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BELGICATHO

  • 10 ans après Amoris Laetitia : en revenir au magistère

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    De l'abbé Claude Barthe sur Res Novae :

    Revenir au magistère

    Il y a dix ans, le sabordage de l’enseignement moral

    Humanæ vitæ, en 1968, avait représenté un événement insolite au milieu du climat libéral établi par Vatican II. Il souleva d’ailleurs une contestation intense. Alors que ce concile, présidé par Paul VI, avait ouvert l’ecclésiologie au catholicisme libéral (œcuménisme, liberté religieuse, dialogue avec les religions), le même Paul VI, à l’étonnement général, s’était refusé à libéraliser la doctrine du mariage et avait condamné la contraception. Ce qu’on a appelé la « restauration » des pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI, selon le terme employé par Joseph Ratzinger dans son Entretien sur la foi, qui était une tentative d’interprétation modérée du Concile, s’est ainsi cristallisée sur cette relative résistance de l’enseignement moral (Veritatis splendor en 1993). Résistance fragile, qui se croyait obligée de lâcher du lest (la théologie du corps de Jean-Paul II) et surtout qui se refusait à s’appuyer sur le magistère infaillible : malgré des requêtes répétées, jamais l’enseignement d’Humanæ vitæ n’a été donné comme définitif, l’horizon « pastoral » du Concile restant indépassable.

    Quoi qu’il en soit, Amoris lætitia, en 2016, a fait sauter ce barrage moral et s’est ouverte une nouvelle phase du post-Concile. Ce qui comporte d’ailleurs un aspect positif : le temps des demi-mesures est passé.

    Le chapitre VIII d’Amoris lætitia

    Avec Amoris lætitia, du 19 mars 2016, le pape Bergoglio a en quelque sorte dépénalisé l’adultère, les relations propres au mariage avec un autre que son conjoint, sous certaines conditions. Le VIIIème chapitre de l’exhortation apostolique, « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité », traite concrètement de la « fragilité » de ceux qui brisent le lien matrimonial et contractent un second mariage. Le pape François y procédait en trois étapes :

    • Il invitait à une pastorale d’« accompagnement » des divorcés remariés fondée sur la gradualité, distinguant l’idéal que représente la norme morale et ce que peuvent concrètement accomplir nombre de chrétiens et qu’il faut prendre en charge par un itinéraire d’accompagnement et de discernement qui « oriente ces fidèles à la prise de conscience de leur situation devant Dieu » [1]. Cet accompagnement se met en place par un « colloque avec le prêtre, dans le for interne, [qui] concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église et sur les étapes à accomplir pour la favoriser et la faire grandir » (n. 300).
    • Le pape François exposait ensuite sa proposition doctrinale nouvelle : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les “valeurs comprises dans la norme” ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute » (n. 301). C’est le cœur de la nouvelle doctrine morale, qui s’oppose frontalement à l’adage de saint Augustin (Confessions, l. X, c. 29) qu’avait repris le concile de Trente (Dz 1536) : « Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais en commandant il t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas », adage qui signifie que Dieu donne toujours la grâce nécessaire pour accomplir ce qu’il demande, en l’espèce la fidélité dans le mariage.
    • Le pape François tirait les conséquences de cette affirmation en ce qui concerne la pratique sacramentelle : la fameuse communion accordée aux divorcés remariés, objet de toutes les pressions de la gauche théologique. « À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église » (n. 305).

    Sur quoi une note (la note 351) précise que, tout en restant dans l’adultère, on peut éventuellement recevoir l’absolution sacramentelle et l’Eucharistie : « Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, “aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur” (Evangelii gaudium, n. 44). Je souligne également que l’Eucharistie “n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles” (ibid., n. 47). » 

    Questions de foi sans réponse  

    Quatre cardinaux – Raymond L. Burke, Walter Brandmüller, Carlo Caffara et Joachim Meisner[2] – ont alors présenté au pape François cinq dubia, des questions adressées aux autorités romaines, jadis rédigées de telle sorte qu’elles aient à répondre par oui ou par non, positive ou negative – « que votre oui soit oui et votre non soit non » (Matthieu 5, 37) – quitte à donner une explication sur la réponse. Le principal dubium des cardinaux était : « Après Amoris lætitia n. 301, est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel (cf. Conseil pontifical pour les textes législatifs, Déclaration du 24 juin 2000) ? »

    La Déclaration du Conseil pour les Textes législatifs visée par les cardinaux disait en effet : « Recevoir le Corps du Christ en étant publiquement indigne constitue un dommage objectif pour la communion ecclésiale ; c’est un comportement qui attente aux droits de l’Église et de tous les fidèles à vivre en cohérence avec les exigences de cette communion. Dans le cas concret de l’admission à la sainte communion des fidèles divorcés remariés, le scandale, entendu comme une action qui pousse les autres vers le mal, concerne à la fois le sacrement de l’Eucharistie et l’indissolubilité du mariage. […] Le ministre de la distribution de la communion doit se refuser de la donner à qui en est publiquement indigne. »

    Auparavant, alors que le pontificat bergoglien avait commencé et que se dessinait un retournement doctrinal, nous avions posé la même question, mais concernant le sacrement de pénitence, à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : « Un confesseur peut-il donner l’absolution à un pénitent qui, ayant été marié religieusement, a contracté une seconde union après divorce ? » Il s’agissait de permettre à la Congrégation (dont le Préfet était le cardinal Müller et le Secrétaire Mgr Ladaria) d’affirmer que l’enseignement de Familiaris consortio, que nous citerons plus bas, était toujours valable. La Congrégation nous avait répondu le 22 octobre 2014 : « On ne peut absoudre validement un divorcé remarié qui ne prend pas la ferme résolution de ne plus “pécher à l’avenir” et donc de s’abstenir des actes propres aux conjoints, et en faisant dans ce sens tout ce qui est en son pouvoir. »

    Mais après Amoris lætitia, ni le pape, ni la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’ont jugé utile de répondre aux interrogations des cardinaux concernant le retournement opéré.

    Une occasion de poser à nouveau la question va se présenter. Le 19 mars 2026, dixième anniversaire de l’exhortation apostolique, le pape Léon XIV a tenu à célébrer le « message lumineux d’espérance concernant l’amour conjugal et familial » constitué par l’exhortation apostolique, et à « rendre grâce au Seigneur pour l’élan donné à l’étude et à la conversion pastorale de l’Église » apporté par elle, lui demandant « le courage de poursuivre le chemin, en accueillant toujours à nouveau l’Évangile. » Et il a annoncé qu’il allait réunir du 7 au 14 octobre les Présidents des Conférences épiscopales du monde entier « afin de procéder, dans l’écoute réciproque, à un discernement synodal sur les mesures à prendre pour annoncer l’Évangile aux familles aujourd’hui, à la lumière d’Amoris lætitia et en tenant compte de ce qui se réalise dans les Églises locales. »

    Pour préparer les travaux de l’assemblée, un parcours thématique a été publié le 6 juillet dernier par le Secrétariat du Synode et le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie dont le quatrième point (« Face aux difficultés de la vie : accompagner et soutenir ; cheminer avec les familles dans des situations complexes ») recoupe le sujet du chapitre VIII d’Amoris lætitia. Selon toutes les apparences il avalise le changement doctrinal opéré par l’Exhortation: « Une attention particulière est portée aux couples et aux familles qui rencontrent, à toutes les étapes de la vie conjugale, des situations de difficulté relationnelle, sociale ou spirituelle […]. Quelles démarches ont été entreprises pour soutenir ceux qui vivent des situations de fragilité ou de difficulté ? Quelles résistances apparaissent ? Comment bâtir des communautés chrétiennes où ceux qui ont fait l’expérience de la souffrance, de l’abandon, de la séparation et du divorce puissent se sentir réellement écoutés, pleinement intégrés et coresponsables ? Quelles expériences concrètes révèlent, dès aujourd’hui, le visage d’une Église toujours plus capable de proximité, de discernement, d’accompagnement et de valorisation, aidant les personnes et les familles à retrouver confiance, à se reconnaître membres de la communauté et à faire l’expérience de la miséricorde de Dieu ? »

    Le texte aussi peu limpide que possible évoque bien ceux « qui ont fait l’expérience du divorce », qui doivent « se sentir réellement écoutés » dans une Église « plus capable » d’aider à « faire l’expérience de la miséricorde ».  On remarquera qu’il est question par euphémisme de « situations de fragilité » pour éviter le mot péché (comme le fait d’ailleurs l’encyclique Magnifica humanitas).

    Une thèse irrecevable

    On s’apprête assurément à une reconduction de la nouvelle doctrine, en insistant sur l’accueil dans l’Église des personnes divorcées remariées, accueil qui, au reste, n’a jamais été remis en cause : on a toujours dit qu’un pécheur faisait toujours partie de l’Église, mais qui dans la pastorale nouvelle devient un accueil sacramentel.

    Cette réunion pourrait cependant être une occasion providentielle pour un certain nombre de pasteurs courageux de faire souligner le dommage considérable causé par l’exhortation apostolique à la morale naturelle et catholique, et par le fait au salut des âmes. Il est au reste plus facile de contester Amoris lætitia que tel ou tel texte problématique du Concile.

    • D’une part, en effet, on peut en effet s’appuyer ici sur l’enseignement d’un pape postconciliaire, Jean-Paul II, qui a maintenu sur ce point la doctrine pérenne :
      • Sur la pénitence : « La réconciliation par le sacrement de pénitence – qui ouvrirait la voie au sacrement de l’Eucharistie – ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l’indissolubilité du mariage (Familiaris consortio, n. 84).
      • Sur la communion : « L’Église, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Église, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie. » (ibid.)

    À moins que les personnes en cette situation irrégulière « prennent l’engagement de vivre en complète continence, c’est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux[3] », et tout scandale étant écarté auprès de ceux qui les voient communier.

    • D’autre part, les ruptures dans l’enseignement moral sont plus aisément appréhendables par tous que celles intervenues dans l’ecclésiologie. En l’espèce, le retournement opéré par Amoris lætitia est saisissant. Aux termes du n. 301, des « conditions concrètes » (un nouveau « mariage », l’existence d’enfants de cette nouvelle union) feraient que la rupture de cette nouvelle union – se séparer de ce conjoint illégitime ou vivre avec lui comme frère et sœur – pourrait être « une nouvelle faute », on suppose en raison du dommage causé à la seconde épouse, et aux éventuels enfants de la seconde union. (Bien entendu, il n’est pas contestable que les conséquences de l’adultère doivent être assumées, notamment en ce qui concerne les enfants nés de cette union illégitime, mais sans préjudice de ce qui doit être rendu en justice à l’épouse légitime et aux enfants de l’union légitime, que l’Exhortation n’envisage pas). Ainsi le raisonnement d’Amoris lætitia va jusqu’au bout de sa logique : dans le cas où rester dans l’adultère public n’est pas pécher, quitter cette situation devient une faute. Il est des cas, selon Amoris lætitia où l’adultère est méritoire !

    La théologie et le magistère aimaient jadis condenser leurs propos en thèses ou en propositions claires et ramassées, notamment quand il s’agissait de les condamner (les 85 propositions issues du synode de Pistoie, condamnées par la bulle Auctorem fidei de Pie VI en 1794). La thèse irrecevable d’Amoris lætitia pourrait ainsi se formuler : Certains de ceux qui vivent dans l’adultère public, alors même qu’ils connaissent la norme qu’ils transgressent, peuvent n’être pas considérés comme étant en état de péché mortel. Cette proposition est-elle ou non condamnable au regard de la foi catholique ? Ou inversement, le fait de tenir cette thèse pour irrecevable est-il condamnable ?

    Fermer la parenthèse de l’enseignement « pastoral »

    Il est de la fonction du pape et des évêques de répondre à des questions sur la foi et les mœurs que se posent et leur posent les fidèles du Christ. Leur rôle premier est de dire la foi, de transmettre le message l’Évangile. « Les évêques, rappelle Lumen Gentium (n. 25), sont, en effet, les hérauts de la foi, amenant au Christ de nouveaux disciples, et les docteurs authentiques, c’est-à-dire pourvus de l’autorité du Christ, prêchant au peuple qui leur est confié la foi qui doit régler leur pensée et leur conduite, faisant rayonner cette foi sous la lumière de l’Esprit Saint, dégageant du trésor de la Révélation le neuf et l’ancien (cf. Mt 13, 52), faisant fructifier la foi, attentifs à écarter toutes les erreurs qui menacent leur troupeau (cf. 2 Tm 4, 1-4). »

    Quant au pontife romain, il est d’abord le suprême docteur de la foi. Il se distingue des autres évêques non par un pouvoir sacramentel supérieur mais par une juridiction plénière et souveraine sur toute l’Église, d’abord en ce qui touche l’enseignement de la foi et des mœurs (Vatican I, Pastor Æternus, Dz 3064).

    Ce que l’Église attend donc aujourd’hui de ses pasteurs, c’est qu’ils sortent du « pastoral » au sens nouveau donné à ce terme, celui d’un enseignement de seconde qualité déconnecté du rapport à la tradition, pour revenir au pastoral au sens évangélique, au soin que les pasteurs doivent déployer pour conduire au salut les âmes des brebis, en premier lieu par l’annonce de la vérité.

    En l’espèce, l’Église attend qu’ils rappellent le commandement : « Tu ne commettras point d’adultère » (Exode 20, 14 ; Deutéronome 5, 18 ; Matthieu 5, 27), qu’ils prêchent avec patience la pénitence aux pécheurs en les guidant dans la voie du repentir envers Dieu et de la réparation envers l’époux ou l’épouse trahi, et envers les enfants profondément malmenés, sans oublier bien sûr d’assumer les conséquences de la faute commise, notamment vis-à-vis des enfants de la seconde union. 

    Au fond, l’Église attend un retour au magistère comme tel ou comme référence directe de son discours.


    [1] Cette notion de gradualité avait été mise en avant pour contourner la doctrine d’Humanæ vitæ réprouvant la contraception. Jean-Paul II, dans Familiaris consortio (22 novembre 1981, n. 34) avait tenté de colmater la brèche en faisant une distinction hasardeuse : la « loi de gradualité », celle de l’agir humain, qui surmonte graduellement les difficultés pour arriver à observer les commandements, est légitime, mais pas la « gradualité de la loi », qui veut que le commandement divin soit seulement un idéal vers lequel on doit tendre. Amoris lætitia, dans son n. 295, parle d’une « gradualité dans l’accomplissement prudent des actes libres » de la part de sujets qui ne « sont dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi. » En un mot, si on ne peut pas observer la loi, on fait ce qu’on peut…

    [2] Un cinquième cardinal, le néerlandais Willem Jacobus Eijk, archevêque d’Utrecht, a publiquement soutenu et rejoint la démarche des quatre premiers. Un autre haut prélat a signé les dubia adressés au pape, mais n’a pas voulu que soit divulgué son nom dans le public.

    [3] Jean-Paul II, homélie à la messe de clôture du VIe Synode des Évêques, 25 octobre 1980.

  • Le critère d’embarras renforce la crédibilité historique des Évangiles

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    De Matthieu Lavagna sur 1000 raisons de croire :

    Le critère d’embarras prouve que les Évangiles ne peuvent pas être un mensonge

    Nous avons établi dans les articles précédents que les Évangiles sont précis et exacts quant aux informations objectives rapportées au sujet de la Palestine du Ier siècle. Face aux données historiques, topographiques,   archéologiques et onomastiques , on peut conclure que les évangélistes étaient suffisamment informés pour produire un récit historiquement fiable. En revanche, pouvons-nous être sûrs qu’ils n’ont pas menti délibérément pour que leur propagande religieuse se développe, tout en truffant leur récit de détails historico-géographiques exacts ? Le critère d’embarras, cher aux historiens, suffit à réduire cette thèse à néant. Lorsque l’on invente une histoire, on évite en général de s’auto-ridiculiser en relatant des détails gênants pour soi-même. Or, les évangélistes font exactement le contraire : ils racontent un bon nombre d’événements embarrassants qu’ils n’auraient sûrement pas mentionnés s’ils mentaient.


    Les raisons d'y croire

    Parmi les exemples qui remplissent le critère d’embarras, on peut citer :

    • La mort du Christ sur la croix, qui n’aurait pas pu être inventée par les évangélistes ; en particulier s’ils cherchaient à faire valoir leur religion auprès des Juifs et des païens.
    • Le discrédit total du témoignage des femmes à l’époque dans le contexte de la découverte du tombeau vide. Il aurait été parfaitement absurde de la part des premiers chrétiens d’inventer que les premiers témoins du tombeau vide de Jésus étaient des femmes (en particulier une pécheresse comme Marie-Madeleine). Cela ne pouvait que les décrédibiliser aux yeux des Juifs. Si les évangélistes voulaient mentir et inventer leur propre récit, ils auraient choisi de mettre en scène des hommes comme les apôtres afin de renforcer la crédibilité de leur fiction.
    • Le portrait ridicule de Pierre, chef des apôtres, qui se fait réprimander sévèrement par Jésus et qui le renie à plusieurs reprises. Si les Évangiles étaient un récit monté de toutes pièces dans l’unique but de faire valoir la religion chrétienne, jamais les premiers chrétiens n’auraient eu l’idée de dévaloriser leur chef ainsi.
    • Les nombreux détails embarrassants rapportés à l’égard des disciples : ils fuient devant les difficultés, ils doutent ( Mt 28,17 ) et ne comprennent pas toujours ce que dit Jésus ( Lc 24,11  ; Mt 16,23  ; Jn 14,9 ), etc. Cela n’aurait pas de sens que les disciples de Jésus ou les évangélistes aient inventé ces éléments embarrassants. Ces détails apparaissent dans les Évangiles parce que leurs auteurs ont été soucieux de rapporter ce qui s’était réellement passé.
    • Il est donc impossible de considérer que les Évangiles sont un tissu de mensonges conçus de toutes pièces. Ces écrits sont trop gênants pour les disciples et « contreproductifs » pour qu’il s’agisse de mensonges.

    En savoir plus

    Avez-vous déjà menti pour sauvegarder votre image ou votre réputation ? C’est possible. En revanche, avez-vous déjà menti en faisant exprès d’entacher votre réputation aux yeux des autres ? Certainement non ! En effet, l’être humain n’aime pas se dénigrer lui-même par plaisir. S’il relate un fait gênant à son égard, c’est parce que ce fait lui est vraiment arrivé.

    Il en est de même lorsqu’on analyse les faits embarrassants présents dans les Évangiles. Les évangélistes présentent les leaders de l'Église comme ayant souvent l'air impulsifs, incompétents, vantards ou stupides. L’Évangile de Marc décrit les disciples comme étant parfaitement incrédules, si bien qu’à de nombreuses reprises, Jésus les accuse de manquer de foi ( Mc 9,17-19 ). Ils paniquent lorsqu'ils sont confrontés à une tempête sur le lac de Tibériade ( Mc 4,35-41 ), ils sont extrêmement lents à comprendre le véritable sens des paroles de Jésus ( Mc 4,13  ; 7,18 ). Lors des moments difficiles, ils agissent comme des couards et des incrédules apeurés. Au lieu de prier avec Jésus en vue de préparer sa passion, ils s’endorment ( Mc 14,37-42 ). Et, quand le Christ se fait arrêter par les grands prêtres, ils prennent la fuite ( Mc 14,50 ).

    L’Évangile est particulièrement humiliant à l’égard de Pierre, le chef de l’Église primitive , mentionnant ainsi que celui-ci se fait sévèrement réprimander par Jésus lorsqu’il s’oppose à sa future mise à mort. Quand Pierre dit au Christ « Cela ne t’arrivera pas, Seigneur ! » ( Mt 16,22 ) Jésus répond : « Passe derrière moi, Satan. Tu m'es en scandale ; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes »( Mt 16,23 ). Pire encore, Pierre affirme fièrement qu’il ne reniera jamais le Christ – « Quand il me faudra mourir avec toi, je ne te renierai pas » ( Mt 26,35 ) –, et les évangiles rapportent qu’il finira par le renier trois fois. Rien de plus humiliant pour le chef des apôtres ! Jamais les chrétiens n’auraient inventé un tel événement.

    On peut aussi ajouter que l’événement humiliant de la crucifixion n’a pas pu être inventé par les disciples. En clair, si vous pensez qu’un homme est le Messie, ou du moins si vous voulez le faire croire aux gens, il paraît tout à fait stupide de le faire crucifier et de l’humilier comme un moins que rien. Les Juifs de l’époque s’attendaient à un Messie fort et vaillant : l’idée d’une crucifixion était impensable pour eux. Pourquoi revendiquer haut et fort que Jésus est Dieu, et créer un scénario dans lequel ce dernier meurt lamentablement à coups de clous ? Au niveau de la crédibilité, il est difficile de faire pire si vous voulez convaincre les gens de la vérité de votre religion. D’ailleurs, au IIe siècle, le polémiste antichrétien Celse prenait un malin plaisir à ridiculiser les chrétiens à cause de ce fait même : « Vous nous donnez pour Dieu un personnage qui termina par une mort misérable une vie infâme » (Discours véritable contre les chrétiens).

    Enfin, les Évangiles affirment que ce sont les femmes qui ont retrouvé le tombeau vide. Or, le témoignage des femmes, à l’époque, n’avait aucune valeur devant les tribunaux juifs. Il n’était même pas recevable dans une affaire judiciaire. C’est typiquement le genre d’élément narratif qu’un récit inventé se voulant convaincant aurait préféré éviter car, dans la société de l’époque, rapporter un tel détail revenait à exposer son propre récit à la dérision et à la moquerie.

    En conséquence, si la découverte du tombeau vide était une légende, ceux qui auraient inventé une telle histoire auraient choisi de faire en sorte que les premiers témoins de la résurrection soient des hommes. Ils auraient ainsi évité d’ébranler la crédibilité de leur histoire auprès de cette culture largement patriarcale. C’est pourquoi l’historien N. T. Wright remarque : « En tant qu’historiens, nous sommes obligés de dire que, si ces histoires avaient été inventées cinq ans plus tard, [leurs auteurs] n’auraient jamais attribué la découverte du tombeau vide à Marie Madeleine. Pour des apologistes chrétiens, vouloir expliquer à un public sceptique que Jésus est ressuscité en invoquant des femmes serait comme se tirer une balle dans le pied. Mais pour nous, historiens, c’est le genre d’information en or. Les chrétiens n’auraient jamais pu inventer une telle chose » (cité dans Antony Flew, There is a God, HarperCollins, 2009, p. 207).

    En somme, les Évangiles contiennent des événements tellement embarrassants que leurs auteurs n’auraient jamais eu l’idée d’inventer de telles choses pour promouvoir leur religion et aller évangéliser les nations. Ils couraient le risque permanent de se ridiculiser aux yeux des Juifs et des païens. Ces faits ne nous sont connus que parce que les évangélistes ont fait preuve d’honnêteté et qu’ils ont voulu retranscrire méticuleusement les événements de la vie de Jésus, en dépit des conséquences humiliantes à leur égard.

    Bref, l’hypothèse d’un mensonge est intenable. Cela supposerait en outre que les apôtres eussent été des imposteurs masochistes, prêts à se rabaisser pour des choses qu’ils savaient fausses. La moindre des choses que nous pouvons leur accorder, c’est qu’ils étaient honnêtes et avaient l’intention de rapporter des faits exacts concernant la vie du Christ.

    Le critère d’embarras permet donc de renforcer la crédibilité historique des Évangiles, et constitue en cela une solide raison de croire au christianisme.

    Matthieu Lavagna, auteur de Soyez rationnel, devenez catholique !


    Aller plus loin

    Craig L. Blomberg, The Historical Reliability of the New Testament, 2016.

  • Saint Pierre Claver (9 septembre)

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    Du site des Jésuites de la Province de France :

    Pierre Claver naquit à Verdu, en Espagne, en 1580. Il étudia les lettres et les arts à l'université de Barcelone à partir de 1596 et entra dans la Compagnie en 1602. Spécialement encouragé par saint Alphonse Rodriguez, portier du collège de la Compagnie à Majorque, il répondit à la vocation missionnaire qu'il entendit alors.

    Ordonné prêtre en 1616 dans la mission de Colombie, c'est là que, jusqu'à sa mort, il exerça son apostolat parmi les Noirs réduits en esclavage, devenu par un vou spécial " esclave des Nègres pour toujours ". Epuisé, il mourut à Carthagène, en Colombie, le 8 septembre 1654. il fut canonisé en 1888 par Léon XIII.

    Lettre de saint Pierre Claver

    Annoncer l'Evangile aux pauvres, guérir les coeurs blessés ; annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres.

    Hier, 30 mai 1627, jour de la Sainte Trinité, débarquèrent d'un énorme navire un très grand nombre de Noirs enlevés des bords de l'Afrique. Nous sommes accourus portant dans deux corbeilles des oranges, des citrons, des gâteaux et je ne sais quoi d'autre encore. Nous sommes entrés dans leurs cases. Nous avions l'impression de pénétrer dans une nouvelle Guinée ! Il nous fallut faire notre chemin à travers les groupes pour arriver jusqu'aux malades. Le nombre de ceux-ci était considérable ; ils étaient étendus sur un sol humide et boueux, bien qu'on eût pensé, pour limiter l'humidité, à dresser un remblai en y mêlant des morceaux de tuiles et de briques ; tel était le lit sur lequel ils gisaient, lit d'autant plus incommode qu'ils étaient nus, sans la protection d'aucun vêtement.

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  • L’énigme de la « synodalité »; le cardinal Brandmüller explique comment éviter de tomber dans le piège de Méphistophélès

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    L’énigme de la « synodalité ». Le cardinal Brandmüller explique comment éviter de tomber dans le piège de Méphistophélès

    (s.m.) Il est un mot qui polarise depuis des années les débats au sein de l’Église, bien que son sens soit de moins en moins clair au fur et à mesure que le débat avance. Il a été mis sur la table par le pape François qui l’a légué à son successeur Léon, à grands renforts d’un synode à plusieurs étapes sur le sujet, lancé en 2021 et dont on n’entrevoit pas bien l’issue.

    Il s’agit du mot « synodalité ». Il dérive de « synode », une institution remontant aux premiers siècles de l’Église, constituée des seuls évêques, mais que beaucoup voudraient aujourd’hui élargir à davantage de monde, sous des formes diverses et variées, comme si l’Église était une démocratie moderne, avec un droit de vote pour tous, y compris sur les questions de doctrines.

    Mais depuis un certain temps, de plus en plus d’évêques et de cardinaux appellent à ce que la clarté l’emporte sur cette confusion. Et, à la manière dont il jugule ces dérives, il semble bien que le Pape Léon semble les vouloir entendre. Non pas avec des discours, mais par les actes.

    En effet, d’un côté il refuse aux évêques allemands, qui le réclament depuis plusieurs mois, de donner son accord au lancement d’une « Conférence synodale » permanente composée de vingt-sept évêques, vingt-sept membres du Comité des laïcs catholiques allemands et de vingt-sept autres catholiques élus, tous dotés d'un droit de vote égal et de pouvoirs non seulement consultatifs mais aussi délibératifs sur « d'importantes questions de la vie ecclésiale de portée supradiocésaine ». Initialement prévu pour le 6 novembre à Stuttgart, le lancement de cet organe a été remis aux calendes grecques.

    Mais en plus de freiner les excès des novateurs, Léon semble également vouloir renforcer les synodes à l'ancienne, de modèle classique, du genre de ceux qui sont composés uniquement d'évêques et qui gouvernent les Églises catholiques d'Orient et les archevêchés majeurs comme en Ukraine. Dans un motu proprio du 29 août, le pape a en effet élargi l'autorité décisionnelle de ces synodes jusqu'à la destitution de leurs patriarches respectifs, au cas où « le lien sacré entre le 'pater et caput' et les autres évêques serait irrémédiablement compromis ».

    Il n’en demeure pas moins que tout ce qui touche à la synodalité ne passionne ni ne mobilise guère la foule des fidèles ordinaires, qui restent largement indifférents aux débats en cours sur un sujet aussi confus.

    Mais voilà que nous parvient, dans cet article sur Settimo Cielo, une voix d'une clarté cristalline, pour dire enfin en quelques mots et avec de brillantes références à l'histoire ce qu'est et ce que doit être dans l'Église un authentique « synode ».

    Il s’agit de la voix incontournable du cardinal Walter Brandmüller (sur la photo de Lena Klimkeit copyright Picture Alliance/Dpa), du haut de ses 97 ans qu’il porte à merveille et de sa compétence reconnue d'historien de l'Église.

    Bonne lecture !

    *

    À propos de la « synodalité »

    par Walter Brandmüller

    Depuis le pape François, on ne cesse de parler de « synodalité », dans des contextes divers et avec des significations variées. Pourtant, une définition claire et univoque de ce terme fait cruellement défaut. Au point qu’on ne peut s’empêcher de penser au fameux dialogue entre Méphistophélès en tenue de professeur et l’étudiant, dans le « Faust » de Goethe. Méphistophélès déclare : « En somme, mon cher ami, tenez-vous-en aux mots, et vous franchirez sans encombre la porte royale qui mène au sanctuaire de la certitude. » Et l’étudiant de répliquer : « Encore faut-il qu'aux mots corresponde une idée, à ce que je sache. » Ce à quoi Méphistophélès rétorque : « Fort bien ! Mais il ne faut pas s’en inquiéter outre mesure, car là où les idées manquent, un mot arrive toujours à temps. »

    C’est précisément pour éviter les pièges tendus par Méphistophélès qu’il est bon de rappeler une définition claire de la synodalité, et avant tout ce qu’est un synode.

    Dans l’acception catholique classique, un synode est une assemblée d'évêques réunie en vue de l'exercice collégial de leur charge magistérielle et pastorale.

    Si tous les évêques de l'Église y sont conviés et se réunissent sous la présidence du pape ou de ses délégués, il s'agit alors d'un concile général, c’est-à-dire « œcuménique », auquel — « cum et sub Petro »  — échoit la plus haute autorité magistérielle et pastorale, et qui proclame des doctrines définitives et infallibles, auxquelles il faut adhérer dans l'obéissance de la foi.

    En revanche, si les évêques réunis appartiennent à un ensemble d'Églises particulières — province ecclésiastique, région ecclésiastique, etc. —, ce concile particulier ne détient alors qu'un « magisterium ordinarium », dont les décrets requièrent la confirmation du Saint-Siège.

    Dans les deux cas, les évêques agissent en vertu du pouvoir magistériel et pastoral qu'ils ont reçu par l'ordination sacramentelle.

    Avec son motu proprio « Apostolica sollicitudo » de 1965, Paul VI a institué le « synode des évêques » (« Synodus episcoporum ») en tant qu'organe consultatif du pape (1).

    Sans vouloir remettre en question la nécessité ou l'opportunité d'une telle structure, dans la mesure où les participants sont convoqués individuellement et au cas par cas par le souverain pontife et que leur rôle devrait consister à conseiller le pape et non à proclamer des doctrines, à trancher ou à légiférer, il serait souhaitable, par souci de clarté conceptuelle, d'éviter le terme de « synode » — qui, dans ce contexte, prête à confusion — et de lui trouver une appellation différente et plus appropriée.

    Il en va de même pour les organismes de création récente qui, en plus des évêques, intègrent des prêtres et des fidèles des deux sexes, censés représenter l'ensemble du peuple de Dieu (2). Là encore, on ne peut pas parler de synode, dans la mesure où ni les prêtres ni les laïcs ne peuvent exercer le ministère magistériel et pastoral conféré aux seuls évêques par le sacrement de l'ordre.

    Il est naturellement possible de confier à des laïcs compétents une fonction d’expertise. Mais quand une telle collaboration doit être mise en œuvre, il est préférable d’éviter soigneusement tout usage inapproprié des mots « synode », « synodalité » et autres équivalents, et d’utiliser un autre terme qui reflète correctement la réalité des faits.

    Il est évident que l'instauration d'organismes de ce type procède de la volonté d'implanter, plus ou moins sans esprit critique, des structures séculières et des procédures démocratiques dans la vie de l’Église, pour rester en phase avec son temps.

    Mais cela revient à introduire dans l'univers catholique un type de synode inspiré notamment du modèle protestant, où les membres sont élus de manière démocratique parmi des pasteurs, des hommes et des femmes issus de divers horizons professionnels et culturels, tous disposant d'une voix égale au chapitre. C'est Luther lui-même qui avait formulé ces idées dans ses écrits polémiques de 1520. En niant catégoriquement que l'institution du sacrement de l'ordre remonte à Jésus-Christ, il affirmait que le baptême suffisait à faire de tout homme ou de toute femme un prêtre, un évêque et un pape. Il est évident qu'une telle conception de la synodalité est incompatible avec l'ecclésiologie catholique.

    Il ne faut pas non plus oublier quelles autres répercussions — qualifiées aujourd'hui de négatives — a eu sur la vie de l’Église l'adoption sans discernement de modèles et de procédés séculiers, apparus au cours de l'histoire.

    C'est dans ce contexte que s'inscrit l'institution des conférences épiscopales (3). Leur émergence est étroitement liée à la fin de l'Ancien Régime, au système européen du trône et de l'autel, et à l'avènement de l'État laïc moderne. C'est en effet à ce moment précis que s’est posée la question de la place de l'Église au sein de l'État laïc et de ses rapports avec celui-ci.

    Quand les conférences épiscopales ont vu le jour en Europe dans la première moitié du XIXe siècle (4), leur cadre de référence n'était pas la structure hiérarchique de l'Église, mais bien l'État respectif. Dès lors, l'activité consultative et décisionnelle de ces instances se limitait aux questions concernant le statut et l'action de l'Église dans l'État laïc moderne. Les questions de doctrine, de liturgie ou de sacrements en étaient exclues.  À la seule et conflictuelle exception du mariage, dont la réglementation juridique — calquée sur le modèle napoléonien — était également revendiquée par les États laïcs.

    Au regard de la véritable fonction des conférences épiscopales, il apparaît dès lors hautement problématique que le pape François leur ait reconnu, dans son exhortation apostolique « Evangelii gaudium » — en marge du Code de droit canonique de 1983 —, « une authentique autorité doctrinale, même limitée » (5). À ce sujet, il convient de réaffirmer avec force : « Même en matière doctrinale, la conférence épiscopale n'est ni une instance hiérarchique intermédiaire, ni l'organe d'une Église nationale susceptible d’entrer en concurrence avec le magistère de l'Église universelle ou de menacer le primat doctrinal du pape » (6).

    À partir de la fin du XIXe siècle, on observe, en particulier sur le continent européen, que les synodes ont été supplantés par les conférences épiscopales, dont la forme et le mode opératoire épousent — ainsi qu'on l'a dit — des modèles politiques (7). Il est difficile d’ignorer qu'il s'agit là d’une expression de la laïcisation croissante de la compréhension de ce qu’est l'Église. Comme nous l’avons déjà souligné, ce phénomène révèle un néo-arianisme ecclésiologique qui, sans contester expressément le caractère surnaturel de l'Église, le relègue peu ou prou au second plan pour ne plus voir dans l’Église qu’une entité sociale.

    Face à ces conférences épiscopales aux contours politiques, il conviendrait de restituer aux synodes des Églises particulières — fidèles aux structures hiérarchiques authentiquement ecclésiales — leur importance originelle. Cette démarche gagnerait en efficacité si ces assemblées d'évêques, à l'instar de ce qui se pratique depuis le VIe siècle, se tenaient selon les formes liturgiques renouvelées prévues par le Pontifical de 1986 (8).

    De cette manière, on pourrait efficacement barrer la route au processus de sécularisation de l'Église, tout en faisant un pas important vers cette « désécularisation » dont Benoît XVI rappelait l'impérieuse nécessité (9).

    (1) Cf. Paul VI, Apostolicâ sollicitudo, 1965.*

    (2) À ce sujet, voir R. Cren, « Concilium episcoporum est. Note sur l’histoire d’une des actes du concile de Chalcédoine », in Revue des sciences philosophiques et théologiques 46 (1962), p. 45 – 62.

    (3) On notera la place importante accordée aux conférences épiscopales dans le CIC de 1983 (can. 447 – 459).

    (4) Cf. R. Lill, « Die ersten deutschen Bischofskonferenzen », in Römische Quartalschrift 59 (1964), p. 127 – 185.

    (5) François, Evangelii gaudium, n. 32, renvoyant à Jean-Paul II, Apostolos suos, n. 21.

    (6) B. S. Anuth, « Lehramt der Bischofskonferenz », in M. Seewald, Th. Schüller (dir.), Die Lehrkompetenz der Bischofskonferenz, Ratisbonne, 2020, p. 81 – 118. Voir également A. Buckenmaier, Lehramt der Bischofskonferenz, Ratisbonne, 2013.

    (7) W. Brandmüller, « Wenn ein Apparat den Episkopat entmachtet », in Kirchengeschichte als Kirchenkritik, éd. par M. Feldkamp, Mayence, 2020, p. 115 – 123.

    (8) Caeremoniale Episcoporum auctoritate Johannis Pauli P. P. II promulgatum. Editio typica, 1984, p. 277 et suiv.

    (9) Benoît XVI, « Rencontre avec les catholiques engagés dans l'Église et la société », Konzertsaal, Fribourg-en-Brisgau, 25 septembre 2011.
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Dai frutti li riconoscerete. L’Italie catholique, soixante ans après le Concile

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    De Maurizio d’Orlando sur le blog d'Aldo Maria Valli :

    Dai frutti li riconoscerete. L’Italie catholique, soixante ans après le Concile

    Je ne suis pas théologien. Ma formation est statistico-économique et économétrique. Je n’entends donc pas juger le Concile Vatican II à travers une dispute entre écoles théologiques. Je me limite à faire ce que l’on fait lorsqu’il s’agit d’évaluer n’importe quelle grande réforme : je compare le point de départ avec le point d’arrivée.

    Le Concile s’est conclu le 8 décembre 1965. Soixante ans se sont écoulés. Le temps des prévisions est terminé. Nous pouvons regarder les résultats.

    Vers 1965, près de 99 % des Italiens se déclaraient catholiques. Plus de 98 % des mariages étaient célébrés à l’église. En 1965 naquirent 1 017 944 enfants ; le nombre moyen d’enfants par femme était de 2,66, largement supérieur au niveau nécessaire pour assurer la continuité des générations. Les décès furent d’environ 517 000 : les naissances les dépassèrent d’un demi-million.

    Les étrangers résidents étaient statistiquement quasi inexistants : 62 780 au recensement de 1961 et 121 116 à celui de 1971. Au milieu des deux recensements, l’année où se terminait Vatican II, il s’agissait donc d’environ une personne sur cinq cents.

    Telle était l’Italie livrée à l’après-Concile.

    Soixante ans plus tard, en 2025, seuls 355 000 enfants sont nés et 652 000 personnes sont mortes. La fécondité est tombée à 1,14 enfant par femme. Le solde naturel a été négatif d’environ 296 000 habitants.

    La même année, le solde migratoire avec l’étranger a été positif de 296 000 personnes.

    Moins 296 000 pour le mouvement naturel. Plus 296 000 pour le mouvement migratoire.

    La correspondance est presque parfaite. Les Italiens qui ne naissent pas sont remplacés par des personnes venant de l’étranger.

    Ce n’est pas une expression inventée par la soi-disant extrême droite. En 2000, la Division de la population des Nations Unies a publié une étude intitulée « Replacement Migration: Is It a Solution to Declining and Ageing Populations? » : « Migration de remplacement : est-ce une solution au déclin et au vieillissement des populations ? ». L’expression désigne précisément l’immigration nécessaire pour compenser une population qui diminue et vieillit.

    Au début de 2026, les étrangers résidents en Italie étaient 5 560 000, soit 9,4 % des habitants. S’y ajoutent ceux qui ont déjà obtenu la citoyenneté italienne et leurs descendants.

    La grande majorité de cette population n’est pas catholique. Selon les estimations de la Fondation ISMU, au début de 2025, sur plus de cinq millions d’étrangers résidents, les catholiques étaient environ 900 000. Les musulmans avaient atteint 1,7 million ; les orthodoxes dépassaient le million et demi. Plus de quatre étrangers sur cinq appartenaient donc à d’autres confessions ou ne professaient aucune religion.

    Ce n’est pas un jugement sur la valeur des personnes. C’est un fait sur la transformation de l’Italie.

    Une Église qui ne transmet plus

    Dans le même laps de temps, la continuité religieuse s’est effondrée.

    Aujourd’hui, pas même un Italien sur trois ne se déclare catholique ? Non : une enquête de 2023 situe encore l’appartenance déclarée autour de 61 %. Mais seulement 17,9 % de la population fréquente hebdomadairement un lieu de culte.

    Le chiffre décisif concerne les enfants. En 1995, 70,3 % des enfants de six à treize ans participaient chaque semaine au culte. En 2023, seulement 32,4 %. Parmi les jeunes adultes, on n’atteint pas un sur dix.

    En 2024, à peine 38,7 % des mariages ont été religieux. En 1965, c’était plus de 98 %.

    Entre 2000 et 2024, les baptêmes ont diminué de 64,6 %, tandis que les naissances ont baissé de 31,9 %. Ce n’est donc pas seulement la dénatalité qui réduit les baptêmes : les enfants diminuent, mais la transmission de la foi diminue deux fois plus rapidement.

    Les séminaristes étaient 6 337 en 1970. En 2019, il en restait 2 103. Les ordinations sacerdotales sont passées de 527 en 2000 à 279 en 2024.

    Ce n’est pas un seul indicateur qui est tombé. Ce sont tombés ensemble l’appartenance, la pratique, les mariages religieux, les baptêmes, les vocations et les ordinations.

    Une coïncidence de soixante ans

    On objectera : post hoc non est propter hoc. Le fait que quelque chose arrive après quelque chose d’autre ne prouve pas que ce soit la conséquence.

    C’est vrai. Mais cela ne prouve pas non plus le contraire.

    Lorsqu’une grande réforme pastorale est suivie de l’aggravation concordante de tous les indicateurs qui auraient dû mesurer son succès, il n’est pas rationnel de proclamer qu’entre les deux faits il ne peut exister aucun rapport. La succession chronologique ne suffit pas à prouver la causalité ; elle suffit cependant à imposer la question.

    Et la question devient inévitable lorsque le Concile est présenté comme la réponse de l’Église à la modernité. On ne peut pas attribuer à la modernité l’échec de la réforme et, en même temps, célébrer comme providentielle la réforme conçue pour l’affronter.

    Peut-être la société italienne se serait-elle déchristianisée de toute façon. Peut-être la natalité se serait-elle effondrée de la même manière. Peut-être la famille se serait-elle dissoute avec la même rapidité et la population manquante aurait-elle été remplacée par la même immigration.

    Mais ce sont aussi des hypothèses. Les faits observables sont autres.

    En 1965, l’Italie était une nation presque entièrement catholique, célébrait à l’église presque tous les mariages, engendrait plus d’un million d’enfants par an et assurait largement sa propre continuité démographique.

    En 2025, la pratique religieuse est minoritaire, les mariages catholiques sont moins de quatre sur dix, la fécondité est tombée à 1,14 enfant par femme et le solde naturel négatif est presque exactement compensé par le solde migratoire. La population qui prend la relève est, en grande majorité, non catholique.

    Quelle est la probabilité que tout cela ne soit que pure coïncidence ? Il n’existe pas de formule honnête capable de la calculer. Mais il faut beaucoup plus de foi pour croire à la coïncidence que pour reconnaître au moins une relation.

    Après soixante ans, il ne suffit plus de répéter que le Concile doit encore être compris, mis en œuvre ou mené à son terme. Soixante ans, c’est plus de deux générations. Le temps de l’expérimentation est terminé. Est arrivé le temps du bilan.

    Les chiffres ne prononcent pas de sentences théologiques. Mais ils enregistrent les résultats.

    Et l’Évangile nous a laissé un critère que même un statisticien peut comprendre : « À leurs fruits vous les reconnaîtrez. »

  • Les Mutations de l'Église catholique au XXe siècle (Marcel De Corte)

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    Aux Editions de l'Homme Nouveau :

    Les Mutations de l'Église catholique au XXe siècle

    Marcel De Corte

    Introduction de Mère Marie-Geneviève Rivière

    Deuxième édition revue et augmentée

    1re édition : novembre 2025

    540 pages

    25,50 €

    Je commande sur la boutique

    Les textes et les analyses du célèbre philosophe sur la crise traversée par l'Église après le concile Vatican II, telle qu’il a pu la vivre à son rang de laïc engagé et d’intellectuel catholique intervenant dans les débats de l’époque. Après d’autres, il s’agit là d’un témoignage historique sur une époque difficile pour l'Église.

    > Moins d’un an après sa parution, ce livre était déjà épuisé. Le voici donc revu, augmenté et réédité.

    Marcel De Corte, Les mutations de l’Église catholique au xxe siècle. Où en est le catholicisme ?, avec une préface de Mère Marie-Geneviève Rivière du Saint-Nom-de-Jésus de Fanjeaux, Paris, Hora Maxima, « Marcel de Corte », 2025, 540 p., 25,50 €

    Recension d'Olivier Rota (source) :

    Marcel De Corte (1905-1994) fait partie de cette génération de catholiques, néothomistes et maurrassiens, qui ont été révulsés par le second Concile du Vatican. Le présent volume rassemble un grand nombre de ses articles, publiés dans des revues traditionalistes telles que ItinérairesCourrier de Rome ou encore L’Ordre français. On retrouvera dans ces articles la tonalité de ces revues : l’écriture est précise et élégante, le ton hautement polémique, les accusations souvent ad hominen. Y. Congar, Mgr Liénart ou encore Mgr Elchinger ne sont pas épargnés ; tout comme Jean XXIII, Paul VI et la « mafia des évêques », tous ensemble accusés d’avoir fondé une « nouvelle Église » opposée aux vérités dogmatiques les plus élémentaires.

    M. D. C. regrette en premier lieu que le concile ne se soit pas constitué en tribunal des erreurs modernes (p. 190). Pour l’auteur, le concile a succombé au goût de la nouveauté et au subjectivisme. En s’efforçant d’adapter le langage de l’Église, Vatican II aurait déréglé jusqu’à l’idée chrétienne de vérité (p. 53, 67). Plutôt que de s’adresser au monde, le concile aurait fait entrer le monde moderne dans l’Église. Or, soutient l’A., « à un monde cassé ne peut correspondre qu’une Église cassée à son tour par sa “pastorale” d’ouverture et d’adaptation » (p. 290). Pour expliquer cet état de fait, la responsabilité d’une « minorité » progressiste est pointée, tout comme la faiblesse des évêques conciliaires. M. D. C. écrit :

    Il me paraît évident que si la majorité des Pères [conciliaires] n’a pas résisté au complot de la minorité, c’est en raison de la dégradation de la foi objective dans l’intelligence et dans le cœur de la plupart d’entre eux. Nul ne met en cause la foi subjective du très grand nombre, mais cette foi est visiblement tributaire chez eux d’une théologie et d’une philosophie qui n’ont plus rien en commun avec la vertu de foi tel que saint Thomas, le théologien et le philosophe par excellence de l’Église, du moins en parole, en sonde le mystère dans toute son œuvre. (p. 191)

    (...)
  • «Demandons à Marie son Bon Conseil, pour accueillir la Parole divine» (Léon XIV)

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    SAINTE MESSE DE LA NATIVITÉ DE LA B.V. MARIE
    HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
    Genazzano, Sanctuaire de la Mère du Bon Conseil
    Lundi 7 septembre 2026


    Chers frères et sœurs,

    Comme vous vous en souvenez, déjà « dans les premiers jours du pontificat, j’ai senti le devoir et un profond désir de m’approcher de Genazzano, du sanctuaire de Notre-Dame du Bon Conseil, qui, tout au long de ma vie, m’a accompagné de sa présence maternelle, de sa sagesse et de l’exemple de son amour pour le Fils, qui est toujours le centre de ma foi » (Dédicace dans le livre des signatures du Sanctuaire, 10 mai 2025). C’est avec joie que je suis de nouveau ici, pour célébrer avec vous la Vigile de la Nativité de la Très Sainte Vierge et confier à Marie Enfant ce qui, dans cette pauvre et magnifique humanité, naît encore : fragile comme un germe, mais signe de la fidélité de Dieu. Oui, Marie est l’aurore d’un jour différent, de notre monde enfin libéré du mal. Et nous voici auprès d’Elle, autour de l’Autel d’où le salut vient à nous et nous transforme, fils dans le Fils. Demandons-lui son Bon Conseil, pour accueillir la Parole divine, la garder en nous et la mettre au monde à travers des décisions courageuses et sages, des décisions d’authentique conversion.

    Très chers amis, en ce lieu d’antique présence augustinienne, je reviendrai sur les pages bibliques que nous venons d’entendre, avec l’aide de saint Thomas de Villeneuve, frère et évêque augustinien qui, en consacrant sa vie au service des pauvres, a pénétré en profondeur la vérité de la foi. Il a su voir le paradoxe de la petitesse et, pour ainsi dire, de la marginalité de Marie, rendue centrale dans l’économie du salut. Demandons-nous : que devait être, au temps de Joachim et d’Anne, la naissance d’une petite fille ? Saint Thomas creuse en profondeur : « J’ai réfléchi maintes fois – écrit-il – et je me suis demandé pourquoi les évangélistes, qui ont parlé si longuement de saint Jean-Baptiste et des apôtres, nous racontent de façon si succincte l’histoire de la Vierge Marie, qui les surpasse tous par son histoire et sa stature personnelle. Pourquoi, me demande-je, ne nous a-t-on pas décrit la manière de sa conception, de sa naissance, de son éducation, de ses habitudes, des vertus qui l’ornaient, quel rapport humain elle entretenait avec son fils, comment elle se reliait à lui, comment elle a vécu avec les apôtres après son Ascension ? Toutes ces choses étaient importantes et les fidèles les auraient lues avec une dévotion singulière et elles auraient plu au peuple. Ô évangélistes, je m’adresse à vous ! Pourquoi nous avez-vous privés d’une si grande joie par votre silence ? Pourquoi avez-vous omis des détails si joyeux, si attendus, si agréables ? » (Œuvres complètes VII, 266,8).

    Nous trouvons dans ces paroles une suggestion importante pour notre foi : interroger l’Écriture et ses auteurs, discuter avec le texte et dialoguer avec les témoins de la Révélation, comme avec des amis. Nous sommes en effet « concitoyens des saints et familiers de Dieu » (Ep 2,19) et de Marie elle-même nous apprenons l’intelligence qui converse avec Dieu, qui pose des questions (cf. Lc 1,34) et interprète les événements en les gardant et en les reliant dans le cœur (cf. Lc 2,19.51). L’Évangile selon Matthieu, cependant, semble donner raison par son silence à saint Thomas de Villeneuve. Nous l’avons entendu : de Marie, il rapporte la présence, mais pas une parole. Et pourtant, le simple être-là de Marie – et du Fils en elle – meut l’histoire tout entière : celle de Joseph et de toute sa maison. La présence de Marie provoque comme un saut dans la généalogie, comme une nouveauté inattendue, capable de modifier non seulement les attentes, mais aussi les comportements prévisibles d’un homme. Ce que Joseph entend, ce qu’il décide et ce qu’il fait, en effet, est réponse à Dieu et à la présence de Marie, à sa différence absolue, qui dépasse tout discours et tout récit possibles. En Marie le salut trouve demeure : Dieu avec nous !

    Notre saint Thomas écrit encore : « Eh bien, au sujet de ces réflexions auxquelles je me référais, sur la raison pour laquelle un livre n’a pas été écrit sur les gestes de la Vierge, comme cela a été fait pour les gestes de Paul, […] il ne me vient à l’esprit que ceci : c’est ainsi parce que cela a plu ainsi à l’Esprit Saint, et que, sous son impulsion, les évangélistes, à son sujet, se sont tus, pour la simple raison que la gloire de la Vierge, comme nous le lisons dans le psaume, était tout entière en elle (cf. Ps 44,14 Vulgate), et qu’elle pouvait être imaginée plus que décrite, et que, comme synthèse de son histoire, suffit ce qui est exprimé dans le titre : que d’elle naquit Jésus. Que veux-tu savoir d’autre ? Que cherches-tu d’autre dans la Vierge ? Qu’il te suffise de savoir qu’elle est la Mère de Dieu » (ibid.).

    Chers frères et sœurs, nous éprouvons comme un vertige devant ce Mystère : il est impossible de s’y habituer ! Nous célébrons la naissance d’une petite fille appelée à devenir la Mère de son Créateur, la Mère de Dieu qui sauve. Et pourtant, c’est simplement une petite fille qui naît, comme les filles et les petites-filles que nous tenons dans nos bras. Nous avons aujourd’hui pour elle des titres nobles et très élevés, de Dame et de Reine, mais la voie de Dieu a été et demeure plus simple et plus silencieuse, et pourtant non moins puissante et transformatrice. C’est la voie de Jésus lui-même, « le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8,29). Eh bien, comme Marie, nous aussi sommes « prédestinés à être conformes à l’image du Fils » (ibid.) : par grâce, certes, mais en désirant et en préférant à d’autres voies son chemin, ses choix, sa route. En Jésus-Christ, Dieu a choisi les conditions historiques les plus humbles et la plus humble des créatures pour manifester l’originalité de son Royaume, où la prépotence n’a pas de place et où l’omnipotence est création, service et soin de la vie.

    Saint Thomas de Villeneuve ajoute ensuite : « Laisse courir ton imagination, élargis les confins de la compréhension et peins dans le plus profond de ton âme une jeune fille très pure, très prudente, très belle, très dévote, très humble, très douce, pleine de toute grâce, très riche de sainteté, ornée de toutes les vertus, embellie de tous les charismes, absolument agréable à Dieu ; amplifie-la autant que tu peux, imagine autant que tu es capable » (ibid.). Saint Thomas nous invite à ce merveilleux exercice d’imagination. Et il observe : « L’Esprit Saint ne l’a pas décrite par écrit, mais a attendu que tu la peignes intérieurement » (ibid., VII, 266,9). Chers frères et sœurs, c’est bien ainsi : dans la prière contemplative prend forme ce que le monde ne nous raconte pas, mais qui existe déjà ; ce qui est encore invisible, mais qui possède en soi un nouveau type de force. Il ne s’agit pas de fantaisie, mais de prophétie. Nous en avons besoin, en des temps de destruction et d’incertitude, pour voir l’œuvre de Dieu et la servir.

    Le prophète Michée, dans la minuscule Bethléem, a pressenti le lever d’un Roi de paix, grâce auquel habiter la terre enfin en sécurité (cf. Mi 5,1-4). Et aujourd’hui, dans l’oraison de collecte, en nous tournant vers la petite Marie, nous avons demandé que « la fête de sa naissance accroisse en nous la paix ». Oui, très chers amis, nous voulons imaginer la paix – élargir les confins de la compréhension et nous la peindre dans l’âme – pour reconnaître qu’elle existe déjà, pour l’accueillir et la servir. C’est le don de Dieu, le souffle du Ressuscité, l’œuvre de l’Esprit Saint. Laissons croître la paix en nous. Elle germera dans le monde. Et la Mère du Bon Conseil nous accompagnera dans cette mission.

  • La Nativité de la Vierge Marie; historique de la fête

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    la Naissance de la Vierge - Giotto (XIVe s.) Padoue

    Historique de la fête de la Nativité de Marie (missel.free.fr)

    Il faut assurément chercher l'origine de la fête de la Nativité de la sainte Vierge en Orient où le synaxaire de Constantinople la marquait déjà au 8 septembre1, selon ce qu’avait décrété l’empereur Maurice (582 + 602).  Il est probable que l’Eglise de Jérusalem fut la première à honorer le souvenir de la Nativité de Notre-Dame qu’elle célébrait dans une basilique proche de la piscine probatique, sur l’emplacement de la maison où, suivant la tradition, serait née la sainte Vierge.

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  • La Nativité de la Vierge Marie (8 septembre)

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    Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde fsJ (homelies.fr - archive 2008)

    Tous les mystères que nous célébrons dans la liturgie procèdent et convergent vers le mystère de l’Incarnation rédemptrice. C’est donc à la lumière de la victoire de Jésus ressuscité sur le péché et sur la mort, qu’il nous faut contempler la nativité de celle qui fut sa mère selon la chair.

    La nativité de Marie est pour nous cause de joie et d’allégresse, parce qu’elle nous annonce une autre naissance : celle de l’Homme nouveau, qui au matin de Pâques surgit des entrailles de la mort et des enfers, pour s’élever dans la gloire de la vie divine triomphante. Jésus ressuscité est « le premier-né d’entre les morts », en qui « toute chose trouve son accomplissement total », car « par lui et en lui Dieu se réconciliait toute chose, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de la croix » (Col 1, 19-20). Au matin de Pâques, l’humanité du Verbe incarné est introduite au cœur même de la divinité. La transfiguration annonçait déjà cette glorification de la nature humaine du Christ qui s’accomplit pleinement et définitivement dans la résurrection. Cette nouvelle condition ontologique de la nature créée est le fruit d’une initiative de Dieu qui surélève la créature au-dessus de sa condition, pour la rendre participante de sa divinité (cf. 2 P 1, 4). Cette nouveauté est à ce point radicale qu’elle peut à juste titre être comparée à une nouvelle naissance. « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair n’est que chair ; ce qui est né de l’Esprit est Esprit » (Jn 3, 5-6).

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  • 8 septembre : fête de la Nativité de la Vierge

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    Du Père Simon Noël osb sur son blog :

    Nativité de la Vierge


    Celle dont nous fêtons aujourd'hui la Nativité est par excellence un enfant de la Grâce. A de nombreuses reprises, la liturgie byzantine appelle Marie la Toute-Sainte et Immaculée Mère de Dieu. Jamais Marie n'a été effleurée par l'ombre du péché. Le péché ! Lorsque quelqu'un, consciemment et volontairement, fait quelque chose de mal, il commet un péché. Il en est responsable. Il est coupable. Bien sûr, il existe de faux sentiments de culpabilité, mais cela relève du psychiatre.

    Mais le péché est plus que la simple culpabilité. Le péché est d'abord et essentiellement un état de séparation avec Dieu. Tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu, a dit Saint Paul. Nous sommes tous nés dans le péché, séparés de Dieu. Or, c'est évident, à notre naissance, nous n'avons pas encore commis de faute personnelle. Mais nous avons déjà besoin d'être sauvés par le Christ.

    Marie elle n'a jamais été, depuis le début, séparée de Dieu. C'est pourquoi l'archange Gabriel la salue ainsi : Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi, tu as trouvé grâce aux yeux de Dieu. La plénitude de la Grâce a toujours été en Marie, la Toute-Sainte.

    Marie est l'aurore du salut. L'aurore, ce n'est pas la pleine lumière du midi, mais c'est déjà l'annonce de cette lumière. Le Christ est notre seul Sauveur et Marie, elle aussi, comme chacun d'entre nous, a été sauvée par le Christ. Elle est donc de notre race. Et donc elle est toute proche de nous. Tout en elle est don gratuit de l'amour divin.

    Marie est notre Mère, dit-on, et c'est vrai. Mais elle est aussi notre sœur en humanité, elle est la nouvelle Eve. Bernanos aimait dire de Marie qu'elle était la sœur cadette du genre humain. La plus jeune de nos sœurs, la plus petite, la plus humble, la plus aimante. Aujourd'hui nous la contemplons petite enfant. Nous pouvons avoir avec elle la plus grande familiarité. Elle s'occupe de notre vie, même des petits détails, comme elle le fit à Cana pour le vin qui manquait à la fête.

    Elle est, disent les moines d'orient, la Mère de la prière incessante. Elle peut nous communiquer la grâce de la prière du cœur, qui lorsqu'elle sera enracinée en nous, fera que nous ne serons plus séparés de Dieu. Notre vie chrétienne connaîtra alors son plein épanouissement.

  • Homélie de saint Jean de Damas pour la fête de la Nativité de la Vierge Marie (8 septembre)

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    La nativité de la Vierge par Uccello (XVe s.)

    Première homélie pour la nativité de la Vierge Marie, de saint Jean Damascène

    Neuf mois étant accomplis, Anne mit au monde une fille et l'appela du nom de Marie. Quand elle l'eut sevrée, la troisième année, Joachim et elle se rendirent au temple du Seigneur et, ayant offert au Seigneur des victimes, ils présentèrent leur petite fille Marie pour qu'elle habitât avec les vierges qui, nuit et jour, sans cesse, louaient Dieu.

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  • Les apparitions de Beauraing face aux sceptiques

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    De Jean-Pierre Snyers :

    Il y a 90 ans, les apparitions secouaient la bourgade de Beauraing (vidéo)  - L'Avenir

    Les apparitions de Beauraing face aux sceptiques
     
    Comment vous le savez sans doute (mes écrits en témoignent), j'accorde une très grande importance aux apparitions de Beauraing. Pourquoi? Parce qu'elles me semblent les plus fiables et qu'à travers leur crédibilité, elles sont un signe très pertinent en faveur de l'existence de Dieu, de la vie après la mort et de la véracité du christianisme. Cela dit, que pourrait-on répondre à ceux qui n'y croient pas? Quels sont les principaux arguments qui permettraient de nier que la Vierge soit réellement apparue? Personnellement, j'en vois deux qui me semblent particulièrement solides: l'hallucination et l'auto-suggestion. Au niveau rationnel, permettez-moi de les passer en revue...
     
    1) L'hypothèse de l'hallucination. 
     
    -Une hallucination est un dysfonctionnement interne du système nerveux d'un individu. Cela dit, il est statistiquement et biologiquement impossible que 5 cerveaux distincts génèrent de manière autonome et synchronisée la même image complexe avec les mêmes détails. Vouloir à tout prix expliquer des phénomènes tels que les apparitions par de simples bugs du cerveau ou par des mécanismes psychologique alambiqués finit par devenir moins rationnel que d'admettre la communication d'une réalité spirituelle. Prêter au cerveau des capacités quasi magiques, demande une sacrée dose d'imagination. Choisir l'hypothèse du surnaturel n'est donc nullement un rejet de la raison mais est au contraire refuser une rationalité étroite qui s'interdit d'envisager le cadre étriqué du laboratoire. 
     
    -Le test d'une entrave physique. A plusieurs reprises, des médecins ont placé un chapeau ou un tissu devant les yeux des enfants pendant qu'ils voyaient. Résultat? Tous ont alors déclaré ne plus pouvoir voir la Vierge. Dans une hallucination purement mentale, générée par le cerveau, le fait de placer un objet devant les yeux physiques ne devraient pas interrompre la vision, puisque l'image est projetée par l'esprit.  
     
    -Interrogés séparément après une apparition où la Vierge était apparue avec un reflet bleu sur sa robe blanche, les 5 enfants ont été soumis à un test minutieux par les enquêteurs. On leur a présenté dans des pièces différentes, un nuancier composé de 44 teintes de bleu. Placés dans l'impossibilité de tricher ou de se concerter, tous ont désigné exactement la même teinte. Par conséquent, ce résultat annule l'idée d'une subjectivité aléatoire et cette concordance parfaite pointe vers la perception d'un objet extérieur réel et précis dont ils ont tous reçu la même empreinte visuelle.
     
    -Le comportement des chiens. On le sait, pour dissuader les gens de venir sur place, on avait lâché des chiens de garde. Hors des visions, ceux-ci aboyaient, menaçaient et contribuaient à repousser la foule. Cependant, dès l'instant où la Vierge apparaissait, ils cessaient d'aboyer, se couchaient et restaient totalement silencieux pour reprendre de plus belle leurs aboiements dès que l'apparition prenait fin. Rien qu'en fonction de ces éléments (auxquels on pourrait ajouter le fait que les enfants ne sentaient absolument rien lorsqu'on les piquait, les pinçait ou les brûlait pendant qu'il voyaient et qu'à la même fraction de seconde ils tombaient brutalement sur les pavés du sol sans ressentir la moindre douleur), il me semble raisonnablement impossible de persister à soutenir l'hypothèse de l'hallucination. 
     
    2) L'hypothèse d'une auto-suggestion.
     
    A Beauraing, les 5 enfants étaient dans un état d'attente immense et ne désiraient qu'une chose: que la Vierge prolonge ses visites après sa dernière apparition le 3 janvier 1933.  Si le phénomène avait été le fruit de leur imagination ou d'une construction psychologique inconsciente, leur esprit aurait continué à produire ces visions. Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit. Malgré leurs pleurs, leurs prières répétées, leur déception douloureuse et leur ardent désir de la revoir, plus rien ne s'est plus jamais produit jusqu'à leur mort. "Quand on a vu un coin du ciel, il est très difficile de rester dans la brume d'ici-bas", m'a souvent dit Albert Voisin (l'un des 5 visionnaires).  Comment en pas le comprendre? Conclusion: en face de ces données objectives (hélas trop peu connues), comment ne pas souscrire à l'évidence qui veut qu'à la source de tout, il y a un monde spirituel qui seul, peut nous donner les clefs pour comprendre notre véritable destinée?...