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BELGICATHO

  • Mais qui était vraiment Marie-Madeleine ? (22 juillet)

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    De KTO :

    Marie-Madeleine

    15/04/2018

    Cette semaine, la Foi prise au mot, en partenariat avec le Monde de la Bible, vous propose de revenir sur l’un des personnages les plus attachants et les plus populaires des évangiles : Marie-Madeleine. Qui est-elle cette femme dont on parle tant ? Marie de Béthanie, assise aux pieds du Seigneur pendant que sa soeur Marthe vaque aux tâches de la maison ? Marie de Magdala qui reconnaît son maître ressuscité au matin de Pâques ? Est-elle aussi la pécheresse qui essuie les pieds de Jésus avec ses cheveux ? Universellement célébrée, très à la mode depuis quelque temps, Marie Madeleine fascine et interroge. Pour essayer de percer le mystère nous retrouvons trois invités : Sylvaine Landrivon, théologienne, maître de conférences à l’université catholique de Lyon, Raphaëlle Ziadé, responsable de département des arts byzantins au Petit Palais, et le père Jean Pierre Brice Olivier, prêcheur dominicain.

  • Marie-Madeleine (22 juillet)

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    mariamagdalena01.jpgHomélie du Père Joseph-Marie Verlinde (Famille de Saint-Joseph) (Homelies.frArchive 2008)

    Comme la Bien-aimée du Cantique, Marie-Madeleine cherche « celui que son cœur aime » (1ère lect.) « alors qu’il fait encore sombre ». Mais comment pourrait-elle le chercher si elle ne l’avait pas déjà trouvé ? Son désir témoigne de la présence et de l’action en elle de l’Esprit Saint qui l’attire irrésistiblement vers Jésus. Avec l’intuition sûre de l’amour, elle se rend au rendez-vous de son Seigneur, mais il lui faut du temps pour reconnaître les signes de sa présence. La mise en scène et les dialogues rapportés par Saint Jean sont d’une esquise délicatesse. Marie ne semble même pas s’étonner de voir deux personnages - identifiés à « des Anges vêtus de blanc » - dans l’espace réduit du tombeau. A moins que le caractère saugrenu de cette situation soit une invitation explicite de l’évangéliste à nous élever à une lecture symbolique. Le propitiatoire posé sur l’Arche de l’Alliance n’était-il pas flanqué lui aussi de deux Anges, « l’un à la tête, l’autre aux pieds » ? Ce tombeau vide apparaît tout à coup comme le Temple de Dieu, le lieu où repose sa gloire, où demeure sa présence.

    Ce n’est pas un divin impersonnel qui remplit le tombeau de sa nuée : les « Anges » s’adressent à Marie-Madeleine avec les paroles mêmes que le Ressuscité reprendra quelques instants plus tard. Comme l’étymologie du terme Ange l’indique, ces Etres de lumière sont les messagers, les porte-paroles de Dieu ; ils sont évoqués pour éviter de prononcer le Nom du Seigneur lui-même. Le fait qu’ils prononcent les paroles que reprendra Jésus, sous-entend que celui-ci partage désormais la gloire du « Nom qui surpasse tous les noms » (Ph 2, 9). Il est « le Seigneur », celui devant qui toute créature au ciel et sur la terre fléchit les genoux, et dont toute langue proclame la Seigneurie universelle (cf. Ph 2, 10-11).

    Marie n’en est pas encore là dans son cheminement ; pour le moment, elle cherche encore un cadavre. Aveuglée par la tristesse, elle ne reconnaît pas la présence du Vivant au cœur du tombeau vide dont elle se détourne. Mais le Ressuscité n’est plus lié à un lieu précis ; il n’est plus conditionné ni par l’espace ni par le temps : il est bien réellement présent partout où un cœur le désire ardemment. Marie-Madeleine est littéralement enveloppée de toute part par sa présence qui se fait plus pressante : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Marie ne se trompe pas vraiment en prenant Jésus pour le jardinier : n’est-il pas le nouvel Adam que le Père a établi gardien de cette terre où est planté l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, que sa Résurrection a transformé en Arbre de Vie ? Il faut cependant un appel particulier, personnel de Notre-Seigneur pour la réveiller de sa torpeur et la faire entrer dans le monde nouveau inauguré par la Pâque de celui qu’elle cherche éperdument.

    « Marie » : interpellation empreinte de douceur, mais aussi sans doute supplication de l’amour mêlée d’étonnement : « comment se fait-il que tu ne me reconnaisses pas ? » C’est en prononçant notre nom que Jésus se fait connaître, ce « nom nouveau gravé sur une pierre blanche, que personne ne connaît sauf celui qui la reçoit » (Ap 2, 17). Se retournant une seconde fois, c’est au cœur même du tombeau vide devenu chambre nuptiale, que Marie cherche cette fois à retenir son Seigneur en confessant son amour : « Rabbouni ».

    Pourtant cette rencontre n’est que préfigurative : le temps des noces n’est pas encore venu. Jésus « monte vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu » pour nous préparer une place dans sa demeure d’éternité. En attendant le face à face, il nous faut comme Marie, et dans la foi, poursuivre notre route et annoncer nous aussi : « J’ai vu le Seigneur ressuscité au fond de mon cœur. Il a pris autorité sur toutes mes morts et transformé mes tombeaux en sanctuaires de sa gloire ; et voilà ce qu’il m’a dit : “Cherchez-moi de tout votre cœur ; je me laisse trouver par les âmes de désir” ».

    « Seigneur arrache de ma poitrine mon cœur de pierre ; cœur lourd, opaque, indifférent, insensible. Et donne-moi un cœur de chair qui “languit de toi comme une terre aride, sans eau” (Ps 62). Accorde-moi de pressentir ta force et ta gloire, afin de réaliser que ton amour éternel vaut mieux que ma pauvre vie mortelle. Je pourrai alors “lever les mains pour te bénir en invoquant ton nom, m’attacher à toi de toute mon âme, et crier de joie à l’ombre de tes ailes” (Ibid.). »

  • 22 juillet : Marie-Madeleine, disciple du Seigneur

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    lippo-memmi_saint-marie-madeleine15.jpgSur Missel.free :

    Marie-Madeleine, ainsi nommée en l'évangile selon saint Luc[1] parmi les femmes qui suivent Jésus depuis la Galilée, se retrouve dans les récits de la Passion et de la Résurrection. Son identité avec Marie de Béthanie et la pécheresse[2] est depuis toujours discutée. Si la chose était de nature à pouvoir être parfaitement éclaircie, elle devrait l'être à présent, puisque tant d'habiles personnages l'ont traitée.

    1° La pécheresse

    Invité chez un pharisien, Jésus, la Sagesse de Dieu[3], accueille les pécheurs. Sa parole révèle la puissance de l'amour et la grâce du pardon à l'homme trop préoccupé de soi et peu conscient de son médiocre amour. L'attitude de Simon se caractérise par une triple inaction, alors que la pécheresse multiplie les gestes de repentir et d'amour qui, loin d'être pour Jésus une cause de scandale, manifestent une profonde contrition ; d'elle-même elle dénoue sa chevelure[4] et vénère les pieds du Maître avec une intense émotion. L'onction des pieds est un geste extraordinaire, signe d'un amour d'une intensité exceptionnelle. Le pharisien doute du caractère prophétique de Jésus qui se laisse toucher par une pécheresse au détriment de sa propre pureté, mais Jésus connaît le cœur de cette pénitente et, délicatesse suprême, il ne lui révèle la connaissance de ses péchés qu'au moment de les lui pardonner.

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  • La réponse de Malte au lobby pro-avortement

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    De Jonathan Van Maren sur First Things :

    La réponse de Malte au lobby pro-avortement

    Depuis près de dix ans, les militants pro-avortement prennent Malte, petit pays méditerranéen, pour cible. Malte est le dernier bastion pro-vie de l'Union européenne ; l'avortement y est illégal sauf en cas de danger immédiat pour la vie de la femme. Pourtant, contrairement aux affirmations des militants pro-avortement et des ONG militantes, Malte affiche l'un des taux de mortalité maternelle les plus bas au monde : aucune femme n'est décédée pendant ou après l'accouchement entre 2012 et 2023. 

    Le régime anti-avortement maltais, largement décrié, prouve que les nations peuvent protéger à la fois les femmes et les enfants à naître. Cette situation a placé les militants pro-avortement face à un dilemme. En 2018, leur campagne pour la légalisation de l'avortement s'est intensifiée. En 2022, une touriste américaine enceinte, Andrea Prudente, a demandé un avortement après une rupture des membranes. Sa demande a été refusée et elle s'est envolée pour l'Espagne. L'affaire a fait la une des journaux internationaux, des médias comme le New York Times et la BBC affirmant que sa vie était en danger.

    Les militants pro-avortement et leurs alliés médiatiques ont réutilisé la même stratégie qu'après la mort tragique de Savita Halappanavar en Irlande en 2012. Malgré trois enquêtes distinctes (dont le rapport du coroner) concluant que Savita était décédée d'une septicémie et non des suites d'un refus d'avortement, les militants ont instrumentalisé l'affaire pour inciter l'opinion publique irlandaise à voter contre les protections constitutionnelles des enfants à naître, en présentant un faux dilemme : protéger les femmes ou protéger leurs enfants à naître, et non les deux.

    Au départ, cette stratégie semblait prometteuse à Malte. Le gouvernement proposa un amendement au code pénal autorisant l'avortement si la « santé » de la mère, définie de manière vague, était menacée. Le mouvement pro-vie réagit par une campagne massive, notamment un rassemblement de plus de 20 000 personnes – soit 4 % de la population – en décembre 2022 dans la capitale. Comme je l' avais rapporté à l'époque : « Les représentants du gouvernement ont reçu des courriels de plus de 25 000 personnes… une coalition de médecins, de juristes, d'ONG et d'experts a fait pression sur le gouvernement pour qu'il revienne sur sa décision. »

    Les militants pro-vie ont compris que le terme vague de « santé » aboutissait inévitablement à un régime d’avortement à la demande. Leur campagne a porté ses fruits. En juin 2023, le gouvernement maltais a fait marche arrière et a reformulé l’amendement pour bien préciser que l’avortement n’était pas légalisé. 

    Les militants espéraient qu'un juge prendrait une décision que le gouvernement refusait d'adopter. En septembre 2022, Prudente a déposé un recours constitutionnel, arguant que les lois anti-avortement de Malte violaient ses droits fondamentaux. Elle réclamait des dommages et intérêts et demandait à la Cour de déclarer inconstitutionnelles les lois maltaises sur l'avortement, au motif qu'elles étaient contraires à la Convention européenne des droits de l'homme. Elle invoquait également une discrimination, affirmant que sa vie avait été mise en danger (un récit relayé par la presse internationale) et que sa vie privée avait été violée. 

    Le jugement tant attendu, rendu le 1er juillet dernier, a anéanti ces espoirs. La juge Miriam Hayman, après avoir examiné les témoignages médicaux et entendu les experts, a conclu qu'il n'y avait aucune preuve de risque imminent pour la vie de Prudente et qu'elle avait reçu les soins médicaux appropriés. En réalité, la juge Hayman a déclaré que Prudente s'était persuadée, à tort, qu'elle mourrait d'une septicémie si elle n'avortait pas, suite à des conversations avec des médecins favorables au droit à l'avortement. « Cette pauvre mère », a-t-elle écrit, « a été soumise à la peur et à une forte pression émotionnelle, craignant que l'on lui retire le bébé ou qu'elle ne meure. »

    Hayman a ensuite fustigé les militants pro-avortement pour avoir instrumentalisé l'affaire. « La Cour n'hésite pas à affirmer que cette femme a été utilisée par les prétendus défenseurs du droit à l'avortement pour faire avancer leur revendication de changements législatifs plus radicaux, sans tenir compte de son état émotionnel ni de celui du père », a écrit Hayman . Prudente, a-t-elle ajouté, « s'est pliée à leurs exigences ». Depuis l'échec de l'arrêt Prudente visant à légaliser l'avortement, des militants ont lancé une campagne de distribution illégale de pilules abortives.

    L'arrêt Prudente constitue un nouveau revers pour la stratégie de Savita. L'année dernière, trois médecins polonais ont été condamnés pour le décès, en 2021, d'Izabella, une femme enceinte de trente ans. Des militants avaient affirmé que sa mort était due à un refus d'avortement, et d'importantes manifestations pro-avortement avaient secoué la Pologne. Dans cette affaire également, l'enquête a conclu qu'Izabella était décédée d'une septicémie et que la faute médicale, et non le refus d'avortement, était en cause. Les militants espéraient que ce procès ferait chuter le régime pro-vie polonais.

    Pourtant, l'idée que les lois ne peuvent protéger à la fois les femmes et leurs enfants à naître reste puissante et persuasive. Aux États-Unis, les militants pro-avortement ont exploité cet argument avec succès lors des référendums d'État, et les médias l'ont relayé sans relâche . Une stratégie similaire est employée dans les pays en développement. Les militants pro-avortement instrumentalisent les morts tragiques pour réclamer des avortements volontaires ; ils brandissent le sang et en demandent davantage. Le fait que Malte (avec la Pologne) affiche l'un des taux de mortalité maternelle les plus bas au monde tout en protégeant les enfants à naître prouve qu'il ne s'agit là que de propagande. 

  • FSSPX : Les véritables raisons du schisme; le discours prophétique de Ratzinger en 1988

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Les véritables raisons du schisme. Le discours prophétique de Ratzinger en 1988

    (s.m.) Settimo Cielo n’a rien publié jusqu’à présent sur cette affaire largement relayée par les médias du monde entier à propos du schisme et de l’excommunication qui ont frappé la Fraternité sacerdotale Saint-Pie‑X, fondée en 1970 par l’archevêque Marcel Lefebvre, en raison de l’ordination, ce 1er juillet, de quatre évêques sans autorisation du pape (photo).

    Un schisme analogue, assorti d’une excommunication, avait déjà frappé la Fraternité le 30 juin 1988, cette fois encore pour l’ordination de quatre évêques sans mandat pontifical.

    Et, quelques jours plus tard, le 13 juillet de cette même année, celui qui était encore Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger, alors en visite au Chili, prononçait à Santiago un discours en espagnol aux évêques chiliens qui analysait les « causes les plus profondes » de la rupture.

    Avec plusieurs années de recul, cette analyse de Ratzinger est d’une actualité saisissante. Settimo Cielo la propose à ses lecteurs comme clé d’interprétation des faits, avec ses remerciements à celui qui l’a redécouverte et transmise le premier, le Chilien Luis Badilla Morales, qui a été l’une des grandes voix de Radio Vatican à l’époque où elle était dirigée par le P. Federico Lombardi, après avoir, dans sa jeunesse, été un opposant actif à la dictature de Pinochet.

    Parmi les raisons du schisme, on ne s’étonnera pas que Ratzinger pointe du doigt le rejet par les lefebvristes de la réforme liturgique conciliaire et leur repli sur la liturgie en rite ancien. Il s’agit d’une question toujours sans solution, qui concerne une grande partie de l’Église catholique à travers le monde et qui a vu s'engager, avec des tentatives de solution diamétralement opposées, tant Benoît XVI que le pape François — un dossier épineux sur lequel Léon a d'ores et déjà laissé présager la voie d'un savant rééquilibrage.

    La voie entreprise par le pape Robert F. Prevost n’en est qu’à ses prémisses, mais elle a déjà récolté les faveurs de plusieurs hommes d’Église importants dans le camp de ceux qui sont davantage attentifs à la Tradition.

    L’un d’entre eux n’est autre que le cardinal Robert Sarah, l’ancien Préfet du Dicastère pour le Culte divin, qui a consacré son dernier livre – publié aux États-Unis en 2025 chez Ignatius Press et dernièrement en Italie chez Cantagalli – précisément à la musique sacrée et à la liturgie.  Il s’agit d’un dialogue avec Peter Carter, qui est directeur du Catholic Sacred Music Project, intitulé : « Le Chant de l’Agneau ».

    Un ouvrage aux accents très proches de ceux du Ratzinger théologien, liturgiste et pape.

    *

    Réflexions sur les causes les plus profondes de l’affaire Lefebvre

    de Joseph Ratzinger

    Santiago du Chili, 13 juillet 1988

    Sans aucun doute, le problème soulevé par Mgr Lefebvre ne s'est pas éteint avec la rupture du 30 juin. Il serait trop commode de se réfugier dans une espèce de triomphalisme et de penser que cette question a cessé d'être pertinente dès l'instant où le mouvement de Lefebvre s'est séparé de façon nette de l'Église. Un chrétien ne peut jamais, ni ne doit jamais, se réjouir d'une rupture. Même si la faute ne saurait incontestablement être imputée au Saint-Siège, il est de notre devoir de nous interroger : quelles erreurs avons-nous commises, quelles erreurs commettons-nous encore ? Les critères qui permettent de juger le passé, à commencer par le décret sur l'œcuménisme du concile Vatican II, doivent logiquement être applicables pour appréhender le présent également.

    L'une des découvertes fondamentales de la théologie de l'œcuménisme, c’est que les schismes ne se produisent que lorsque, au sein de l'Église, certaines vérités et certaines valeurs de la foi chrétienne ne sont plus ni vécues ni aimées. La vérité qui est marginalisée acquiert alors son autonomie, se détache de la totalité de la structure ecclésiale, et c'est autour d'elle que se forme un mouvement nouveau. Le fait qu'un si grand nombre d'hommes, pourtant éloignés du cercle restreint de la fraternité de Lefebvre, voient en cet homme une sorte de guide, ou pour le moins un allié utile, doit nous faire réfléchir. Il ne suffit pas d’attribuer tout cela à des motifs politiques, à la nostalgie ou à d'autres raisons secondaires d'ordre culturel. De telles causes ne suffiraient pas à attirer, en particulier, des jeunes issus de pays très différents et appartenant à des contextes politiques et culturels totalement différents. Bien entendu, leur vision étroite et unilatérale saute aux yeux où que l’on regarde ; pourtant, le phénomène dans son ensemble demeurerait inimaginable s'il n'y avait également en jeu des éléments positifs qui, ne trouvent en général plus suffisamment d’espace vital dans l'Église d'aujourd'hui.

    Pour toutes ces raisons, nous devons considérer cette situation en premier lieu comme l'occasion d'un examen de conscience. Nous ne devons pas redouter d’examiner avec sérieux les manquements de notre pastorale qui transparaissent à travers tous ces faits. C'est ainsi que nous pourrons offrir un espace à ceux qui le recherchent et le réclament au sein même de l'Église, et parvenir ainsi à rendre le schisme, de l'intérieur de l'Église, parfaitement superflu.

    Je voudrais examiner trois aspects qui, à mon sens, jouent un rôle important dans cette situation.

    A. Le sacré et le profane

    De nombreuses raisons peuvent expliquer pourquoi de nombreuses personnes pourraient avoir cherché refuge dans l'ancienne liturgie. L'une des principales, et non des moindres, est qu'elles y trouvaient intacte la dignité du sacré.

    Après le Concile, beaucoup ont intentionnellement érigé la « desacralisation » en programme, nous en expliquant que le Nouveau Testament avait aboli le culte du Temple : le voile du Temple déchiré au moment de la mort du Christ sur la croix signifiait — selon eux — la fin du sacré. La mort de Jésus hors des murs, c'est-à-dire dans la sphère publique, constituait désormais la véritable adoration ; l’adoration, si elle doit exister, s'accomplit dans la non-sacralité de la vie quotidienne, dans l'amour vécu. C’est sur la base de tels arguments que l’on a relégué les ornements sacrés au second plan ; les églises ont été dépouillées, autant que possible, de la splendeur qui évoque le sacré ; et la liturgie a été réduite, autant que faire se peut, au langage et aux gestes de la vie ordinaire, à travers des salutations, des signes communs d'amitié et d’autres choses semblables.

    Cependant, de telles théories et pratiques ont totalement fait fi du véritable lien unissant l'Ancien et le Nouveau Testament ; on a oublié que ce monde n'est pas encore le Royaume de Dieu et que « le Saint de Dieu » (Jn 6, 69) demeure en contradiction avec le monde ; que nous avons besoin de purification pour nous approcher de Lui ; que le profane, même après la mort et la résurrection de Jésus, n'est pas devenu saint. Le Ressuscité ne s'est manifesté qu'à ceux dont les cœurs s'étaient ouverts à Lui, au Saint : Il ne s'est pas révélé au monde entier. C'est à partir de ce monde-là que s’est ouvert le nouvel espace d'adoration vers lequel nous sommes désormais tous orientés ; cette adoration consiste à s'approcher de la communauté du Ressuscité, aux pieds duquel les femmes se sont prosternées pour l'adorer (Mt 28, 9).

    Je ne souhaite pas approfondir davantage ce point ici, mais simplement en venir directement à la conclusion : nous devons reconquérir la dimension du sacré dans la liturgie. La liturgie n'est pas un festival, ni une réjouissance conviviale. Peu importe si un curé parvient à mettre en œuvre des idées séduisantes ou des spéculations fantaisistes. La liturgie est la mise en présence au milieu de nous du Dieu trois fois saint, elle est le buisson ardent, elle est l'Alliance de Dieu avec l'humanité en Jésus-Christ mort et ressuscité. La grandeur de la liturgie ne repose pas sur sa capacité à offrir un divertissement captivant, mais sur son pouvoir à nous mettre en contact avec le Tout-Autre, que nous ne saurions évoquer par nos propres forces. Il vient parce qu'Il le veut. En d'autres termes, l'essence de la liturgie est le mystère, qui s'accomplit dans le rite commun de l'Église ; tout le reste ne fait que l'amoindrir. Les fidèles en font l'expérience poignante, et ils se sentent trahis lorsque le mystère se mue en divertissement, lorsque le protagoniste de la liturgie n'est plus le Dieu vivant, mais le prêtre ou l'animateur liturgique.

    B. Le caractère non arbitraire de la foi et sa continuité

    Défendre le concile Vatican II — à l'opposé de Mgr Lefebvre — comme un événement valide et contraignant pour l'Église reste et continuera à rester une nécessité. Néanmoins, il existe une posture de vision étriquée qui isole Vatican II et qui a provoqué cette opposition. Plusieurs interprétations donnent l'impression qu'après Vatican II, tout a basculé et que ce qui a précédé ne saurait plus être valable, ou, au mieux, ne le serait qu'à la lumière de Vatican II. Le concile Vatican II n'est pas considéré comme une composante de la totalité de la Tradition vivante de l'Église, mais plutôt comme le terme de la Tradition et un complet recommencement à zéro. La vérité est que le Concile lui-même n'a défini aucun dogme et s'est efforcé consciemment de s'exprimer sur un mode plus modeste, simplement comme un concile pastoral ; pourtant, beaucoup l'interprètent comme s'il s'agissait presque d'un super-dogme frappant d'insignifiance tout le reste.

    Cette impression se trouve surtout renforcée par ce qui se passe dans la vie quotidienne. Ce qui était jadis considéré comme la chose la plus sacrée — la forme transmise par la liturgie — est soudain devenue la plus proscrite et l'unique chose qu'il faille impérativement rejeter. Les critiques à l'égard des nouveautés de la période post-conciliaire ne sont pas tolérées ; en revanche, lorsqu'il s'agit des règles anciennes ou des grandes vérités de la foi — par exemple la virginité corporelle de Marie, la résurrection corporelle de Jésus, l'immortalité de l'âme, etc. —, il n'y a aucune réaction, ou tout au plus une réaction extrêmement timorée. J'ai moi-même été témoin, du temps où j'étais professeur, de la manière dont un évêque qui, avant le Concile, avait congédié un professeur irréprochable sous prétexte d'un franc-parler un peu rude, s'est trouvé incapable, après le Concile, de licencier un autre professeur qui niait ouvertement certaines vérités fondamentales de la foi. Tout cela amène beaucoup de fidèles à se demander si l'Église d'aujourd'hui est vraiment encore la même que celle d'hier, ou si elle n'a pas simplement été remplacée par une autre à leur insu. La seule manière de rendre Vatican II crédible est de le présenter clairement pour ce qu'il est : un maillon de l'unique et entière Tradition.

    C. L'unicité de la vérité

    En mettant la question liturgique de côté, les points névralgiques du conflit résident actuellement dans l'attaque portée contre le décret sur la liberté religieuse et contre le prétendu esprit d'Assise. Sur ces points, Mgr Lefebvre trace une ligne rouge entre sa position et celle de l'Église catholique d'aujourd'hui. Il n'est nul besoin de réaffirmer explicitement que ses thèses en la matière sont inacceptables. Mais nous ne nous attarderons pas ici sur ses erreurs ; nous souhaitons plutôt nous demander où réside notre propre manque de clarté.

    Pour Mgr Lefebvre, il s'agit d'un combat contre le libéralisme idéologique, contre la relativisation de la vérité. À l'évidence, nous ne saurions partager son avis lorsqu'il affirme que le texte conciliaire sur la liberté religieuse ou la prière d'Assise, selon les intentions exprimées par le Souverain Pontife, constituent des relativisations [de la vérité]. Il n'en demeure pas moins vrai que, dans le climat spirituel de l'époque postconciliaire, la question de la vérité a souvent été éclipsée, voire étouffée ; et c'est peut-être là que nous touchons au problème crucial de la théologie et de la pastorale contemporaines.

    La « vérité » est soudain apparue comme une prétention excessive, un « triomphalisme » intolérable. Ce processus s'observe de manière particulièrement évidente dans la crise qui a frappé l'idéal et la pratique missionnaires. Si nous ne recherchons pas la vérité lorsque nous annonçons notre foi, et si cette vérité n'est plus essentielle au salut de l'humanité, alors les missions perdent leur raison d'être. De fait, on en est venu, et on en vient encore, à conclure qu'à l'avenir, le seul objectif devrait être que les chrétiens soient de bons chrétiens, les musulmans de bons musulmans, les hindous de bons hindous, et ainsi de suite. Mais comment savoir quand quelqu'un est un « bon » chrétien ou un « bon » musulman ? L'idée que toutes les religions sont, à proprement parler, de simples symboles de l'Incompréhensible en dernière analyse, gagne rapidement du terrain, y compris en théologie, et se trouve déjà profondément enracinée dans la pratique liturgique. Partout où se manifeste ce phénomène, la foi en tant que telle finit par être abandonnée, car elle consiste précisément à s'en remettre à la vérité dans la mesure même où celle-ci est reconnue. C'est pourquoi nous avons certainement toutes les raisons de revenir au bon sens dans ce domaine également. Si nous parvenons à montrer et à vivre à nouveau la totalité du catholicisme dans ces milieux, nous pourrons alors espérer que le schisme de Mgr Lefebvre ne s'éternise pas.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Ordonner des prêtres mariés n’entraînerait pas une augmentation des vocations

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    De Peter Winnemöller sur kath.net/news

    Car ils ne savent pas ce qu’ils réclament

    20 juillet 2026

    Toujours le célibat. Pourtant, sa simple suppression créerait très probablement plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait. Ordonner des prêtres mariés n’entraînerait pas une augmentation des vocations. Le « Montagskick » de Peter Winnemöller

    Linz (kath.net)
    Le célibat doit disparaître. Ce n’est pas seulement ce que réclame le très controversé « ZdK ». Le nouvel évêque d’Eichstätt remet lui aussi cette question sur la table. L’archevêque de Malines-Bruxelles, Luc Terlinden, déclare : « Pour moi, des prêtres mariés seraient un enrichissement pour l’Église. » L’évêque d’Anvers, Johann Bonny, a récemment annoncé son intention d’ordonner des hommes mariés prêtres d’ici 2028. Et un commentaire publié sur le portail d’information géré par la kna pour le compte des évêques allemands allait également dans ce sens : il faut en finir avec ça. En tout cas, il faut en finir avec le célibat obligatoire. Il ne fait aucun doute que des milliers de jeunes hommes sont enfermés, en pleurant et en grinçant des dents, dans des institutions de célibat forcé et sont brutalement empêchés de se marier. C’est bien sûr absurde. Personne n’est contraint à cet engagement. Et c’est également une légende urbaine que cette obligation empêche les vocations. La pénurie de pasteurs protestants est encore bien plus grave que celle des prêtres catholiques. Mais ce n’est pas un critère. Dans ce contexte, le fait que la profession de pasteur protestant soit celle qui affiche le taux de divorce le plus élevé n’est sans doute qu’une note de bas de page. Feu Heinrich Heitmeyer, ancien vicaire général d’Osnabrück, avait coutume de dire que le célibat avait entraîné son lot de problèmes. Cependant, en supprimant le célibat, on s’en débarrasserait au prix de s’attirer un nombre bien plus important d’autres problèmes.

    En ce qui concerne la question de l’entrave aux vocations, il faut garder à l’esprit qu’une vocation est toujours un processus en trois étapes : l’inclination, l’aptitude et l’acceptation par la communauté concernée. Si les première et deuxième étapes sont souvent négligées, la troisième n’est généralement même pas évoquée. Un candidat qui souhaite, par exemple, devenir prêtre devrait prendre plaisir à se pencher sur des questions théologiques, non pas par pur intérêt personnel, mais dans le but de se qualifier pour la pastorale et pour le ministère sacramentel auquel il aspire. Il s’agit là de la vocation, qui peut et doit bien sûr revêtir un caractère très individuel. La déterminer est d’abord un acte très personnel, mais cela devient par la suite un aspect qui doit être communiqué de manière appropriée lors des entretiens avec les personnes responsables de la formation sacerdotale. Il s’agit de clarifier sa vocation, et c’est là déjà que le mode de vie du célibat entre en jeu.

    Le point suivant concerne l’aptitude. Outre les capacités intellectuelles requises pour suivre des études universitaires, il faut toujours tenir compte de questions liées au caractère. Là encore, la question se pose de savoir si la personne concernée est capable de mener une vie sans mariage et, par conséquent, sans partenaire sexuel. Les conseils évangéliques de pauvreté, de célibat et d’obéissance constituent un bon point de repère. Ce sont là des défis de taille, que l’on ne relève pas à la légère. Beaucoup de choses ne se décideront qu’en cours de route, mais avant l’ordination, il faudrait également avoir des certitudes sur ce point. C’est alors qu’intervient le troisième aspect : l’acceptation par la communauté concernée. Au vu du scandale des abus sexuels et d’autres éléments, on peut reprocher aux diocèses une certaine légèreté à cet égard au cours des dernières décennies. Cela vaut également pour la préparation à la vie célibataire. Lorsqu’un diocèse autorise un jeune homme à entamer des études en vue du sacerdoce tout en entretenant une relation avec une jeune femme, c’est qu’il y a un grave problème. Or, le fait est que, pour être accepté comme prêtre dans l’Église catholique romaine, il est nécessaire de s’engager à respecter le célibat. Sans cet engagement, pas d’acceptation ; sans cette acceptation, pas de vocation. On peut alors toujours se sentir appelé, mais c’est un acte de maturation personnelle que de parvenir à comprendre quelle est la véritable nature de la vocation. Ce n’est ni un défaut ni une honte de ne pas être appelé à la prêtrise. C’est en réalité plutôt une exception. Le clergé signifie « être appelé à sortir ». Or, cela n’est pas facultatif et ce n’est pas quelque chose que l’on peut choisir.

    On aime alors souvent établir un contraste avec l’Église orientale. C’est quand même génial qu’ils aient des prêtres mariés. On peut partager ce point de vue. Mais ceux qui croient sérieusement que cela permettra d’obtenir rapidement davantage de prêtres se trompent lourdement. Mais attendons un peu : la pratique de l’Église orientale est plus proche de la nôtre que la plupart des gens ne le pensent. L'Église orientale suit la devise de l'Ancien Testament selon laquelle « il n'est pas bon que l'homme soit seul ». C'est pourquoi il existe deux types de prêtres. Les uns sont moines. Les autres sont mariés. Il n’existe pas de prêtre célibataire vivant seul. Ainsi, quiconque souhaite devenir prêtre dans une Église orientale, y compris dans une Église orientale uniate, doit, avant son ordination, soit être marié, soit entrer au monastère. Tertium non datur. Il en résulte que, dans les Églises orientales, il existe un grand nombre de jeunes hommes qui ont terminé leurs études de théologie, qui ont accompli tout ce que leur évêque leur avait demandé en matière de formation, mais qui ne peuvent néanmoins pas être ordonnés parce qu’ils sont célibataires et ne manifestent aucune envie d’entrer au monastère. Certains de ces jeunes hommes vivent parfois dans des conditions économiques très précaires s’ils n’ont ni famille ni mécènes. Augmenter le nombre de prêtres en supprimant le célibat pourrait donc se retourner de manière spectaculaire contre cette initiative. En Occident aussi, les hommes se marient de plus en plus tard. De plus, une femme devrait être prête à partager la vie d’un prêtre. Cela aussi constitue un défi.

    Nous voyons là avant tout une illusion : les prêtres ordonnés ne peuvent pas se marier. Dans toute l’Église, c’est-à-dire tant à l’Est qu’à l’Ouest, l’ordination constitue un obstacle au mariage, mais le mariage n’est pas un obstacle à l’ordination. Il est donc en principe possible, même en Occident, d’ordonner des hommes mariés prêtres. En revanche, tant à l’Est qu’à l’Ouest, il est impossible de se marier en tant que prêtre. Si les hommes doivent être mariés avant l’ordination, à moins qu’ils ne souhaitent entrer au monastère, cela constitue un facteur considérable de report des ordinations. À cela s’ajoute le fait que, dans les Églises orientales également, les évêques sont toujours célibataires. Cela signifie que, dans l’Église orientale, les évêques sont en principe des moines. Ce n’est pas un inconvénient, si l’on en juge par nos évêques professeurs.
    Si, en Occident, avec notre taux de divorce élevé, nous ordonnions des hommes mariés comme prêtres, nous nous retrouverions très vite avec toute une série de prêtres divorcés qui ne pourraient toutefois pas se remarier. Ils ne pourraient pas non plus se remarier s’ils devenaient veufs. L’ordination constitue alors un obstacle au mariage. Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour se représenter le premier évêque confronté à un évêque divorcé et remarié civilement. Et ensuite ? Il ne faut pas beaucoup d’imagination non plus pour se représenter le tollé dans la presse allemande contre une Église cruelle qui suspendrait un prêtre pour cette raison.

    Ce serait également le cas si l’Occident s’engageait dans une tradition entièrement nouvelle et acceptait le moine aux côtés du pope marié et du prêtre célibataire. D’un point de vue théologique concernant les fonctions ecclésiastiques, cela exigerait l’une ou l’autre contorsion, mais conduirait finalement au même ensemble de problèmes. Pourtant, l’Occident aurait encore de bonnes cartes en main, puisqu’il pourrait employer les jeunes candidats au sacerdoce célibataires et désireux de se marier en tant qu’assistants pastoraux. Cela serait possible, du moins en théorie. La mise en place d’un tel système susciterait toutefois beaucoup de mécontentement. Les prêtres plus âgés, encore en âge de se marier, se retrouveraient prisonniers du célibat – et ce, d’un célibat de fait imposé ! Les assistants pastoraux, qui n’avaient jusqu’à présent pas envisagé cette option, pourraient soudainement demander à être ordonnés, et ceux qui pourraient déjà être vicaires ou curés depuis longtemps se retrouveraient peut-être à tourner en rond dans l’attente, en liberté de fréquentation, pendant une durée exorbitante.

    Il n’en reste pas moins que l’exigence imposée aux prêtres de s’engager, avant leur ordination, à mener une vie de célibat et de chasteté, pose de nombreux problèmes à l’Église. Mais il est également vrai que la suppression du célibat modifierait la nature de ces problèmes et en multiplierait même le nombre. On ne peut que répéter sans cesse à tous ceux qui, dans des commentaires, des discours, des essais, des documents de réforme et bien d’autres formes encore, réclament « l’abolition définitive du célibat », de bien vouloir réfléchir à toutes les conséquences – dont ce billet est loin de mentionner toutes – et d’en tenir compte lorsqu’ils lancent de telles revendications populistes. Car celui qui croit sincèrement qu’un mariage est plus facile à vivre qu’une vie chaste et célibataire se trompe infiniment.

  • Liège (Cornillon), 7 août : Fête de sainte Julienne

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  • Comment lisait-on la bible au Moyen Age ? (KTO)

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    Contrairement aux idées reçues, le Moyen Âge n’est pas la période obscurantiste que l’on a pu nous présenter. L’une des plus belles expressions de sa richesse était la lecture, la traduction et le commentaire de la Bible. Dans cette émission d’Au Risque De l’Histoire, Christophe Dickès s’appuie sur le travail d’étude des exégèses bibliques dans l’Occident chrétien, mené par Gilbert Dahan, Directeur de recherche au CNRS et à l’EPHE, assisté par l’expertise de Xavier Laurent Salvador, maître de conférences en langues et littératures médiévales. L’occasion de découvrir les multiples facettes que recouvre la lecture de la Bible au Moyen Âge et les travaux que cela a suscité, jusqu’à la préfiguration de l’humanisme de la Renaissance.

  • Léon XIV : Le problème d'être pasteur

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Le problème d'être pasteur

    Fait rare la semaine dernière, les médias officiels du Vatican se sont prononcés sur une controverse concernant des propos récents de l'ambassadeur américain Brian Burch, représentant diplomatique de son pays auprès du Saint-Siège.

    Les médias du Vatican ont tenu à réaffirmer que « le pape parle toujours en pasteur ».

    C’était le titre d’un éditorial d’Andrea Tornielli, directeur éditorial de Vatican Media, qui semblait être une réponse directe à une interview accordée par Burch au New York Times.

    Publiée quelques jours avant l'éditorial de Tornielli mais réalisée en juin, l'interview de Burch par le Times citait l'ambassadeur affirmant que l'opinion du pape, lorsqu'il s'exprime en tant que chef d'État, est égale à celle des autres chefs d'État.

    Il y a beaucoup à analyser, tant dans les remarques de Burch que dans l'éditorial de Tornielli.

    Tornielli explique que le fait que l'évêque de Rome soit également souverain de l'État de la Cité du Vatican ne signifie pas qu'il agisse ou parle en tant que dirigeant politique lorsqu'il intervient sur des questions qui concernent l'humanité.

    Tornielli souligne que l'existence de l'État de la Cité du Vatican sert à garantir la pleine indépendance du successeur de Pierre dans l'exercice de sa mission spirituelle, mais cela ne signifie pas que le pape cumule des fonctions politiques et religieuses.

    Pour étayer cet argument, Tornielli rappelle que Paul VI, aux Nations Unies le 4 octobre 1965, avait souligné que le pape n'avait « aucun pouvoir temporel ni aucune ambition de rivaliser » avec les dirigeants des nations. Avant son accession au trône pontifical, Montini avait soutenu en 1962 qu'après la dissolution des États pontificaux, la papauté pourrait mieux développer sa mission d'enseignement et de témoignage de l'Évangile.

    En bref, « toute exaltation ou exagération du rôle du pontife en tant que chef d’État est trompeuse » car elle « détourne l’attention de sa seule et véritable mission de pasteur universel », qui, lorsqu’il prend la parole pour défendre la vie, la paix, le désarmement, ou appelle à dépasser le concept de guerre juste, ou se préoccupe des pauvres et de la liberté religieuse, « ne fait que proclamer l’Évangile ».

    Dans le New York Times, Burch a souligné que le pape, en tant que chef d'État, devait être considéré comme l'égal d'un autre chef d'État, et que par conséquent ses opinions étaient égales à celles des autres.

    Il a fait remarquer que le Saint-Siège « n’a pas dit et ne déclarera pas définitivement » si le conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran est une guerre juste, que le pape le ferait en sa qualité de chef d’État, et que la doctrine de la guerre juste exige que ce soient les gouvernements qui décident ; le pape ne peut pas avoir suffisamment d’informations pour la définir.

    Or, les déclarations de l'ambassadeur américain ont leurs limites.

    D'une part, la tradition de pensée de la guerre juste repose sur des critères très clairs, élaborés sur des milliers d'années, et Léon a déclaré aux journalistes lors de son vol vers l'Espagne le 6 juin dernier que le conflit iranien ne les respecte pas.

    « Je crois que cela a déjà été très clairement indiqué », a déclaré Léon, « en Iran, les critères d'une guerre juste ne sont pas réunis. »

    « La théorie de la guerre juste remonte à des siècles, à une époque où il était impossible d’imaginer les armes et la capacité de destruction dont dispose l’humanité aujourd’hui », a également déclaré Léon.

    Dans sa récente encyclique Magnifica Humanitas , le pape a déclaré que la théorie de la guerre juste est « dépassée », en grande partie à cause du pouvoir destructeur des armes modernes, suivant une voie qui a commencé avec l’ encyclique Pacem In Terris de Jean XXIII .

    En fin de compte, une guerre préventive ne peut jamais être une guerre juste.

    L'affirmation selon laquelle l'opinion du pape, en tant que chef d'État, est dissociable de celle d'un chef religieux est vraie jusqu'à un certain point.

    Le pape ne peut être défini comme un chef d'État au même titre que les autres ; notamment lorsqu'il s'exprime sur un plan diplomatique, il est le Saint-Siège. Il ne représente pas le Saint-Siège. Il est le Saint-Siège. Selon le droit canonique, le pape, le Saint-Siège et le Secrétariat d'État sont synonymes.

    La question n'est donc pas de savoir si le pape est chef d'État. Il l'est, mais d'un territoire fonctionnel. Le problème réside dans la représentation internationale du Saint-Siège.

    Cette représentation internationale s'est poursuivie même pendant la période où, suite à l'invasion des États pontificaux par l'Italie, le pape s'est exilé à Castel Sant'Angelo et le Saint-Siège s'est retrouvé sans État.

    Durant ces années, cependant, les relations diplomatiques se multiplièrent ; Léon XIII fut même invité à la Conférence de paix de La Haye de 1899, et il n'y assista pas uniquement en raison de l'opposition italienne — qui ne voulait pas reconnaître la souveraineté du Saint-Siège — mais envoya un message contenant, entre autres, les germes de nombreuses réformes initiées par l'ère du multilatéralisme.

    Il est donc frappant que l'article de Vatican News se concentre uniquement sur le rôle du pape en tant que pasteur.

    Le Pape est un pasteur ; le Pape proclame l’Évangile, mais l’Évangile est aussi proclamé diplomatiquement, à travers un énorme réseau diplomatique (184 relations bilatérales), et aussi en défendant la vie, la famille et les droits dans les forums internationaux.

    Le pape ne parle jamais uniquement en tant que pasteur, car autrement le discours qu'il adresse au corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, le discours au corps diplomatique et à la société civile qui constitue le premier rendez-vous de chaque voyage apostolique , ou même le discours qu'il a prononcé devant les Cortes espagnoles lors de son voyage en Espagne, seraient dénués de sens.

    Mais tout cela est absent de l'éditorial de Vatican News, qui s'attache avant tout à écarter toute possibilité de considérer le pape comme un chef d'État comme les autres. Il ne l'est pas, certes, mais il n'est pas non plus un simple pasteur.

    Cette nuance, sans doute considérée comme évidente et implicite, ne figure pas dans le texte, donnant ainsi l'impression que Léon XIV n'entend exercer que ce rôle, créant un court-circuit dans la perception de la diplomatie du pape.

    Ainsi, l'interview à l'origine de la polémique et la réponse qu'elle a suscitée présentent toutes deux des lacunes, incomplètes pour une meilleure compréhension du contexte. La réaction de l'ambassadeur américain n'est guère surprenante, ne serait-ce que parce que l'administration Trump a toujours instrumentalisé cette distinction entre chef d'État et chef spirituel pour tenter de dissocier les paroles du pape des actes du gouvernement.

    Il est surprenant que Vatican News n'ait pas mis l'accent sur le travail diplomatique, mais ait plutôt cherché à démontrer que le pape n'est qu'un chef d'État fonctionnel, dépourvu de pouvoir temporel.

    Il a été dit que l'article de Vatican News avait été commandé par Léon XIV lui-même, ou du moins par des personnes de haut rang, et que le pape souhaitait le lire et l'approuver au préalable. Si cette information se confirme, trois conclusions peuvent être tirées.

    L'interview de Burch aurait été presque inintéressante sans cette réponse, car, au-delà du discours linguistique américain, Burch s'adresse à un public américain, utilisant la terminologie américaine et donc essentiellement locale.

    Si le pape a demandé une réponse, c'est parce qu'il se soucie de la perception des États-Unis.

    En effet, si l'on y réfléchit, il a également accordé sa première interview pour un livre de la journaliste américaine Elise Allen, publié en espagnol pour un public péruvien, afin de clarifier sa position sur certaines situations passées.

    Léon XIV ne veut pas donner l'impression de privilégier les États-Unis dans ses réflexions , mais c'est ainsi que l'opinion publique américaine le perçoit.

    Deuxièmement, définir le Saint-Siège tel qu'il est pose une difficulté considérable.

    La souveraineté du Pape sur l'État de la Cité du Vatican semble occulter le fait que le Saint-Siège possède une souveraineté internationale indépendante de tout territoire. Comme si la présence du Saint-Siège sur la scène internationale devait être justifiée plutôt que réaffirmée. Nous vivons une époque nouvelle où il est difficile d'expliquer le sens de la diplomatie papale.

    Mais tout ne se réduit pas à une simple perspective pastorale ; autrement, le Pape deviendrait – et c’est effectivement le cas – un chef spirituel parmi d’autres . Or, le Pape n’a jamais été un chef spirituel parmi d’autres. Et le Saint-Siège, précisément en ce sens, a toujours été, de mémoire d’homme, un acteur de paix.

    De plus, Montini n'était pas le seul à évoquer le caractère providentiel de la perte des États pontificaux. Benoît XVI, s'exprimant en Allemagne, a également parlé du caractère providentiel des tendances séculières qui ont permis l'avènement d'une Église détachée du monde .

    Cela ne signifie pas pour autant défendre la perte de souveraineté. Cela signifie souligner que, si la souveraineté se réduit à une simple structure, elle perd de vue ses motivations originelles.

    La troisième conclusion concerne la communication.

    Pourquoi les médias du Vatican devraient-ils réagir aux déclarations d'un ambassadeur, même indirectement ? Pourquoi est-il nécessaire de clarifier les déclarations d'un ambassadeur ?

    Il s'agit d'une question importante car elle touche à la dignité même du Saint-Siège et à sa manière d'interagir avec le monde.

    Autrefois, on aurait tout simplement ignoré les propos tenus, lancé une protestation interne ou convoqué l'ambassadeur pour obtenir des explications.

    Le fait que tout soit désormais exposé dans les médias témoigne effectivement d'une modernisation du Saint-Siège.

    Cela témoigne également d'une soumission à la logique du monde, dont l'issue est incertaine.

  • (France) Loi fin de vie votée : face à un choix de rupture, renouveler notre engagement au service de la vie

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    Du site de l'Egise catholique en France :

    Communiqué de presse

    Loi fin de vie votée : face à un choix de rupture, renouveler notre engagement au service de la vie

    Ce 15 juillet 2026 marque une rupture grave dans l’histoire de notre pays. En choisissant de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, les députés ont inscrit dans la loi française la possibilité de provoquer la mort. Ce choix rompt avec la longue tradition du soin dont la vocation est de soulager la souffrance et d’accompagner chaque personne jusqu’au terme naturel de sa vie.

    Depuis quatre ans, avec les évêques de France, nous avons participé de façon sérieuse et responsable au débat sur la fin de vie, par l’expression de nos convictions et en dialogue avec tous. Forts de l’expérience multiséculaire de l’Église dans l’accompagnement des personnes malades, des mourants et de leurs familles, nous avons tenu à partager nos réflexions sur la dignité de toute vie humaine. Le Président de la République avait annoncé un débat serein, éclairé et respectueux mais force est de constater que les enjeux politiques, idéologiques et sans doute même économiques, déguisés par des mots trompeurs, ont eu raison de cette ambition. Une question aussi essentielle pour notre pacte social méritait pourtant que les conséquences humaines, médicales, éthiques et sociales de l’euthanasie et du suicide assisté soient pleinement considérées.

    Les effets d’une telle législation ne se mesurent pas encore mais ils se dessinent déjà. Notre rapport à la vulnérabilité, à la vieillesse, au handicap ou à la maladie, changera. Le lien de confiance entre les générations mais aussi entre les soignants, les patients et leurs familles sera dégradé et le regard de la société sur la fragilité, abîmé. Les plus pauvres risquent d’être les premiers à en payer le prix : ne voulant pas être une charge pour leurs enfants ou petits-enfants, les personnes âgées en précarité pourraient se sentir poussées à partir. En outre, l’expérience d’autres pays montre que les critères d’accès à l’aide à mourir tendent toujours à s’élargir, au détriment des soins palliatifs.

    Par-delà la désapprobation, ce vote du 15 juillet nous appelle donc à un engagement renouvelé, avec les familles, les soignants, les bénévoles, les proches aidants, les associations, les aumôniers, pour témoigner qu’une autre voie est possible, celle d’une présence fidèle et d’un accompagnement attentif qui apaisent les souffrances physiques ou psychologiques, sans jamais abandonner quiconque.

    La Conférence des évêques de France exprime sa profonde gratitude à tous ceux qui, chaque jour, servent les personnes malades, handicapées, âgées ou en fin de vie. Elle encourage aussi les établissements catholiques de soin à être des témoins fidèles de l’indispensable attention éthique au respect des valeurs humaines fondamentales, en s’abstenant de comportements clairement illicites d’un point de vue moral, en vertu de la dignité de toute vie humaine.

    Enfin, elle suivra avec attention les saisines annoncées du Conseil Constitutionnel ainsi que les contributions volontaires associatives, afin que soit garanti en particulier le respect de l’éthique des établissements engagés dans l’accompagnement de personnes en fin de vie et qui excluent le recours à l’euthanasie ou au suicide assisté.

    Les catholiques de France continueront, avec beaucoup d’autres hommes et femmes de bonne volonté, croyants ou non, à servir la vie. Ils le feront animés par la ferme espérance que leur donne l’Évangile, sans esprit de résignation ni d’affrontement, convaincus que la grandeur d’une société ne réside jamais dans le fait de donner la mort aux plus fragiles, ou leur permettre de se la donner, mais au contraire de les accompagner, par une fraternité réelle, jusqu’au bout. Car le Christ en qui ils croient est venu pour que le monde ait la vie.

    Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, président de la Conférence des évêques de France

    Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours, vice-président de la Conférence des évêques de France

    Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise, vice-président de la Conférence des évêques de France

  • Histoire : la mort subite de l'Église d'Afrique du Nord

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    La mort subite de l'Église africaine

    20 juillet 2026

    L'effondrement total d'une civilisation est rare. En Occident, une continuité existe entre le passé romain et nos États contemporains, malgré les invasions de groupes « barbares ». Les Francs, ce peuple antique qui s'est installé en Gaule romaine, ont été façonnés par la culture romaine pour devenir le peuple que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Français. Mais qu'en est-il des cas où il n'y a aucune continuité, où une civilisation disparaît complètement et où il ne reste qu'une couche de cendres ? C'est ce qui est arrivé à l'Afrique du Nord romaine, une civilisation florissante, singulière mais pleinement intégrée au vaste monde romain. Le cœur battant de cette civilisation, l'Église africaine, n'a plus de descendant vivant.

    L'Église africaine comptait parmi les plus brillantes intellectuellement du christianisme primitif. On dit que Carthage abritait des chrétiens dans ses rues à l'époque apostolique. Et pour cause : Carthage était un centre névralgique de l'empire d'Occident, peut-être surpassée seulement par Rome en termes de cosmopolitisme. L'Église primitive y trouva un terreau fertile. Carthage nous a donné Tertullien et saint Cyprien, géants intellectuels qui ont contribué à définir l'orthodoxie de l'Église naissante.

    Contrairement à une grande partie de l'empire romain de langue latine, l'Afrique du Nord était marquée par un mélange d'influences culturelles contradictoires. La culture romaine dominante y était toujours présente, tout comme l'ancienne civilisation punique sur laquelle Rome s'était construite quelques siècles auparavant. Saint Augustin d'Hippone illustre parfaitement cette dualité culturelle, avec son père romain, Patricius, et sa mère punique, sainte Monique.

    Augustin fut la figure marquante de l'Église africaine, régnant comme évêque d'Hippone mais exerçant une influence bien au-delà de son diocèse. Par les synodes et les conciles d'Hippone et de Carthage, le canon occidental de la Bible fut adopté et ne fut plus remis en question pendant onze siècles. Les enseignements de l'Église sur le péché originel, la relation entre l'Église et l'État, le monachisme occidental et la morale furent développés par Augustin au sein de l'Église africaine, puis diffusés dans le reste du monde latin.

    À l'époque d'Augustin, l'Afrique du Nord était une civilisation profondément chrétienne. Elle comptait des centaines d'évêchés, de fréquents synodes et un sens aigu de la discipline ecclésiastique. Dans la petite ville de Thagaste, le monachisme occidental naquit sous la règle de saint Augustin. Augustin participa à des dizaines de conciles et entretint une correspondance abondante avec des évêques, des moines, des représentants impériaux et des papes. L'Église africaine était profondément catholique dans sa tradition et sa théologie sacramentelle, mais marquée par un paroissialisme farouche et une rigueur morale.

    La mort d'Augustin en 430, lors du siège d'Hippone par les Vandales, offre une analogie pertinente avec la situation de l'Église africaine au Ve siècle, cernée par ses ennemis et bientôt à la merci des aléas politiques de la région. Les Vandales soumirent la ville par la confiscation des biens de l'Église, l'expulsion du clergé catholique et l'imposition de l'hérésie arienne. Une fois l'Afrique du Nord occupée par les Vandales, les fidèles survivants de l'Église africaine se réfugièrent en Italie et en Gaule méridionale.

    Mais la tyrannie barbare fut de courte durée. Les Vandales, peuple germanique, comprenaient mal l'économie de l'Afrique du Nord et trouvaient la gestion d'un État-nation en territoire étranger bien trop complexe. L'Empire romain d'Orient reprit la région en 533, avec un nombre de victimes limité. Mais le mal était fait. L'Afrique du Nord était largement dépeuplée, et le déclin démographique et la désorganisation économique rendirent la région méconnaissable. Contrairement aux persécutions romaines antérieures, qui avaient souvent renforcé l'identité chrétienne, l'arianisme vandale rongea l'Église africaine de l'intérieur, en s'attaquant à ses dirigeants et à la vitalité de sa vie sacramentelle.

    De plus, les principales controverses théologiques de l'empire, notamment les disputes sur la christologie, se déroulaient principalement dans le monde grec, loin de l'Occident latin. Le christianisme africain devint marginalisé au sein du nouvel Empire romain, où le grec remplaça le latin comme langue officielle en 620. L'Église africaine, liée à la langue latine, ne put participer à la vie intellectuelle de la chrétienté.

    Le coup de grâce fut porté à la fin du VIIe siècle avec l'essor des armées arabes, qui déferlèrent des plaines d'Arabie vers l'Égypte et la Syrie. Les armées du califat conquirent l'Afrique romaine en 647, mais furent repoussées par les Romains, avant de revenir triomphalement en 698. Les Arabes s'emparèrent des institutions de Carthage et de ses environs, satisfaisant ainsi l'ancienne revendication de Caton l'Ancien : « Carthago delenda est ». Carthage, l'antique cité de Didon et d'Hannibal, fut détruite, ainsi que tous ses palais, archives et églises. Les armées arabes établirent leur quartier général dans la ville voisine de Tunis, utilisant les matériaux provenant des ruines de Carthage pour leurs constructions. Malgré sa destruction, Carthage conserva un siège titulaire au sein de l'Église catholique jusqu'en 1964, date à laquelle ce statut fut définitivement supprimé.

    Après l'invasion arabe, il ne subsiste aucune trace de l'Église d'Afrique du Nord. C'est comme si les lumières de toute une civilisation s'étaient éteintes subitement et définitivement. Aucune lettre ne nous est parvenue. On trouve quelques mentions d'un évêque africain exilé à la cour de Charlemagne ou à Rome. Mais le chroniqueur médiéval ne semblait pas juger nécessaire de s'attarder sur le sort de l'Église africaine. Sans réseaux épiscopaux solides, sans monastères ni institutions éducatives, l'Église dépérit. Les conversions à l'islam, souvent sous la pression économique et culturelle, réduisirent inexorablement le nombre de chrétiens. Avec le temps, la culture chrétienne latine disparut complètement, ne laissant que de faibles traces archéologiques.

    Dans certaines anciennes villes romaines d'Afrique du Nord, des stèles latines gravées de bénédictions pour les défunts subsistent, derniers vestiges matériels de l'Église africaine et de la civilisation romano-punique. Les lettres papales sont les derniers textes à éclairer l'état final de l'Afrique romaine à la fin de son règne. Quelques correspondances nous sont parvenues du Xᵉ siècle, et plus significativement du XIᵉ siècle, lorsque des lettres latines furent adressées aux deux derniers évêques connus de Carthage. Elles décrivent une Église en ruine, avec seulement cinq évêques africains après trois siècles d'occupation. Un siècle plus tard, le calife almohade Abd al-Mu'min ordonna aux juifs et aux chrétiens de la région de se convertir sous peine d'exécution. La suite de l'histoire de l'Église africaine demeure perdue.

    L'Église africaine de la fin du XIe siècle a donné naissance à une dernière figure marquante, un médecin que nous connaissons sous le nom de Constantin l'Africain. Réfugié carthaginois devenu moine bénédictin à l'abbaye du Mont-Cassin, en Italie centrale, Constantin aurait introduit en Occident le corpus des textes médicaux arabes et joué un rôle déterminant dans la renaissance de la médecine occidentale en Europe. Bien que son biographe, Pierre le Diacre, le décrive comme un Sarrasin, il est surtout connu pour sa parfaite maîtrise du latin, langue dans laquelle il traduisit l'ensemble de ses œuvres. Il est donc probable que Constantin ait été l'un des derniers représentants de l'Église africaine.

    En définitive, le déclin de l'Église africaine nous confronte à une vérité troublante : la fragilité de la culture et de son partenaire pédagogique, l'Église. Tertullien demandait déjà au IIIe siècle : « Quel rapport y a-t-il entre Athènes et Jérusalem ? » Autrement dit, quel est le lien entre la culture et l'Église ? L'Église africaine a contribué à définir le christianisme occidental et a doté le monde latin de son langage doctrinal, disciplinaire et spirituel. Pourtant, cette même Église africaine qui a si fermement façonné l'Occident chrétien démontre aussi combien la vitalité naturelle de l'Église est intimement liée à la culture, à la langue et aux institutions sociales.

    Le christianisme ne se réduit jamais à la culture, mais il n'existe pas non plus en vase clos. L'Église africaine a prospéré grâce à son ancrage dans un monde dynamique de villes, d'écoles, de réseaux civiques et d'une langue commune, permettant ainsi la diffusion et la transmission de ses enseignements. Lorsque ces structures se sont effondrées, lorsque l'alphabétisation en latin a décliné, la transmission épiscopale est devenue impossible à assurer. Et lorsque la vie chrétienne a été coupée de ses racines sacramentelles et éducatives, l'Église a rencontré le cheval blanc tant attendu de l'Apocalypse. La leçon à en tirer pour notre époque est claire : l'orthodoxie seule n'a pu préserver l'Église africaine. La sainteté héroïque des martyrs n'a pu la sauver. Sans continuité de la vie culturelle et communautaire, la vie de foi deviendra une relique du passé.