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BELGICATHO

  • Salus populi ego sum (introit du 25e dimanche du temps ordinaire)

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    Introitus Introït
    Ps 30,7-8  
    SALUS pópuli ego sum, dicit Dóminus: de quacúmque tribulatióne clamáverint ad me, exáudiam eos: et ero illórum Dóminus in perpétuum. Ps. 77, 1 Atténdite, pópule meus, legem meam: inclináte aurem vestram in verba oris mei. V/. Glória Patri. Moi Je suis le salut du peuple, dit le Seigneur ; en quelque tribulation qu’ils crient vers Moi, Je les exaucerai, et Je serai leur Seigneur pour toujours. Ps.Mon peuple, soyez attentif à ma loi, prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche. V/. Gloire au Père.
  • Allez vous aussi à ma vigne (25e dimanche du T.O.)

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    Lors de l'Angelus du dimanche 21 septembre 2008, à Castelgandolfo, Benoît XVI a commenté l'évangile de ce jour sur les ouvriers de la dernière heure :

    ... dans l'Evangile d'aujourd'hui (cf. Mt 20, 1-16a), Jésus raconte précisément la parabole du patron de la vigne qui appelle des ouvriers à travailler dans sa vigne, à différentes heures du jour. Le soir venu, il donne à tous le même salaire, une pièce d'argent, suscitant les protestations des ouvriers de la première heure. Il est clair que cette pièce d'argent représente la vie éternelle, don que Dieu réserve à tous. Et ceux qui sont considérés les "derniers", s'ils l'acceptent, deviennent même les "premiers", alors que les "premiers" peuvent risquer de devenir les "derniers". Un premier message de cette parabole est que le patron ne tolère pas, d'une certaine manière, l'inactivité:  il veut que tous soient engagés dans sa vigne. Et, en réalité, le fait d'être appelés est déjà la première récompense:  pouvoir travailler dans la vigne du Seigneur, se mettre à son service, collaborer à son œuvre, constitue en soi une récompense inestimable, qui compense toutes les peines. Mais seul celui qui aime le Seigneur et son Royaume le comprend; celui qui travaille en revanche uniquement pour son salaire, ne comprendra jamais la valeur de ce trésor inestimable.

    C'est saint Matthieu, apôtre et évangéliste - dont c'est d'ailleurs aujourd'hui la fête liturgique -, qui raconte la parabole. Il me plaît de souligner que Matthieu a personnellement fait cette expérience (cf. Mt 9, 9). Avant que Jésus l'appelle, il exerçait en effet le métier de publicain et était par conséquent considéré comme un pécheur, exclu de la "vigne du Seigneur". Mais tout change quand Jésus, en passant près de sa table des impôts, le regarde et lui dit:  "Suis-moi". Matthieu se leva et le suivit. Le publicain se transforma immédiatement en disciple du Christ. Il était le "dernier" et se retrouva le "premier", grâce à la logique de Dieu qui, - heureusement pour nous! - est différente de celle du monde. "Vos pensées ne sont pas mes pensées - dit le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe - et mes voies ne sont pas vos voies" (Is 55, 8). Saint Paul, dont nous célébrons une année jubilaire particulière, a lui aussi connu la joie de se sentir appeler par le Seigneur à travailler dans sa vigne. Et quel travail il a accompli! Mais, comme il le confesse lui-même, c'est la grâce de Dieu qui a agi en lui, cette grâce qui a transformé le persécuteur de l'Eglise en apôtre des nations. Au point de lui faire dire:  "Pour moi, certes, la Vie, c'est le Christ, et mourir représente un gain". Mais il ajoute immédiatement:  "Cependant, si la vie dans cette chair doit me permettre encore un fructueux travail, j'hésite à faire un choix" (Ph 1, 21-22). Paul a bien compris que travailler pour le Seigneur est déjà sur cette terre, une récompense.

    La Vierge Marie, que j'ai eu la joie de vénérer à Lourdes il y a une semaine, est le sarment parfait de la vigne du Seigneur. En Elle a germé le fruit béni de l'amour divin:  Jésus, notre Sauveur. Qu'Elle nous aide à toujours répondre avec joie à l'appel du Seigneur, et à trouver notre bonheur dans le fait de pouvoir travailler généreusement pour le Royaume des cieux.

  • Les ouvriers de la onzième heure (25e dimanche du temps ordinaire)

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    Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 20,1-16a.

    En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « En effet, le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. 
    Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. 
    Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. 
    Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.” 
    Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. 
    Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?” 
    Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi.” 
    Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.” 
    Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. 
    Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. 
    En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : 
    “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !” 
    Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? 
    Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : 
    n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?” 
    C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. » 

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris 

    Les ouvriers de la onzième heure, homélie du Père Simon Noël osb (source)

    Lambert Jacobsz, mort en 1637

    La parabole que nous venons d'entendre est une parabole plutôt déroutante, car le Seigneur nous semble ne pas être juste selon nos catégories humaines habituelles. Si un ouvrier travaille pour moi deux heures et un autre seulement une heure, je paierai le premier deux fois plus que le second.

    Il est évident que cette parabole n'est pas à prendre au pied de la lettre et cela nous invite à en rechercher le sens spirituel.

    Les différentes heures du jour dont on nous parle représentent les âges de la vie ou les différentes périodes de l'histoire religieuse de l'humanité. Certains sont chrétiens et servent Dieu depuis leur plus tendre enfance. D'autres se convertissent dans leur jeunesse, ou leur âge mûr ou enfin sur le tard. Certains même ne se convertissent qu'au moment de la mort. Tous recevront la même récompense. Le denier que le maître de la vigne paie à tous ceux qui ont travaillé pour lui symbolise la récompense éternelle du paradis, accordée à tous ceux qui meurent en état de grâce, quel que soit le moment où ils se sont convertis. Le paradis est un don de la miséricorde divine. Personne de toute manière n'y a droit et Dieu n'est pas injuste en traitant tous les sauvés avec une identique miséricorde. Mais la justice de Dieu sera quand même satisfaite. Car Dieu donnera un degré de bonheur éternel en proportion de nos mérites. Prenons une comparaison. Si on demande à des gens de venir avec un verre, pour qu'on le remplisse d'eau fraîche, ceux qui viennent avec de grands verres recevront plus d'eau que ceux qui viennent avec des verres de moindre contenance. Il en sera de même, quand nous entrerons dans la vie éternelle et que le Seigneur nous dira : Entre dans la joie de ton maître. Selon la grandeur de notre cœur, ou de notre capacité d'amour, nous recevrons une vie et une joie plus ou moins grandes. Voici ce que disait à ce sujet le curé d'Ars : Il faut bien savoir et se persuader que Dieu n'opère dans nos âmes que selon le degré de nos opérations, de nos désirs, de nos actes intérieurs produits à cette fin. Un vase prend de l'eau à une fontaine selon sa capacité.

    Par contre tous les saints, les petits comme les grands, connaîtront un bonheur parfait, à la mesure de leur degré d'amour et de sainteté. Cela doit donc nous inciter à nous sanctifier de plus en plus tout au long de notre vie, à croître sans cesse dans l'amour. Et cela n'a rien à voir avec le moment de notre conversion. Un âme qui se convertit à la dernière heure peut mourir avec une telle perfection de contrition et d'amour qu'elle aura un ciel plus beau que celle qui aura servi Dieu toute se vie mais dans la tiédeur et la médiocrité.

    Il y a donc le mérite de l'homme. Certes personne ne mérite le ciel. Je le rappelle c'est un don gratuit de la divine miséricorde. Ce qui est premier c'est toujours la grâce de Dieu. Mais il y faut la collaboration libre de l'homme et c'est en cela que consiste le mérite. Une préface que l'on dit à la messe des saints le dit à merveille : Lorsque tu couronnes les mérites, tu couronnes tes propres dons.
     
    Les premiers seront les derniers et les derniers premiers. Un autre sens de la parabole, c'est que à tous les âges de l'histoire le salut et la conversion sont possibles. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, nous dit saint Paul. Divers peuples sont entrés les uns après les autres dans le salut de Dieu. Le peuple juif a été le premier appelé, mais, selon beaucoup de commentateurs, il sera finalement le dernier à reconnaître en Jésus, le Messie de Dieu et le seul Sauveur. Et lorsqu'il le fera en tant que peuple, alors le monde sera prêt pour le retour en gloire de Notre-Seigneur, qui viendra rendre à chacun le salaire promis. 
  • La puissance évangélisatrice de Rome

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    De Jayd Henricks sur le CWR :

    La puissance évangélisatrice de Rome

    La technologie a transformé la manière dont chacun, y compris l’Église, entre en relation avec le monde, et certains catholiques excellent remarquablement dans l’évangélisation en ligne. Le Vatican, en revanche, n’en fait pas partie.

    18 septembre 2026

    Au cours des siècles passés, les grands missionnaires de l’Église — dont beaucoup sont aujourd’hui canonisés — se rendaient aux confins du monde pour y porter le Christ à ceux que l’Église appelait autrefois les païens. Les dangers n’avaient rien d’exagéré. Il fallait des mois pour traverser les océans, avec un risque bien réel de naufrage, de maladie et de famine, risques qui étaient toujours possibles, voire probables. Et lorsqu’un missionnaire parvenait jusqu’à sa destination, la perspective d’un martyre atroce n’était jamais très éloignée. Survivre ne garantissait nullement le succès. Il fallait d’abord passer des années à apprendre une langue étrangère et à s’adapter à une culture inconnue ; ce n’est qu’une fois la confiance gagnée que l’œuvre d’évangélisation pouvait véritablement commencer.

    Les résultats furent contrastés. Saint François Xavier aurait baptisé des centaines de milliers de personnes, mais les pays qu’il évangélisa demeurèrent en grande partie non chrétiens. Les martyrs de l’Amérique du Nord ne connurent presque aucun fruit immédiat ; pourtant, leur sang devint une semence féconde pour des convertis ultérieurs tels que sainte Kateri Tekakwitha — des exceptions importantes, mais rares. Ailleurs, notamment dans une grande partie de l’Afrique, la foi finit par s’enraciner et devint la religion dominante des populations. Le Mexique et l’Amérique du Sud la reçurent eux aussi en masse, même si nous voyons aujourd’hui la sécularisation éroder ce qui avait été conquis.

    Ce qui poussait des hommes et des femmes à tout abandonner pour évangéliser un peuple étranger, c’était la conviction que la foi au Christ n’était pas un chemin parmi d’autres, mais le chemin nécessaire, qui valait tous les sacrifices. Le salut d’une seule âme justifiait le renoncement au confort terrestre, voire à la vie elle-même. Pour ces missionnaires, risquer tout pour avoir une chance de gagner une seule âme au Christ comptait parmi les vocations les plus élevées qu’une personne puisse recevoir.

    L’Église d’aujourd’hui, cependant, agit trop rarement comme si elle partageait cette conviction. Il y a peu d’urgence à conduire les non-chrétiens au Christ, et à peine davantage à catéchiser ceux qui sont déjà baptisés. Des prêtres suivis par des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes enseignent de plus en plus que la loi morale est négociable, ou que la conversion au Christ constitue certes un bel idéal, mais guère une nécessité. Il ne fait aucun doute que d’autres continuent à poursuivre héroïquement l’évangélisation, parfois au prix de véritables risques personnels, y compris à travers les médias modernes. Les « pères Walter Ciszek » de notre époque ne sont généralement pas présents sur les réseaux sociaux, mais ils existent, et nous ferions bien de nous en souvenir. L’Église, quelles que soient les habitudes concrètes de ses membres, demeure par nature une Église évangélisatrice, et elle devrait agir comme telle avec davantage de constance.

    La technologie a transformé la manière dont chacun, y compris l’Église, entre en relation avec le monde, et certains catholiques excellent remarquablement dans l’évangélisation en ligne. Le Vatican, en revanche, n’en fait pas partie. Depuis Jean-Paul II, le Saint-Siège n’a plus disposé d’une voix véritablement puissante, mondiale et évangélisatrice. La nouvelle préfète pour la communication du Vatican, Montse Alvarado, dispose d’une formidable occasion d’aligner les efforts médiatiques du Vatican sur la mission évangélisatrice de l’Église. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’une nouvelle stratégie médiatique du Vatican pour le XXIe siècle. Cela demandera un travail considérable, mais une possibilité beaucoup plus simple et évidente se trouve sous nos yeux, une possibilité que l’Église néglige depuis très longtemps.

    Rome est constamment l’une des villes les plus visitées au monde, et l’année dernière l’a démontré de manière éclatante : les responsables du Vatican et de Rome estiment qu’environ 33,5 millions de pèlerins et de visiteurs ont traversé la ville au cours du seul Jubilé de 2025, un record pour une année — soit plus de 90 000 personnes par jour. À la différence des siècles passés, lorsque les grands missionnaires se rendaient aux confins de la terre à la recherche des âmes, au péril de leur vie, ce sont désormais des millions d’âmes qui arrivent d’elles-mêmes à la porte du Vatican. Imaginons que le Saint-Siège prenne cela au sérieux : non pas seulement comme une source de revenus grâce aux billets des Musées du Vatican, mais comme une occasion permanente d’enseigner et d’évangéliser. Ce ne serait pas difficile et cela permettrait peut-être à l’Église de remplir sa mission davantage que presque tout ce que fait aujourd’hui le Vatican.

    Si j’étais pape — exercice d’imagination comparable au fameux « si j’étais Spider-Man » — je ferais de cette question une priorité absolue : je confierais à une communauté religieuse la mission de former des historiens de l’Église et de l’art qui proposeraient ensuite des visites gratuites des principales églises et des grands sites historiques de Rome. Il faudrait plusieurs années pour former convenablement ces guides, mais certainement pas des décennies, comme c’est si souvent le cas pour les grandes initiatives.

    Ce n’est pas une utopie. Les parcs nationaux forment des gardes forestiers afin qu’ils proposent gratuitement aux visiteurs des visites historiques et pédagogiques, à des personnes qui n’avaient pas demandé de conférence et qui repartent pourtant reconnaissantes de l’avoir reçue. Gettysburg, par exemple, prend vie grâce à l’intervention d’un spécialiste de la guerre de Sécession. Des guides bénévoles accompagnent déjà les visiteurs à Notre-Dame de Paris et à la cathédrale de Canterbury, en expliquant les vitraux et l’architecture sans susciter de controverse. Après tout, c’est l’Église qui a inventé l’idée de communautés religieuses constituées autour d’une mission particulière : prêcher, enseigner ou prendre soin des pauvres. Rien n’empêcherait de créer une nouvelle communauté, ou de réorienter une communauté existante, afin qu’elle remplisse précisément cette mission : former des historiens et des catéchistes dont la vocation serait d’accompagner les pèlerins à travers Rome. La matière ne manque pas : elle est d’une extraordinaire richesse historique et théologique.

    Passez quinze minutes à Saint-Pierre, au Latran, au Panthéon ou dans n’importe lequel des hauts lieux touristiques de Rome, et écoutez les conversations. Le manque de connaissances et de compréhension dont témoignent des millions de visiteurs est profondément attristant. Ils savent qu’ils contemplent quelque chose d’important, mais ils ignorent ce que c’est et pourquoi cela l’est. Ils sont ouverts à une certaine forme d’éclairage, mais on ne leur en donne que des bribes. Plus probablement, ils se contentent de « cocher une case » entre une pizza et une glace, alors que leur curiosité pourrait ouvrir sur tellement davantage ! Ils regardent, mais ne voient pas.

    Je ne leur en fais pas le reproche. Ils savent que Rome est un lieu particulier et ont donc réservé un voyage coûteux dans la Ville éternelle. Malheureusement, la plupart repartent sans avoir véritablement compris ce qu’ils ont vu. Certains font appel à des guides touristiques laïques, mais ces visites sont largement dépourvues de profondeur spirituelle ou de toute véritable appréciation des sacrifices consentis pour faire de Rome le grand sanctuaire de la chrétienté, seulement dépassé par la Terre sainte elle-même.

    Les visiteurs n’apprennent rien du sang des martyrs des Ier, IIe et IIIe siècles, qui furent la semence de l’Église. Ils n’apprennent pas la signification théologique de l’architecture, qui exprime quelque chose de plus sublime que la seule beauté. Ils ne découvrent pas véritablement les saints, car on leur parle souvent davantage des génies artistiques ou des techniques employées dans les chefs-d’œuvre que de l’histoire des personnages représentés. Ils ignorent le scandale lié à la manière dont certains de ces édifices et de ces œuvres d’art ont été financés — un scandale que leurs commanditaires justifiaient précisément par le fait que ces œuvres étaient destinées à rendre sensible le divin. C’est pourtant là l’occasion d’une réflexion honnête sur la manière dont Dieu agit à travers notre faiblesse humaine.

    Ces touristes quittent probablement Rome sans véritablement comprendre ce que sont les clés du Royaume confiées à Pierre, ni la succession ininterrompue de ses successeurs jusqu’au pape Léon XIV aujourd’hui. Il n’est pas excessif de dire que Rome ne peut être comprise indépendamment de la papauté. Si la ville existe sous une forme proche de celle que nous lui connaissons aujourd’hui, c’est en raison de la mission confiée par le Christ à Pierre et du martyre de Pierre sur le lieu même où se dresse aujourd’hui la basilique Saint-Pierre. Combien de visiteurs de Rome comprennent tout cela ? Si Rome ne peut être comprise sans Pierre, pourquoi l’Église n’enseigne-t-elle pas à ceux qui viennent à Rome qui est Pierre, et qui est le Seigneur de Pierre ? Pourquoi n’utilise-t-elle pas les édifices et les œuvres d’art pour évangéliser ?

    Des siècles de sang, de sueur et de larmes ont été investis dans des dizaines de lieux saints, édifiés grâce au travail de pauvres catholiques croyants qui comprenaient l’importance de l’espace sacré et de l’art sacré. Ce trésor matériel et spirituel est aujourd’hui gaspillé par ce qui semble être un péché d’omission, c’est-à-dire le fait de ne pas accomplir le bien que l’on pourrait faire. Une seule âme vaut davantage que toutes les œuvres d’art du Vatican réunies, et pourtant on constate bien peu d’urgence à utiliser ce trésor pour la conversion des âmes.

    Les confessionnaux constituent un témoignage de la vie sacramentelle de l’Église, et ils sont accessibles parce que l’infrastructure existe déjà : il n’y a rien à construire, il suffit de les pourvoir en personnel. Heureusement, de nombreuses églises de Rome offrent chaque jour la confession, dans les confessionnaux traditionnels, visibles de tous — ce qui mériterait d’être imité chaque fois que de nouvelles églises sont construites. Le voyant rouge ou vert placé au-dessus de la « boîte » suscite certainement la curiosité des touristes, mais aucune catéchèse ne vient répondre à cette curiosité. Imaginons un simple dépliant ou un moine en habit présent sur place pour expliquer le sacrement à nos païens contemporains venus en touristes. Je soupçonne que le fruit d’une telle initiative serait éternel pour certains.

    Prenons encore la place Saint-Pierre, où passent chaque jour des dizaines de milliers de touristes largement dépourvus de catéchèse. Des religieux en habit pourraient proposer gratuitement d’expliquer la signification de la façade de la basilique et des saints qui dominent la place, l’histoire du lieu — du martyre de Pierre sous l’empire romain à la conversion de Constantin et à la construction de la basilique primitive, de la contribution de l’Église aux arts et aux sciences au Moyen Âge à la construction de la nouvelle basilique et aux controverses qui l’entourèrent, jusqu’à une présentation honnête du rôle du Saint-Siège durant la Seconde Guerre mondiale, et au-delà.

    Tout cela constitue une matière extraordinairement riche pour les esprits spirituellement curieux qui visitent le Vatican. Les Musées du Vatican eux-mêmes représentent, selon la même logique, une immense occasion manquée. Elizabeth Lev montre depuis des années qu’une visite guidée de la Rome chrétienne peut être substantielle, captivante et véritablement évangélisatrice ; ses visites prouvent qu’il existe à la fois une demande et une matière abondante. Mais ses visites sont payantes et ne touchent que ceux qui savent déjà qu’ils peuvent s’adresser à elle. Pourquoi ne pas reprendre ce qu’elle a déjà démontré comme efficace et en proposer gratuitement une version, par l’intermédiaire d’une communauté religieuse créée précisément à cette fin, aux millions de personnes qui se promènent dans le Vatican ?

    Des visites similaires pourraient être proposées dans les trois autres basiliques majeures, à la Chiesa Nuova, au Gesù, ou même sur des sites tels que le Panthéon et le Colisée — chacun de ces lieux constituant une occasion d’évangéliser le monde au moment même où celui-ci traverse la Ville éternelle.

    Rien de tout cela ne nécessite une approche autoritaire ou pesante. Un touriste présent place Saint-Pierre n’est pas venu écouter un sermon, et le traiter comme un public captif produirait l’effet inverse de celui recherché. Mais il existe un vaste espace entre le silence et la démarche commerciale agressive. Un guide bien formé qui se contente de dire la vérité sur la signification d’un édifice et sur les raisons de sa construction ne fait pas du prosélytisme. Il enseigne, et l’enseignement constitue en lui-même une forme de témoignage.

    Certains craindront que l’institutionnalisation d’une telle démarche ne banalise les lieux, transformant l’espace sacré en une étape touristique supplémentaire accompagnée d’un discours préfabriqué. Mais le risque inverse est précisément celui dans lequel nous vivons aujourd’hui : ces lieux fonctionnent déjà comme des produits de consommation, avec billets d’entrée, photographies et absence d’interprétation, ce qui constitue en soi une forme de banalisation. Expliquer ce que signifie un lieu ne le transforme pas en marchandise ; c’est le laisser muet qui le fait. De courts fascicules pourraient être proposés aux visiteurs, avec l’adresse d’un site Internet bien conçu pour ceux qui souhaiteraient approfondir, avant ou après leur voyage. Les possibilités de créativité sont presque infinies, et le coût, rapporté à ce que l’Église dépense déjà pour entretenir ces édifices, serait faible.

    Plutôt que de risquer leur vie et leur intégrité physique, les missionnaires de l’Église peuvent laisser le monde venir à eux. Trente-trois millions de personnes n’ont pas eu besoin d’être recherchées, poursuivies ou transportées à travers un océan au cours de cette seule année. Elles sont venues d’elles-mêmes, ont payé leur voyage et ont franchi la porte. Le moins que l’Église puisse faire est de les accueillir avec autre chose que le silence. Ce serait un effort digne d’être entrepris en hommage à ceux qui, autrefois, ont donné leur vie pour porter le message de Jésus à toutes les parties du monde.

    Mais, plus important encore, c’est la bonne chose à faire si nous croyons au Credo.

  • L’exposition sur les enfants à naître qui fait peur à la gauche

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    D'Ermes Dovico sur la NBQ :

    Mostra sui nascituri al Parlamento europeo (foto Pro Vita e Famiglia)

    L’exposition sur les enfants à naître qui fait peur à la gauche

    Au Parlement européen, quatorze panneaux présentent le développement de l’enfant dans le sein maternel. La gauche s’insurge, allant jusqu’à demander leur retrait — une demande qui n’a pas été acceptée. Un épisode qui confirme les contradictions de l’idéologie, laquelle redoute la réalité.

    18 septembre 2026

    « L’aventure de la vie commence au moment de la conception, lorsque le spermatozoïde du père féconde l’ovule de la mère, donnant naissance au zygote, premier stade d’un être humain nouveau, unique et irremplaçable. » Ce sont des paroles que l’on pourrait lire dans n’importe quel manuel de biologie. Elles figurent dans une exposition de quatorze panneaux intitulée Just EUman – Comment naît un citoyen européen, qui décrit les différentes étapes du développement de la vie humaine prénatale, de la conception au neuvième mois.

    L’exposition, promue par le député européen Paolo Inselvini (Fratelli d’Italia – groupe des Conservateurs et Réformistes européens) et conçue par Pro Vita & Famiglia, a été présentée du 14 au 17 septembre à Strasbourg, dans les locaux du Parlement européen. Quatre jours seulement : telle était la durée de l’autorisation. Pourtant, certains — c’est-à-dire la gauche et ses alliés — ont tenté de la faire retirer avant son terme.

    « Un rejet des valeurs européennes », « une blessure infligée à la démocratie », « une offense faite à toutes les femmes », sans oublier l’inévitable « retour au Moyen Âge », etc. Dans les commentaires publiés ces derniers jours contre l’exposition, on retrouve tout l’arsenal des slogans forgés au cours des dernières décennies par la propagande favorable à l’avortement pour faire passer pour un « libre choix » ce qui, selon l’auteur, n’en est pas un : la mise à mort d’un être humain innocent.

    Ces réactions émanent de personnalités connues de la politique italienne, telles qu’Alessandra Moretti (Parti démocrate), Ilaria Salis (Alliance des Verts et de la Gauche), Carolina Morace et Valentina Palmisano (Mouvement 5 étoiles), mais aussi de députés européens étrangers, comme la Française Manon Aubry.

    C’est précisément Aubry, coprésidente du groupe de la Gauche, qui a formulé ce qui apparaît comme le commentaire le plus paradoxal, puisqu’il se retourne en quelque sorte contre son auteur : « L’avortement est un meurtre. Voilà, en substance, le message que le Parlement européen diffuse dans ses couloirs à travers une exposition hostile à la liberté de choix, qui affirme que l’embryon est une vie humaine dès la conception. »

    Et qu’est-il donc, sinon une vie humaine ? Un commentaire qui, aux yeux de l’auteur, confine au grotesque et qui illustrerait la manière dont l’idéologie peut s’accompagner d’une méconnaissance de la réalité biologique la plus élémentaire : la vie constitue un continuum, dont le commencement est clairement la conception.

    Cela ne lui a pas suffi. Manon Aubry avait également écrit à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, pour lui demander le retrait de l’exposition — laquelle, comme on l’a indiqué, s’est finalement tenue normalement jusqu’à la date prévue, c’est-à-dire jusqu’à hier.

    À sa lettre s’étaient associés l’autre coprésident du groupe de la Gauche, Martin Schirdewan, ainsi que les présidentes des groupes des Socialistes et Démocrates, Iratxe García Pérez, et des Verts, Terry Reintke. Ilaria Salis avait elle aussi demandé une intervention immédiate de Roberta Metsola, tandis que Carolina Morace était même allée jusqu’à réclamer l’ouverture d’« une enquête interne afin de vérifier que toutes les procédures avaient été respectées ».

    La contradiction est manifeste : nous avons ici des responsables politiques qui, d’un côté, parlent de démocratie et de liberté de choix et qui, de l’autre, voudraient censurer une exposition présentant des informations scientifiquement établies. L’objectif de l’exposition était d’informer afin que « ceux qui sont appelés à légiférer puissent d’abord regarder et constater par eux-mêmes ce que démontre la science ». Depuis quand cela serait-il interdit ?

    Le fond du problème, selon l’auteur, est que les militants favorables à l’avortement ne supporteraient pas une exposition comme celle de Strasbourg parce qu’elle constitue une représentation concrète de la réalité : chacun de nous est passé par chacune des étapes décrites sur ces quatorze panneaux et il ne saurait exister de « droit » ni de « valeur européenne » si l’on ne reconnaît pas au préalable le droit à la vie, à commencer par celui des enfants à naître.

    À celles et ceux qui, comme Moretti, reprochent à l’exposition de « piétiner le droit des femmes à disposer de leur propre corps », l’auteur répond que, lors d’un avortement volontaire, le corps auquel il est mis fin est celui d’une autre personne, laquelle existe en tant que telle dès la conception et serait donc porteuse de tous les droits qui en découlent (cf. Donum Vitae et Dignitas Personae).

    Cette vérité, poursuit-il, échapperait manifestement à certains représentants d’une institution, le Parlement européen, qui depuis quelque temps se « distingue » par des initiatives jugées radicales — notamment le vote par lequel a été adoptée une résolution demandant l’inscription du « droit à l’avortement » dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Et ce, alors même que cette matière ne relève pas des compétences de l’Union européenne elle-même : pour qu’une telle modification puisse éventuellement devenir effective, il faudrait notamment l’accord unanime de tous les États membres.

    Lors des obsèques civiles d’Emma Bonino, le secrétaire de +Europa, Riccardo Magi, avait fait l’éloge de la défunte, affirmant qu’elle « n’avait jamais eu peur de critiquer les institutions, jusqu’à désobéir aux lois qu’elle estimait injustes ».

    Parmi les lois que Bonino combattait au nom de ce qu’elle considérait comme des « injustices » figuraient celles qui interdisaient l’avortement. Selon l’auteur, son combat aurait ainsi contribué à normaliser ce qui, auparavant, était unanimement reconnu comme un mal.

    Et ce qui s’est produit avec l’exposition de Strasbourg confirmerait, toujours selon lui, que la normalisation de l’avortement est allée jusqu’à nier à l’autre partie la liberté d’expression la plus élémentaire et la mieux fondée : montrer que celui qui est tué est un être humain, le plus vulnérable de tous ; et montrer qu’une loi de cette nature — opposée à la loi morale naturelle — est précisément une loi injuste.

    Mais, conclut l’auteur, c’est une désobéissance que le pouvoir n’admet pas.

  • Recul de le liberté religieuse en Espagne

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    De zenit.org :

    La liberté religieuse est en recul en Espagne

    57 % de cas supplémentaires par rapport à 2023, selon un nouveau rapport

    18 septembre 2026

    « Les données confirment que la liberté religieuse est en déclin constant et de plus en plus rapide en Espagne. Chaque année qui passe aggrave le problème et la réponse institutionnelle devient de plus en plus inadéquate », déclare María García, présidente de l’Observatoire de la liberté religieuse et de la liberté de conscience.

    (ZENIT News / Madrid, le 16 septembre 2026) – L’Observatoire de la liberté religieuse et de la liberté de conscience (OLRC) a présenté son rapport 2025 sur les atteintes à la liberté religieuse en Espagne le mercredi 16 septembre 2026. Avec 306 cas documentés, le rapport enregistre le niveau le plus élevé de la série historique de ce rapport, qui a débuté en 2012 : 26 % de plus qu’en 2024 (243 cas) et 57 % de plus qu’en 2023 (195 cas).

    « Les données confirment que la liberté religieuse est en déclin constant et de plus en plus rapide en Espagne. Chaque année qui passe aggrave le problème et la réponse institutionnelle devient de plus en plus inadéquate », déclare María García, présidente de l’Observatoire de la liberté religieuse et de la liberté de conscience.

    Deux attaques sur trois visent des chrétiens

    Sur les 306 attaques recensées, 173 (56,5 %) ont visé des catholiques. Si l’on ajoute les 33 cas enregistrés contre les chrétiens en général, les cinq contre les évangéliques et le cas contre les orthodoxes, le total s’élève à 212 ; autrement dit, deux attaques sur trois contre la liberté religieuse en Espagne ciblent les chrétiens. Les catégories ayant le plus d’impact sur cette communauté sont le laïcisme militant (60 cas) et la parodie de la religion (40 cas). Par ailleurs, cinq évangéliques ont été victimes d’attaques et un orthodoxe.

    L’antisémitisme a été multiplié par 13

    Avec 40 cas en 2025 (13 % du total), la communauté juive se classe deuxième en nombre absolu d’attaques. Ce chiffre est particulièrement alarmant, sachant que la population juive en Espagne représente moins de 0,1 % de la population totale. Depuis 2022, les attaques contre les Juifs ont été multipliées par treize.

    Les musulmans ont subi 26 attaques (une augmentation notable par rapport aux 11 de 2024) et les Témoins de Jéhovah, 11. Enfin, 17 cas sont considérés comme visant toutes les confessions.

    Les violences physiques contre les croyants se poursuivent

    Par catégorie, le rapport recense six cas de violence physique contre des croyants (un chiffre identique à celui de 2024). « Que la violence physique contre les croyants se maintienne à six cas est scandaleux. Ce chiffre est disproportionné et ne saurait être toléré. Un seul cas d’agression physique contre une personne en raison de sa foi serait intolérable dans un État de droit. »

    « Derrière chacun de ces six cas se cache une personne agressée physiquement en raison de ses convictions. Rien ne peut justifier de tels actes, et nous exigeons que les autorités les traitent avec la même fermeté que si les victimes appartenaient à un autre groupe », déclare María García, présidente de l’Observatoire pour la liberté religieuse et la liberté de conscience.

    Nouvelles attaques contre des lieux de culte

    En 2025, on a également dénombré 73 attaques contre des lieux de culte et des symboles religieux (59 % de plus qu’en 2024), 50 cas de harcèlement de croyants (67 % de plus qu’en 2024), 72 cas de moquerie envers la religion (7 % de plus qu’en 2024) et 105 cas de laïcité belliqueuse (12 % de plus qu’en 2024), la catégorie la plus nombreuse pour la deuxième année consécutive.

    « Le fait que les attaques contre les lieux de culte aient augmenté de près de 60 % en une seule année est une statistique alarmante pour tout gouvernement soucieux de la coexistence pacifique. Cette augmentation est d’autant plus préoccupante qu’elle affecte le patrimoine des communautés religieuses et leur capacité à pratiquer leur foi normalement. Dans la plupart des cas, les auteurs de ces actes restent inconnus, ce qui entrave les poursuites judiciaires, mais n’exonère pas le public de sa responsabilité de prévenir et de réprimer plus efficacement ces actes », souligne García.

    Le gouvernement espagnol, à l’avant-garde de la responsabilité politique

    Près d’un tiers des attaques proviennent de représentants politiques ou de groupes parlementaires : 105 cas au total. Les principaux partis identifiés comme responsables sont le PSOE (31 cas), Sumar (26) et Podemos (18). Le fait que les deux partis au pouvoir en Espagne figurent en tête de liste constitue, de l’avis de l’Observatoire, une grave responsabilité institutionnelle. Dans le domaine médiatique, RTVE est impliquée dans 5 cas, les attaques ayant débuté le 1er janvier avec l’émission spéciale du Nouvel An, durant laquelle une image caricaturale du Sacré-Cœur de Jésus a été diffusée.

    « Il est inacceptable que la télévision publique, financée par les impôts de tous les Espagnols, y compris les croyants, soit l’un des acteurs les plus fréquemment responsables des atteintes à la liberté religieuse. Il est tout aussi inacceptable que les partis au pouvoir figurent en tête de liste des responsables politiques. Ce n’est pas de la laïcité : c’est une laïcité belliqueuse et une hostilité envers la religion », a déclaré le président de l’Observatoire.

    La liberté artistique comme bouclier

    Le rapport documente l’instrumentalisation systématique de la liberté artistique et d’expression pour justifier la moquerie et le ridicule des croyants, notamment catholiques. Des exemples tirés de la télévision et de la radio publiques et privées, d’affiches de partis politiques et de spectacles de carnaval révèlent un schéma qui se répète année après année. L’Observatoire souligne que ce traitement inégal par rapport aux autres groupes constitue, en soi, une violation du principe d’égalité.

    Répartition géographique

    L’Andalousie (37 cas), la Catalogne (32) et la Communauté de Madrid (31) enregistrent le plus grand nombre d’attaques au niveau régional. À cela s’ajoutent 78 cas d’envergure nationale, recensés par des déclarations institutionnelles, des initiatives législatives et des médias d’État.

    Les exigences de l’Observatoire

    Face à cette situation, l’Observatoire de la liberté religieuse exige du gouvernement et des législateurs espagnols qu’ils protègent les symboles religieux et les lieux de culte, maintiennent le délit d’outrage aux sentiments religieux dans le Code pénal, respectent le droit de prier en public et éradiquent le laïcisme belliqueux des institutions publiques et des médias. « L’Espagne a l’obligation, envers ses citoyens et envers le droit international, de garantir que la liberté religieuse ne soit pas un droit de second ordre », conclut le président de l’Observatoire.

  • Europe : on marchera pour la vie durant ce week-end

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    Marches pour la vie dans les villes de l'UE ce week-end

    Ce week-end, des milliers de personnes participeront aux Marches pour la vie à travers l'Europe.

    Samedi 19 septembre, des marches auront lieu à Berlin et à Cologne , en Allemagne .

    Le dimanche 20 septembre, la Marche nationale pour la vie aura lieu à Bratislava, en Slovaquie . 

    Ces rassemblements envoient un message fort d'espoir pour la vie, réunissant les gens pour défendre la dignité et la protection de chaque vie humaine.

    (One of Us)

  • Le Pape en France : quand la presse française, ou plutôt parisienne, est en émoi

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    D'Ed. Condon sur le Pillar :

    Presse française, in nomine Ecclesiae, et saison des récompenses

    18 septembre 2026

    Personne ne prend plus de plaisir que moi à taquiner les Français. C’est vraiment l’un des petits plaisirs innocents de la vie. Il y a quelque chose dans le caractère national gaulois qui, pour certains d’entre nous, appelle tout simplement à être un peu dégonflé.

    Ne vous méprenez pas : j’aime à la fois la France et les Français, dans l’ensemble. La cuisine, le vin, la langue, l’art, l’architecture — sans parler de la beauté intrinsèque du pays lui-même — en font un endroit merveilleux. Et je n’hésite pas à le dire : la grande majorité des Français sont des gens simples et authentiques, ouverts d’esprit, curieux et intéressants, et tout simplement de bonne compagnie.

    La vérité, c’est que lorsque des gens comme moi avouent aimer piquer « les Français », ce que nous voulons vraiment dire, c’est « les Parisiens ».

    Paris est à la France ce que New York est aux États-Unis : un piège à touristes en permanence dysfonctionnel, gangrené par la criminalité, surestimé et hors de prix, où la nourriture est médiocre, les rues non balayées, et les habitants d’une supériorité méprisante. C’est le genre de combinaison qui donne aux gens honnêtes l’envie de les provoquer — c’est ainsi, et c’est pourquoi, qu’a été inventée la pizza deep-dish de Chicago.

    Je mentionne tout cela parce que la presse française, ou plutôt parisienne, est en émoi cette semaine : apparemment, le Vatican a opposé un non poli mais ferme à toute une série de demandes concernant la prochaine visite du pape Léon en France. J’ai lu avec intérêt que le Saint-Siège a refusé que le pape soit accueilli avec une garde militaire complète, décoré de la grand-croix de la Légion d’honneur, soumis à un banquet d’État et enchaîné au président Macron pour une visite privée de Notre-Dame.

    J’aimerais croire que Léon, en tant que fils de Chicago, manifeste simplement une impatience midwestern sans chichis face au faste et au cérémonial inutiles, ainsi qu’une allergie native à la prétention. Mais je ne pense pas que ce soit tout à fait cela.

    La France traverse actuellement le même cycle politique toxiquement acrimonieux que le reste de l’Occident, et la liste des choses auxquelles Léon a répondu « merci, mais non merci » est largement interprétée là-bas comme une manière habile du Vatican d’éviter que le voyage du pape ne soit récupéré en une série de séances photo présidentielles d’une semaine.

    Il me semble assez clair que Léon a toujours conçu ce bref passage en France comme une visite pastorale du pasteur en chef du troupeau du Christ, et non comme une visite d’État du Père des princes et des rois. Cette distinction est à la fois formelle et assez évidente d’un point de vue diplomatique, et bien établie dans les voyages pontificaux.

    Le voyage de saint Jean-Paul II au Royaume-Uni en 1982 fut le premier de l’histoire effectué par un pape régnant, mais s’il a rencontré la reine Élisabeth II en sa qualité de gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre, et non de chef d’État, il a — d’un commun accord — évité soigneusement le chef du gouvernement, Margaret Thatcher. En revanche, la visite de Benoît XVI en 2010 fut une véritable occasion d’État, avec tout le faste, littéral et métaphorique, que Macron a apparemment demandé… et qui lui a été refusé.

    Je m’attends à ce que les attentes de Léon pour ce voyage aient été clairement exprimées dès le départ, et que l’Élysée ait simplement espéré tirer un peu plus de jus d’un pape encore dans sa saison de rookie. Mais le Quai d’Orsay du Vatican n’est pas composé de débutants, et Léon n’est pas un naïf.

    Je suis content qu’il garde sa poudre diplomatique au sec et qu’il réserve le prestige de chef d’État de la papauté pour le moment où lui, et lui seul, décidera de l’utiliser. La question est : où sera-ce ? Cela vaudra la peine d’être observé.

  • Léon XIV fera une halte discrète à la chapelle des Carmes à Paris

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    D' sur le site de France Catholique :

    Léon XIV pèlerin à la chapelle des Carmes

     
     

    Un raccourci saisissant. Le samedi 26 septembre au matin, au cours de son voyage en France, le pape Léon XIV fera une halte discrète à la chapelle des Carmes à Paris. Là, il se recueillera devant les reliques des 115 prêtres martyrs de la Révolution, à proximité de la tombe de Frédéric Ozanam qui, lui, a amplement contribué au renouveau de l’intelligence de la foi.

    Dans cette crypte de l’église, le Pape aura ainsi devant les yeux le pire et le meilleur. Le pire, c’est-à-dire une idéologie – celle initiée par les « Lumières » – qui avait « perverti les esprits et corrompu les mœurs, et rempli avant tout la France de meurtres et de ruines », comme le souligna le décret pontifical de 1926 actant le martyre des victimes de la Révolution, et donc leur béatification.

    Relèvement de la foi

    Le meilleur, c’est la surprenante fécondité de ce même martyre. Car à peine 50 ans après ce sanglant épisode, un brillant intellectuel, Frédéric Ozanam, reprend le flambeau de la foi qui semble alors moribonde. Prenant acte du rationalisme de la Sorbonne, Ozanam crée la première chaire de littérature comparée, et s’attache à y réconcilier foi et raison, en montrant l’apport du christianisme à la civilisation. Mais il veut également nourrir intellectuellement les catholiques, et les rendre fiers de leur histoire. Il lance les fameuses conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, qui ont un succès considérable ! Sa vision du combat culturel à mener est claire, et elle est résolument positive ! «J’apprends, écrit-il, à ne pas désespérer de mon siècle en voyant quels périls a traversés cette société chrétienne dont nous sommes des disciples, dont nous saurons au besoin être les soldats.» Et il joint le geste à la parole, devenant un apôtre de la charité et visitant les pauvres du quartier Mouffetard à Paris.

    En sera-t-il de même dans les années à venir, à observer le changement générationnel à l’œuvre chez les catholiques, avec certes une minorité – de celles qui changent le monde – de jeunes qui ont soif, et sont prêts à agir à contre-courant. Ce tournant pour l’Église en France serait-il un des enjeux sous-jacents de la venue de Léon XIV ?

    Pour cela, il faudra retenir une autre leçon d’Ozanam, celle qui lui faisait opposer «l’esprit de jouissance» à «l’esprit de sacrifice». C’est une autre dimension du personnage, méconnue, celle qui lui faisait dire, lui qui fut fauché à 40 ans par la tuberculose : « Je pense souvent à la mort mais non plus pour en avoir peur. (…) Qu’est-ce qu’un jour de moins dans l’avenir, quand l’avenir est éternel?» Ces mots, criants de vérité, sont d’un chrétien qui sait que son âme est immortelle !

    Et c’est la même inspiration qui guidait les martyrs de la Révolution, dont un des tortionnaires ne put s’empêcher de constater le courage : « Je m’abîme d’étonnement, vos prêtres allaient à la mort avec la même joie et la même allégresse que s’ils fussent allés aux noces. »

    Ainsi, lorsque le Pape, poursuivant son pèlerinage en France, se recueillera devant la Sainte Tunique d’Argenteuil au Stade de France, après avoir vénéré la Couronne d’épines à Notre-Dame, il pourra saisir quelque chose de cet esprit français dans ce qu’il a de meilleur, quand il ne se résout pas au défaitisme et au déclin !

  • 19 septembre : il y a 180 ans, à La Salette, la Vierge est apparue à Mélanie et Maximin

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    D'Aleteia.org :

    Il y a 180 ans, le 19 septembre 1846, Marie apparaissait à deux enfants, Mélanie et Maximin, sur la montagne de La Salette. Le véritable "secret" de la Vierge reste un mystère, l'Église ne reconnaissant pas son ton apocalyptique. On y parle de guerres, de tremblements de terre et de démons sur Terre.

    19 septembre 1846, sud-est de la France. Dans les alpages du petit village de La Salette, la Vierge Marie apparaît à deux enfants venus y faire paître leurs vaches : Mélanie Calvat (14 ans) et Maximin Giraud (11 ans). La Vierge est en pleurs, assise sur un gros caillou. Elle est habillée comme les femmes du village : une robe qui descend jusqu’aux pieds, un fichu sur les épaules, une coiffe sur la tête, et un tablier autour de la taille. La coiffe, le fichu et ses pieds sont ornés de guirlandes de roses. Près des roses du fichu, une lourde chaîne. La Vierge porte sur sa poitrine un crucifix avec, de chaque côté, une paire de tenailles et un marteau. Un halo de lumière émane du crucifix.

    Lire la suite sur Aleteia.org

  • Le Vatican et la Russie

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    De George Weigel sur le NCR :

    Le Vatican et la Russie
     
    COMMENTAIRE : Le monde d'aujourd'hui a désespérément besoin d'un leadership moral sérieux. Ce pouvoir de témoignage moral est le seul véritable pouvoir dont dispose le Saint-Siège en politique internationale.
     
    16 septembre 2026
     
    L'archevêque Paul Gallagher, le « ministre des Affaires étrangères » du Saint-Siège (dont le titre officiel est Secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations internationales), s'est rendu à Moscou du 24 au 28 août, où il a rencontré de hauts responsables du régime de Poutine et de l'Église orthodoxe russe. Les réactions à cette visite ont été mitigées.
     
    Un de mes amis ukraino-américains, présent en Ukraine à ce moment-là, a qualifié cette visite de « surréaliste » — peut-être parce que les Russes ont marqué la mission diplomatique de l'archevêque non pas par des gestes de paix, mais en intensifiant leurs frappes meurtrières de missiles et de drones contre des cibles civiles à Kiev et dans d'autres villes ukrainiennes.
     
    Le chef de l'Église grecque-catholique ukrainienne, le grand-archevêque Sviatoslav Chevtchouk (que les Russes auraient assassiné si leur guerre éclair contre Kiev avait réussi en février 2022), a salué l'appel de Mgr Gallagher à des négociations pour mettre fin à l'agression russe. Il a toutefois comparé cette visite à « une descente aux Enfers, lorsqu'un sermon sur la résurrection des morts résonne depuis les profondeurs de l'Hadès ».
     
    Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'est montré beaucoup plus optimiste. Dans ses déclarations après sa rencontre avec Mgr Gallagher, M. Lavrov, selon un article d'ACI Stampa, « a noté avec satisfaction que, malgré les profonds changements survenus dans le contexte géopolitique… les relations entre la Fédération de Russie et le Vatican continuent d'être marquées par la confiance, l'amitié et le pragmatisme ». M. Lavrov a également déclaré avoir remercié ses collègues du Saint-Siège « pour leur position équilibrée sur la situation en Ukraine et dans les zones environnantes ».
     
    M. Lavrov est un menteur expérimenté et raffiné, qu'il ne faudrait pas croire s'il annonçait que le soleil se lèvera à l'est demain matin. Néanmoins, son choix de mots est instructif, ne serait-ce que pour démontrer ce qu'il pensait pouvoir se permettre en présence d'un très haut responsable du Vatican.
     
    Un « contexte géopolitique » modifié ?
     
    Voilà qui bat tous les records d'euphémisme pour décrire la brutale guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine et sa guerre hybride contre les alliés européens de l'Ukraine (enfin reconnue comme telle début septembre par la ministre allemande de l'Intérieur). Et que vient faire cette allusion au « pragmatisme » ? M. Lavrov suggérait-il que la diplomatie du Saint-Siège est dénuée de principes ou de fondements moraux ?
     
    Quant à la « position équilibrée du Vatican sur la situation en Ukraine et dans les zones environnantes », il s'agissait d'une autre insulte tacite, suggérant que Mgr Gallagher, le cardinal Pietro Parolin (secrétaire d'État du Saint-Siège) et le pape Léon XIV ne comprennent pas qui a envahi qui en février 2022, et dans quel but.
     
    La diplomatie du Vatican doit parfois endurer de telles prévarications éhontées pour atteindre des objectifs humanitaires, tels que la libération de prisonniers de guerre ou le retour des enfants ukrainiens kidnappés par la Russie. Cependant, cette tolérance a un prix si ces mensonges restent indéfiniment sans réponse. 
     
    Mgr Gallagher a également rencontré le métropolite Antoine de Volokolamsk, responsable des « relations extérieures » (c'est-à-dire à la fois de l'œcuménisme et des relations internationales) de l'Église orthodoxe russe. Dans une interview accordée à Vatican News après son séjour en Russie, Mgr Gallagher a déclaré qu'il existait « une relation très cordiale et fraternelle » entre « le métropolite Antoine et le Saint-Siège ». L'archevêque a reconnu qu'« une divergence de vues subsiste sur certaines questions », notamment sur la situation internationale, « mais en même temps, nous cherchons à nous encourager mutuellement à suivre la voie de l'Évangile », concluant que la rencontre avait été globalelement « très encourageante ».
     
    Deux semaines et demie avant la mission de Mgr Gallagher à Moscou, j'ai publié une chronique dans le Wall Street Journal, consacrée au nouveau livre du patriarche Cyrille, chef de l'Église orthodoxe russe. Dans son ouvrage, Cyrille défend la guerre de Poutine en Ukraine en des termes que l'on ne peut qualifier que d'hérétiques et de blasphématoires — un avis qui n'est pas seulement le mien, mais aussi celui du patriarche œcuménique Bartholomée de Constantinople, premier parmi ses pairs au sein du leadership de l'Orthodoxie orientale. Dans cette chronique, je soulignais une évidence aveuglante : face à Cyrille, les responsables du Vatican n'ont pas affaire à un chef religieux, mais à un homme de paille du Kremlin qui a subordonné son Église au pouvoir de l'État russe et trahi l'Évangile au passage.
     
    Il semble fort peu probable que le métropolite Antoine, qui doit son poste à Cyrille, soit d'un autre avis que le patriarche. Dès lors, comment une « relation très cordiale et fraternelle » est-elle possible dans de telles circonstances ? Une telle suggestion ne retarde-t-elle pas encore le jour où une véritable conversation théologique œcuménique avec l'Orthodoxie russe sera possible ? 
     
    Le monde d'aujourd'hui a désespérément besoin d'un leadership moral sérieux : un leadership qui transcende le « pragmatisme » et dit la vérité au pouvoir. Ce pouvoir de témoignage moral est la seule force réelle dont dispose le Saint-Siège sur la scène politique mondiale. La réflexion romaine sur la diplomatie du Vatican devrait commencer par ce fait, et nulle part ailleurs. 

  • Des évangélistes qui se contredisent sont-ils fiables ?

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    De Matthieu Lavagna sur 1000 raisons de croire :

    Le critère de dissimilarité renforce la fiabilité des Évangiles

    Vous avez sûrement déjà entendu certains affirmer : « Les évangélistes nous rapportent des versions différentes des mêmes événements ; c’est la preuve qu’ils se contredisent et qu’on ne peut pas leur faire confiance ! » Voilà une objection qu’on lit souvent sur Internet, mais il faut savoir qu’elle n’est pas prise au sérieux chez les universitaires. En effet, parmi les critères d’historicité, les spécialistes du Nouveau Testament utilisent – entre autres – le critère de dissimilarité entre les récits pour attester la fiabilité des textes évangéliques.


    Les raisons d'y croire

    • Le critère de dissimilarité affirme la chose suivante : si divers témoignages d’un même événement s’accordent sur les éléments principaux et divergent sur des éléments secondaires, alors l’événement en question est probablement historiquement vrai (au moins dans les grandes lignes).
    • En effet, lorsque quelqu’un fabrique une histoire de toutes pièces, il évite en général de relater des discours en apparence contradictoires. Au contraire, il prend soin – pour paraître crédible – de s’assurer que les différents témoignages sont identiques.
    • Ce principe rationnel est utilisé dans beaucoup d’autres domaines de la vie quotidienne : les enquêteurs de police et les juges en font usage lorsqu’ils écoutent ce qu’ont à dire les différents témoins d’un même événement. Si tous les témoignages sont absolument identiques en tous points, il y a une suspicion évidente de complot. Au contraire, le fait que les témoins présentent des versions légèrement différentes du même fait atteste de l’indépendance et de la sincérité de la version de chacun. Les témoins en question ne se sont pas concertés pour inventer un récit parfaitement harmonieux.
    • Appliqué aux Évangiles, ce critère de dissimilarité permet de renforcer l’historicité de nombreux passages que certains sceptiques accusent d’être contradictoires. En réalité, le fait que les évangélistes n’aient pas voulu cacher ces « contradictions apparentes » montre bien qu’ils étaient honnêtes dans ce qu’ils rapportaient, et que leur témoignage est historiquement crédible.

    En savoir plus

    Le fait que les textes évangéliques rapportent différentes versions d’un même événement ne suffit pas pour que les historiens du Nouveau Testament les accusent d’être contradictoires et historiquement erronés. En effet, avoir des témoignages différents n’implique pas nécessairement de contradiction, mais une complémentarité d’informations qui racontent globalement un même fait sous différents angles.

    L’accusation à outrance de contradictions, qu’on lit souvent sur Internet, n’impressionne donc pas beaucoup les historiens en ce qui concerne la fiabilité générale du texte. Réfléchissez-y. Il serait tout de même étrange que les quatre récits des Évangiles racontent exactement la même version au détail près. Les enquêteurs de police le savent très bien : si les témoins interrogés livrent rigoureusement le même récit en tous points, il y a une suspicion évidente de complot. En effet, il serait tout à fait suspect de retrouver quatre témoignages absolument identiques, sans omettre aucun détail secondaire. Au contraire, les enquêteurs attendent que les versions données par les individus soient globalement concordantes, car ils savent bien que, lorsque les gens rapportent des témoignages véridiques, il est fréquent qu’ils divergent beaucoup sur les détails secondaires. Cela ne remet pas en cause leur fiabilité générale, maismontre que chacun donne une perspective différente du même événement.

    Prenons l’exemple préféré des sceptiques : la divergence sur les femmes qui découvrent le tombeau vide. Lesquelles sont présentes ? La liste varie quelque peu : selon l’Évangile de Marc, il s’agit de Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé. L’Évangile de Matthieu ne rapporte que Marie de Magdala et « l’autre Marie », sans mentionner Salomé. L’Évangile de Luc, lui, se contente de parler d’un « groupe de femmes ». Enfin, l’Évangile de Jean mentionne Marie de Magdala et la présence plausible d’un autre groupe de femmes (cf. l’usage du « nous » dans Jean 20,2 ).

    Ici, les faits sont rapportés de manière différente mais non contradictoire. L’historien peut en conclure que nous avons plusieurs sources historiques indépendantes qui attestent qu’un groupe de femmes a bien découvert le tombeau vide de Jésus trois jours après la crucifixion. Mais il serait absurde d’en conclure, comme c’est le cas chez certains sceptiques, que la découverte du tombeau vide est une fiction sous prétexte que les récits diffèrent sur des détails secondaires.  En effet, si les évangélistes avaient inventé cette histoire de tombeau vide, ils auraient sûrement pris soin d’harmoniser les différentes versions afin d’en produire une seule. On ne peut donc pas les accuser d’avoir trafiqué un récit de toutes pièces.

    À ce sujet, le théologien Henri Blocher remarque très justement : « Ceux qui accusent les textes de contradictions nous semblent les aborder avec une étrange rigidité. Ils ne seraient contents que si les Évangiles exhibaient dès la première lecture une correspondance parfaite, que si l’harmonie était d’emblée évidente et sans aucune obscurité. Mais c’est là vouloir une Bible tombée du ciel ! Les juges savent bien qu’en général, des témoignages tous véridiques mais indépendants présentent des variations considérables, et qu’il est d’abord difficile de les harmoniser. Cela tient à la différence des points de vue, aux choix des éléments retenus, à l’élasticité des mots. Lorsque des témoins de foi paraissent s’opposer, le juge ne décrète pas aussitôt qu’ils se contredisent : il tente une conciliation plausible de leurs dires. C’est cette attitude sympathique et souple que les évangélistes méritent aussi. Montrer qu’on peut les lire d’une façon qui ne les oppose pas, ce n’est pas faire un effort désespéré et malhonnête pour sauver un texte sacré de l’incohérence ; c’est simplement leur accorder le minimum qu’exige un homme digne de foi » (Henri Blocher, « L’accord des Évangiles et la résurrection », La Bible au microscope, vol. II, Édifac, 2010, p. 81).

    Bien loin d’être un argument contre la fiabilité des Évangiles, la dissimilarité entre les récits (comme pour celui de la Passion de Jésus ou de la découverte du tombeau vide) penche au contraire en faveur de l’authenticité générale du témoignage, écartant toute suspicion d’intention complotiste de la part des évangélistes.

    Matthieu Lavagna, auteur de Soyez rationnel, devenez catholique !


    Aller plus loin

    Jim Warner Wallace, Cold-Case Christianity, David C Cook, 2013.


    En complément