dispensez auprès d’hommes et de femmes, qui demain pourront ainsi contribuer à garantir une éthique médicale au service de la dignité humaine et de la vie.

    À vous, chers amis porteurs de trisomie 21 et à vos parents, à vous les enfants du Vénérable Professeur Lejeune présents ce matin, à vous tous, membres des Fondations Jérôme Lejeune d’Espagne, d’Argentine et des États-Unis, et enfin à vous, membres venus du Portugal, d’Italie, de Tunisie, de Côte d’Ivoire et de Corée, je souhaite vous exprimer ma satisfaction devant l’œuvre que, en tant que laïcs, vous poursuivez dans la charité de la vérité, sur les pas du Vénérable Jérôme Lejeune. Soyez comme lui des témoins engagés dans la société, au service de la recherche constante du bien commun.  Il s’agit là du premier grand principe de l’enseignement social de l’Eglise, et de la « forme sociale » de la dignité reconnue à chacun (Magnifica humanitas, n. 59). Le bien commun n’exclut aucun de ceux qui ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

    Le message et l’œuvre du Vénérable Jérôme Lejeune reposent sur l’universalité de la raison et du cœur conjugués. Puisse-t-il inspirer le courage de la vérité aux nombreux jeunes et professionnels désireux de cohérence ; puisse-t-il les aider à unir sans raideur, la raison et la foi, la parole et les actes, l’absence de jugement sur les personnes et le rejet du mensonge.

    Je vous confie à l’intercession de Notre-Dame, en lui demandant de guider vos pas, de soutenir vos efforts et de répandre sa tendresse sur toutes les personnes fragiles. À vous tous ici présents, j’impartis de grand cœur ma Bénédiction apostolique, que j’étends à tous les membres de la Fondation, à leurs familles et aux « chers protégés » de Jérôme Lejeune. Merci.

  • La Fraternité Saint-Pierre atteint un record historique avec l'ordination de nouveaux prêtres en 2026

    IMPRIMER

    D'InfoVaticana :

    La Fraternité Saint-Pierre atteint un record historique avec l'ordination de nouveaux prêtres en 2026.

    La Fraternité Saint-Pierre atteint un record historique avec l'ordination de nouveaux prêtres en 2026.
    Photo : FSSP Wigrtzbad

    La cérémonie finale s'est déroulée dans l'église paroissiale de Lindenberg, en Bavière, où Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, a conféré le sacerdoce à treize séminaristes originaires de divers pays européens.

    La Fraternité a annoncé la nouvelle par ses canaux officiels, soulignant le nombre record d'ordinations réalisées cette année et exprimant sa gratitude envers Dieu pour ces nouvelles vocations.

    Treize nouveaux prêtres de dix nationalités différentes

    Les ordinations célébrées à Lindenberg témoignent du caractère international de la Fraternité de Saint-Pierre.

    Parmi les nouveaux prêtres, on compte trois Français, deux Portugais, deux Tchèques, un Autrichien, un Croate, un Hongrois, un Italien, un Polonais et un Suédois.

    Ces ordinations s'ajoutent aux douze ordinations sacerdotales qui ont eu lieu le 28 mai à la cathédrale d'Omaha, dans le Nebraska, où la confrérie possède le séminaire Notre-Dame de Guadalupe.

    Avec ces ordinations, la FSSP atteint 25 ordinations sacerdotales en une seule année, le nombre le plus élevé depuis sa fondation en 1988.

    Une année historique pour la fraternité

    Les cérémonies organisées à Omaha et à Lindenberg constituent une étape importante pour la Fraternité de Saint-Pierre, qui n'avait jamais enregistré auparavant un nombre aussi élevé d'ordinations sacerdotales en une seule année.

    En annonçant la nouvelle, la fraternité a confié tous ses prêtres aux prières des fidèles et a rendu grâce pour les nouvelles vocations reçues.

    « Rendons grâce à Dieu », concluait le message publié après les ordinations.

  • Le christianisme, nouvelle contre-culture ? Pourquoi des jeunes hommes se tournent vers l’Église

    IMPRIMER

    De Liv Klingert sur The European Conservative :

    Le christianisme, nouvelle contre-culture : pourquoi des jeunes hommes se tournent vers l’Église

    « Les générations précédentes ont donné des réponses insuffisantes, issues de la dictature du relativisme, en affirmant : “C’est bien si c’est vrai pour toi ; mais ce n’est tout simplement pas vrai pour moi.” C’est superficiel », déclare le père Daniel Ebert Steiner.

    21 juin 2026

    Au Royaume-Uni, un rapport controversé de 2025 — dont la méthodologie a depuis été sérieusement remise en question — fait état d’une multiplication par quatre du nombre de 18-34 ans fréquentant l’église au moins une fois par mois, 20 % des jeunes hommes de moins de 34 ans y assistant régulièrement, contre seulement 4 % il y a six ans.

    Pourtant, il est encore difficile de nier un intérêt pour le christianisme et un renouveau — très discret. À Pâques 2026, 21 000 adultes et jeunes ont été baptisés en France, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2025, année qui avait déjà connu une hausse de 32 % des baptêmes par rapport à l’année précédente. À titre de comparaison, en 2021, on comptait environ 4 100 baptêmes d’adultes.

    Environ 45 % des jeunes Espagnols (âgés de 15 à 29 ans) se déclarent catholiques. Cela marque un revirement spectaculaire ces dernières années, l’identification catholique chez les jeunes Espagnols ayant augmenté de près de 50 % par rapport à 2020.

    Une tendance similaire s’observe au Danemark. Mais la question est la suivante : pourquoi ces jeunes hommes ont-ils commencé à fréquenter l’église ?

    Pour le prêtre catholique Daniel Steiner Ebert, qui exerce au Danemark, cela s’explique par un manque de profondeur dans la vie :

    « Notre société propose depuis longtemps aux gens une vie vide de sens. Le christianisme était ennuyeux ; nous l’avons essayé, alors les gens ont voulu tenter autre chose, et pendant un certain temps, tout le monde a voulu devenir bouddhiste ou adepte du New Age, tandis que d’autres se sont tournés vers le sexe, la drogue et le rock’n’roll. Mais aucune de ces choses n’apporte de profondeur. Même le bouddhisme, en tant que philosophie, offre le vide : le but est de ne faire qu’un avec le néant, ce qui entre en conflit avec la perception que l’humanité a d’elle-même, car, au fond de nous, nous savons que nous sommes plus que rien. Les gens sentent qu’on ne peut pas vivre avec l’idée du néant. Les êtres humains sont en quête ; ils sont religieux, et cela les pousse vers une rencontre avec le christianisme. »

    Un sondage d’opinion a montré que la majorité des catéchumènes français s’étaient intéressés à la religion à la suite d’une épreuve de la vie ou d’une forme de maladie, tandis que d’autres avaient vécu une expérience religieuse. D’autres encore se sont tournés vers l’Église après avoir fait l’expérience de la beauté. 

    Le père Daniel Steiner Ebert estime que ces tendances sont l’expression d’une rébellion qui trouve ses racines dans les expériences de vie des jeunes eux-mêmes.

    « Ils ont grandi auprès de parents laïques. Ils ont goûté au fruit de la laïcité et, à travers leur propre expérience, l’ont trouvé insatisfaisant. Ils appartiennent à une génération qui a été durement touchée par l’adversité. Combien d’entre eux n’ont pas été touchés par le divorce au sein de leur famille ? Nous vivons dans une société où les troubles mentaux et la santé mentale en général n’ont jamais été aussi mauvais, et la jeune génération en ressent les conséquences dans sa propre vie. »

    Il ajoute que les réponses apportées par les générations précédentes à ces problèmes ne fonctionnent pas.

    « Les êtres humains cherchent des réponses. Les générations précédentes ont donné de mauvaises réponses, issues de la dictature du relativisme, exprimées ainsi : c’est bien si c’est vrai pour toi ; ce n’est tout simplement pas vrai pour moi. C’est superficiel. »

    Une rupture avec le progressisme

    Selon le père Ebert, ce sont les jeunes hommes qui sont à l’origine de ce regain d’intérêt pour le christianisme, car le monde laïc a mené un programme d’endoctrinement remarquable ciblant les femmes. Une forme malsaine de féminisme a cherché à éradiquer les femmes et la féminité traditionnelle, et de nombreuses femmes ont été éblouies par cette idéologie et piégées par son influence, a déclaré le père Ebert.

    « C’est un féminisme toxique qui s’en prend également aux hommes. Il incite les femmes à se libérer des hommes, ce qui est tout à fait contraire à l’esprit chrétien. Dieu nous dit qu’il n’est pas bon pour l’être humain d’être seul. Mais les hommes sont laissés pour compte tandis que la société adhère à l’idée que les hommes sont des porcs stupides. »

    Lorsque la société s’en prend à la masculinité, de nombreux hommes se replient sur eux-mêmes et cherchent autre chose — malheureusement, parfois vers des formes extrêmes de masculinité, notamment sur Internet, incarnées par des influenceurs en ligne tels qu’Andrew Tate. Cependant, d’autres continuent à chercher et trouvent le christianisme, ajoute le prêtre.

    « Le christianisme implique un amour sacrificiel — se sacrifier pour les autres. C’est là que réside la véritable masculinité. »

    « C’est profondément ancré chez les hommes. Les femmes, bien sûr, font aussi des sacrifices, mais cela prend une forme différente. Les garçons adorent jouer aux gendarmes et aux voleurs ou aux soldats, où il s’agit de combattre le mal et de se sacrifier. Et c’est précisément ce vers quoi tend le christianisme : se sacrifier pour ce que l’on aime. »

    Dans les milieux catholiques, un débat a lieu sur le nombre d’hommes qui se sont détournés de l’Église parce qu’elle s’est féminisée, en particulier parmi les écrivains catholiques américains. Ebert se montre réceptif à cette analyse.

    « Le clergé a sans doute été influencé par la société laïque, et tous les prêtres n’ont pas eu le courage d’aller à contre-courant. Beaucoup ont davantage abordé des sujets qui ne prêtaient pas à controverse plutôt que ceux qui en suscitaient. Mais de plus en plus de prêtres de l’Église catholique commencent aujourd’hui à se rendre compte que cela ne fonctionne pas et qu’il faut dire les choses telles qu’elles sont et rester fidèle à l’Évangile. Pendant longtemps, on n’a pas osé parler de l’enfer, par exemple, alors même que c’est Jésus qui en parle le plus dans les Écritures. Jésus avait d’autres facettes que celle d’un homme doux et amoureux des fleurs. Cela a été ignoré – et c’est ainsi qu’une image incomplète du Seigneur a été prêchée –, mais peu à peu, un changement s’opère. »

    Ce changement intervient alors que de nombreux jeunes manifestent un intérêt accru pour des formes plus traditionnelles de christianisme. Les jeunes sont particulièrement attirés par le catholicisme et l’orthodoxie, car ces confessions exigent davantage des croyants sous la forme de sacrements et de jeûne, ce qui séduit ceux qui recherchent davantage de discipline. 

    De nombreux jeunes catholiques sont enthousiastes à l’égard de la messe selon la forme extraordinaire (la messe traditionnelle en latin ou messe tridentine), et le père Ebert n’en est pas surpris.

    « Cette tendance est liée à la beauté. On entend souvent dire que la beauté est relative, mais ce n’est pas vrai : elle est objective et reflète la beauté de Dieu. Personne ne contemple un coucher de soleil en se disant qu’il est affreux à regarder. La musique classique est universelle parce que la beauté est objective. Ainsi, lorsque les jeunes assistent à la messe traditionnelle, il s’agit pour eux de vivre un culte aussi parfait que possible – authentique et solennel – et de vouloir que la beauté fasse partie intégrante de la liturgie. Cela attire tout particulièrement une génération qui a grandi dans une société dépourvue de beauté. »

    La foi dans une société laïque

    L’intérêt croissant pour le christianisme se manifeste également au Danemark. Une enquête Verian, menée par le journal danois Berlingske Tidende en 2025, a établi qu’au moins 10 % des jeunes Danois âgés de 18 à 35 ans se rendent régulièrement à l’église. Ce n’est le cas que de 7 % des personnes âgées de 36 à 59 ans. Parallèlement, l’enquête montre que les jeunes constituent le groupe qui fréquente le plus régulièrement l’église. Selon l’enquête, 7 % des 18-35 ans déclarent aller régulièrement à l’église. En 2010, une enquête similaire avait révélé que seuls 3 % des Danois de cette tranche d’âge fréquentaient l’église. Le nombre de fidèles a donc plus que doublé.

    Le prêtre estime que l’intérêt n’est pas aussi fort que dans d’autres régions connaissant un renouveau discret, en partie à cause de la « loi de Jante », une norme scandinave qui encourage le conformisme. 

    « Au Danemark, il y a cette éternelle loi de Jante, une véritable dictature qui ne cesse de rabaisser les gens, et qui affecte la communauté religieuse. Cela signifie qu’il est encore dangereux de parler de foi au Danemark. Même si les jeunes générations en ont envie, il existe une culture, véhiculée par les générations plus âgées, selon laquelle la religion n’est pas quelque chose que l’on affiche en public. La société est en réalité quelque peu schizophrène, car nous avons une Église populaire qui est une Église d’État – et donc publique – mais qui ne doit pas l’être trop ouvertement. »

    Mais est-il important de s’exprimer publiquement ? L’ancien pasteur danois Morten Dahlin a déclaré que tant qu’on croit, peu importe qu’on fréquente régulièrement l’église.

    « Croire sans aller à l’église est contradictoire », affirme le père Ebert : 

    « Si vous êtes chrétien, vous l’êtes dans toutes vos actions, pas seulement en privé. Tout le monde est faible et sujet au péché, mais être chrétien, c’est se battre et lutter aux côtés du Seigneur et de Sa grâce. Le fait d’être chrétien ne devrait pas être un grand secret. Nos ancêtres ont maintes fois donné leur vie pour cela en tant que martyrs. Il est tout à fait anti-chrétien de penser que la foi relève exclusivement de la sphère privée. »

    La foi des jeunes chrétiens implique une rupture avec la culture, poursuit-il :

    « La culture danoise n’est plus une culture chrétienne, même si nous nous fondons sur des valeurs chrétiennes. Le Danemark est fortement influencé par le socialisme, et nous nous sommes éloignés du véritable christianisme pour tout confier à l’État. Cela crée une société froide où les gens n’aident pas leurs semblables, car cette tâche est laissée à l’État. C’est un système mort. »

    Le père Ebert ajoute que Jésus nous enseigne que chacun doit s’entraider ici et maintenant, et ne pas simplement laisser cette tâche à quelqu’un d’autre. Il poursuit :

    « Nous nous disons chrétiens, mais il y aurait un tollé si quelqu’un remettait en cause l’avortement. Ce n’est tout simplement pas un sujet de débat au Danemark, même si l’on compte aujourd’hui environ 15 000 avortements par an. Ce n’est en aucun cas un pays chrétien. De surcroît, nous sommes une société de consommation qui fait croire aux gens qu’ils ont droit à quelque chose simplement parce qu’ils le veulent. C’est un état d’esprit très différent de la culture chrétienne d’origine. »

    Ce renouveau discret tient en grande partie à la quête des jeunes, qui recherchent quelque chose de plus que ce qu’offre la culture actuelle. La question est toutefois de savoir si ce renouveau discret perdurera chez les jeunes qui ont trouvé la foi.

    « Le christianisme n’est pas une idée politique ; il ne s’ancrera donc durablement que s’ils ont fait l’expérience du Dieu vivant et compris que Jésus est véritablement ressuscité des morts et nous a sauvés — alors, je crois qu’il s’ancrera. »

    Aux jeunes hommes qui s’intéressent au christianisme et qui recherchent un sens à leur vie ainsi que des modèles plus positifs en dehors de la politique, le prêtre lance un appel mobilisateur :

    « Tournez-vous vers saint Joseph. Il incarne l’homme parfait — à l’exception de Jésus, bien sûr — et si l’homme moderne se laisse inspirer par Joseph, c’est là qu’il trouvera la voie pour sortir de la situation dans laquelle se trouve notre société aujourd’hui. Il entretenait une relation parfaite avec la Vierge Marie et sa famille. Ses priorités et sa volonté de sacrifice ont été déterminantes, et nous pouvons en tirer des enseignements. »

    Liv Klingert est une journaliste et chroniqueuse danoise spécialisée dans la culture, la religion et les idées. Elle a écrit pour des médias à travers toute l’Europe.

  • « L’Europe a besoin de missionnaires » : Un nouveau programme forme des responsables laïcs pour l’Église

    IMPRIMER

    De Martin Barillas pour EWTN News sur le CWR :

    « L’Europe a besoin de missionnaires » : Un nouveau programme forme des responsables laïcs pour l’Église

    21 juin 2026

    Des étudiants venus de toute l'Europe se préparent au service missionnaire grâce au Campus missionnaire européen qui allie formation spirituelle, vie communautaire et formation pratique au ministère.

    ANN ARBOR, Michigan — Niclas Eichmuller, 33 ans, a toujours ressenti l'appel du travail missionnaire, mais il désirait aussi fonder une famille. « European Mission Campus m'a montré comment concilier les deux », a-t-il confié à EWTN News.

     

    Le Campus de la Mission Européenne (EMC), basé à Vienne, en Autriche, s'inspire de la « vision de la vocation laïque, de la mission et de la sainteté » de saint Jean-Paul II, a déclaré le père Mark Thelen, originaire du Michigan, qui dirige ce projet en Europe.

    Dans une interview, Thelen a déclaré avoir emmené Eichmuller, 33 ans, et deux autres étudiants d'EMC aux États-Unis en décembre 2025 afin de leur faire découvrir les modèles américains d'évangélisation et de ministère laïc. Ils ont visité Renewal Ministries , Legatus , Encounter Ministries et la paroisse Christ the King dans le Michigan, ainsi que le camp d'été Damascus dans l'Ohio.

    « Ils ont été impressionnés par l'implication et le leadership des missionnaires laïcs. En Europe, le clergé est beaucoup plus présent, ce qui n'est pas un mal en soi, mais il n'est pas habitué à un tel leadership laïc », a déclaré Thelen.

    EMC, dirigée par Abby Randolph, également basée dans le Michigan, fait partie de Regnum Christi, un institut religieux clérical voué à imiter l'Église primitive et à former des individus animés par la mission, et à être une « fraternité vivante » pour renouveler l'Église par un soutien spirituel et humain aux missionnaires.

    « L’Europe a besoin de missionnaires », a déclaré Thelen lors d’une retraite en 2025. « Nous ne changerons pas l’Europe sans communauté, et nous ne pourrons nouer des relations enrichissantes sans une véritable communauté », a-t-il affirmé.

    L'EMC a été fondée en 2024 et a accueilli sa première promotion d'étudiants en septembre 2025. Cinq étudiants devraient la rejoindre d'ici la fin de l'année. L'enseignement est dispensé en ligne et en présentiel par des membres du clergé et des laïcs consacrés de la Légion du Christ, en collaboration avec le Centre Jean-Paul II de la Légion à Vienne.

    Les étudiants de l'EMC suivent une formation de trois ans au service missionnaire, que Thelen décrit comme un « MBA pastoral » destiné à les préparer au ministère laïc à plein temps. Les étudiants de l'EMC sont diplômés de l'université et ont pour la plupart moins de 30 ans.

    Anna Romero, une Espagnole de 24 ans, a confié à EWTN News qu'à l'âge de 8 ans, elle avait rejoint sa famille en mission sur le Chemin néocatéchuménal en Papouasie-Nouvelle-Guinée. À 18 ans, elle a ressenti un appel personnel du Christ à la conversion.

    « J’ai réalisé que je voulais faire plus de ma vie », se souvient-elle. « La vie ne se résume pas aux études et au travail. »

    Après avoir obtenu son diplôme universitaire, Romero a ressenti un appel. « J’ai décidé de consacrer ma vie à partager l’Évangile et ce que Dieu a fait pour moi », a-t-elle déclaré.

    L'an dernier, elle a intégré la première promotion d'EMC, dont le programme aborde des sujets allant des Écritures à la gestion du temps selon les principes de la foi. Un élément clé de ce programme est le « Renouveau de l'esprit », inspiré des enseignements de saint Jean-Paul II.

    Romero a déclaré que la formation EMC met l'accent sur « l'écoute de la voix de Dieu », le discernement de son plan et la réalisation de la vocation chrétienne en tant que « roi, prêtre et prophète », même en dehors de la vie ordonnée ou religieuse.

    Les participants aux EMC recherchent du soutien par le biais du « développement de partenariats missionnaires », qui consiste à constituer des équipes de coopérateurs engagés dans la prière et le soutien financier. La collecte de fonds et la dynamique de groupe font partie intégrante de la formation des EMC. Dans les pays européens, l'Église reçoit souvent des subventions publiques. Par conséquent, les missionnaires laïcs doivent généralement trouver leurs propres financements.

    Romero et les autres participants ont été impressionnés par la générosité des catholiques américains envers leurs paroisses et les missionnaires. À propos de ce voyage, elle a déclaré : « J’ai appris énormément de choses utiles. Il règne aux États-Unis un sentiment de confiance et de clarté quant à l’évangélisation. » Elle a constaté une foi plus vivante qu’en Espagne, où, « sans religieux, membres de l’Opus Dei ou du Chemin néocatéchuménal, la vie paroissiale est quasi inexistante ».

    « J’aimerais beaucoup lancer un programme en Espagne pour former les jeunes aux missions… Je veux éveiller un esprit missionnaire parmi les jeunes et tous les baptisés », a-t-elle déclaré.

    Nina Sole-Martino, 23 ans, étudiante à l'EMC, a reçu sa première formation missionnaire en tant que campeuse et membre du personnel au camp d'été de Damas à Centerburg, dans l'Ohio.

    « Je suis ouverte aux projets du Seigneur pour moi, et EMC m'aidera à discerner mon chemin », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté vouloir « aligner sa pensée et celle des autres sur celle de Dieu ». Cela signifie, par exemple, « changer notre façon de parler aux autres et même à nous-mêmes ».

    Citant le verset 21 du chapitre 18 des Proverbes, elle a déclaré : « La vie et la mort sont au pouvoir de la langue. »

    Romero a déclaré que la vocation religieuse est un don pour l'Église, mais que l'Église a aussi besoin des laïcs.

    « Les laïcs du monde entier sont appelés à collaborer avec l’Église », a-t-elle déclaré. « Ils sont aussi une lumière pour le monde, en tant que familles et personnes seules. Certains laïcs, mais pas tous, sont appelés à être missionnaires à plein temps. Nous avons également besoin de personnes saintes qui sont médecins, enseignants et travailleurs. Les prêtres et les religieux souhaitent et ont besoin de leur soutien. »

  • La protection de la maternité dans l'Union européenne

    IMPRIMER

    Du site de l'ECLJ (European Centre for Law & Justice) :

    La protection de la maternité dans l'Union européenne

    18 Juin 2026
    Le 15 octobre 2025, la Fédération européenne «One of Us» a organisé au Parlement européen une conférence intitulée «Real Choice means Real Support».

    Cet événement a rassemblé près de 300 participants: membres de la société civile, représentants d’associations et jeunes citoyens, venus de 17 États membres de l’Union européenne (UE). Huit députés européens appartenant aux groupes politiques PPE (Parti Populaire Européen) et ECR (Conservateurs et Réformistes Européens) ont également pris la parole lors de cette rencontre.

    L’objectif de cette conférence était de donner la parole à des femmes ayant vécu une grossesse difficile ou un avortement, afin de leur permettre de faire entendre leur voix et de mettre en lumière que derrière le recours à un acte banalisé se cache très souvent une situation de vulnérabilité sociale, matérielle ou psychologique susceptible d’influencer le parcours de grossesse. Les témoignages recueillis ont convergé vers un même constat : l’insuffisance des dispositifs d’aide psychologique, matérielle et médicale destinés aux femmes enceintes en situation de vulnérabilité conduit nombre d’entre elles à considérer l’avortement non comme un choix libre, mais comme une solutionpar défaut.

    Parmi les femmes ayant accepté de témoigner, Charlène, Française, a livré un récit poignant des pressions qu’elle a subies.

    À l’âge de 27 ans, Charlène est tombée enceinte de manière imprévue. Elle souhaitait la poursuivre, d’autant qu’elle est déjà mère. Son compagnon, lui, en revanche, exerça une pression constante pour qu’elle avorte. Cherchant un appui extérieur, elle a consulté un médecin en présence de son conjoint. Ce praticien lui opposa une incompréhension face à sa volonté de garder l’enfant. Charlène se heurta donc à un premier jugement moral, non à une aide professionnelle.

    Elle se tourne ensuite vers une psychologue, au sein d’un centre de conseil conjugal et familial affilié à la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF). Elle espérait y trouver un tiers neutre capable de faciliter le dialogue avec son compagnon et de l’éclairer sur ses options. Or, selon son témoignage, la prise en charge fut radicalement inverse : lorsqu’elle évoquait le « bébé à venir », les professionnels lui rétorquaient qu’il ne s’agissait que d’un « amas de cellules ». Un psychologue du centre prit même l’initiative de programmer une consultation en vue d’un avortement, « au cas où » elle céderait.

    Malgré ces pressions, Charlène résiste et refuse de prendre la pilule abortive préparatoire. Toutefois, la pression conjugale atteint son paroxysme lorsque son compagnon lui enfonce de force la pilule abortive dans la bouche. Légalement, nous sommes là face à un avortement forcé caractérisé.

    Les conséquences sur sa santé mentale furent sévères: rupture avec son compagnon, épisode dépressif profond, puis une longue reconstruction. Aujourd’hui mariée et mère de trois enfants, elle déclare: «On ne peut qu’apprendre à vivre avec», formule qui traduit les traces indélébiles laissées par cette expérience.

    Au Parlement européen, Charlène lance un message fort: «En Europe, une femme qui dit “je ne veux pas avorter” doit être protégée.»

    Cette déclaration met en évidence un paradoxe des politiques européennes de santé et de droits des femmes: alors que l’avortement est présenté comme un droit relevant de la liberté individuelle, les femmes qui souhaitent ne pas y recourir se trouvent souvent dépourvues d’un accompagnement adapté. L’absence de soutien matériel (logement, revenu, emploi) et psychologique (conseil non directif, écoute) peut, dans certaines situations, réduire concrètement la capacité des femmes à exercer un choix pleinement libre et éclairé.

    Le cas de Charlène n’est pas isolé. Selon l’enquête VIRAGE 2015 (Violences et Rapports de Genre) et l’enquête nationale Enveff 2000, des violences physiques sont constatées dans 3 à 8 % des grossesses. Ce taux serait trois à quatre fois supérieur en cas de grossesse non désirée par le partenaire.

    Cette réalité apparaît également dans les données disponibles. Selon une enquête IFOP (Institut français d’opinion publique) réalisée pour le Planning familial en septembre 2024, 29% des femmes ayant eu recours à une interruption volontaire de grossesse déclarent avoir ressenti une forme de pression en faveur de cette décision lors de leurs échanges avec un professionnel de santé.

    Ces données révèlent aussi l’ampleur d’une réalité ignorée: la grossesse est une période de vulnérabilité accrue face aux violences conjugales, et les femmes qui souhaitent poursuivre une grossesse contre la volonté de leur partenaire sont exposées à un risque spécifique.

    Ce constat donne toute sa portée au droit européen en vigueur. La directive (UE) 2024/1385 du Parlement européen et du Conseil sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, adoptée sur le fondement des articles 82, paragraphe 2, et 83, paragraphe 1, du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), énumère explicitement l’avortement forcé parmi les comportements criminels constitutifs d’une violence à l’égard des femmes, aux côtés du viol, de la stérilisation forcée et des mutilations génitales féminines.

    Le considérant (3) de cette directive rappelle que ces actes constituent «une violation des droits fondamentaux tels que le droit à la dignité humaine, le droit à la vie et à l’intégrité de la personne». La reconnaissance de l’avortement forcé comme forme de violence à l’égard des femmes met l’accent sur l’importance de développer des mécanismes de prévention et d’accompagnement adaptés pour les femmes susceptibles d’être confrontées à de telles pressions.

    Cest pourquoi Charlène a déposé en janvier 2026 une pétition au Parlement européen enregistrée sous le numéro 0194/2026. La pétition déposée par Charlène poursuit un triple objectif.

    Premièrement, elle invite la Commission européenne à examiner la faisabilité de programmes pilotes ou d’initiatives ciblées destinés à renforcer le soutien médical, psychologique et social aux femmes enceintes, en particulier celles en situation vulnérable ou à haut risque. Cette demande s’inscrit dans le cadre des objectifs posés à l’article 33 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui dispose que «La protection de la famille est assurée sur le plan juridique, économique et social». Bien que la Charte ne fonde pas de compétence autonome pour l’Union, elle doit guider l’action de la Commission dans le déploiement de ses programmes existants. Concrètement, de telles initiatives pourraient prendre la forme d’aides au logement, de services de conseil en maternité, de lignes d’écoute spécifiques ou de financements pour les associations d’accompagnement à la naissance.

    Deuxièmement, la pétition demande à la Commission européenne de procéder à un réexamen des instruments de financement et des communications politiques existants (notamment le Fonds social européen plus (FSE+) et le programme EU4Health), afin de s’assurer qu’ils priorisent effectivement le soutien à la maternité. Leur mise en œuvre ne doit pas générer des pressions indirectes poussant les femmes à recourir à l’avortement. Il faut évaluer dans quelle mesure ces instruments prennent effectivement en compte les besoins des femmes souhaitant poursuivre leur grossesse, notamment lorsqu’elles se trouvent en situation de vulnérabilité sociale ou économique.

    Troisièmement, la pétition réaffirme le principe de neutralité de l’Union dans ses actions et ses priorités de financement, en cohérence avec le principe de subsidiarité. Conformément à ce principe, l’Union européenne doit veiller à préserver une approche équilibrée et non directive dans l’utilisation de ses instruments financiers lorsqu’ils concernent des domaines relevant principalement de la compétence des États membres, en l’occurrence l’avortement. En revanche, il lui incombe de garantir un environnement favorable à l’exercice de tous les droits, y compris celui de mener une grossesse à terme.

    La pétition n°0194/2026 a été déclarée recevable par la commission des pétitions du Parlement européen. Elle bénéficie du soutien de plusieurs groupes politiques, notamment le PPE, ECR, PfE et ESN.

    Lors d’une réunion de la commission des pétitions le 23 juin 2026, Charlène sera auditionnée par les députés et la pétition sera examinée. Celle-ci devrait ensuite être transmise aux commissions compétentes, notamment la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) et la commission des droits des femmes et de l’égalité des genres (FEMM).

    Lire la suite

  • Léon XIV et l’héritage du cardinal Ruini

    IMPRIMER

    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV et l’héritage du cardinal Ruini

    22 juin 2026

    À 94 ans, déjà en fauteuil roulant et en mauvaise santé, le cardinal Camillo Ruini s’est retrouvé à vivre le troisième conclave de sa vie de cardinal, cette fois-ci sans plus être cardinal électeur.

    Personne ne lui en aurait voulu s’il avait choisi de ne pas y participer.

    Ruini, cependant, estimait qu’il était de son devoir d’assurer sa présence, de faire entendre sa voix et de consacrer toute l’énergie qui lui restait aux congrégations générales — ces réunions préalables au conclave auxquelles participent tous les cardinaux, même non électeurs —, convaincu qu’ils étaient tous confrontés à une transition fondamentale pour l’Église.

    « Meglio contestati che irrilevanti » était sa maxime – « Mieux vaut être contesté que d’être ignoré » – et il avait encore quelque chose à dire, d’autant plus que l’Église sortait du pontificat perturbateur et déconcertant de François pour entrer dans une nouvelle ère de direction qui devait, selon les propres mots du cardinal Ruini, restaurer une certaine unité au sein de l’Église et s’adresser à nouveau aux croyants.

    C’était tout à fait lui.

    Le cardinal Ruini est décédé le 16 juin à l’âge de 95 ans, plus d’un an après l’élection du pape Léon XIV, qui semblait répondre à son espoir d’un pape capable d’apporter l’unité, l’ordre et la tranquillité.

    Nous ne savons pas encore quel genre de pape sera Léon XIV – les observateurs impartiaux s’accordent à dire que son pontificat est encore en train de se définir et que ses idées en matière de gouvernance restent à dévoiler –, mais nous connaissons l’héritage que Ruini a laissé derrière lui.

    Ruini a été une figure clé d’une période complexe et importante pour l’Église italienne. En 1985, alors qu’il était jeune évêque auxiliaire de Reggio d’Émilie, il a rejoint le comité d’organisation du Congrès ecclésial de Loreto, où, aux côtés de Jean-Paul II, qui le soutenait, il a promu un engagement en faveur de la présence catholique dans la société.

    L’« apostolat de présence » de l’Église dans la vie sociale, culturelle et politique italienne était incertain, en raison – peut-être paradoxalement – de l’émergence, après la guerre, de la Démocratie chrétienne, un parti politique qui reprenait déjà officiellement à son compte les préoccupations catholiques.

    Jean-Paul II, cependant, souhaitait une Église plus engagée et trouva un allié fidèle en la personne du jeune évêque d’Émilie. En Italie, le secrétaire et le président de la Conférence épiscopale italienne (CEI) sont nommés par le pape, qui est le primat d’Italie.

    Jean-Paul II choisit Ruini comme secrétaire général de la CEI en 1986, puis le promut à la présidence en 1991, le nommant également son vicaire pour le diocèse de Rome et le créant cardinal.

    En Italie, ce furent des années tumultueuses.

    Un immense scandale de corruption impliquant pratiquement tous les grands partis politiques — connu sous le nom de « Tangentopoli » — avait balayé les piliers politiques de l’après-guerre, y compris les démocrates-chrétiens. Tangentopoli a brisé l’unité politique catholique et ouvert la voie à de nouveaux partis.

    La mafia était engagée dans une guerre contre l’État, qui a conduit à l’assassinat des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, ainsi que de deux bienheureux, le juge Rosario Livatino et le père Pino Puglisi.

    Jean-Paul II, en déplacement en Sicile, après une rencontre avec les parents du juge Livatino, s’en est pris avec virulence aux mafieux, les exhortant à se convertir car le jugement de Dieu approchait. Les paroles de Jean-Paul II ont provoqué des représailles de la part de la mafia, qui a également posé des bombes devant la cathédrale Saint-Jean-de-Latran et l’église San Giorgio al Velabro.

    Le cardinal Ruini a su naviguer dans cette période complexe, d’abord en continuant à rechercher un centre catholique unifié et en soutenant les partis qui avaient émergé après la dissolution de la Démocratie chrétienne.

    Puis il s’est rendu compte que le moment était venu pour les catholiques de s’engager non pas auprès d’un seul parti, mais auprès de plusieurs partis. « Mieux vaut être contesté que hors de propos » est devenu le principe moteur du projet de présence politique et culturelle de Ruini.

    À une époque où il n’y a ni parti, ni instance, ni gouvernement pour faire avancer les idées catholiques, Ruini a perçu l’urgence d’une culture d’inspiration chrétienne, capable d’imprégner la société et d’inspirer les responsables politiques, même ceux des camps opposés, à s’unir autour d’une vision commune pour le bien commun, même s’ils divergeaient sur la meilleure manière de le poursuivre et de l’atteindre.

    Il s’agissait d’une approche plutôt révolutionnaire pour l’Italie, pays traditionnellement conservateur qui, pendant quarante ans après la Seconde Guerre mondiale, avait été gouverné par un parti catholique et qui avait également été reconstruit par des catholiques ayant combattu le fascisme pendant la guerre.

    La vision de Ruini s’étendait également à la scène internationale, s’inscrivant dans la lignée de celle de Jean-Paul II, qui concevait l’Église avant tout comme une institution engagée en faveur de la culture.

    Jean-Paul II avait développé cette conviction en Pologne, comprenant que la lutte contre le Parti communiste ne pouvait pas être un combat idéologique frontal, mais devait commencer par la culture elle-même. Le pape polonais envoya, par exemple, le cardinal Poupard, son envoyé en Union soviétique, pour prononcer des discours non pas sur la théologie mais sur la culture, brisant ainsi les vestiges de l’Empire soviétique.

    Le grand héritage du cardinal Ruini réside donc précisément dans la force d’un engagement qui transcende les clivages politiques et touche à la culture. Le débat n’a jamais cessé. Benoît XVI a maintenu la ligne de Jean-Paul II, avec une approche moins interventionniste, mais en réfléchissant toujours à la nécessité de replacer le christianisme au cœur de la société.

    Le pape François, quant à lui, a renversé la perspective : c’est à l’Église de prendre la parole là où cela s’impose, en adoptant son propre langage lorsque cela s’avère nécessaire. Avec Ruini, le débat portait sur des principes non négociables. Le pape François, qui a également tenu des propos enflammés sur des questions telles que l’avortement, a préféré dialoguer avec le monde par le biais du compromis, en négociant tant sur les enjeux que sur le langage, tout en veillant à transmettre un message chrétien.

    Et Léon XIV ?

    Dans ses discours, le thème est très précis. Léon XIV parle de principes et demande aux chrétiens de les appliquer. Si le discours adressé aux mouvements populaires au début de son pontificat semblait encore écrit à l’époque du pape François, tout comme la première exhortation, *Dilexi Te*, sur la pauvreté, Léon XIV a progressivement adopté un ton différent.

    Ce n’est pas un appel à l’activisme politique, mais ce n’est pas non plus un compromis avec le monde : le langage de Léon XIV est celui de la vérité, même lorsqu’elle n’est pas comprise (il l’a dit dans son premier discours au corps diplomatique) ou lorsqu’on risque d’être méprisé (il l’a expliqué lors de la veillée de prière pour la paix du 11 avril 2026).

    Léon XIV demande aux chrétiens de connaître les principes, de les appliquer et de leur donner vie.

    C’est une synthèse entre l’idée d’un guerrier culturel et celle d’une présence quelque peu « tiers-mondiste ». Nous ne savons pas comment évoluera le grand héritage du cardinal Ruini, à savoir le projet culturel, qui s’est dilué au fil des ans, freiné en quelque sorte par des situations qui n’avaient pas grand-chose à voir avec le projet lui-même.

    Ce qui est certain, c’est que l’héritage de Ruini est immense.

    Certains lui reprochent d’avoir été trop politisé. Eh bien, il l’était parce que les temps l’exigeaient. Il est resté un prêtre épris de Dieu, un prêtre plein de foi qui a toujours considéré sa vie comme un service, même et surtout lorsqu’il était mis à l’épreuve.

    L’important était de ne pas rester en marge.