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BELGICATHO

  • La première encyclique sans version latine révèle une profonde transformation au Vatican

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    D'InfoVaticana :

    La première encyclique sans version latine révèle une profonde transformation au Vatican.

    Cependant, alors que l'essentiel du débat s'est concentré sur le contenu de l'encyclique, un autre détail apparemment mineur est passé presque inaperçu : pour la première fois dans l'histoire moderne, une encyclique papale a été publiée sans édition latine officielle.

    Le document a été publié directement en arabe, allemand, anglais, espagnol, français, italien, portugais et polonais, mais pas en latin. La dernière encyclique publiée par le Saint-Siège était  Dilexit nos , du pape François, en 2014, et elle disposait d'une version latine officielle.

    Et ce fait, loin d'être anecdotique, révèle une transformation bien plus profonde au sein de l'Église.

    Pendant des siècles, le latin fut la voix officielle de l'Église.

    Le latin n'était pas une simple formalité académique ni une concession esthétique à la tradition. Pendant des siècles, il fut la langue juridique, doctrinale et liturgique de l'Église catholique.

    Les encycliques, les constitutions apostoliques, les canons et autres documents majeurs du Magistère étaient officiellement promulgués en latin. Les traductions dans d'autres langues étaient établies à partir de ce texte original, considéré comme la référence authentique et définitive.

    Lire aussi : Le latin dans l’Église : histoire, déclin et nouvelle réglementation du Vatican sur son usage

    Pendant des siècles, le latin a servi de texte de référence définitif au magistère papal : en cas de doute sur une expression particulière, une traduction ambiguë ou la véritable portée d’une formulation, on pouvait toujours se référer à l’original latin comme critère d’interprétation fiable.

    Avec  Magnifica Humanitas , la situation change radicalement. Publiée simultanément dans plusieurs langues modernes sans édition latine de référence, il n'est plus tout à fait clair quel texte faire autorité en cas de divergences, de nuances différentes ou de problèmes de traduction entre les versions.

    La réforme de Léon XIV officialise une tendance amorcée il y a des années.

    L’absence d’une version latine officielle de la  Magnifica Humanitas  n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une transformation plus large que Léon XIV a décidé de consolider juridiquement fin 2025 avec la promulgation du nouveau Règlement général de la Curie romaine.

    Le règlement, entré en vigueur le 1er janvier 2026, a introduit un changement historique dans la politique linguistique du Vatican en établissant que les documents de la Curie peuvent être rédigés « en latin ou dans une autre langue ». Cette formule, en apparence technique, signifie en réalité la fin de la primauté du latin comme langue de travail et de référence standard au sein de la Curie romaine.

    Pendant des siècles, le latin a occupé une place unique et nettement supérieure dans l'administration ecclésiastique. Or, il apparaît désormais juridiquement assimilable à toute autre langue moderne, ce qui reflète une réalité qui s'était imposée de facto depuis des années au sein de nombreuses instances du Vatican.

    En réalité, la nouvelle réglementation n'a pas initié la transformation, mais a plutôt encadré officiellement une dynamique qui s'était accélérée notamment sous le pontificat de François : des documents rédigés directement en italien ou en anglais, des synodes menés en langues modernes et une réduction progressive du latin à des fonctions symboliques, cérémonielles ou purement archivistiques.

    Un paradoxe du nouveau pontificat

    Tout ceci est d'autant plus frappant que Magnifica Humanitas est précisément une encyclique profondément préoccupée par la crise anthropologique de l'Occident.

    Léon XIV y dénonce une civilisation de plus en plus déracinée, dominée par la puissance technologique, la logique technocratique et la perte des références culturelles et morales communes.

    Mais dans le même temps, l'Église elle-même semble se diriger lentement vers une perte de continuité linguistique et historique qui, pendant des siècles, fut l'un des signes les plus visibles de son universalité.

    Car le latin n'était pas qu'un simple outil de communication. Il était aussi un lien avec la mémoire de l'Église, une expression concrète de la continuité entre les générations et un rempart contre la fragmentation culturelle du présent.

    Le problème n'est pas la traduction. Le problème, c'est la perte de notre langue commune.

    Personne ne conteste que l'Église doive parler les langues des peuples. Elle l'a toujours fait. Évangéliser implique de s'immerger dans des cultures spécifiques.

    Le véritable changement survient lorsque disparaît la conscience qu'il existe aussi un langage commun qui exprime l'unité de l'Église au-delà des frontières, des époques et des contextes politiques.

    Le latin servait précisément de rappel : le catholicisme n'était pas une fédération d'Églises nationales adaptées à l'esprit du temps, mais une civilisation spirituelle dotée de sa propre mémoire.

    C’est pourquoi la question de la Magnifica Humanitas n’est pas un simple débat pour les spécialistes ou les amoureux de la tradition liturgique.

    La question fondamentale est tout autre : l’Église peut-elle continuer à défendre la continuité culturelle et anthropologique de l’Occident tout en abandonnant progressivement les expressions les plus visibles de sa propre continuité historique ?

  • Les pèlerins de Chartres : nourris par la foi, attachés à la tradition 

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    Les pèlerins de Chartres : nourris par la foi, attachés à la tradition 

    Pèlerins en route vers Chartres

    Pèlerins en route vers Chartres / @ndchretiente sur X, le 25 mai 2026

    « Le plus grand pèlerinage d’Occident » a attiré cette année un nombre record de fidèles, prouvant que le christianisme n’est pas tout à fait mort.

    La 44e édition du pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté, qui a lieu chaque année à la Pentecôte et relie Paris à la cathédrale de Chartres, a battu des records cette année : plus de 20 000 fidèles, attirés par la liturgie traditionnelle de l’Église catholique, se sont mis en route sous un soleil de plomb, suscitant l’admiration des Parisiens et de la presse . En plaçant le pèlerinage sous l’égide de la mission, le message des organisateurs est clair : l’avenir de l’Église, en termes d’attractivité et de conversions, repose désormais sur un engagement envers la tradition.

    Fondé en 1983, le pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté vise à faire revivre une tradition remontant au Moyen Âge : un chemin qui menait les pèlerins de Paris au sanctuaire marial de Chartres. Au XIXe siècle, le poète catholique Charles Péguy fut l’un des ardents promoteurs du regain d’intérêt pour ce pèlerinage séculaire, tombé dans l’oubli.

    Depuis plusieurs années, le pèlerinage gagne en popularité et les organisateurs peinent à gérer l'afflux de participants. Cette année, de nombreuses améliorations ont été apportées pour simplifier les inscriptions en ligne. Le jour de l'ouverture des inscriptions, plusieurs milliers de pèlerins se sont inscrits en quelques heures. Plusieurs itinéraires ont été ouverts afin de répartir les pèlerins et de rendre le pèlerinage plus accessible : le « Chemin de Jérusalem », par exemple, est un nouvel itinéraire conçu pour les familles, long de 70 km au lieu de 100. À l'origine, une seule messe d'ouverture était célébrée. Désormais, plusieurs sont requises, à Paris, à l'église Saint-Sulpice, mais aussi en périphérie de la capitale. La logistique est impressionnante et les organisateurs maîtrisent parfaitement leur sujet, assurant ainsi le bon déroulement du pèlerinage. De nombreux anciens militaires travaillent en coulisses, mettant leur expertise opérationnelle au service de leur foi. Avec des camps à perte de vue, des services médicaux et une coordination étroite avec la gendarmerie et les préfets, c'est une véritable armée en mouvement.

    Le pèlerinage de Chartres, devenu, selon le Boulevard Voltaire , « le plus grand pèlerinage d'Occident », n'était pas le seul rassemblement du week-end. Un autre pèlerinage, reliant Chartres à Paris et réunissant les fidèles de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, en désaccord avec Rome, a vu 7 000 personnes prendre la route. À Lourdes, le pèlerinage militaire international a rassemblé 17 000 participants. Enfin, le FRAT , important rassemblement catholique de 14 000 lycéens, s'est déroulé dans une ambiance plus moderne et festive. Les catholiques sont une minorité, certes, mais une minorité significative.

    L'an dernier, la tension était palpable . On a même évoqué la possibilité d'interdire la célébration de la messe à la cathédrale de Chartres selon le vetus ordo , c'est-à-dire l'utilisation de l'ancien missel du pape Jean XXIII. Cette année, l'atmosphère était tout autre, la discrète bienveillance du pape Léon XIV envers les traditionalistes ayant porté ses fruits. Signe de cet apaisement, pour la première fois, les organisateurs du pèlerinage à Notre-Dame de Chrétienté et la FRAT ont convenu d'un temps de prière commune, à distance, lors de la veillée d'adoration du dimanche 24 mai. D'un côté, le latin, la dentelle et l'encens ; de l'autre, guitares, projecteurs et foulards colorés ; pourtant, une unité dans la prière était palpable devant le Saint-Sacrement.

    Cette année, 34 % des pèlerins participaient pour la première fois, preuve de l'attrait du pèlerinage. Le nombre de participants ne cesse d'augmenter. Parmi les nouveaux venus de l'an dernier, 66 % reviennent malgré la difficulté physique, rendue encore plus éprouvante cette année par la chaleur accablante : traverser la plaine de Chartres, au milieu des champs de blé, sans un seul arbre pour offrir un peu d'ombre, est une véritable épreuve d'endurance.

    Photo : Notre-Dame de Chrétienté

    Parmi la foule des pèlerins, on trouve les habitués, ceux pour qui la participation est, depuis toujours, une véritable tradition familiale. Parents, frères, sœurs et cousins ​​s'échangent des conseils pour tenir le coup, les meilleures adresses de snacks salés et sucrés, ou même des astuces infaillibles pour éviter les ampoules après huit heures de marche. Mais il y a aussi les nouveaux venus : le pèlerinage attire les gens comme un aimant et rayonne de son charme. C'est le témoignage de mes propres filles, qui étaient parmi les pèlerins : leurs camarades, fascinés par cette vague palpable de pèlerins déferlant sur les rues du Paris endormi à l'aube, ne rêvent plus que d'une chose : participer au prochain pèlerinage. Cette année, ils étaient 20 000 ; ils seront 22 000 l'année prochaine.

    Au-delà des prières ferventes récitées à travers les chapelets et les hymnes, le pèlerinage de Chartres offre aussi un incroyable déferlement de beauté. Le soleil se levant à l'aube dans un ciel immaculé, les bannières flottant au vent au milieu d'une mer de blé, les drapeaux de toute l'Europe honorant la croix d'or et d'azur de la Suède, les aigles impériaux en mémoire du Saint-Empire romain germanique, et les champs de fleurs de lys – tout cela emplit le cœur et élève l'âme, agissant comme un puissant antidote à la laideur du monde.

    Mais cette beauté n'est pas qu'une simple fantaisie esthétique, ni une méditation poétique sur un monde en ruine susceptible de charmer les âmes réactionnaires déconcertées par la perversité du monde moderne. Nourrie par la foi, la beauté ici dialogue avec la charité, de manière très concrète. Le pèlerinage est avant tout une marche, une épreuve physiquement éprouvante. Malgré tout le respect que l'on doit à certains commentateurs de gauche , les foules sur les routes de Chartres ne seront jamais comparables à la file d'attente pour un concert de rap. C'est au bord du chemin, au fil des kilomètres, que la force d'âme et la compassion sont mises à l'épreuve. Sous les bannières légendaires, on peut croiser des fauteuils roulants, des enfants épuisés dans les bras de leurs aînés, et même, parfois, de jeunes hommes robustes qui s'effondrent et sont soutenus par des mains secourables.

    Chaque année, le pèlerinage de Chartres n'est qu'une brève parenthèse. Pourtant, c'est une parenthèse pleine d'espoir, qui nous permet de croire que le christianisme n'est pas tout à fait mort – mieux encore, qu'il gagne du terrain.

    Hélène de Lauzun est la correspondante parisienne du European Conservative . Elle a étudié à l'École normale supérieure de Paris, où elle a enseigné la littérature et la civilisation françaises à Harvard. Docteure en histoire de la Sorbonne, elle est l'auteure de * Histoire de l'Autriche*  (Perrin, 2021).
  • L'Europe prise au piège démographique

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    De Stephan Baier sur le Tagespost :

    L'Europe prise au piège démographique

    Le pape Léon XIV a lancé un appel aux hommes politiques pour un « nouveau printemps pour la famille », mais cela nécessiterait une conversion radicale.

    26 mai 2026

    Depuis un demi-siècle, la quasi-totalité des sociétés européennes se précipitent à une vitesse croissante vers une impasse démographique. Les experts tirent la sonnette d'alarme depuis des décennies, mais les responsables politiques persistent dans leur attitude. La pyramide des âges est inversée, et tandis que la pénurie d'enfants et de jeunes devient le principal défi sociétal, la politique et la société entravent de plus en plus la formation de véritables familles, tant sur le plan financier que sur celui du climat social.

    Le pape Léon XIV a abordé un sujet sensible dans un discours adressé aux responsables politiques européens. Il critique les « affirmations contradictoires de politiques prétendument favorables à la famille qui, simultanément, favorisent la discrimination envers les mères, glorifient l'avortement comme un droit et sapent le désir même de fonder une famille ». Emmanuel Macron en est un exemple frappant : le président français, sans enfant, a récemment plaidé pour un « réarmement démographique », mais milite depuis des années pour un « droit à l'avortement » à l'échelle européenne. Afin de lutter contre la faible natalité en France, il recommande aux femmes âgées de 29 à 37 ans de faire congeler leurs ovocytes gratuitement (donc aux frais du contribuable).

    Une nouvelle prise de conscience est nécessaire.

    Tant que les sociétés européennes ne redécouvriront pas l'essence de la famille et la valeur de la vie, un bouleversement démographique restera inconcevable. Personne ne conçoit ni ne donne naissance à des enfants simplement pour fournir à l'État davantage de contribuables ou à l'économie plus de travailleurs, ni parce qu'un président instrumentalise la question du « réarmement démographique ». Par conséquent, tant que les fondements de la famille seront ébranlés et son essence érodée idéologiquement, tant que la vie, à son commencement comme à sa fin, sera menacée par l'érosion progressive de l'État de droit, les États et les sociétés continueront de s'enfoncer toujours plus profondément dans un piège. Et cela a des conséquences dramatiques pour la société dans son ensemble, sa prospérité et son État-providence .

    Comme Léon XIV l’a justement souligné dans son message du lundi de Pentecôte, il ne s’agit pas d’un retour aux modèles sociétaux du passé, mais de la viabilité future de l’Europe. Pour se préparer à l’avenir, les Européens doivent dépasser l’hypocrisie et l’égocentrisme qui caractérisent le présent et développer une nouvelle conscience du bien commun des générations futures. Dans la lignée de ses prédécesseurs, le Pape a rappelé aux responsables politiques que seul un renouveau familial peut dissiper le froid hivernal du vieillissement de notre population.

  • Un schisme se profile-t-il à l'horizon ? L'analyse du cardinal Müller

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    De kath.net/news :

    Un schisme se profile-t-il à l'horizon ?

    26 mai 2026

    Le tragique conflit théologique entre l'Église et la Fraternité Saint-Pie-X. Un entretien entre le cardinal Gerhard Ludwig Müller et Lothar C. Rilinger

    Cité du Vatican (kath.net) Les décrets du concile Vatican II n'ont pas été acceptés par tous les catholiques. Certains se contentaient de déclarations critiques, mais Mgr Marcel Lefebvre, également archevêque de Dakar, rejeta même des réformes clés initiées par le concile, notamment la déclaration Nostra aetate – qui régit les nouvelles relations entre l'Église et le judaïsme. De plus, il rejeta les réformes liturgiques de 1965 ainsi que le mouvement œcuménique. Son rejet catégorique suscita une vive résistance au sein de l'Église. Afin d'institutionnaliser sa position conservatrice, il fonda la Fraternité Saint-Pie-X en 1970. Grâce à la médiation du préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de l'époque, le cardinal Joseph Ratzinger, un compromis fut trouvé, mais en 1988, Lefebvre consacra quatre évêques, un acte considéré comme schismatique par l'Église et qui entraîna son excommunication. Benoît XVI leva cette sanction ecclésiastique par grâce, tout en maintenant les positions canoniques et théologiques. 

    Non seulement Mgr Lefebvre est décédé, mais aussi deux des évêques qu'il avait consacrés. Ces deux derniers étant d'un âge avancé, leur décès risque de laisser sans évêque la possibilité d'ordonner des prêtres, ce qui entraînerait la disparition du sacerdoce de la Fraternité Saint-Pie-X. Pour éviter cela, de nouveaux évêques seront consacrés le 1er juillet 2026. Ce projet suscite des réticences au sein de l'Église. Nous avons évoqué ces réticences avec le cardinal Gerhard Ludwig Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

    Lothar C. Rilinger : Pouvez-vous décrire quelles décisions du concile Mgr Lefebvre et la Fraternité Saint-Pie X rejettent ?

    Cardinal Gerhard Ludwig Müller : Notamment en ce qui concerne la doctrine de la liberté religieuse comme droit fondamental devant Dieu seul, sans coercition étatique ni endoctrinement idéologique, de suivre la vérité qui résonne avec sa conscience, ils voient une déviation par rapport à la conviction catholique selon laquelle seule l'Église catholique proclame pleinement et présente comme crédible la révélation de Dieu en Christ. 

    La Fraternité Saint-Pie X interprète la liberté religieuse selon le libéralisme relativiste du XIXe siècle, qui rejette la révélation et réduit la religion à une question de goût et de sentiment subjectif plutôt qu'à la vérité. À l'inverse, l'État catholique se sent tenu de promouvoir la religion catholique comme la seule vraie et de nier à l'erreur toute légitimité dans la sphère publique. 

    Dans la déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, le Concile établit cependant précisément la distinction entre la liberté religieuse en tant que droit naturel de l'homme et la liberté de l'homme de répondre à la parole révélée de Dieu avec raison et liberté et de reconnaître dans le Christ la plénitude de la vérité de Dieu et de l'homme. 

    Dans le contexte actuel d'une société pluraliste, et plus particulièrement dans les États socialistes antireligieux ou islamistes radicaux, nous pouvons nous réjouir que les pouvoirs publics n'interviennent pas dans les questions de religion et de morale. Invoquant la liberté de religion et de conscience, les catholiques, notamment au sein de l'Union européenne, malheureusement souvent hostile au christianisme, peuvent faire valoir leur droit de refuser l'avortement, l'euthanasie et la relativisation du mariage entre un homme et une femme.

    Parler encore d'États catholiques qui devraient imposer par des mesures étatiques la doctrine toujours valable de la nécessité de l'Église catholique pour le salut semble tout à fait anachronique. 

    De même, les objections de la Fraternité Saint-Pie X à la recherche œcuménique de l'unité de tous les chrétiens au sein de l'unique Église catholique, qui trouve son expression visible dans le Pape, passent à côté de l'essentiel du Concile Vatican II. Ce dernier n'a nullement remis en cause l'unicité de l'Église du Christ, telle qu'affirmée par la déclaration Dominus Jesus de 2000 de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sous l'égide du cardinal Ratzinger. Il s'agissait plutôt de reconnaître les chrétiens non catholiques qui, sans s'être personnellement séparés de l'Église catholique, restaient, de bonne foi, attachés aux vérités de la confession dans laquelle ils avaient été élevés, et de rechercher avec eux les moyens de retrouver l'unité dans la foi, les sacrements et la constitution de l'Église, telle que Jésus lui-même, fondateur de l'Église, l'a voulue et qui est l'expression visible de son unité avec le Père (Jean 17). 

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  • « Le premier droit humain est le droit à la vie » : dans Magnifica Hunanitas, Léon XIV réaffirme avec force le refus de l’avortement et de l’euthanasie

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    De Tommaso Scandroglio sur la NBQ :

    Non à l'avortement et à l'euthanasie, Léon XIV renoue avec la métaphysique

    Dans sa première encyclique, le pape Prévost a réaffirmé la condamnation par l'Église de l'avortement provoqué et de l'euthanasie, soulignant la dignité naturelle de la personne, fondée sur l'unité du corps et de l'âme. Cela représente un retour à une morale ancrée dans l'ontologie et, par conséquent, dans la métaphysique.

    27/05/2026

    Léon XIV signe Magnifica Humanitas (Vatican Media/LaPresse)

    L’avortement, l’euthanasie et la gestation pour autrui sont également abordés dans l’encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV . Le pontife expose sa réflexion sur ces questions à partir du postulat suivant : « Il est important de veiller à ce que cette prise de conscience croissante de la dignité humaine ne soit pas obscurcie par la pression de nouvelles idéologies ou de certains intérêts très puissants dans le monde actuel. Parmi ces idéologies, j’estime particulièrement insidieuse celle qui suggère que chaque personne doit mériter ou justifier sa propre valeur, au point d’attribuer une plus grande valeur à ceux qui sont plus efficaces et plus performants. Dans une telle perspective, la personne finit par être réduite à un moyen d’obtenir des résultats, à une ressource à utiliser et à exploiter, et n’est plus reconnue comme une fin en soi, inaliénable. Or, la valeur de la personne ne dépend pas de ce qu’elle accomplit ou produit, et il existe des droits inhérents à chacun du simple fait d’être une personne. Aucune puissance humaine ne peut légitimement les lui refuser ou les limiter arbitrairement » (51).

    La critique de l'utilitarisme anthropologique exige cependant un argument solide pour être considérée comme valable. Cet argument se trouve dans le concept de dignité naturelle de la personne ou dignité ontologique : « C'est la dignité qui appartient à tout être humain du simple fait d'exister, d'avoir été voulu, créé et aimé de Dieu : aucun péché, aucun échec, aucune humiliation, aucune exclusion ne peut altérer la valeur profonde d'une vie humaine qu'Il a voulue et appelée à l'existence. Par conséquent, la dignité fondamentale de toute personne n'est ni acquise ni méritée » (52-53). Plus précisément, on peut rappeler que le terme « dignité » signifie « précieuse ».

    La valeur inestimable de l'être humain découle des deux principes qui le constituent : le corps et l'âme . L'âme rationnelle communique sa valeur au corps puisqu'elle l'informe (le corps possédant déjà sa propre valeur intrinsèque). Ainsi, la dignité personnelle émane de la nature rationnelle de l'âme qui anime le corps humain. De là, comme l'a expliqué le Pape, aucune imperfection physique, aucune limitation fonctionnelle, aucun échec existentiel, etc., ne peut porter atteinte à cette dignité, car elle se situe sur le plan métaphysique de l'être, même si elle anime également la matière. Par conséquent, une personne est précieuse non pas pour ce qu'elle est – en bonne santé, malade, jeune, âgée, etc. – ni pour ce qu'elle fait – capable, incapable – mais pour ce qu'elle est, pour qui elle est. Exister suffit à être reconnu comme une personne ; aucune autre condition n'est requise. La dignité personnelle est donc intrinsèque, et non extrinsèque.

    Une telle dignité requiert donc la reconnaissance du droit à certains droits . Un sujet d’une telle valeur doit être reconnu comme ayant les droits qui lui sont dus précisément en raison de sa dignité. Ainsi, le Pape déclare : « Dans la perspective chrétienne, les droits de l’homme ne sont pas un ajout extérieur à la personne, mais une traduction historique de sa dignité intrinsèque, que la communauté internationale est appelée à protéger et à promouvoir. Les droits de l’homme sont inviolables, car ils sont inhérents à la personne humaine et à sa dignité. […] Parmi ces droits, le premier est le droit à la vie, de la conception à sa fin naturelle, sans lequel il est impossible d’exercer tout autre droit. Lorsque ce droit fondamental est nié, comme c’est le cas pour l’avortement provoqué, le meurtre d’innocents et l’euthanasie, on se trouve confronté à des choix que l’Église juge gravement illicites » (54-55).

    Il est intéressant de noter que, pour le Pape, l'attaque contre les droits fondamentaux de la personne, et parmi ceux-ci, au premier rang desquels le droit à la vie, découle avant tout de la méconnaissance de l'avant-dernier fondement de ces droits : la nature humaine (le fondement ultime étant Dieu). Léon XIV écrit : « En regardant notre époque, nous ne pouvons ignorer que la protection des droits de l'homme est aujourd'hui exposée à deux risques particulièrement graves. Le premier est celui d'une déclaration purement formelle […] Le second, qui est en réalité à la racine du premier, est celui de ne plus être capable de reconnaître le fondement de leur universalité, car nous avons renoncé à la “recherche des fondements plus solides qui sous-tendent nos choix et nos lois” » (56). Et il conclut ainsi, concernant leur fondement : « Lorsque la raison se laisse sérieusement interroger sur la nature humaine, elle est capable de découvrir des valeurs qui sont valables pour tous, car elles en découlent » (56). Dès lors, la référence au fondement des droits de l'homme dans la nature humaine est, pour le Pape, le principal instrument de sa campagne en faveur du droit à la vie.

    Enfin, on trouve une condamnation, quoique implicite, de la pratique de la gestation pour autrui . On la trouve lorsque le Pape parle de nouvelles formes d’esclavage : « S’inscrivant dans la tradition inaugurée par Léon XIII, l’Église renouvelle sa ferme condamnation de toutes les formes d’esclavage, de traite des êtres humains et de marchandisation des personnes, et appelle à un vaste mouvement de réflexion et d’action urgent qui place la dignité inaliénable de chaque être humain et le bien commun au centre, comme fins de la société et comme critères de tout choix personnel, social et politique. »

    L’aspect le plus pertinent de l’intervention du Pape sur ces questions de bioéthique concerne sans doute le paradigme moral de référence choisi : la nature humaine. Léon XIV renoue avec une morale ontologiquement, et donc métaphysiquement, fondée. Cette approche est ainsi antithétique à celle suivie par Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, sous la direction expresse du pape François, comme nous avons eu l’occasion de l’expliquer hier . Cela dit, Léon XIV, fidèle à son style diplomatique, a réussi à trouver une déclaration du pape François favorable à cette approche métaphysique, déclaration que l’on trouve dans Fratelli tutti (208) et qui a également été citée dans cet article. Mais, nous le répétons, il s’agit d’une citation faite dans un esprit de médiation et qui ne réfute pas l’orientation de la philosophie phénoménologique défendue par François, comme Mgr Paglia l’a lui-même explicitement confirmé dans l’interview accordée il y a quelques jours à Settimana News , que nous avons commentée. Nous saluons donc ce changement manifeste de paradigme moral.

  • Il y a 85 ans : la mort du petit Herman Wijns, "l'enfant prêtre"

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    De Jérôme BOURBON dans RIVAROL 3710 du 27 mai 2026 page 11 (via le Forum catholique) :

    Les 85 ans de la mort d’Herman Wijns (15 mars 1931-26 mai 1941), le petit prêtre de Merksem

    CE 26 MAI 2026, à 19h30, cela fait très exactement quatre-vingt-cinq ans qu’est mort en odeur de sainteté le petit Herman Wijns, un enfant flamand de dix ans d’une piété exceptionnelle, un apôtre de la Sainte Messe et du Sacerdoce. A une époque où triomphent l’erreur, le vice et toutes les laideurs, où l’apostasie est universelle, il est réconfortant de connaître— ou de se remémorer — la magnifique et brève vie du « petit prêtre de Merksem ». Car cette histoire ne date pas de plusieurs siècles mais se passe au XXe, pendant l’entre-deux-guerres et au début du deuxième conflit mondial. Herman aurait aujourd’hui quatre-vingt-quinze ans, ce qui est un âge avancé mais possible, le Bon Dieu a préféré le conduire dès 1941 dans son Royaume où il intercède pour tous ceux qui lui demandent des grâces, des faveurs, des bienfaits. Et ceux-là ne manquent pas, à en juger par le nombre des ex-voto — 1400 ! — sur sa tombe au cimetière de Merksem.

    Herman Wijns naît le 15 mars 1931. C’est l’enfant unique de Josef Wijns et Johanna Dens, un couple flamand jeune et dynamique de familles profondément chrétiennes marié depuis cinq ans et qui, malgré son ardent désir, n’a pu avoir d’enfants plus tôt. Après la naissance d’Herman, à la suite d’une intervention chirurgicale de Madame Wijns, le médecin prévient que le couple n’aura plus jamais d’enfant. Herman restera donc leur fils unique. Sur l’avenue Breda à Merksem, un quartier d’Anvers, les Wijns sont propriétaires d’une grande boucherie et emploient sept commis. Las, en 1937, le malheur frappe la famille. Généreux, Josef Wijns s’est porté garant pour une connaissance qui voulait ouvrir un grand commerce. A cause de la crise, ce commerce fait faillite. Par désespoir et faiblesse humaine, l’homme se suicide. Ainsi, les difficultés retombent sur les épaules de M. Wijns. Il est rendu financièrement responsable. Puisqu’il n’a pas assez d’argent, il est obligé de vendre en catastrophe sa boucherie pour payer les dettes. Et c’est ainsi que le père Wijns se trouve pratiquement d’un jour à l’autre dans la rue avec son épouse et son enfant. Il est chômeur. La famille, autrefois aisée, se retrouve dans la misère. Herman ne se plaint pas. Pas même lorsqu’il est privé de pain à table et qu’il a faim. Cette épreuve familiale fait grandir sa vie spirituelle qui se développe et s’épanouit. Herman se retire chaque soir dans sa chambre pour prier longuement, intensément. Il récite trois chapelets tous les jours, se rend à la messe quotidiennement. Une fois, sa mère le découvre endormi, agenouillé devant son lit, le Rosaire dans une main, son livre de prières dans l’autre. A sa question : « Mais qu’est-ce que tu fais si longtemps devant ton lit ? », Herman répond, la main gauche sur la poitrine et la main droite levée, le petit doigt désignant le Ciel : « C’est une chose entre moi-même et là-haut, Maman. ». Sa Première communion, le 14 juin 1937, à six ans, est le plus beau jour de sa vie. Quand il entre, avec ses camarades dans la chapelle de son école catholique, l’Institut Saint Edouard, dont il est l’élève studieux, gai, serviable et courageux depuis l’âge de cinq ans, il se sent au Ciel. L’autel rayonne de lumière et est superbement décoré avec des roses et des hortensias blancs. Puis Herman deviendra Croisé eucharistique et sera heureux et fier d’en porter l’insigne.

    “PRÊTRE, SINON RIEN !”


    A son père qui lui demande ce qu’il veut faire plus tard, Herman répond nettement : « Prêtre, Papa, sinon rien ; d’abord, servant de messe, puis, prêtre ! » Lorsque Herman est enfin admis au service de la messe, il s’acquittera de cette fonction avec un sérieux et une piété remarquables, ne reculant devant aucune difficulté, aucune souffrance. Il sert la messe de six heures du matin et doit se lever tous les jours à 5 heures 30. Un jour, à cause du froid, il a des engelures qui le font atrocement souffrir. Les douleurs très vives dureront deux mois. Malgré les recommandations de ses parents qui l’encouragent à rester à la maison, il prend à pied chaque matin le chemin de l’église. Car il ne veut ni ne peut renoncer « à sa messe et à sa communion ». Alors qu’il fait encore nuit, l’hiver, une lampe dans une main, son chapelet dans l’autre, il avance péniblement dans la neige. Il tombe plusieurs fois, son pied heurtant une pierre. Il se relève, grimace de douleur mais continue son chemin jusqu’à l’église. Il sert consciencieusement la messe, le célébrant ne remarque rien. Les vraies douleurs sont muettes. Jésus Eucharistie le réconforte. Contrairement à ce que pensent souvent les non-croyants, le chrétien ne demande pas dans la sainte communion l’oubli mais la force. La force d’accomplir son devoir d’état, de faire face aux difficultés et épreuves de la vie, la force d’obéir, de faire la volonté de Dieu. De prier avec ferveur. Or, ce n’est pas facile de prier, ce l’est encore moins de bien prier. C’est une grâce qu’il convient d’implorer tant il est vrai qu’il faut demander pour recevoir, chercher pour trouver, frapper pour que le Bon Dieu nous ouvre.

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  • Rémi Brague : Pourquoi l'Occident ne comprend rien à l'Islam

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    Du site "Pour une école libre au Québec" :

    Pourquoi l'Occident ne comprend rien à l'Islam - Entretien avec Rémi Brague

    Quand Rémi Brague — philosophe, historien des idées, professeur émérite à la Sorbonne et à Munich — laisse tomber cette phrase, il ne polémique pas. Il constate. Et c'est précisément ce qui rend cet entretien si rare : un intellectuel qui a passé vingt ans à enseigner la philosophie de langue arabe parle de l'islam sans la complaisance de Vatican II, sans l'idéologie d'Edward Saïd, et sans le confort de l'évitement.
     
    Pendant près d'une heure trente, Ferghane Azihari et Rémi Brague reviennent sur une série de questions que la plupart des médias français refusent encore d'aborder frontalement :
    • Pourquoi le « dialogue interreligieux » ressemble-t-il davantage à un monologue ?
    • Que signifie réellement, pour un musulman, dire qu'il « respecte » Abraham, Moïse ou Jésus ?
    • Pourquoi la simple analyse historico-critique du Coran constitue-t-elle un péril existentiel pour l'islam — bien plus que pour le judaïsme ou le christianisme ?
    • Pourquoi le livre culte d'Edward Saïd, L'Orientalisme, mériterait, selon Brague, d'être « oublié » ?
    • Une réforme de l'islam est-elle envisageable ? Et de quel côté pourrait-elle venir ?

    Voir aussi :

     



    Commentaire de l’IDEO (l'Institut d’Études Orientales du Caire) sur l'ouvrage Le Coran des historiens en précise la teneur et la portée :

    Si la tradition exégétique musulmane classique considère le Coran comme un point de départ, et s’attache surtout à en expliciter les points obscurs en faisant référence à la vie et aux paroles du Prophète, la tendance contemporaine de nombreux chercheurs en Occident est de le considérer comme un point d’arrivée, c’est-à-dire comme le produit de l’Antiquité tardive, qui recueille des traditions religieuses, philosophiques et culturelles antérieures. Une troisième voie consiste à l’étudier seul, ni dans son contexte antique tardif, ni dans sa réception musulmane. 

    Ce Coran des historiens choisit résolument cette deuxième voie, celle de l’Antiquité tardive. (…) La vision de Guillaume Dye sur le Coran est celle d’un texte complexe, composite, ni l’œuvre d’un seul homme, ni livre fermé, mais un recueil ouvert qui se construit très progressivement en discussion avec ce contexte de l’Antiquité tardive.

    « Contrairement à l’hagiographie musulmane qui donne au calife ʿUṯmān (m. 35/656) le rôle d’éditeur du texte sous sa version consonantique finale, Guillaume Dye identifie le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (m. 86/705) comme le contexte politique et culturel qui a le plus influencé le texte.
  • Bruxelles (Cambre), 5 juin : Grande procession des enfants pour la fête du Saint-Sacrement

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    PHOTO-2026-05-22-08-14-36.jpg

    Grande procession des enfants le vendredi 5 juin prochain  (tous âges sont naturellement admis même sans enfants)
    Les enfants qui arrivent avant 17h30 auront tous un rôle.
    Procession dans les jardins et le cloître de l'abbaye suivi d'un grand goûter avec même des frites et des glaces!
  • Le testament spirituel du Père François Potez

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    Du site de Famille Chrétienne :

    « C’est le grand rendez-vous d’Amour qui m’attend » : le testament spirituel du Père François Potez

    Le Père François Potez, curé de Notre-Dame du Travail à Paris, est décédé le 20 mai 2026. Ses obsèques ont été célébrées le 26 mai en l'église Saint-Sulpice par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris.

    Chers amis, Mes chers enfants,

    Combien de fois ai-je raconté, à la fin d’une soirée dansante à Briançon, au dernier soir d’un camp ou au retour d’un pèlerinage puissant, le bonheur du retour au port après une période d’exercice éprouvante. Manque de sommeil, intensité de l’action et, comme c’est souvent le cas dans les hivers bretons, tempête et mouvements incessants du bateau : les organismes sont usés et l’âme fatiguée.

    Je garde encore ce souvenir brûlant de la longue houle qui nous pousse enfin dans le Goulet puis à travers la rade de Brest, jusqu’à cet ordre libérateur tellement espéré : « Terminé, barre et machine ; les permissionnaires à l’appel ! ».

    Pendant des années, j’aurai enseigné aux Jeunes de L’Eau Vive, comme à tant d’autres aussi, et bien au-delà, ces fondements de la vie : « Il y a un temps pour tout », dirait Qohèleth (Qo 3,1-8). « Un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir. »

    L’heure vient maintenant pour moi de rejoindre définitivement, non plus le port de Brest ou de Toulon, mais, cette fois, le Port de mon désir. C’est la Vierge Marie, mon unique voile, qui m’y conduira au moment qu’Elle voudra.

    La carcasse roule et tangue encore, elle est usée, elle craque ici et là. Mais le calme s’établit peu à peu. On approche du but ! Cette fois, c’est le grand rendez-vous d’Amour qui m’attend, et je m’y prépare autant que je le puis, dans la joie, la paix et l’action de grâce. Oui, toujours et plus que jamais, c’est cette « grave allégresse » qui m’habite !

    Mais je devrais dire plutôt que c’est la Vierge Marie qui m’y prépare, avec douceur et infinie tendresse.

    J’ai vécu plusieurs conversions, mais j’ose dire un mot des deux dernières.

    Perfectionniste comme je suis, j’aurais voulu que toutes mes affaires soient bien rangées, bien classées et bien ordonnées avant de partir. J’ai encore des centaines de fichiers, de dossiers, d’enregistrements, de photos et de vidéos que j’aurais aimé trier et classer. Cela m’a beaucoup retardé et je pensais ne pouvoir m’occuper vraiment des affaires du Seigneur que quand les miennes seraient bien en ordre.

    Et puis j’ai compris que seul le Seigneur peut achever son œuvre. Car c’est la sienne ! Moi, il me prend au passage, comme les apôtres qu'il a appelés alors qu’ils étaient en train de laver leurs filets. Ils l’ont suivi « aussitôt ».  Alors tant pis, mon atelier restera en plan, et Il trouvera mon établi avec son foutoir. Certains projets seront repris et poursuivis. D’autres seront tout simplement abandonnés : rien ne m’appartient !

    La deuxième conversion est une vraie grâce.

    J’ai été terrifié par mon péché et par mes fautes. Surtout mon orgueil. J’aurais tellement aimé être humble… En réalité, j’ai découvert que c’est terriblement humiliant d’être orgueilleux ! Peut-être que l’on pourra m’admirer pour certaines choses, mais on ne pourra en tout cas pas admirer mon humilité. Je me suis jugé très sévèrement moi-même.

    Et puis peu à peu, s’est imposé à moi le visage du Père miséricordieux. Je me suis laissé retourner par l’immense émotion du Père qui serre son fils prodigue contre son cœur, sans lui laisser le temps de s’expliquer. Et je suis bouleversé par la joie de Jésus crucifié qui ouvre les portes du paradis à son compagnon d’infortune qui a accepté de lui ouvrir son cœur.

    Serai-je assez ingrat pour refuser de me laisser embrasser par le Père ? Vais-je refuser le paradis sous prétexte que je n’en suis pas digne ?  Non. Je me rappelle cette phrase qui m’a guidé depuis bien longtemps : « La joie du Seigneur est votre rempart » (Ne 8,10). Sa joie, c’est de faire miséricorde.

    J’ai répété cette scène des dizaines de fois avec des personnes que j’accompagnais au seuil de la vie.

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  • Fêté ce 27 mai : saint Augustin de Cantorbery

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    (Source) Augustin était prieur du monastère de Saint-André du Mont Coelius, l'une des sept collines de Rome quand le pape saint Grégoire le Grand vint le soustraire à la paix du cloître. Le pape se souciait fort du salut des Anglo-Saxons, ces barbares païens qui avaient envahi le brumeux pays des Bretons et que ces Bretons refusaient d'évangéliser. Pour eux, ils étaient leurs occupants envahisseurs. Avec quarante compagnons, moines comme lui, saint Augustin est envoyé par le pape en Angleterre, avec une escale à Lérins, une à Paris et d'autres encore, car la route est longue de Rome à Cantorbery.

    La mission romaine reçoit l'appui d'Ethelbert, roi du Kent dont la femme est chrétienne. Il les installe à Cantorbery. La ferveur et l'éloquence des moines romains impressionnent le roi qui demande, à son tour, le baptême. Saint Augustin échoua par contre auprès des Celtes chrétiens du pays de Galles par manque de tact selon saint Bède le Vénérable. Lorsqu'il convoqua leurs évêques pour les amener à le reconnaître comme primat nommé par le pape et à adopter la liturgie romaine, il crut bon de rester sur son siège au lieu d'aller à leur rencontre. Les clercs bretons, irrités par l'ingérence de ces moines romains dans leur pays, repartirent sans rien céder. Saint Augustin continua d'opérer de nombreuses conversions chez les Anglais et fonda le siège de Cantorbery dont il devient l'évêque. Il se dépense alors pour asseoir la jeune Église d'Angleterre et multiplie les tentatives pour réconcilier les chrétiens bretons et anglais. Il y faudra cent ans.

    Je sais que le Dieu tout puissant, à cause de ton amour pour ce peuple qu’il a voulu choisir, a montré de grands miracles. Il est donc nécessaire que ce don céleste te donne de la joie en même temps que de la crainte, de la crainte en même temps que de la joie… Nous devons nous rappeler la réponse du Divin Maître à ses disciples qui revenaient tout joyeux de leur prédication : « Ne vous réjouissez pas de cela, mais de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel. »
    (Lettre du pape saint Grégoire à saint Augustin de Cantorbéry)

    Mémoire de saint Augustin, évêque de Cantorbéry en Angleterre. Envoyé avec d’autres moines romains par le pape saint Grégoire le Grand pour annoncer l’Évangile au peuple des Angles, il fut accueilli avec bienveillance par le roi du Kent, Éthelbert, et imitant la vie apostolique de l’Église primitive, il convertit à la foi chrétienne le roi lui-même et beaucoup de son peuple, et établit plusieurs sièges épiscopaux sur cette terre. Il mourut le 26 mai, vers 604.
    Martyrologe romain

  • Les citations de Magnifica Humanitas : à qui Léon XIV se réfère-t-il dans sa première encyclique ?

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    D'InfoVaticana :

    Les citations de Magnifica Humanitas : à qui Léon XIV se réfère-t-il dans sa première encyclique ?

    Le résultat nous permet de tirer quelques conclusions sur le profil intellectuel de la première encyclique de Léon XIV : une continuité claire avec le magistère de François, une présence moindre que prévu de son prédécesseur homonyme Léon XIII — dont le 135e anniversaire de Rerum novarum sert de cadre au document —, et un appareil de références culturelles non ecclésiastiques qui comprend des noms aussi divers que Hannah Arendt, J.R.R. Tolkien ou Platon.

    Magistère pontifical

    1. Francis — environ 35 citations. Il est de loin le plus cité. Evangelii Gaudium  Laudato si'Fratelli tuttiDilexit nosLaudate Deum, et de nombreux discours et messages apparaissent.
    2. Jean-Paul II — environ 25 citations. Centesimus annusSollicitudo rei socialisLaborem exercensVeritatis splendorRedemptor hominisEvangelium vitae, discours à l'ONU, entre autres.
    3. Benoît XVI — environ 12 citations. Surtout Caritas in veritate, mais aussi Deus caritas estSacramentum caritatis et la catéchèse.
    4. Paul VI — environ 10 citations. Populorum progressioOctogesima adveniens, discours à l'ONU et à la FAO.
    5. Léon XIII — 3 citations. Rerum novarum et In plurimis .
    6. Pie XII — 3 citations. Menti Nostrae et messages radio de Noël.
    7. Pie XI — 2 citations. Quadragesimo anno.
    8. Jean XXIII — 2 citations. Mater et magistra et Pacem in terris .
    9. Léon XIV lui-même — plusieurs autocitations tirées de ses discours de 2025.

    Pères, médecins et théologiens

    1. Saint Augustin — 5 citations. Confessions , La Cité de Dieu , Commentaires sur les Psaumes , Sermons .
    2. Saint Thomas d'Aquin - 3 citations. Summa Theologiae et Super Boetium De Trinitate .
    3. Pierre de Bérulle — 1 citation. Discours sur Jésus.

    auteurs non ecclésiastiques

    1. Hannah Arendt — 1 citation. Les origines du totalitarisme .
    2. Viktor Frankl — 1 citation. La quête de sens chez l'homme .

    Le déclin de l'ère moderne .

    • J.R.R. Tolkien — 1 citation. Le Seigneur des Anneaux .
    • Platon — 1 citation. Lettre VII .
    • Giorgio La Pira — 1 citation. Discours de 1962.

    Documents judiciaires récents

    1. Dicastère pour la Doctrine de la Foi / Dicastère pour la Culture et l'Éducation — plusieurs citations d' Antiqua et Nova (2025, sur IA) et de Dignitas infinita (2024).
    2. Commission théologique internationale — Quo vadis, humanitas ? (2026) et Mémoire et réconciliation .

    Quelques observations

    François domine largement : il est plus cité que Jean-Paul II et Benoît XVI réunis. Magnifica Humanitas , en ce sens, se présente comme une continuation explicite des enseignements de son prédécesseur immédiat, notamment en matière de doctrine sociale, d’écologie intégrale et de critique du paradigme technocratique.

    Il est frappant de constater que Léon XIII, bien qu'ayant inspiré l'anniversaire qui encadre l'encyclique, n'est cité que trois fois. La présence du fondateur de la doctrine sociale moderne de l'Église est donc plus symbolique qu'efficace dans l'analyse critique.

    L'élément le plus original de ce document est la présence d'auteurs non ecclésiastiques. Tolkien, Arendt, Frankl, Guardini et Platon côtoient les grands Pères et Docteurs de l'Église dans leurs notes de bas de page. Cette vaste référence culturelle inscrit le texte dans un dialogue avec un large éventail de traditions intellectuelles.

    Enfin, l'absence quasi totale de théologiens du XXe siècle est frappante. Hormis Romano Guardini, ni Joseph Ratzinger le théologien – seul Ratzinger le pape, Benoît XVI – ni Hans Urs von Balthasar, Henri de Lubac, Yves Congar, ni Karl Rahner ne figurent dans l'appareil critique. L'encyclique préfère fonder son cadre doctrinal sur l'enseignement pontifical récent et les grands classiques – Augustin, Thomas d'Aquin – sans faire appel à la grande théologie du XXe siècle qui a précédé ou prolongé le Concile.

  • Magnifica Humanitas brise le silence sur la doctrine sociale

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Magnifica Humanitas brise le silence sur la doctrine sociale

    Seule la grâce élève l'homme au-delà de l'humain : telle est la réponse du pape au transhumanisme inhérent à la révolution de l'intelligence artificielle. Un défi si vaste qu'il requiert toute la sagesse de la doctrine sociale de l'Église, que Léon XIV remet en lumière après la pause imposée par son prédécesseur. Et c'est déjà une excellente nouvelle.

    26/05/2026
    Photo Vatican Media/LaPresse

    Magnifica Humanitas, la nouvelle encyclique du pape Léon XIV, présentée hier, 25 mai, au Vatican et signée le 15 du même mois (date de signature de Rerum Novarum ), est clairement une encyclique « sociale ». Il convient de le souligner car, après la pause imposée à la doctrine sociale de l'Église, telle qu'elle était formellement comprise, durant le pontificat de François, un nouveau départ s'ouvre. Et c'est déjà une excellente nouvelle.

    Cette nouvelle encyclique sociale mérite une grande attention car elle remplit deux objectifs étroitement liés. Le premier est de présenter un nouveau cadre pour la doctrine sociale de l'Église : sa nature, ses fondements et ses principes. Deux chapitres, soit une part importante du texte, y sont consacrés. Objectivement, cela était nécessaire. De plus, le lien avec Léon XIII, établi par le pape actuel jusque dans son appellation, rendait la reprise de la tradition de l'enseignement social de Pierre le Grand à la fois nécessaire et prévisible. Il sera temps d'examiner sereinement la continuité de la nouvelle présentation de la Doctrine sociale avec celle de Léon, mais cette continuité organique doit assurément être accueillie avec enthousiasme.

    La seconde étape consiste à aborder la question de l'intelligence artificielle (IA) non comme un sujet thématique limité, une sphère particulière de la vie sociale contemporaine, mais comme l'expression d'une tendance qui prétend « recréer » l'humanité, un projet de palingénèse. Le mot « gnose » n'apparaît pas dans l'encyclique, mais cette appréciation globale et la volonté déclarée de créer un monde nouveau l'évoquent. L'encyclique illustre cette dimension, notamment dans les paragraphes consacrés au transhumanisme et au posthumanisme de l'humanité « désincarnée » (n° 115-117), mais aussi ailleurs. Elle indique clairement que l'IA ne doit pas être perçue comme une réforme, mais comme une révolution qui vise à remplacer définitivement Dieu par l'humanité. Qu'elle implique une refonte de l'humanité ressort clairement de l'analyse, dans l'encyclique, de toutes ses conséquences dans les différents domaines de la vie, sans exception. Aucun aspect ne sera épargné. C’est pourquoi, selon le pape Léon XIV, il faut l’aborder avec une sagesse capable d’éclairer les choses sous tous leurs angles, et non pas seulement par des prescriptions pratiques ou même éthiques.

    C’est ici que convergent les deux approches de l’encyclique. La nouvelle sagesse supposée de l’IA, qui, à l’instar d’une religion gnostique, tend à se développer de manière excessive et sans aboutir à rien, est mesurée à l’aune de « l’héritage de sagesse » de la doctrine sociale de l’Église, lequel « naît de la foi et de sa compréhension du réel » (deux belles expressions tirées de l’encyclique). Le nouveau défi, semble dire Léon XIV, est si radical et si global, si alternatif au dessein de Dieu, qu’il exige un saut qualitatif de l’humanité, non seulement sur le plan éthique, mais aussi spirituel.

    Cette dimension du problème. Ce que nous appelons spirituel et religieux au sens chrétien est abondamment présent dans l'encyclique, notamment dans l'introduction et la conclusion. Dans l'introduction, la tour de Babel et la construction des murailles de Jérusalem, telles que relatées dans le livre de Néhémie, symbolisent le défi lancé par l'homme à Dieu et l'édification de l'humanité selon Dieu. Dans la conclusion, l'incarnation de Dieu rend l'humanité « magnifique », comme un mystère de miséricorde. Dans l'encyclique, la centralité du Dieu de Jésus-Christ est d'une clarté limpide : « La vérité que nous ne devons pas perdre est la vérité sur Dieu et sur l'être humain, telle que le Christ nous l'a révélée » (n° 237). Face aux désirs idolâtres d'autonomisation de l'homme, l'encyclique affirme que seule la grâce rend l'homme « plus qu'humain » (n° 127).

    Ailleurs, l'encyclique fait quelques concessions à une vision existentielle de la doctrine sociale. Aux numéros 25, 26 et 27, la doctrine sociale est expliquée comme un discernement communautaire. Voir le passage suivant : « Comprendre la vérité comme un don à partager et non comme une possession à revendiquer libère l’Église de la tentation de rechercher des formes de présence fondées sur le pouvoir. » Léon XIII aurait sans doute des objections à formuler, ou du moins des éclaircissements à demander. Ici, plus que Léon XIII ou Léon XIV, c’est le pape François qui semble s’exprimer, et Magnifica Humanitas s’efforce de l’inscrire dans la continuité de l’histoire de la doctrine sociale de l’Église.

    Un certain langage, dicté par la synodalité moderne, s’est également immiscé dans ce passage : « La doctrine sociale de l’Église apparaît sous sa forme la plus authentique non comme un manuel de principes et de normes à appliquer, mais comme un chemin de discernement communautaire » (n° 27). Cela ne signifie toutefois pas qu’elle n’exprime pas de vérités intimes et spécifiques qui ne surgissent pas « des questions » de l’histoire, même si elle doit entrer en relation avec ces questions pour évangéliser. La définition de la doctrine sociale de l’Église comme « théologie de la communion dans l’histoire » nous semble, à notre avis, manquer de clarté.

    L’application des principes de la doctrine sociale à la vie de l’Église et à la question de l’intelligence artificielle (résumée au n° 109) est particulièrement précieuse, de même que la redécouverte de la théologie de la création, notamment à travers les paragraphes consacrés à l’acceptation des limites humaines (n° 118 et suivants), dont l’abandon avait été dénoncé par Benoît XVI. Il est toutefois regrettable que l’encyclique n’aborde pas explicitement le droit naturel et la loi naturelle (concepts sous-jacents à celui de la création), même parmi les fondements de la doctrine sociale (n° 48-50).

    Les chapitres quatre et cinq, quant à eux, traitent de questions plus profanes.et des suggestions d’approches pratiques : démocratie, écologie, alliance éducative, place centrale de l’école, danger du contrôle social, nouvelles formes d’esclavage, armes et guerre, désordre mondial, dignité du travail face aux fléaux du chômage, autant de thèmes largement repris et développés par Jean-Paul II (n° 151-156). Ce sont là les thèmes sur lesquels la presse insistera le plus, mais ce sont aussi ceux où les tensions doctrinales et religieuses doivent composer avec la contingence des situations et l’immensité du travail à accomplir pour contrer, ou du moins atténuer, les tendances inquiétantes en cours. Ces suggestions ouvrent des perspectives, mais indiquent aussi que nous ne pourrons peut-être pas y parvenir seuls.

    Ceci explique l’imbrication, même dans les derniers chapitres, censés être plus pratiques, mais présente tout au long du texte, entre les considérations éthiques et opérationnelles nécessaires pour maîtriser le phénomène après l’avoir cru maîtrisable, et l’idée qu’une force supérieure est à l’œuvre, dont la résolution exige cette fois plus qu’une simple intervention humaine.