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BELGICATHO

  • Jésus oui, l'Église non ?

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    De Mgr Rob Mutsaerts sur Paarse Pepers (3 janvier 2026) :

    Jésus oui, l'Église non ?

    J'entends encore assez souvent une idée reçue : Jésus voulait des disciples, mais pas l'institution de l'Église. C'est comme dire : « Je suis pour l'éducation, mais contre les écoles », ou « Je suis pour le football, mais contre les clubs de football ». C'est tout simplement impossible ; le contenu sans la forme est comme l'eau : il s'écoule.

    La première chose à dire à propos de Jésus, c'est qu'il était d'une remarquable authenticité. Il n'a pas écrit de livre, mais il a formé des personnes. Il n'a pas laissé de paroles isolées, mais une communauté. Il n'a pas confié son message à des inconnus.« L’humanité », mais à douze hommes bien précis, dont au moins quatre semblaient tout à fait inadaptés. Ceux qui prétendent que Jésus ne voulait pas d’Église le présentent comme une sorte de philosophe moral abstrait, alors qu’en réalité, il était quelqu’un qui mangeait avec ses disciples, voyageait avec eux, les corrigeait, les envoyait en mission et devait régler leurs différends. Ce n’est pas une utopie spirituelle, c’est une organisation naissante.

    L'argument contraire est généralement le suivant :« L’Église ne peut être de Dieu, car elle est trop humaine. » Mais c’est précisément le même argument qui aurait pu être utilisé contre l’Incarnation :« Dieu ne pouvait pas devenir humain, car les humains sont trop limités. » Le christianisme est simplement la croyance que Dieu agit précisément à travers l'être humain. Non pas malgré l'être humain, mais par l'intermédiaire de l'être humain.

    Il y a un passage curieux dans l'Évangile selon Matthieu où Jésus dit quelque chose que beaucoup de gens aujourd'hui trouvent très gênant. Il dit :« Sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Remarque :« Quelque chose finira par arriver. » Et ce n'est pas non plus :« Tu trouveras bien une solution plus tard. » Mais : mon Église. Le plus drôle, c'est que les gens qui prétendent« Suivre Jésus seul », en commençant souvent par corriger Jésus.

    Jésus fit autre chose : il donna autorité. Il dit à ses apôtres :« Qui vous écoute m’écoute. » Ce n’est pas de la poésie. Ce n’est pas une atmosphère pieuse. C’est de l’autorité. Et nous abordons ici un point profondément paradoxal : ceux-là mêmes qui reprochent à l’Église son autoritarisme croient souvent que leur propre interprétation détient l’autorité absolue. Or, Jésus a conféré l’autorité. Dans Matthieu 16 et 18, il parle de :« les clés du Royaume »,« lier et délier » et les décisions qui« Être reconnu au ciel. »   Il s’agit d’un langage juridique. Non pas d’images poétiques, mais d’un langage de responsabilité et de guidance. Aux apôtres, il dit :« Celui qui vous écoute m’écoute. » Voilà une affirmation pour le moins surprenante. Jésus associe son autorité aux personnes, et non à une interprétation individuelle. Une Église sans autorité est impossible. Et Jésus le savait.

    Parmi ce groupe d'apôtres, Jésus choisit un homme : Pierre. Et voici le détail curieux : Pierre n'est pas un héros. Il comprend mal Jésus. Il parle trop vite. Il le renie au moment décisif. Et c'est sur cet homme que le Christ bâtit son Église. Non pas parce qu'il est parfait, mais parce qu'il est pardonné. L'Église est bâtie sur la pénitence, non sur la supériorité morale. Une Église sans pécheurs ne serait pas une Église, mais un musée, et même là, les statues seraient fissurées.

    L'idée queL'affirmation « Jésus ne voulait pas d'Église » aurait été totalement incompréhensible pour les premiers chrétiens. Pour eux, l'Église n'était pas un ajout postérieur, mais la conséquence évidente de l'enseignement de Jésus.« La vie, la mort et la résurrection. » Comme le dit Ignace d'Antioche :« Là où est l’évêque, là est l’Église », dit-il, non pas pour défendre le pouvoir, mais pour préserver l’unité.

    « Une institution ne peut être spirituelle ? » Vraiment ?   C’est une contradiction contraire à la Bible. Dieu s’incarne. La grâce se manifeste par des signes visibles : les sacrements. L’amour prend forme dans des structures, comme le mariage. Une Église sans structures humaines serait gnostique : l’esprit sans corps. Or, le christianisme est toujours : esprit et corps, grâce et ordre, mystère et organisation.

    Soyons clairs. Personne ne conteste que l'Église ait commis de nombreuses erreurs, subi des abus et abusé de son pouvoir. Mais Judas était déjà là, Pierre a renié Jésus, les apôtres ont fui (dès le premier synode). La faiblesse humaine ne remet pas en cause le caractère divin de l'institution. Elle confirme au contraire le réalisme de Jésus. Il a bâti son Église non pas sur des personnes parfaites, mais sur des pécheurs pardonnés.

    Quel est le véritable enjeu ? Si Jésus ne voulait pas d'Église, alors : nul n'a le droit de transmettre ses enseignements avec autorité ; chacun est son propre pape, ses sacrements ne sont que des rituels humains, et le christianisme se réduit finalement à une spiritualité privée . Mais si Jésus voulait l'Église — et tout semble le confirmer —, alors l'Église n'est pas un obstacle entre nous et le Christ, mais l'instrument par lequel il agit. Car sans l'Église : la doctrine s'effondre, l'Eucharistie disparaît, et l'amour devient une opinion. La foi sans l'institution de l'Église est une émotion éphémère. L'Église n'est pas une prison pour l'Esprit, mais la cage thoracique qui protège le cœur.

    Sans l'Église, il n'y aurait pas de Bible, car c'est elle qui l'a compilée. J'ai toujours trouvé étrange que l'on se méfie de l'Église tout en faisant aveuglément confiance à un livre que l'on ne connaît que grâce à elle. Autrement dit : l'Église est antérieure à la Bible.

    +Rob Mutsaerts

  • Quand Thomas d'Aquin priait la Vierge Marie

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    Prière à la bienheureuse Vierge Marie (Thomas d'Aquin) (source)St_Thomas3.jpg

    O bienheureuse et très douce Vierge Marie, Mère de Dieu, pleine de toute bonté, fille du Roi des rois, Souveraine des Anges, mère du Créateur de l'univers, je jette dans le sein de votre bonté, aujourd'hui et tous les jours de ma vie, mon corps et mon âme, toutes mes actions, mes pensées, mes volontés, mes désirs, mes paroles, mes œuvres, ma vie tout entière et ma mort, afin que, par vos suffrages, tout cela tende au bien, selon la volonté de votre cher Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, afin que je vous aie, ô ma très sainte Souveraine, pour alliée et pour consolatrice, contre les embûches et les pièges de l'antique adversaire et de tous mes ennemis.

    De votre cher Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, daignez m'obtenir la grâce qui me permettra de résister aux tentations du monde, de la chair et du démon, et d'avoir toujours le ferme propos de ne plus pécher à l'avenir, mais de persévérer en votre service et en celui de votre cher Fils.

    Je vous prie aussi, ô ma très sainte Souveraine, de m'obtenir une vraie obéissance et une vraie humilité du cœur, afin que je me reconnaisse en vérité comme un misérable et fragile pécheur, impuissant non seulement à faire la moindre bonne œuvre, mais encore à résister aux attaques continuelles, sans la grâce et le secours de mon Créateur et vos saintes prières.

    Obtenez-moi aussi, ô ma très douce Souveraine, une perpétuelle chasteté d'esprit et de corps, afin que d'un cœur pur et d'un corps chaste, je puisse servir votre Fils aimé et vous-même selon ma vocation.

    Obtenez-moi de lui la pauvreté volontaire, avec la patience et la tranquillité d'esprit, afin que je sache supporter les travaux de ma condition pour mon salut et celui de mes frères.

    Obtenez-moi encore, ô très douce Souveraine, une charité vraie qui me fasse aimer de tout cœur votre très saint Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, et vous, après lui, par-dessus toutes choses, et le prochain en Dieu et à cause de Dieu, sachant me réjouir de son bien, m'affliger de son mal, ne mépriser personne, ne jamais juger témérairement, ne me préférer dans mon cœur à quiconque.

    Apprenez-moi en outre, ô Reine du Ciel, à toujours unir dans mon cœur la crainte et l'amour de votre très doux Fils ; à toujours rendre grâces de tant de bienfaits qui me viennent non de mes mérites, mais de sa pure bonté ; à faire de mes péchés une confession pure et sincère, une pénitence vraie, pour mériter ainsi miséricorde et grâce.

    Je vous supplie enfin, ô Mère unique, porte du ciel et avocate des pécheurs, de ne pas permettre qu'à la fin de ma vie, moi, votre indigne serviteur, je dévie de la sainte foi catholique, mais que vous me secouriez selon votre grande miséricorde et amour, et que vous me défendiez des esprits mauvais ; que par la glorieuse Passion de votre Fils béni, et par votre propre intercession, mon cœur plein d'espérance, vous m'obteniez de Jésus le pardon de mes péchés, de sorte que, mourant dans votre amour et le sien, vous me dirigiez dans la voie de la délivrance du salut. Ainsi soit-il.

  • Saint Thomas d'Aquin (28 janvier)

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    Saint_thomas_d_aquin.jpgLors de l'audience générale du mercredi 2 juin 2010, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à Saint Thomas d'Aquin :

    Chers frères et sœurs,

    Après quelques catéchèses sur le sacerdoce et mes derniers voyages, nous revenons aujourd'hui à notre thème principal, c'est-à-dire la méditation de certains grands penseurs du Moyen-Age. Nous avions vu dernièrement la grande figure de saint Bonaventure, franciscain, et je voudrais aujourd'hui parler de celui que l'Eglise appelle le Doctor communis:  c'est-à-dire saint Thomas d'Aquin. Mon vénéré prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, dans son encyclique Fides et ratioa rappelé que saint Thomas "a toujours été proposé à juste titre par l'Eglise comme un maître de pensée et le modèle d'une façon correcte de faire de la théologie" (n. 43). Il n'est donc pas surprenant que, après saint Augustin, parmi les écrivains ecclésiastiques mentionnés dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, saint Thomas soit cité plus que tout autre, pas moins de soixante et une fois! Il a également été appelé Doctor Angelicus, sans doute en raison de ses vertus, en particulier le caractère sublime de sa pensée et la pureté de sa vie.

    Thomas naquit entre 1224 et 1225 dans le château que sa famille, noble et riche, possédait à Roccasecca, près d'Aquin, à côté de la célèbre abbaye du Mont Cassin, où il fut envoyé par ses parents pour recevoir les premiers éléments de son instruction. Quelques années plus tard, il se rendit dans la capitale du Royaume de Sicile, Naples, où Frédéric II avait fondé une prestigieuse Université. On y enseignait, sans les limitations imposées ailleurs, la pensée du philosophe grec Aristote, auquel le jeune Thomas fut introduit, et dont il comprit immédiatement la grande valeur. Mais surtout, c'est au cours de ces années passées à Naples, que naquit sa vocation dominicaine. Thomas fut en effet attiré par l'idéal de l'Ordre fondé quelques années auparavant par saint Dominique. Toutefois, lorsqu'il revêtit l'habit dominicain, sa famille s'opposa à ce choix, et il fut contraint de quitter le couvent et de passer un certain temps auprès de sa famille.

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  • De la futilité de la réforme liturgique (et pourquoi les séminaires ne sont pas la solution)

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    De Dom Alcuin Reid sur le Catholic Herald :

    26 janvier 2026

    De la futilité de la réforme liturgique (et pourquoi les séminaires ne sont pas la solution)

    Le document d'information du préfet du Dicastère pour le culte divin, préparé pour le consistoire des cardinaux et publié la semaine dernière, a suscité de nombreuses critiques, à juste titre. Il est pour le moins risible. Pourtant, ce n'est vraiment pas une question à prendre à la légère. En effet, compte tenu de son statut, il nécessite une analyse critique sérieuse.

    Cependant, Son Éminence a tout à fait raison lorsqu'il écrit que « l'application de la réforme a souffert et continue de souffrir d'un manque de formation » (n° 8). En effet, tout en insistant à juste titre sur le fait que « dans la restauration et la promotion de la liturgie sacrée, la participation pleine et effective [actuosa participatio] de tout le peuple est l'objectif à considérer avant tout autre ; car c'est la source première et indispensable d'où les fidèles doivent tirer le véritable esprit chrétien », la Constitution sur la liturgie sacrée du Concile Vatican II a ensuite insisté sur le fait qu'« il serait vain d'espérer réaliser [actuosa participatio] si les pasteurs eux-mêmes, en premier lieu, ne s'imprègnent pas profondément de l'esprit et de la puissance de la liturgie et ne s'engagent pas à donner des instructions à ce sujet. Il est donc primordial de veiller avant tout à la formation liturgique du clergé » (Sacrosanctum Concilium, 14).

    Cela signifie qu'une réforme liturgique, qu'elle soit ou non en continuité avec la tradition liturgique reçue, et soyons clairs, les Pères conciliaires appelaient à un développement de la liturgie dans la continuité, et non à la rupture radicale que nous avons connue, s'effondrerait, comme une maison bâtie sur du sable, si l'on ne s'attachait pas avant tout à poser les fondations solides nécessaires par une formation liturgique approfondie.

    Il ne s'agit pas là d'un révisionnisme « traditionaliste » ; c'est ce qu'ont affirmé les évêques du monde entier réunis au Concile Vatican II. Ils étaient conscients que tout espoir de réaliser la réforme qu'ils envisageaient, c'est-à-dire la participation effective à la liturgie sacrée, modérément réformée, était tout à fait vain si la formation liturgique n'était pas assurée en premier lieu.

    Plus de soixante ans plus tard, nous assistons au spectacle du préfet actuel du dicastère concerné affirmant allègrement que la réforme promulguée « a souffert et continue de souffrir » de l'absence de cette seule chose considérée comme essentielle. Il n'a pas dit que la réforme liturgique avait été infructueuse ou inutile, mais son aveu permet certainement d'examiner la question, tout comme la reconnaissance de ce même manque dans la lettre apostolique Desiderio Desideravi de 2022.

    Des études statistiques sérieuses indiquent qu'en Occident, la plupart des catholiques ne tentent même pas de participer à la liturgie, c'est-à-dire qu'ils ne vont tout simplement pas à la messe. Il y a certainement de nombreuses raisons à cela, mais la réalité est que le nouveau produit commercialisé comme la panacée ultime, spécialement conçu pour que « l'homme moderne » puisse participer pleinement et fructueusement, à savoir la liturgie moderne, n'a tout simplement pas rempli les bancs. Il faut faire quelque chose. Six décennies, c'est long pour un édifice qui manque de fondations nécessaires.

    Son Éminence reconnaît au moins « l'urgence de traiter » cette question. Il propose « des séminaires pour « donner vie à une formation des fidèles et à un ministère des pasteurs qui auront leur sommet et leur source dans la liturgie » (n. 8). Avec tout le respect que je dois au cardinal préfet et à ses rédacteurs, les séminaires ne sont pas la solution. Même si l'on peut ordonner au clergé d'y assister et inciter certains laïcs à y participer, ils ne feront guère plus que parler de la liturgie. Cela peut avoir certains effets positifs, mais en vérité, la formation liturgique passe par la pratique de la liturgie, et non par des discours à son sujet. L'« esprit et la puissance de la liturgie » dont Sacrosanctum Concilium insistait pour qu'ils imprègnent avant tout le clergé ne peuvent être transmis par l'imposition d'un régime de vaccination. Non, nous en venons à vivre et à nous nourrir de la liturgie sacrée par osmose, et non par inoculation.

    En étudiant cette question lors du congrès Sacra Liturgia 2013 à Rome, je me suis souvenu de la belle appréciation de cette réalité écrite par le cardinal Ratzinger, qui décrit comment il a été captivé par la liturgie dans sa jeunesse et comment il s'est progressivement éveillé à sa réalité grâce au don de missels bilingues à mesure qu'il grandissait :

    « Chaque nouvelle étape dans la liturgie était un grand événement pour moi. Chaque nouveau livre qui m'était offert était pour moi quelque chose de précieux, et je ne pouvais rêver de rien de plus beau. C'était une aventure passionnante que de pénétrer peu à peu dans le monde mystérieux de la liturgie qui se déroulait devant nous et pour nous là, sur l'autel. Il m'apparaissait de plus en plus clairement que je rencontrais ici une réalité que personne n'avait simplement imaginée, une réalité qu'aucune autorité officielle ni aucun grand personnage n'avait créée.

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  • Le pape Léon XIV rétablit-il le respect des procédures épiscopales ?

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    D'Ed. Condon sur The Pillar :

    Le pape Léon XIV rétablit-il le respect des procédures épiscopales ?

    La démission de l'évêque Syukur pourrait marquer un retour à la discipline canonique.

    La démission, la semaine dernière, de l'évêque Paskalis Bruno Syukur du diocèse indonésien de Bogor a surpris les catholiques du pays et de l'étranger.

    Cet homme de 63 ans n'avait aucun problème de santé et quittait ses fonctions sans aucune indication sur ce qu'il ferait ensuite.

    L'annonce par Rome de la nomination d'un administrateur apostolique intérimaire, plutôt que d'un successeur à Syukur, laissait penser que cette décision était due à des circonstances imprévues. Les déclarations de Syukur lui-même, affirmant avoir démissionné par « obéissance » au Saint-Siège, ont conduit beaucoup à penser que le pape Léon XIV lui avait demandé de se retirer.

    Bien sûr, la démission prématurée et superficiellement inexpliquée d'un évêque serait peut-être passée inaperçue si cet évêque n'avait pas déjà fait la une des journaux en 2024 lorsqu'il a refusé catégoriquement l'offre du pape François de le nommer cardinal — après que son nom ait déjà été annoncé.

    Au fur et à mesure que de plus amples détails émergeaient concernant le départ de Syukur, il est devenu clair que l'évêque avait un long et controversé parcours à la tête de son diocèse, et qu'il avait fait l'objet d'une visite apostolique dans les semaines précédant sa démission.

    Bien que Syukur ait clairement indiqué qu'il n'avait été reconnu coupable d'aucun acte répréhensible précis, sa démission a fait suite à un voyage à Rome au début du mois pour, comme il l'a dit, « expliquer » les allégations portées contre lui.

    La destitution de Syukur représente un déclin notable de la fortune épiscopale, passant de la nomination comme cardinal à la demande de démission en moins de 18 mois.

    Pour ceux qui tentent d'analyser les événements et de comprendre ce qu'ils peuvent révéler – le cas échéant – sur le changement de style de leadership et d'attentes entre François et Léon, l'affaire Syukur offre plusieurs interprétations possibles, dont n'importe quelle combinaison pourrait être la bonne.

    Mais ce qui semble être le cas, du moins jusqu'à présent, c'est que le pape Léon adopte une approche résolument transparente sur le plan procédural dans ses relations avec les évêques.

    Des accusations d'irrégularités financières ont également été portées, accusations fermement démenties par l'évêque. De plus, lors d'un incident notoire au niveau local, il a confié la gestion d'un hôpital catholique local à un conseil laïc, la retirant de fait à l'ordre religieux qui la gérait.

    Une visite apostolique, ordonnée par Rome mais menée par le président de la conférence épiscopale locale, a annulé plusieurs décisions controversées de l'évêque sans toutefois conclure (publiquement du moins) à une quelconque faute canonique de sa part. Mais, de l'avis général, cela n'a pas apaisé les tensions et, au contraire, selon certains membres du diocèse, a encore davantage éloigné l'évêque de ceux qui étaient censés être ses collaborateurs.

    La situation semble avoir atteint un point critique à la fin de l'année dernière lorsque Syukur a procédé à une purge massive de sa curie diocésaine, remplaçant tous ses membres en décembre. Cette décision a conduit certains membres du clergé local à adresser de nouvelles pétitions à Rome et à publier des lettres ouvertes exposant leurs préoccupations. L'évêque a ensuite été convoqué à Rome ce mois-ci pour donner sa version des faits et a démissionné quelques jours plus tard.

    Concernant les questions spécifiques liées à Syukur, il n'est pas déraisonnable de considérer son départ comme un signe que le pape Léon a une vision très différente de celle de son prédécesseur en matière de leadership épiscopal efficace.

    Les plaintes locales adressées à Rome concernant l'évêque sont certainement antérieures à l'élection du pape l'année dernière. De plus, en sa qualité de préfet du Dicastère pour les évêques, Léon XIV connaissait parfaitement les détails de cette affaire.

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  • Syrie, RDC, Turquie, Irak et Algérie: 5 priorités de l’ECLJ face à hausse de la persécution des chrétiens en 2025

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    Du site de l'ECLJ (European Centre for Law & Justice) :

    Syrie, RDC, Turquie, Irak et Algérie: 5 priorités de l’ECLJ face à hausse de la persécution des chrétiens en 2025

    26 Janvier 2026

    En 2025, 388 millions de chrétiens ont été soumis à de fortes persécutions et discriminations en raison de leur foi, soit 1 chrétien sur 7 dans le monde, selon l’Index 2026 de l’ONG Portes Ouvertes. Alors que la persécution s’est encore aggravée pour la 13e année consécutive, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) continue sa mobilisation sur cinq pays clés: la Syrie, la République démocratique du Congo (RDC), la Turquie, l’Irak et l’Algérie.

    Un contexte mondial alarmant pour les chrétiens

    Les cinq premiers pays de l’Index 2026, soit les cinq plus hostiles envers les chrétiens, sont:

    1. La Corée du Nord
    2. La Somalie
    3. Le Yémen
    4. Le Soudan
    5. L’Érythrée

    Le rapport de Portes Ouvertes met en lumière plusieurs pays au cœur du plaidoyer de l’ECLJ auprès des institutions européennes et onusiennes, notamment la Syrie (6e), la République démocratique du Congo (29e), la Turquie (41e), l’Irak (18e), et l’Algérie (20e).

    Syrie: les chrétiens sous le nouveau pouvoir islamiste d’Ahmed al-Charaa

    La Syrie, classée 18e en 2025, figure désormais parmi les dix pays où les chrétiens sont le plus persécutés, atteignant la 6e place en 2026, ce qui témoigne d’une détérioration alarmante de la situation.

    Depuis la chute de Bachar al-Assad et la prise de pouvoir du groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), les chrétiens de Syrie sont confrontés à une recrudescence dramatique des violences. Ils vivent désormais dans un climat de peur quasi permanent, marqué par des persécutions, des assassinats ciblés et des attaques répétées contre des églises. Le 22 juin 2025, un attentat suicide islamiste perpétré pendant la messe dans l’église Mar Elias à Damas a fait au moins 25 morts et plus de 60 blessés. La dégradation générale des conditions de vie — aggravée par la criminalité, la corruption, les discriminations religieuses et l’instabilité politique — pousse un nombre croissant de chrétiens à l’exode.

    Face à cette situation, l’ECLJ se mobilise régulièrement au Parlement européen, lors des conférences organisées par l’Intergroupe «Chrétiens du Moyen-Orient». Nous appelons les Européens à mobiliser des moyens concrets pour garantir la liberté religieuse des chrétiens syriens, et à les reconnaître comme des communautés vivantes et indispensables à la société, plutôt que comme des minorités exogènes à la nation. Le 4 août 2025, l’ECLJ a soumis au Conseil des droits de l’homme des Nations unies une déclaration écrite fondée sur des témoignages de première main, alertant sur la situation des chrétiens de Syrie depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Charaa et sur le risque de disparition du pluralisme religieux au profit d’un modèle de gouvernance islamiste centralisée. Dans ce contexte, l’ECLJ a également mené un entretien avec le Dr Jens Kreinath, anthropologue en contact étroit avec les communautés alaouites et chrétiennes orientales d’Antioche/Hatay, afin d’analyser la nature du régime post-Assad et ses conséquences pour les communautés chrétiennes.

    Congo (RDC) : les chrétiens massacrés par les islamistes des Forces démocratiques alliées

    La République démocratique du Congo remonte de six places et occupe désormais la 29e place dans l’Index de 2026, contre la 35e place en 2025.

    Les chrétiens font face à une persécution grave et croissante, en particulier dans l’est du pays (Nord-Kivu, Ituri) ravagé par des décennies de conflits armés dus au contrôle des ressources naturelles stratégiques, aux rivalités ethniques et aux tensions géopolitiques avec les pays voisins. La violence est largement alimentée par des groupes armés islamistes, parmi lesquels les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’État islamique, qui ciblent régulièrement des communautés chrétiennes à cause de leur foi.

    À la suite du massacre de plus de 70 chrétiens, perpétré le 15 février 2025 dans une église protestante du Nord-Kivu par des groupes islamistes, l’ECLJ a lancé un appel urgent à la justice et à l’action internationale. Nous avons saisi plusieurs mécanismes des Nations unies, dont les Rapporteurs spéciaux sur la liberté de religion et sur la torture, ainsi que l’Union européenne et l’Union africaine, afin d’exiger des démarches diplomatiques fortes et des poursuites contre les responsables en RDC. Parallèlement, l’ECLJ s’est mobilisé aux côtés de l’ONG congolaise Un Jour Nouveau, pour porter des témoignages et des données de terrain auprès des institutions internationales. Ces actions ont conduit à une contribution officielle adressée à la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les personnes déplacées internes, à une intervention devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et à des rencontres à Bruxelles avec des députés du Parlement européen, la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure:

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  • Une nouvelle revue de théologie à ne pas manquer; elle s’intitule « Fidei Communio »

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Une nouvelle revue de théologie à ne pas manquer. Elle s’intitule « Fidei Communio »

    Difficile d’imaginer un nom plus aligné sur la vision du pape Léon pour une nouvelle revue de théologie que « Fidei Communio ». Et pourtant, cette revue a été imaginée et est née avant l’élection de Robert Francis Prevost sur la chaire de saint Pierre. Avec dans l’esprit de ses promoteurs la conviction que « si la ‘communion’ était le principal défi postconciliaire, la crise de la foi était l’urgence en matière d’horizon actuel de la pensée ecclésiale ». Exactement comme dans la devise augustinienne du pape actuel : « In Illo uno unum », tous unis dans l’unique Christ.

    Deux épais numéros de « Fidei Communio » sont déjà sortis, à un rythme semestriel, grâce au travail d’un éditeur italien spécialisé, Nerbini, qui est basé à Florence. Mais il a des ambitions internationales, et le contenu des articles est intégralement disponible sur le web pour les lecteurs du monde entier.

    Cette nouvelle revue a vu le jour en 2025, exactement cinquante ans après la parution d’une autre célèbre revue de théologie presque homonyme, « Communio », fondée en 1975 par les éminents théologiens qu’étaient Hans Urs von Balthasar, Henri de Lubac, Joseph Ratzinger et Louis Bouyer. Leur intention était alors de proposer à l’Église une réflexion théologique s’inscrivant dans le sillage de Vatican II, à travers l’interprétation correcte d’une « herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité de l’unique sujet Église » — comme allait le déclarer le pape Ratzinger – et non pas sous le prisme d’une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » prôné par la revue concurrente de l’époque, « Concilium », encore publiée en plusieurs langues à l’heure actuelle.

    La revue « Communio » est toujours publiée encore dans une douzaine de pays, mais plus en Italie ni en Espagne depuis une dizaine d’années. Alors que cette nouvelle revue a précisément vu le jour grâce à la fine fleur des théologiens italiens et espagnols des générations ayant suivi la fondation de la revue originale.

    Comme rédacteur en chef de « Fidei Communio », on retrouve Alessandro Clemenzia, de la Faculté Théologique d’Italie Centrale, à Florence. Tandis que le comité de direction se compose de deux professeurs de la Faculté de théologie Saint Isidore de Séville, Miguel Ángel Núñez Aguilera et Manuel Palma Ramírez, de Nicola Salato de la Pontifica Facoltà Teologica dell’Italia Meridionale, à Naples, et de Roberto Regoli, professeur à l’Université grégorienne de Rome.

    Notons au passage que le professeur Regoli, qui est un éminent historien de l’Église, n’est pas le seul auteur de la revue à ne pas être théologien, même s’il est plutôt doué en la matière, si l’on en juge par la manière dont il a su mettre ces deux compétences à profit dans l’analyse la plus fouillée à ce jour du pontificat de Benoît XVI, parue aux éditions Lindau en 2016 sous le titre « Oltre la crisi della Chiesa ».

    Et en effet, « Fidei Communio » entend donner de l’espace aux « religious studies », elle veut faire dialoguer la théologie avec d’autres milieux de la connaissance tels que l’histoire, le droit, la sociologie, la politologie, la littérature et les arts.

    On retrouve par exemple, dans le premier numéro de « Fidei Communio », des articles de la sociologue Cecilia Costa, de l’Université de Rome Trois, et du philosophe Paul Gilbert, de la Grégorienne, respectivement sur la religiosité catholique dans la culture contemporaine et sur l’intelligence artificielle. Tandis que le théologien José Granados compare la christologie avec l’anthropologie actuellement dominante.

    Dans ce premier numéro, on trouve également un « Forum » avec un débat sur les écrits d’ecclésiologie de Ratzinger entre le directeur de la revue et les historiens Regoli et Andrea Riccardi. Le professeur Regoli met directement le doigt sur la principale controverse qui divise aujourd’hui l’Église catholique, tiraillée entre une évolution sur le mode démocratique d’une part, à grand renfort de votes à la majorité sur les dogmes de la foi, et d’autre part la thèse de Ratzinger – partagée par Regoli – selon laquelle « la vérité ne peut pas être mise au vote », ni dans un concile, ni dans un synode, et encore moins dans une conférence épiscopale.

    On retrouve également ce thème très sérieux touchant directement à la vie de l’Église d’aujourd’hui, aggravé par la dérive du « chemin synodal » allemand, dans le second numéro de « Fidei Communio », avec un article de son rédacteur en chef Clemenzia sur « Sinodalità e riforma della Chiesa : alcuni spunti in dialogo con Joseph Ratzinger » et dans un « Forum » opposant le théologien Vito Impelizzeri et la célèbre canoniste Geraldina Boni sur le cri d’alarme lancé par un autre canoniste, Carlo Fantappié, face au processus confus vers une « Église synodale » lancé par le pape François.

    Mais le second numéro de « Fidei Communio » traite également un autre thème d’une brûlante actualité. Il s’agit du sens de l’histoire, entendue comme « histoire de l’Église », abordé par Regoli dans un article au titre en apparence paradoxal : « L’inutilità della storia della Chiesa. Ovvero la sua necessità » ; autant comme « théologie de l’histoire », telle que la retrace le théologien français Jean-Robert Armogathe – qui est également le coordinateur international de « Communio » — dans un article qui s’intitule « De la nécessité d’une théologie de l’histoire », dans lequel il expose les multiples lectures du « mystère de l’histoire » , à travers un prisme existentiel comme chez Rudolf Bultmann, à travers un prisme eschatologique comme chez Jean Daniélou, à travers la dialectique entre le « déjà là » du salut apporté par le Christ et le « pas encore » de son accomplissement définitif, pour conclure que dans tous les cas, « une théologie de l’histoire est la condition nécessaire d’une authentique théologie chrétienne » : une affirmation sans doute partagée par le pape Léon, avec sa vision augustinienne de la coexistence de la cité de Dieu et de la cité terrestre.

    Autant de thèmes engagés abordés par la revue « Fidei Communio ». Ajoutons cependant qu’ils sont délibérément exposés de manière claire et compréhensible même par des non-initiés, et de façon captivante sous certains aspects. Mais toujours avec une précision scientifique irréprochable, puisque chaque article passe au préalable par le crible d’un examen par les pairs.

    Sans négliger non plus un autre parallèle entre la naissance de « Fidei Communio » et du pape Léon, qui a lancé le 7 janvier un nouveau cycle de catéchèse du mercredi consacrée à une relecture du Concile Vatican II à travers ses documents. Autrement dit, du véritable concile, et pas de celui des médias.

    (Sur la couverture reproduite ci-dessus du premier numéro de « Fidei Communio », un détail de « Saint Augustin dans son étude », attribué au Caravage).

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Nouveaux massacres commis par les djihadistes de l'ADF dans l'est de la RDC

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    AFRIQUE/R.D. CONGO- Nouveaux massacres commis par les djihadistes de l'ADF dans l'est de la RDC

    26 janvier 2026
     

    Kinshasa (Agence Fides) – Au moins 25 personnes ont été tuées dans le Nord-Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo, lors d'une série d'attaques attribuées aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF).

    Selon les informations communiquées par le colonel Alain Kiwewa, administrateur militaire du territoire de Lubero, « depuis la nuit du 24 janvier, les ADF ont terrorisé la population du village de Musenge, dans le territoire de Lubero, où ils ont incendié plusieurs maisons (presque tout le village), un centre de santé et une église catholique ». À l'heure actuelle, poursuit l'officier congolais, nous déplorons la mort de deux soldats, brûlés au point d'être méconnaissables. « Une grande partie de la population locale fuit vers la ville de Butembo, située à au moins 30 kilomètres. Le bilan actuel des victimes n'est que provisoire. Nous attendons des informations supplémentaires de la part des équipes de sécurité congolaises et ougandaises déployées dans la zone afin d'obtenir une évaluation complète ».

    Le village de Musenge fait partie du regroupement de Mwenye, où les attaques incessantes des djihadistes de l'ADF ont créé une situation d'insécurité profonde. Selon des sources de la société civile, les précédentes attaques dans la région ont déjà fait plus de 25 morts parmi les civils et provoqué l'incendie de 63 maisons.

    La grave instabilité qui règne dans la région de Mwenye a entraîné la fermeture de cinq centres de santé locaux, causant de graves difficultés à la population locale.

    Les ADF continuent également de frapper dans la province voisine d'Ituri, où au moins trois civils ont été tués dans la nuit du 24 janvier lors d'une double attaque dans les villages d'Ahombo et de Mangwalo, dans le territoire d'Irumu. Selon des sources locales, un nombre indéterminé d'habitants des deux villages visés ont également disparu.

    Depuis mai 2021, les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri ont été placées en état de siège (voir Fides 7/5/2021) afin de permettre aux Forces armées congolaises (Forces Armées de la République Démocratique du Congo FARDC) d'avoir les pleins pouvoirs afin de lutter contre les ADF et les autres groupes armés qui sèment la mort et la destruction dans ces deux régions depuis des décennies. Mais près de cinq ans après l'imposition de cette mesure, l'insécurité dans les deux provinces ne semble pas s'arrêter. Au contraire, selon le clergé régulier du diocèse de Bunia (capitale de l'Ituri), l'imposition du régime militaire a aggravé la situation (voir Fides 22/8/2025).

    (LM) (Agence Fides 26/1/2026)

  • Léon XIV ou l'art d'écouter

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : l'art d'écouter

    26 janvier 2026

    Avant le conclave qui a élu Robert Francis Cardinal Prevost OSA pour succéder au pape François sur le siège de Pierre, le légendaire journaliste spécialisé dans les affaires du Vatican John L. Allen Jr. – décédé la semaine dernière à l'âge de 61 ans – décrivait l'homme que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de pape Léon XIV comme un excellent auditeur qui savait habilement garder ses opinions pour lui.

    Le pontificat encore très jeune de Léon XIV met en effet en évidence le rôle central de l'écoute en tant que valeur fondamentale du leadership.

    Plutôt que de mettre en œuvre des changements radicaux dès son arrivée, Léon XIV adopte une approche mesurée face au paysage complexe du Vatican, apportant des réformes subtiles qui reflètent une préférence pour la compréhension et la patience plutôt que pour une transformation brutale.

    L'approche du pape concernant les nominations clés de son nouveau pontificat montre une certaine continuité. Bien que ces décisions soient attendues avec impatience, elles ont été prises avec parcimonie et sans fanfare. La dernière nomination notable remonte au 22 janvier : l'archevêque Roberto Maria Redaelli de Gorizia est devenu secrétaire du Dicastère pour le clergé.

    Âgé de 70 ans, Mgr Redaelli était président de Caritas Italia depuis 2019, ce qui laisse penser qu'il était connu – et recommandé au pape – par le cardinal Luis Antonio Tagle, préfet du Dicastère pour l'évangélisation. En réalité, le pape le connaissait peut-être aussi en tant que membre de la commission Delicta Riservata.

    Redaelli est avant tout un canoniste, et c'est une caractéristique qui semble dominer les choix de Léon XIV.

    Son profil est similaire à celui de Filippo Iannone, que Léon a nommé à la tête du Dicastère pour les évêques, et à celui du nouvel assesseur de la Secrétairerie d'État, Mgr Anthony Ekpo, surtout connu pour son livre sur la réforme de la Curie.

    Cela soulève une question clé : comment le style de leadership de Léon XIV, fondé sur l'écoute, s'est-il manifesté dans la pratique ?

    Tout d'abord, Léon XIV a démontré qu'il avait saisi l'essence même de certains des problèmes les plus urgents auxquels Rome est confrontée, et qu'il avait déjà une compréhension approfondie des questions fondamentales lorsqu'il est entré en fonction.

    À son arrivée à la Curie romaine en 2023, Prevost a immédiatement dû s'occuper de la réforme de la Curie souhaitée par le pape François et des ajustements nécessaires. Souvent, dans les discussions entre prélats de haut rang, il était précisément fait référence à un manque d'organisation, à la nécessité d'harmoniser la réforme avec le droit canonique et à la nécessité d'une restructuration.

    Leo XIV a jusqu'à présent choisi des canonistes aux connaissances éprouvées et a généralement – voire scrupuleusement – évité les personnalités en quête de notoriété dans ses choix pour les postes clés. Il a écouté, identifié les problèmes et cherché des solutions sans faire de bruit.

    Les décisions du pape ne laissent transparaître que très peu d'idéologie.

    La nomination de Redaelli s'est accompagnée des plaintes habituelles des partisans de la messe selon ce que nous appelions autrefois l'usus antiquior, qui s'empressent de souligner que Redaelli n'avait pas soutenu la libéralisation du rite. Mais cette question n'a pas été déterminante dans le choix du pape. La compétence personnelle et même l'estime générale ont été les critères centraux de cette nomination.

    Le pape François a souvent encouragé l'attention aux périphéries, allant même jusqu'à démanteler la tradition pour apporter de nouvelles perspectives au centre.

    Léon XVI, par nature, n'est pas un personnaliste, et ses premiers choix non seulement correspondent à son caractère et à son tempérament institutionnalistes, mais sont également marqués par son souci de maintenir un lien constant avec la tradition, y compris la tradition des symboles.

    La tradition est mémoire et héritage, et Léon XIV a immédiatement compris qu'au moins au Vatican, elle est cruciale.

    Pour sélectionner les responsables des dicastères, Léon XIV préfère les candidats issus d'Églises historiques, comme les récentes nominations italiennes : des canonistes élevés dans des traditions établies, indépendamment de leur idéologie.

    En fait, élargissant son raisonnement, Léon XIV a également choisi un Italien comme nonce en Israël et délégué apostolique en Palestine, appelant l'archevêque Giorgio Lingua pour succéder à l'archevêque Tito Yllana.

    Faire de l'origine géographique un enjeu n'est pas une attitude provincialiste.

    Le pape ne réitalianise pas la Curie, il la réinstitutionalise ; c'est pourquoi les récentes nominations tendent à favoriser les Églises ayant des traditions historiques plus profondes et des liens plus forts avec le centre.

    Cela signifie-t-il que le pape détourne son attention des périphéries pour la porter sur le centre ?

    Pas nécessairement.

    Cet équilibre entre le centre et la périphérie confirme encore davantage l'intuition de John Allen : Léon XIV dirige en écoutant et en s'abstenant de tout parti pris personnel, en se concentrant sur le discernement collectif. Ce que Léon XIV a accompli jusqu'à présent, c'est un rééquilibrage général de la Curie. Il n'y a eu qu'une seule purge, qui a concerné le Dicastère pour le clergé, où l'ancien secrétaire, André Gabriel Ferrada Moreira, a été envoyé comme évêque-archevêque de San Bartolomé Chillán, un diocèse de peu d'importance au Chili.

    La plupart des autres hauts fonctionnaires restent en place, à l'exception de quelques changements au Secrétariat d'État, concernant principalement le licenciement de l'assesseur.

    Dans l'ensemble, ces mesures reflètent une stratégie prudente. Jusqu'à présent, nous n'avons pas une idée claire de ce que le pape a l'intention de faire. Nous avons vu deux profils spécifiques choisis par le pape pour des postes à responsabilité : soit ce sont des canonistes experts (Redaelli a 70 ans, comme Iannone), soit ce sont des personnes en qui le pape a confiance, appelées non pas à des postes de haut niveau, mais à être proches du pape (c'est le cas du vice-régent de la Maison pontificale, l'augustinien Edward Daniang Daleng).

    Léon XIV a choisi le nouvel archevêque de Westminster, Richard Moth, parmi un groupe de candidats conservateurs, et le nouvel archevêque de New York, Ronald Hicks, parmi ceux considérés comme des médiateurs.

    Dans la nomination des évêques, le pape semble donc également privilégier l'écoute des Églises locales, en sélectionnant des candidats capables de servir de ponts et de surmonter la « guerre civile » qui a commencé dans l'Église avec Vatican II.

    C'est un pape de la nouvelle génération qui abordera de manière pragmatique de nombreuses divisions et se tournera vers l'expérience et la tradition lorsque les situations deviendront complexes, mais son pragmatisme est au service de l'Église en tant que réalité institutionnelle avec ses propres traditions, qui sont négligées ou rejetées à ses risques et périls.

    C'est du moins ce que nous indiquent les choix qu'il a faits au début de son pontificat.

    Aujourd'hui, après une période d'écoute et de rééquilibrage, des actions majeures semblent imminentes. Léon XIV a récemment rencontré les chefs des dicastères, alimentant les spéculations sur les nominations à venir alors que son pontificat commence véritablement.

    Nous verrons bien.

  • Angèle Merici : quand une femme ouvrait la voie à une réforme authentique...

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    sainte-angele-merici.jpg27 janvier : SAINTE ANGÈLE MÉRICI - Vierge, fondatrice de la Congrégation des Ursulines (1474-1540)

    Sainte Angèle Mérici naquit à Desonzano, sur le lac de Garde. Ses parents, profondément chrétiens, désiraient que leurs enfants trouvent leur bonheur dans la gloire de Dieu. Pour réaliser cet idéal, ils avaient fait un vrai sanctuaire de la maison paternelle où chacun travaillait sous le regard de Dieu et récitait la prière en commun. Une lecture dans un livre de piété ou dans la Vie des Saints terminait la journée. A ces pieuses pratiques, Angèle ajoutait les rigueurs de la pénitence. Elle voua sa virginité au Seigneur à l'âge de neuf ans et renonça le jour même à toute parure. Elle perdit son père vers l'âge de treize ans; sa mère mourut deux ans plus tard. Un oncle nommé Barthélémy la prit alors chez lui et s'attacha à favoriser ses pratiques de dévotion. Six ans s'écoulèrent avant que Dieu vienne lui ravir son unique soeur de sang et de sentiments; le décès de l'oncle Barthélémy suivit de près cette perte vivement ressentie.

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  • « Le récit racial contemporain n’est pas de l’histoire ; c’est de la propagande rétrospective »

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    De sur The European Conservative :

    « Le récit racial contemporain n’est pas de l’histoire; c’est de la propagande rétrospective » — Père Javier Olivera Ravasi, SE

    Images de Saint Juan Diego Cuauhtlatoatzin, un autochtone canonisé par l'Église catholique et figure spirituelle centrale du Mexique, et de la Vierge de Guadalupe à l'église San Francisco de Asís à Jalpa de Méndez, Tabasco.

    Alejandro Linares Garcia, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

    « Le monde ibérique était, à bien des égards, radicalement novateur pour son époque : il a créé des lois pour protéger les peuples autochtones alors que d’autres empires ne reconnaissaient même pas leur humanité. »

    Le père Javier Olivera Ravasi, SE, est un prêtre catholique argentin, avocat et titulaire de deux doctorats (l'un en philosophie de l'Université pontificale du Latran à Rome, 2007, et l'autre en histoire de l'Université nationale de Cuyo, 2013, avec une spécialisation sur les guerres des Cristeros au Mexique). Il est reconnu pour ses travaux d'apologétique, ses défenses historiques de la foi catholique et sa chaîne YouTube populaire « Que No Te La Cuenten » (QNTLC), qui compte près d'un demi-million d'abonnés et se concentre sur l'apologétique historique et ce qu'il appelle la « contre-révolution culturelle catholique ».

    Dès le début de leur présence en Amérique, les empires catholiques d'Espagne et du Portugal ont reconnu juridiquement l'humanité des peuples qu'ils ont colonisés. Dans quelle mesure peut-on affirmer que les empires ibériques ont constitué la première tentative mondiale d'intégrer des populations diverses sous un ordre politique et moral unique ?

    Il ne fait aucun doute que la première grande mondialisation, si on la comprend bien, fut celle des peuples ibériques, et principalement celle de l'Espagne. Cette Espagne qui, depuis l'époque des Rois Catholiques, n'a pas hésité à entreprendre ce « grand exploit », selon l'expression de Don José María Pemán, de conquérir de nouveaux mondes et de les évangéliser pour la gloire de Dieu.

    Il ne faut pas oublier que lorsque Christophe Colomb atteignit ce que nous appelons aujourd'hui l'Amérique en 1492, l'écriture, la roue et la notation numérique n'y existaient pas encore. Or, 2 200 ans plus tôt, en Grèce, Hésiode et Homère composaient déjà leurs grands poèmes.

    Ce « mondialisme » – au sens positif du terme – si souvent invoqué aujourd’hui est en réalité le catholicisme . Il implique l’universalité sans perte d’individualité : un Inca est aussi catholique qu’un Aragonais ou un Syrien, et nul ne perd pour autant son identité nationale ou culturelle. Ils relèvent d’un ordre moral qui transcende les frontières et d’un ordre politique qui a accordé aux peuples nouvellement découverts les bienfaits de la chrétienté, ce qui – comme l’a dit Léon XIII – se produit lorsque « la philosophie de l’Évangile gouverne l’État » ( Immortale Dei ).

    Le célèbre débat de Valladolid est considéré comme le premier grand débat philosophico-juridique sur les droits de l'homme. Que révèle cet épisode sur l'autocritique interne de l'Empire espagnol et sa volonté de soumettre le pouvoir à des principes éthiques ?

    Le débat de Valladolid révèle un phénomène unique dans l'histoire des empires : la capacité de soumettre son propre pouvoir à un jugement moral public. Tandis que d'autres empires étendaient leur domination sans se demander s'ils en avaient le droit, la monarchie espagnole suspendit officiellement ses conquêtes afin de consulter des théologiens et des juristes sur leur légitimité.

    Cet épisode témoigne d'une véritable autocritique, et non d'une autocritique fictive : le pouvoir y est reconnu comme non absolu, subordonné au droit naturel et à la loi divine, et les peuples autochtones y sont reconnus comme sujets de droits en raison de leur dignité humaine inhérente.

    Cela ne signifie pas que chaque conquistador ait agi selon ces principes, mais cela démontre que l'idéal normatif de l'empire n'était pas la force brute, mais une conception éthique du pouvoir. Valladolid prouve qu'au moins en théorie, l'Espagne cherchait à gouverner son expansion selon des principes de justice et de conscience, et non selon la logique de la simple force brute.

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  • Hommage au cardinal Mercier (1851-1926) : thomiste, œcuméniste, mariologue

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    De sur le CWR :

    Hommage au cardinal Mercier (1851-1926) : thomiste, œcuméniste, mariologue

    Philosophe thomiste très respecté qui, en tant que cardinal, résista à l'occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale, il était également connu pour ses efforts œcuméniques et ses pétitions en faveur d'une définition dogmatique de Marie comme Médiatrice de toutes les grâces.

    Statue du cardinal Désiré-Joseph Mercier (1851-1926) par Égide Rombaux, devant la cathédrale Saint-Michel-et-Gudule de Bruxelles. (Image : Wikipédia)
    Cette année marque le centenaire de la mort du cardinal Désiré-Joseph Mercier de Belgique, décédé le 23 janvier 1926.

    Prêtre, archevêque, cardinal

    Né en 1851 dans le Brabant, région francophone de Belgique, Mercier entre au séminaire diocésain en 1868 et est ordonné prêtre en 1874. Après des études supérieures à l'Université catholique de Louvain, il commence à enseigner la philosophie au petit séminaire de Malines en 1877. L'encyclique  Aeterni Patris du pape Léon XIII, publiée en 1879, apporte le soutien pontifical au renouveau du thomisme, et en 1882, Mercier est nommé professeur de philosophie thomiste à l'Université catholique de Louvain. Avec l'appui de Léon XIII, il fonde l'Institut supérieur de philosophie de Louvain et, en 1894, il lance la revue Néo-scolastique , qui vise à rapprocher la philosophie scolastique des sciences et de la pensée modernes. Figure majeure du renouveau néo-thomiste, Mercier est l'auteur d'ouvrages de métaphysique, de logique, de psychologie et d'épistémologie.

    En 1906, Pie X nomma Mercier archevêque de Malines (Malines, en Flandre), en Belgique. Par cette nomination, il devint primat de Belgique et pasteur d'environ 2,3 millions de catholiques et 3 000 prêtres. En termes d'effectifs, l'archidiocèse de Malines était alors le deuxième plus important au monde après celui de Milan.

    En 1907, Mercier fut nommé cardinal et rejoignit rapidement Pie X dans sa lutte contre le modernisme catholique. Bien qu'opposé aux modernistes, il restait ouvert au dialogue avec des penseurs accusés de modernisme, tels que Maurice Blondel et Marie-Joseph Lagrange, OP. Il prit également contact avec le prêtre jésuite moderniste et suspendu, George Tyrrell. Mercier invita Tyrrell dans son archidiocèse à condition qu'il accepte de soumettre tous ses écrits à son examen et à son approbation. Tyrrell rejeta cette condition et critiqua le cardinal belge, le qualifiant de représentant d'une conception « ultramontaine » dépassée qui étouffait le débat théologique.

    Durant la Première Guerre mondiale, Mercier résista à l'occupation allemande de la Belgique et fut finalement assigné à résidence. Sa lettre pastorale de Noël 1914,  Patriotisme et Endurance, fut accueillie avec enthousiasme non seulement en Belgique, mais aussi aux États-Unis, en Angleterre, en France et dans d'autres pays. Les évêques allemands, mécontents, accusèrent Mercier de violer la position de neutralité du Vatican. Benoît XV, cependant, admirait Mercier et soutint la libération de la Belgique comme condition à la paix. Après la guerre, Mercier reçut de nombreuses distinctions pour sa résistance héroïque à l'occupation allemande. Considéré comme le « pape du Nord », il accepta des invitations à donner des conférences en France, en Espagne, en Autriche, en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. Il reçut des doctorats honoris causa, notamment de Harvard, de Princeton et de Yale, et participa au défilé de la victoire de 1919 à New York aux côtés du roi Albert de Belgique.

    Mercier est également resté dans les mémoires pour son soutien aux discussions œcuméniques avec les anglicans, connues sous le nom de Conversations de Malines. Soutenues par Lord Halifax d'Angleterre, ces discussions théologiques se déroulèrent à la résidence du cardinal Mercier entre 1921 et 1925. Bien que ces échanges se soient déroulés dans un climat amical, aucun accord ne put être trouvé sur la signification de la primauté papale ni sur d'autres questions. Le pape Benoît XV (r. 1914-1922) était au courant des Conversations de Malines. Il ne les critiqua jamais, mais ne les approuva jamais non plus. Pie XI (r. 1922-1939) était également informé de ces discussions œcuméniques. Admiratif pour Mercier, il attendit la mort du cardinal en 1926 pour y mettre un terme. Dans son encyclique de 1928,  Mortalium Animos, Pie XI réaffirma la conception catholique de la primauté papale et mit en garde contre les discussions œcuméniques susceptibles de relativiser la doctrine catholique.

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