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BELGICATHO

  • L’Organisation Mondiale de la Santé accusée de vouloir marginaliser les voix pro-vie

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    De Rebecca Oas sur zenit.org :

    L’OMS accusée de vouloir marginaliser les voix pro-vie

    Un réseau d’influenceurs et des partenariats avec les plateformes numériques suscitent des inquiétudes sur la modération des contenus liés à l’avortement

    22 octobre 2026

    (ZENIT News – Centre pour la famille et les droits de l’homme / Washington, 17.10.2026).
    L’OMS accusée de vouloir marginaliser les voix pro-vie | ZENIT - Français Au nom de la lutte contre la « désinformation », l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fait appel aux opérateurs de plateformes technologiques et à un réseau d’influenceurs en ligne pour diffuser des arguments pro-avortement et censurer les contenus pro-vie. 

    Lors d’un webinaire en début de semaine, des représentants de l’OMS ont évoqué le groupe d’influenceurs « Fides », lancé en 2020 pour diffuser sur les réseaux sociaux des contenus visant à contrer les discours antivaccins pendant la pandémie de COVID-19. L’OMS a un partenariat officiel avec TikTok afin d’assurer une large diffusion de ces contenus. 

    Pour faire partie de ce réseau, les influenceurs doivent aligner leurs messages sur les recommandations de l’OMS. Or, ces recommandations ne se limitent pas à corriger les idées fausses en matière de santé. Les directives de l’OMS sur l’avortement combinent pratiques cliniques et positions juridiques, politiques et relatives aux droits humains, et s’opposent à toute restriction légale de l’avortement ou à tout obstacle à son accès. L’OMS a publié des directives promouvant explicitement l’avortement médicamenteux auto-administré dans certains contextes, comme une forme de « soins personnels ». 

    Les représentants de l’OMS ont également expliqué comment ils collaborent directement avec les plateformes technologiques pour modifier la présentation de l’information. « Nous leur faisons part des priorités de l’OMS », a déclaré un porte-parole. « Nous avons modifié le fonctionnement de Google Search et de YouTube. » 

    Cela signifie donner plus de visibilité aux sources d’information approuvées par l’OMS dans les algorithmes de recherche. Cela pourrait aussi potentiellement déclasser les ressources pro-vie dans ces mêmes algorithmes. Un participant au webinaire a déclaré : « Ceux qui promeuvent les « centres de crise de grossesse » et toutes ces pratiques odieuses ont un large soutien. Il est important de rappeler que nous devons nous aussi élargir notre champ d’action lorsqu’il s’agit de réclamer une réglementation sur ces sujets. » 

    L’intelligence artificielle a également été évoquée comme un moyen de promouvoir les messages de l’OMS en utilisant son propre système de contrôle qualité. « Nous pourrions leur dire : “L’OMS certifie l’exactitude de ce contenu”, et ainsi, votre modèle LLM ou votre chatbot d’IA […] lorsque le sujet sera abordé, privilégiera notre contenu », a déclaré un participant. 

    L’OMS a essuyé des critiques lorsqu’elle a promu un projet de traité sur la préparation aux pandémies qui prévoyait d’intégrer des mesures de lutte contre la désinformation afin de prévenir les « infodémies ». Des voix critiques se sont élevées, craignant des risques de censure et de partialité, et ont notamment relevé que l’OMS avait elle-même repris à son compte les arguments du gouvernement chinois, qui se sont révélés trompeurs. 

    L’attention portée par l’OMS à la lutte contre la désinformation s’est rapidement étendue au-delà des sujets liés à la pandémie, et la « santé et les droits sexuels et reproductifs » est devenue l’un de ses principaux domaines d’intérêt. L’OMS a publié des recherches qui assimilent des affirmations scientifiques objectivement fausses à des contenus qu’elle juge stigmatisants ou qui ne correspondent pas à un prétendu « consensus » médical, même lorsqu’il n’en existe aucun. 

    Lors du webinaire, un participant a évoqué les États-Unis et les critiques formulées par l’administration Trump à l’encontre de l’OMS et d’autres agences des Nations Unies. Le porte-parole de l’OMS a répondu : « On entend beaucoup de bruit autour des déclarations venant des États-Unis, mais le monde est vaste et la réputation de l’OMS et de ses ministères de la Santé est solidement établie dans de très nombreux pays. » « Seuls quelques-uns tentent activement de saper la crédibilité de notre organisation et de l’ONU. » 

    L’OMS accusée de vouloir marginaliser les voix pro-vie | ZENIT - Français

  • IA et évangélisation

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    De George Weigel sur le NCR :
     
    IA et évangélisation

    La tâche première et la plus urgente de l'Église catholique face à l'IA est de tout faire pour convaincre ceux qui développent l'IA à un rythme effréné que nous sommes les créatures d'un Créateur, et non des algorithmes bipèdes dont il faut maximiser les capacités de traitement de données.

     
    21 octobre 2026

    Lors d'un podcast Gaudium et Spes 22 consacré à l'encyclique Magnifica Humanitas en juin dernier, j'ai dit à mon ami [et collaborateur régulier du Register] Larry Chapp, de manière peut-être plus désinvolte que le sujet ne le méritait, que les dirigeants de la révolution de l'IA « ne font pas la différence entre la métaphysique et le Metamucil ». C'est-à-dire qu'ils semblent ignorer le fait que de profondes vérités sont inscrites dans la condition humaine : des vérités que nous pouvons connaître par la raison (et, insisteraient les chrétiens, par la révélation) ; des vérités qui ouvrent les voies de l'épanouissement personnel et de la solidarité sociale.

    Dans sa chronique du 3 octobre dans le Wall Street Journal, Peggy Noonan a soulevé un point similaire, de manière piquante :

    La Silicon Valley est bizarre depuis au moins deux générations. La croyance en des idées étranges ou sectaires (l'altruisme efficace, l'utilitarisme) y est aussi courante que l'usage de psychédéliques, les régimes de santé insolites, le capitalisme extrême et une sorte d'optimisme public personnellement très fonctionnel qui s'accompagne de tout un univers de caches sécurisées, de masques à gaz, de flottes aériennes privées et d'armées d'agents de sécurité armés. Quant à la croyance religieuse, beaucoup d'entre eux me rappellent [...] Sam Bankman-Fried, l'un des premiers investisseurs d'Anthropic, qui a confié à l'auteur Michael Lewis, dans son livre Going Infinite, que dans son enfance privilégiée de la Bay Area, « Dieu était comme un truc à la télé. On parlait de Dieu, mais je ne pensais pas que quelqu'un y croyait vraiment ». M. Lewis ajoute : « Cela en dit long non seulement sur Sam, mais aussi sur son éducation, le fait qu'il ait pu vivre pendant près de dix ans aux États-Unis d'Amérique sans se rendre compte que d'autres personnes croyaient en Dieu ».

    Ce qui rappelle naturellement le vieux cliché — généralement attribué, à tort mais de manière compréhensible, à ce maître de l'aphorisme qu'était G.K. Chesterton — selon lequel lorsque les gens cessent de croire en Dieu, ce n'est pas qu'ils ne croient plus en rien, c'est qu'ils croient en n'importe quoi. Comme cette idée que l'IA est dotée de « conscience » et devrait être traitée comme un agent moral titulaire de droits.

    Ou encore, considérez la révélation du PDG d'OpenAI, Sam Altman : « Quand j'ai réalisé que l'intelligence pouvait être simulée, j'ai abandonné l'idée de notre unicité [humaine], et cela n'a pas été aussi traumatisant que je le pensais ». Et où cela mène-t-il ? Vers un meilleur des mondes dans lequel, comme l'a suggéré M. Altman, « nous serons la toute première espèce à concevoir ses propres descendants », à mesure que les « agents » d'IA fusionneront avec les êtres humains pour produire... quoi ? Une humanité prométhéenne ? Une post-humanité prométhéenne ? Des cyborgs ?

    En juillet dernier, j'ai eu une conversation approfondie avec le cardinal Grzegorz Ryś, archevêque de Cracovie, qui s'est concentrée à un moment donné sur l'encyclique du pape Léon. Le cardinal et moi-même étions reconnaissants au Saint-Père d'avoir insisté sur le fait que les questions clés soulevées par l'IA tournent autour de la question : qui sommes-nous en tant qu'êtres humains ?

    Un matérialisme plus ancien suggérait que nous ne sommes que de la poussière d'étoiles figée, le sous-produit heureux mais accidentel de 15 milliards d'années de forces biochimiques cosmiques aléatoires et de sélection naturelle impersonnelle. Les nouveaux matérialistes à l'avant-garde de la révolution de l'IA suggèrent aujourd'hui que nous sommes des algorithmes sur pattes qui (dans le futur privilégié par M. Altman) peuvent être plus efficaces dans le traitement des données.

    Et cette profonde erreur de conception nous amène à ce que le cardinal et moi avons reconnu comme l'enseignement crucial de Magnifica Humanitas sur l'IA :

    Nous devons éviter l'erreur de conception qui consiste à assimiler ce type d'« intelligence » à celle des êtres humains. Ces systèmes ne font qu'imiter certaines fonctions de l'intelligence humaine. Ce faisant, ils surpassent souvent l'intelligence humaine en vitesse et en capacité de calcul, offrant des avantages tangibles dans de nombreux domaines. Pourtant, cette puissance reste entièrement liée au traitement des données. Les prétendues intelligences artificielles ne traversent pas d'expériences vécues, ne possèdent pas de corps, ne ressentent ni joie ni douleur, ne mûrissent pas à travers les relations et ne savent pas de l'intérieur ce que signifient l'amour, le travail, l'amitié ou la responsabilité. Elles n'ont pas non plus de conscience morale, puisqu'elles ne jugent pas le bien et le mal, ne saisissent pas le sens ultime des situations et n'assument pas la responsabilité des conséquences. Elles peuvent imiter le langage, le comportement et les capacités d'analyse, ou même simuler l'empathie et la compréhension, mais elles ne comprennent pas ce qu'elles produisent, car il leur manque la perspective affective, relationnelle et spirituelle par laquelle les êtres humains grandissent en sagesse.

    Les évêques américains ont créé un groupe de travail pour étudier les impacts de l'IA sur la liberté religieuse, les institutions démocratiques, la sécurité des enfants en ligne et les populations vulnérables (y compris les travailleurs). Ce sont des préoccupations légitimes. Permettez-moi toutefois de suggérer que la tâche première et la plus urgente de l'Église face à l'IA est l'évangélisation : faire tout ce qui est en notre pouvoir pour convaincre ceux qui développent l'IA à un rythme effréné que nous sommes les créatures d'un Créateur, et non des algorithmes bipèdes dont il faut maximiser les capacités de traitement de données.

    La réponse de l'Église aux possibilités et aux dangers de l'IA est le récit biblique de l'humanité, de ses origines, de sa nature et de son destin. C'est cela que l'Église sait. Et c'est cela que nous devons proclamer.

    George Weigel est chercheur principal émérite (Distinguished Senior Fellow) au Ethics and Public Policy Center à Washington, D.C.

  • « Les hommes ne peuvent ni réformer l’Église ni en fonder une nouvelle selon leur bon vouloir » (cardinal Müller)

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    De kath.net/news :

    « Les hommes ne peuvent ni réformer l’Église ni en fonder une nouvelle selon leur bon vouloir »

    26 octobre 2026

    « C’est Dieu qui nous réforme et nous renouvelle pour que nous devenions de bons chrétiens… Ce n’est pas à nous de réformer l’Église de Dieu, mais de transformer notre propre vie. »

    Homélie du cardinal Gerhard Ludwig Müller dans la cathédrale de Łomża (Pologne), à l’occasion de la clôture du centenaire du diocèse.

    Traduction française de l’homélie prononcée par le cardinal Gerhard L. Müller le 25 octobre 2026, dans la cathédrale Saint-Michel-Archange de Łomża, à l’occasion de la clôture des célébrations du centenaire du diocèse.

    Monseigneur Janusz, évêque diocésain, Monseigneur Tadeusz, évêque auxiliaire, chers prêtres et religieuses, frères et sœurs bien-aimés dans le Christ, notre Seigneur,

    À l’occasion de la clôture du centenaire du diocèse de Łomża, nous voulons tourner notre regard vers l’avenir. Que chaque chrétien, et tout particulièrement chaque jeune catholique, profite de cet instant pour se poser cette question : où en suis-je dans ma relation personnelle avec Dieu, l’Un et Trine, le Dieu de l’amour et de la vérité ?

    Nous n’appartenons pas, en effet, à une communauté dans laquelle la valeur d’une personne se mesurerait uniquement à sa contribution au service de sa classe sociale et de l’idéologie de celle-ci. Nous ne nous définissons pas comme jacobins, communistes, fascistes ou chauvins. Nous sommes des personnes, créées et aimées par Dieu, appelées par leur nom dans les sacrements du baptême et de la confirmation à mener une vie pleine de sens, vécue en communion avec d’autres personnes qui sont nos égales, dans un esprit d’amour et d’unité.

    Nous ne parcourons pas notre chemin dans la solitude, isolés des autres. Nous avançons dans la vie au sein de la communauté du mariage et de la famille, avec nos amis, à l’école, au travail et pendant nos loisirs, dans différents groupes, dans notre ville, notre région et notre nation, en Europe et au sein de toute la communauté des peuples.

    Bien plus, nous accomplissons l’ensemble de notre parcours terrestre dans la communion de l’Église en pèlerinage, en direction de notre destination ultime : la vie éternelle, au milieu de la multitude des saints. Et lorsque, après notre résurrection, nous contemplerons Dieu face à face, nous serons de nouveau réunis avec tous ceux que nous avons aimés. Alors, toutes les souffrances auront été surmontées et toutes les larmes oubliées.

    Après avoir traversé les vicissitudes de son histoire, depuis sa fondation jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, en passant par la terrible occupation de la Pologne par l’Allemagne nazie et la dictature communiste, jusqu’au recouvrement de la liberté en 1989 — liberté que les Polonais, et tout particulièrement le plus illustre fils de leur nation, le pape Jean-Paul le Grand, ont largement contribué à rendre possible en Europe —, le diocèse de Łomża tourne désormais son regard vers l’avenir.

    Qu’est-ce que l’Église ? Et comment, dans le Christ qui en est la Tête, sert-elle le salut des hommes, de chaque personne qui est directement ordonnée à Dieu, notre Créateur, notre Rédempteur et Celui qui conduit toute chose à son accomplissement ?

    L’Église n’est pas une organisation non gouvernementale (ONG), et elle ne saurait le devenir. Elle n’est donc pas une communauté religieuse et sociale dont l’objectif serait de construire un paradis terrestre : une telle entreprise est vouée à l’échec dès le départ. L’Église est au contraire un organisme vivant : le Corps du Christ, dont celui-ci est lui-même la Tête et le Sauveur.

    Les hommes ne peuvent ni réformer l’Église ni en fonder une nouvelle selon leur bon vouloir. C’est Dieu qui nous réforme et nous renouvelle pour que nous devenions de bons chrétiens, des membres vivants de son Corps, c’est-à-dire de la communauté de l’Église. Il le fait par les sacrements, et tout particulièrement par celui de l’Eucharistie.

    Ce n’est pas à nous de réformer l’Église de Dieu, mais de transformer notre propre vie. Saint Paul écrit aux Romains :

    « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser, afin de discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait » (Rm 12, 2).

    Le Christ est la Tête ; nous-mêmes, évêques et prêtres, sommes ses serviteurs (cf. 1 Co 4, 1), appelés à œuvrer au salut de l’humanité.

    « De fondation, en effet, nul ne peut en poser d’autre que celle qui s’y trouve : Jésus Christ » (1 Co 3, 11).

    Cette Parole de Dieu doit constituer le principe fondamental qui guidera l’avenir de l’Église à Łomża.

    L’Église est le Corps du Christ, le Fils de Dieu. Le Seigneur ressuscité a dit aux Apôtres :

    « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21).

    Ils ont annoncé l’Évangile « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom » (cf. Jn 20, 31).

    Dans les discours d’adieu qu’il prononça à l’approche de sa Passion, Jésus répondit à la demande de l’apôtre Philippe :

    « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit » (Jn 14, 8).

    Par sa réponse, Jésus nous conduit au cœur même de notre foi lorsqu’il déclare :

    « Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu » (Jn 14, 7).

    Philippe se demandait comment il était possible de contempler Dieu, lui qui « habite une lumière inaccessible, que nul d’entre les hommes n’a vu ni ne peut voir » (1 Tm 6, 16).

    Jésus lui répondit :

    « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).

    Lorsque nous nous tenons donc face à Jésus et que nous contemplons son visage humain, nous reconnaissons dans ses yeux la puissance bienveillante, pénétrante, jugeante et salvatrice de l’amour : cet amour qui est Dieu lui-même, dans l’unité et la communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

    De nos yeux corporels, nous contemplons Jésus ; mais, dans le même temps, grâce aux « yeux de notre cœur illuminés » (Ep 1, 18), nous percevons sa nature et sa puissance divines.

    Dans la personne divine du Fils, qui lui vient du Père, la nature divine éternelle du Christ s’unit à la nature humaine qu’il a assumée. C’est uniquement par Jésus que nous pouvons parvenir au Père, car lui seul jette un pont au-dessus de l’abîme infini qui sépare la création du Créateur.

    « Car il n’y a qu’un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme » (1 Tm 2, 5).

    Le Christ est le dessein universel de salut de Dieu rendu présent dans notre humanité. Il est celui qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4).

    Dans sa nature humaine, Jésus est le chemin par lequel la vérité et la vie sont entrées dans le monde (cf. Jn 14, 6).

    L’apôtre Paul désigne la nature humaine du Christ comme l’« image de Dieu », l’imago Dei (2 Co 4, 4), par laquelle nous reconnaissons la gloire divine et nous en laissons pénétrer.

    Il ne s’agit pas ici d’une représentation de Dieu imaginée par une intelligence limitée ou façonnée de main d’homme.

    Avant même l’Incarnation du Verbe, le Fils, au sein de la Trinité, est l’image de la substance divine du Père ou, pour reprendre les termes du Nouveau Testament, « l’empreinte de sa substance » (He 1, 3).

    Le Christ est vrai Dieu né du vrai Dieu. Il n’est pas un « dieu » entre guillemets, ni un dieu au sens purement métaphorique du terme. Le Christ est le Fils du Père, engendré de la substance même du Père.

    Comme saint Athanase le souligne avec justesse dans son ouvrage Contre les ariens (I, 39) :

    « Il ne s’agit donc pas de dire qu’il est devenu Dieu après avoir été homme ; c’est au contraire étant Dieu qu’il est devenu homme, afin de nous adopter comme fils. »

    Dans les ténèbres du péché, qui aveuglent l’intelligence des incroyants (cf. 2 Co 4, 4), Dieu a fait resplendir sa lumière dans le cœur des croyants, afin que la connaissance de sa gloire rayonne sur le visage du Christ (cf. 2 Co 4, 6).

    Frères et sœurs,

    Aujourd’hui s’achève une année de célébrations, mais notre mission ne prend pas fin pour autant. Bien au contraire ! Nous franchissons le seuil d’un deuxième siècle. À quoi ressemblera-t-il ? Cela dépend de notre foi, de notre amour et de notre responsabilité à l’égard de l’Église.

    Nous sommes confrontés à de nouveaux défis. Aujourd’hui, nous prions avec ferveur pour que se lèvent de nouvelles vocations sacerdotales et religieuses, saintes et nombreuses, afin que ne manquent jamais, sur cette terre, des mains pour bénir et rompre le pain.

    Nous prions pour nos familles, afin qu’elles trouvent leur force en Dieu et affrontent courageusement les crises de notre temps.

    Nous avons besoin de communautés vivantes, dans lesquelles les jeunes puissent trouver leur chemin vers le Christ.

    À l’exemple de notre saint patron principal, saint Bruno de Querfurt, évêque et martyr, nous devons redevenir d’ardents missionnaires dans nos lieux de travail et d’études, ainsi que dans notre vie quotidienne.

    Dans quelques instants, avant la conclusion de cette sainte messe, nous entonnerons l’hymne solennel Te Deum, « À toi, Dieu, notre louange ».

    Déposons sur l’autel de cette cathédrale de Łomża tout notre passé, avec ses beautés et ses épreuves. Offrons également notre présent et tournons-nous avec confiance vers l’avenir.

    Que le siècle qui s’ouvre dans l’histoire du diocèse de Łomża soit un temps où naîtront de nouveaux saints, où les paroisses seront vivantes et où l’amour de Dieu demeurera inébranlable.

    Mère du Bel Amour, saint Bruno, notre saint patron, conduisez-nous vers un nouveau matin !

    Amen.

  • Anniversaire de la Hongrie 1956, la leçon de Mindszenty et de Guareschi

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    De Federico Catani sur la NBQ  :

    Hongrie 1956, la leçon de Mindszenty et de Guareschi

    Il y a 70 ans, le soulèvement hongrois et la libération du cardinal de Budapest. Victime du communisme, il devint gênant même pour les partisans du dialogue avec les ennemis de l’Église, et ce fut l’écrivain de la Bassa qui brisa le silence embarrassé de l’Occident et de l’Église.

    23/10/2026

    « Aucun des ecclésiastiques n’était présent, ce qui montrait bien à quel point les catholiques désapprouvaient une initiative contre-productive pour le dialogue et la détente. » C’est ainsi que Giovannino Guareschi racontait la messe célébrée par Don Camillo en suffrage des morts de la révolution hongroise, juste après le Concile Vatican II.

    Depuis ce 23 octobre 1956, date du début du soulèvement à Budapest contre le régime communiste, exactement soixante-dix ans se sont écoulés et les temps ont changé. Cependant, l’attitude d’une grande partie de la hiérarchie catholique face aux menaces qui pèsent sur ce qui reste de la civilisation chrétienne en Europe et dans le monde n’a pas changé. C’est pourquoi il est utile de se souvenir de ceux qui, dans ces circonstances, ont défendu la liberté de l’Église, en payant un prix très élevé : le cardinal József Mindszenty, déclaré vénérable en 2019 pour l’héroïsme de ses vertus. Et nous souhaitons le faire en nous appuyant également sur les écrits de Giovannino Guareschi, un auteur dont certains conservateurs d’aujourd’hui ont tendance à édulcorer l’anticommunisme convaincu et la foi catholique.

    Mindszenty, alors simple prêtre, fut arrêté une première fois par les communistes de Bela Kun. Puis, devenu évêque, par les nazis. Et enfin, nommé primat de Hongrie et créé cardinal par Pie XII en 1946, il se retrouva en prison aux mains de la police communiste pro-soviétique, qui l’arrêta dans la soirée du 26 décembre 1948.

    Pendant des jours, il fut battu, drogué, privé de sommeil et contraint d’écouter des obscénités. Tout cela pour lui faire avouer qu’il était un ennemi du peuple et qu’il avait comploté contre l’État. La seule fois où ses geôliers lui permirent de revêtir sa soutane, ce fut lorsque le sénateur du Parti communiste italien Ottavio Pastore vint lui rendre visite : c’était une manière de montrer au monde que l’archevêque allait bien.

    À l’issue d’un procès-farce, Mindszenty fut condamné à la réclusion à perpétuité. Physiquement et psychologiquement brisé par les tortures, il finit par signer des aveux de culpabilité, mais eut encore la lucidité d’ajouter, sous son nom, la mention « c.f. » (« coactus feci », c’est-à-dire « j’ai signé sous la contrainte »). Mindszenty resta emprisonné pendant huit ans. Le 30 octobre 1956, pendant le soulèvement hongrois, le cardinal fut libéré par les insurgés. Le 3 novembre, il adressa à la nation un message radiophonique, mesuré, empreint de bon sens, sans aucune concession au communisme.

    Mais les chars soviétiques ont très vite replongé la Hongrie dans l’obscurité, tandis que le monde libre occidental restait « assis au bord du gouffre, à regarder ». Mindszenty a alors dû se réfugier à l’ambassade américaine de Budapest, où il est resté reclus pendant quinze ans, sans pouvoir sortir, même pour les funérailles de sa mère.

    Entre-temps, cependant, le Vatican avait commencé à changer d’attitude envers les régimes d’Europe de l’Est : c’était l’Ostpolitik, la politique d’ouverture et de dialogue envers les communistes. Dans ce climat de détente, Mindszenty était désormais devenu un hôte gênant, même pour les Américains. En 1965, Giovannino Guareschi écrivait dans *Il Borghese* : « Don Camillo, n’avez-vous pas remarqué que les hautes hiérarchies de l’Église évitent de parler de ce cardinal Mindszenty de Hongrie qui, avec une indiscipline répréhensible, persiste à ignorer la conciliation entre l’Église catholique et le régime soviétique et à refuser de rendre l’hommage qui lui est dû au soi-disant « communisme athée », allant même jusqu’à considérer comme valide une excommunication papale qui fait aujourd’hui l’objet de moqueries dans tous les oratoires paroissiaux ? ».

    Contraint de quitter la Hongrie sous la pression du président américain Nixon et du pape, le cardinal arriva à Rome en 1971. C’est à ce moment-là que commença la dernière étape de son Chemin de Croix, peut-être la plus douloureuse, car les amertumes provenaient justement de la politique vaticane. L’Osservatore Romano écrivit que le transfert de l’archevêque avait facilité les relations entre le Vatican et la Hongrie.

    Le primat décida de s’installer à Vienne et commença à effectuer de nombreux voyages pour rencontrer les communautés hongroises dispersées à travers le monde et pour révéler à tous la vérité sur le communisme. Mais de Rome, on lui fit savoir qu’il ne devait plus s’exprimer en public sans avoir préalablement soumis ses interventions et ses homélies à l’examen du Saint-Siège. « J’ai prié le nonce de faire savoir aux instances compétentes du Vatican – expliqua le cardinal dans ses Mémoires – qu’un silence de mort oppressant régnait désormais en Hongrie et que j’étais horrifié à l’idée de devoir me taire même dans le monde libre. »

    Mindszenty comprit que Paul VI n’était « plus en mesure de résister à la pression du régime de Budapest, qui invoquait les garanties et les promesses du Vatican ». Malgré ce qui avait été convenu auparavant, le pape demanda en 1973 au cardinal de renoncer à sa charge d’archevêque, ce à quoi celui-ci répondit par un refus respectueux mais ferme. « Je ne pouvais pas le faire – écrivit Mindszenty – car ces mesures auraient aggravé la situation de l’Église hongroise, portant atteinte à la vie religieuse et semant la confusion dans l’esprit des catholiques et des prêtres fidèles à l’Église. »

    Le primat craignait qu’une éventuelle démission ne puisse, d’une certaine manière, laisser entendre une légitimation du régime hongrois. Paul VI resta cependant inébranlable. Face à certaines agences de presse qui diffusèrent la nouvelle d’une démission volontaire, le cardinal réaffirma que cette décision avait été prise uniquement par le Saint-Siège, lui-même n’ayant jamais renoncé ni à sa charge d’archevêque ni à sa dignité de primat de Hongrie. Il ne demanda jamais non plus l’amnistie, qui lui fut pourtant accordée à des fins instrumentales, mais sa pleine réhabilitation. Il mourut le 6 mai 1975 à Vienne.

    En 1966, face aux nombreux dérives qui ont suivi le Concile Vatican II, dans une célèbre lettre adressée à Don Camillo et publiée dans *Il Borghese*, Guareschi écrivit qu’il aurait souhaité voir le cardinal hongrois devenir pape : « Imaginez, révérend, quelle merveille cela aurait été et quelle nouvelle force l’Église en aurait tirée si […] le conclave avait eu le courage d’élire le cardinal Mindszenty comme nouveau pape ! De surcroît, cela aurait été la seule manière juste, courageuse et virile de le libérer de sa captivité : en effet, si Mindszenty était devenu chef de l’État indépendant du Vatican, les communistes hongrois auraient dû lui laisser la possibilité de rejoindre son Siège. Avec Mindszenty comme pape, le Concile aurait fonctionné bien différemment, l’Église du Silence aurait acquis une voix tonitruante. »

    Et ce n’est pas un hasard si c’est précisément par la bouche de son Don Camillo que Guareschi a fait l’éloge le plus beau du cardinal Mindszenty. Au petit curé progressiste Don Chichì qui, en parlant du cardinal, se demande : « Pourquoi cette soif de martyre ? N’aurait-il pas pu, lui aussi, trouver un modus vivendi avec les autorités de son pays ? », Don Camillo répond sans détour : « Il faut avoir pitié de lui. Il a été égaré par cet autre type qui s’est fait clouer sur la croix. Les extrémismes habituels. »

  • « Venite ad me » : long et superficiel, le nouveau document de la DDF sur la proclamation de la foi

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Long et superficiel, le nouveau document de la DDF sur la proclamation de la foi

    Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié « Venite ad me », un document qui réintroduit la théorie de l'évangélisation centrée sur le kérygme, malgré l'échec avéré de cette approche en raison de ses lacunes. Et que de contradictions concernant la liturgie…

    26/10/2026

    Du Verbe unique que le Père a envoyé au monde pour le sauver, aux innombrables déclarations du Dicastère pour la Doctrine de la Foi dirigé par Fernández. Après le flot de paroles de la note « Un chemin d’espérance », marquant le soixantième anniversaire de la déclaration Nostra Aetate – un document qui dit tout sauf ce qu’il devrait dire, à savoir corriger les tendances indifférentistes et hérétiques de la plupart des approches du pluralisme religieux, qui ont vidé de sa substance le principe selon lequel le salut ne se trouve qu’en Jésus-Christ –, un autre document verbeux, « Venez à moi » , est publié. Il contribuera à la proclamation renouvelée de la foi, souhaitée par le pape Léon XIII, comme un somnifère au réveil.

    Malgré l’échec total de la théorie de l’évangélisation centrée sur le kérygme, qui s’est en fait traduite par une refonte de la doctrine devenue si essentielle qu’elle n’est même plus reconnaissable comme catholique, le Dicastère poursuit sur cette voie désastreuse, en produisant un document qui n'en finit jamais. Le terme « kérygme » (tout comme l’autre, « changement d’époque », qui donne toujours l’impression d’être en phase avec son temps) revient plus de trente fois dans le document, comme si, à force de le répéter, on finissait par se convaincre qu’il s’agit de la bonne voie. Or, c’est précisément cette voie qui a conduit à la situation actuelle, où les catholiques – les bons catholiques qui ont écouté le kérygme – ne savent même plus ce qu’il y a après la mort, que la virginité perpétuelle de Marie est un dogme, et que saint Jude Thaddée n’est pas celui qui a trahi Jésus.

    Pour être clair : le kérygme exalté par le cardinal Fernández, et remis au premier plan sous le pontificat de François, au-delà de nombreux ornements d’érudition apparente, est en réalité le principe au nom duquel l’observance des commandements, et de la doctrine également, vient après, car l’important est d’accueillir l’amour du Christ, Jésus étant avant tout la révélation de l’amour de Dieu. Mais ce « après » signifie en réalité « jamais » et, de toute façon, n’est pas si important. L’insistance sur le kérygme est l’autre face du principe de la « hiérarchie des vérités » ( Unitatis Redintegratio , 11), mal compris, et qui est en fait rapporté de manière déformée dans n. Le chapitre 84 de « Venez à moi » , selon l'interprétation erronée qu'en a déjà faite François : « C'est pourquoi, à l'ère de changement que nous vivons, il ne semble pas opportun, dans le contexte de la transmission de la foi aux nouvelles générations, aux catéchumènes adultes et aux personnes qui reprennent la foi, de nous disperser dans tant de domaines de la doctrine catholique, aussi importants soient-ils, en perdant de vue ce qui y est le plus solide, le plus profond, le plus certain et le plus cohérent. » En réalité, le principe de la hiérarchie des vérités ne signifie nullement qu'il existe des vérités plus solides que d'autres, certaines plus incertaines ou moins importantes, et d'autres au contraire certaines et indispensables ; il signifie simplement qu'elles sont liées de manière hiérarchique et ordonnée. Il ne s'agit donc pas de choisir quelle vérité transmettre et laquelle taire, mais plutôt de toutes les enseigner, de façon ordonnée, afin que les liens entre les différents mystères de la foi soient compris.

    « Venez à moi » est aussi un exemple classique de document qui dit tant de choses, et de façon si superficielle, que chacun y puisera ce dont il a besoin pour poursuivre son propre chemin, quel qu'il soit. Cela est particulièrement évident dans les paragraphes 90 à 94, qui concernent la liturgie. Après avoir reconnu que la liturgie est, en effet, une forme fondamentale de proclamation – et j'ajouterais précisément que la proclamation n'est pas sa vocation première –, le document nous exhorte à « dépasser une vision réductrice qui la considère comme un simple cadre rituel pour la vie ecclésiale ». C'est bien, vraiment très bien. La « beauté » de la liturgie, sa « puissance symbolique », sa « dimension éminemment communautaire » sont reconnues comme une impulsion extraordinaire non seulement à recevoir une proclamation, mais surtout à s'y engager et à s'en laisser transformer, à faire l'expérience du Dieu lui-même qui sauve. C'est bien, vraiment très bien. Un magnifique texte où Romano Guardini relate son expérience du Triduum pascal à Monreale, lors de son voyage en Sicile, souligne que la participation la plus aboutie à la liturgie réside dans « la capacité de vivre dans le regard, de demeurer dans la vision, d’accueillir le sacré dans la forme et l’événement, en contemplant ». Une fois encore, c’est excellent.

    Vient ensuite le paragraphe 94, dont nous reproduisons la première partie : « Il convient d’accorder une attention particulière à permettre, dans chaque diocèse, aux fidèles et à ceux qui s’approchent ou se rapprochent de la communauté des croyants d’entrer en contact avec les diverses sensibilités liturgiques présentes dans la tradition de l’Église catholique. Conformément aux normes liturgiques en vigueur, les pasteurs sont appelés à valoriser la richesse du patrimoine liturgique catholique – pensons, par exemple, à la variété des styles musicaux qui le caractérisent – ​​de manière à pouvoir entrer en contact avec les différentes sensibilités de leurs contemporains. » Cette exhortation au respect des différentes « sensibilités liturgiques présentes dans la tradition de l’Église catholique » devrait réjouir ceux qui sont, par exemple, attachés à l’ancien rite romain, car ce rite aussi, selon l’esprit du texte, devrait pouvoir être apprécié par ceux qui s’approchent de la communauté des croyants. Et pourtant, nous savons déjà comment cela finira. Car c'est ainsi qu'on en est arrivé à un texte beaucoup plus autoritaire, à savoir le Sacrosanctum Concilium, qui continue d'être bafoué dans ses indications concrètes, tandis que ses principes généraux sont loués, leur permettant de dire tout ce qu'ils veulent.

    De ces paragraphes, seule l'exhortation à prendre en compte les sensibilités diverses de contemporains soigneusement sélectionnés subsistera, car tous les contemporains ne sont pas également contemporains. Un « contemporain » qui apprécie le chant grégorien et la musique d'orgue devra continuer à voyager à l'étranger pour trouver des offices similaires, tandis que la grande majorité des églises continueront d'accueillir d'autres « sensibilités » qui sont tout sauf « présentes dans la tradition catholique » et qui défient le « respect des normes liturgiques actuelles », lesquelles sont déjà filtrées comme un tamis.

    L’examen des notes permet également de se faire une idée assez objective de la véritable paternité du nouveau document produit par Tucho et Cie. Sur les 132 notes, la « relative majorité », soit près d’un tiers (42), se rapporte à des interventions du pape François, dont la quasi-totalité est citée, notamment Evangelii gaudium . Vingt-neuf notes font référence à des rapports sur la transmission de la foi dans les territoires des différentes conférences épiscopales, tandis que le pape Léon XIV est mentionné 23 fois, soit presque deux fois moins que François. Saint Jean-Paul II et Benoît XVI doivent se contenter de miettes : à eux deux, ils n’atteignent même pas la dizaine de mentions.

  • Léon XIV : Tout est-il comme avant ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Tout est-il comme avant ?

    26 octobre 2026

    La nouvelle selon laquelle Léon XIV n’aura besoin d’aucun traitement supplémentaire pour son adénocarcinome est parvenue aux journalistes tard dans la soirée du 20 octobre, confirmant toutes les attentes.

    Après l’ablation d’un lobe pulmonaire, Léon XIV est prêt à revenir sur le devant de la scène et a déjà repris ses activités régulières, y compris les audiences privées et générales, envisageant avec confiance son voyage en Argentine, au Pérou et en Uruguay.

    Si tout continue à bien se passer sur le plan de la santé — et il y a toutes les raisons de croire que ce sera le cas —, l'opération pulmonaire n’aura été qu’une parenthèse, tandis que le pontificat se prépare désormais à affronter sa période la plus complexe.

    Comme toujours dans les moments complexes, les rumeurs et les commérages se multiplient.

    D'ici le mois de février, le pontife devra nommer les nouveaux préfets des dicastères pour les Laïcs, la Famille et la Vie ; pour les Causes des Saints ; pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens ; pour le Culte Divin ; et pour le Clergé.

    (Le Clergé est un cas un peu moins urgent, puisque le cardinal You, qui le dirige, fêtera ses 75 ans en novembre et que son mandat pourrait être prolongé).

    Les cardinaux à la tête des autres dicastères ont depuis longtemps dépassé l'âge de la retraite : Farrell a 79 ans, Semeraro 78 ans, Koch 76 ans et Roche 76 ans. Remplacer les principaux chefs de dicastères en peu de temps représente un changement de garde significatif, et le choix de leurs successeurs sera très révélateur.

    Plusieurs enjeux sont à prendre en compte.

    Le premier est la nécessité d'une « paix liturgique ». Le cardinal Roche a été l'« exécuteur » le plus actif de Traditionis custodes, le motu proprio de l'ère François qui a effacé les réformes de libéralisation de Benoît XVI (lesquelles permettaient une large utilisation des livres préconciliaires pour la célébration de la messe et d'autres sacrements et rites).

    Aujourd'hui encore, au terme de son mandat, Roche n'a pas manqué de défendre et de faire appliquer Traditionis custodes, utilisant parfois des termes durs à l'encontre de ceux qui préfèrent le rite traditionnel.

    Le numéro deux de Roche au Culte Divin (DDW) était l'archevêque Vittorio Francesco Viola, considéré comme un autre ennemi de la tradition, bien qu'il soit en réalité un célébrant doté d'une ars celebrandi rigoureuse, quoique néo-conciliaire. Mgr Viola a désormais été promu archiprêtre de la basilique Saint-Pierre et, au moins pour le moment, remplacé au DDW par le sous-secrétaire du dicastère, tandis que le cardinal Roche va prendre sa retraite.

    Le choix de Léon XIV pour diriger le dicastère des rites en dira long sur la manière dont il entend aborder la question liturgique.

    Depuis son élection, Léon XIV n'a pas ordonné de rupture radicale avec la ligne fixée par François. Léon a évité d'appliquer la politique avec toute la rigueur que permettrait la lettre de la loi, et il a parfois assoupli les restrictions. Au début du pontificat léonin, le nonce en Angleterre, Mgr Maury, avait fait savoir que les autorisations de célébrer selon l'ancien rite seraient accordées lorsqu'elles seraient demandées. Les participants au pèlerinage Paris-Chartres 2025 ont également déclaré avoir reçu un message du Pape, un geste de réelle sollicitude envers une communauté importante de fidèles attachés au culte traditionnel.

    Dans l'ensemble, Léon XIV ne semble pas vouloir renverser les décisions de son précesseur, mais il ne souhaite pas non plus créer ou perpétuer des tensions inutiles. Le profil du nouveau préfet du DDW fait l'objet de discussions : on parle d'un « outsider », un cardinal ou un archevêque n'appartenant pas à la Curie, quelqu'un capable d'adopter une approche équilibrée. En substance, cela marque la fin de l'ère du cardinal Roche et une évolution vers un plus grand équilibre entre les exigences des traditionalistes et celles du nouveau rite.

    L'avenir du dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie est plus difficile à définir, d'autant plus que le cardinal Farrell, qui jouit de la pleine confiance de Léon XIV, est également Camerlingue. Ici aussi, puisque le numéro deux du dicastère est un laïc, on s'attend à une nomination extérieure, peut-être une personnalité en retrait de la scène publique.

    Un deuxième thème concerne les éventuelles surprises (« spoilers »).

    François était connu pour prêcher le « Dieu des surprises » et gouvernait comme si le fait d'être le vicaire d'un tel Dieu sur Terre signifiait qu'il devait lui-même créer la surprise. Une partie du mandat de Léon XIV consiste précisément à apporter une certaine stabilité au gouvernement de l'Église. Cela dit, Léon s'est également montré capable de prendre des décisions surprenantes. À certains égards, son pontificat a rendu les spéculations futiles. De plus, il est impossible jusqu'à présent de définir un groupe de personnes réellement proches du Pape : on ne sait pas précisément qui l'aide à prendre ses décisions ni auprès de qui il s'informe.

    Cela tranche singulièrement avec le pontificat précédent.

    Le pape François faisait un usage intensif de conseillers dits « informels », et ce sont précisément eux qui propageaient des informations et des rumeurs permettant tantôt d'anticiper les prochains mouvements du pontificat, tantôt de créer une confusion encore plus grande. Léon XIV n'a pas recours à des conseillers informels, du moins pas de la même manière que François.

    Si le pontificat de François était informel — défini précisément par le rejet du protocole et de la tradition, par des nominations asymétriques (par exemple, il existe toujours un dicastère pour l'Évangélisation avec deux pro-préfets, un cardinal et un archevêque) et par la décision de ne pas distribuer les postes selon l'usage traditionnel —, le pontificat de Léon XIV est plus formel.

    Le pape François avait initié le processus synodal (et avait fini par l'ouvrir également aux non-évêques) ; Léon XIV a rétabli la pratique consistant à tenir de réguliers consistoires « de travail » pour les cardinaux. Le pape François fuyait certains symboles, comme la mozette ; Léon XIV a réintroduit la mozette (ainsi que quelques autres éléments). Le pape François évitait systématiquement de voyager dans les pays européens de longue tradition chrétienne ; Léon XIV a commencé par ceux-là. Le pape François n'est jamais revenu en Argentine ; Léon XIV retournera en Argentine, car il est juste de rendre hommage à la nation de son prédécesseur.

    Léon XIV fait preuve de respect pour les symboles, le protocole et la tradition. Il le fait cependant sans détruire l'héritage du pape François. Le processus synodal se poursuit, les groupes de travail publient leurs observations, et même la rencontre sur Amoris Laetitia, qui s'est achevée sans le Pape — alors hospitalisé —, dispose d'un document final (bien qu'il n'ait pas été publié car le Pape souhaite le voir en premier).

    Le troisième thème est de comprendre ce qu'implique ce « papauté formelle » de Léon XIV.

    Dans les mois à venir, plusieurs diocèses importants devront nommer un nouvel archevêque : Barcelone, Paris et Milan, où le mandat est déjà prolongé, et, à partir de l'année prochaine, Esztergom-Budapest, puisque le cardinal Erdő aura 75 ans et est déjà malade. À Londres, Léon XIV a choisi Richard Moth, une figure conservatrice peu connue en dehors de son île. À Prague, c'est Stanislav Přibyl qui a été choisi, un profil similaire à celui de Moth. On ignore si la même logique s'appliquera aux autres grandes métropoles. Surtout, on ne sait pas si Léon XIV attribuera à nouveau la barrette rouge de cardinal aux archevêques de ces grandes villes.

    Le quatrième thème concerne les choix de gouvernement. Le secrétaire d'État, le cardinal Pietro Parolin, fêtera ses 72 ans en janvier. Il lui reste trois années pleines avant d'atteindre l'âge de la retraite et il jouit généralement d'une grande estime auprès des chancelleries du monde entier. Il n'est pas un rival pour le Pape, et il est probablement injuste de le décrire comme déçu de ne pas être devenu pontife.

    Cependant, ses déclarations durant l'hospitalisation du Pape ont été mal reçues et jugées plutôt imprudentes. Parolin a parlé — de manière assez précipitée, il faut bien le dire — d'une « remodulation » du pontificat à la suite du diagnostic de cancer du Pape. Léon était encore à l'hôpital et l'on ne savait pas encore s'il aurait besoin d'autres traitements. D'un autre côté, il est également juste de noter que Parolin est lui-même un survivant du cancer et que — bien qu'il soit un diplomate chevronné et prudent — il a semblé nuancer ses propos au moment même où il les tenait.

    Ce moment pourrait tout de même être celui où le Pape décide de former une nouvelle équipe de gouvernement, et Parolin pourrait se voir proposer le rôle de Grand Maître de l'Ordre Équestre du Saint-Sépulcre.

    Une fois ces cases cochées, un consistoire sera probablement organisé pour créer de nouveaux cardinaux. Ce consistoire sera peut-être le moment où le pontificat de Léon XIV commencera véritablement.

  • La Mecque des origines, telle que la décrit la tradition musulmane, n'aurait jamais existé

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    D'Olivier Bonnassies sur la Sélection du Jour :

    La Mecque, ville imaginaire

    La Mecque, ville imaginaire : comment les califes ont inventé l'islam

    Synthèse n°2751

    21/10/2026

    Dans un bref et dense essai qui pourrait faire date, Odon Lafontaine et le collectif Nour Al Aalam défendent de manière très argumentée une thèse radicale : La Mecque des origines, telle que la décrit la tradition musulmane, n'aurait jamais existé. Préfacé par Robert M. Kerr (de l'Institut Inârah, à Sarrebrück), le livre croise climatologie, archéologie, philologie et synthétise les découvertes historiques des 50 dernières années, qui semblent converger.

    Premier constat : la Mecque de la tradition ressemble trait pour trait à Jérusalem et apparaît comme « son copié-collé ». Ville remontant à Adam, « centre du monde » et « mère des cités », reflet d'une cité céleste, lieu où Abraham aurait été appelé à sacrifier son fils, temple et lieu saint « interdit » à certains, vers lequel on prie et où on vient en pèlerinage depuis des temps immémoriaux, tout est pareil ; les rites se répondent aussi : crâne rasé, sept circumambulations, sacrifices pour la purification des péchés ; les noms de même : Bakkah rappelle la vallée de Bacca du psaume 84, sur la route des pèlerins vers Sion. Safa évoque le mont Sapha (nom hébreu du mont Scopus) ; Marwa, le mont Moriah ; les mots hajj et ‘umra semblent empruntés à l'hébreu et à l'araméen du pèlerinage au Temple, etc. Comment croire qu'une telle accumulation peut être une simple coïncidence ?

    Deuxième volet : le site lui-même, car une implantation sédentaire antique y apparait impossible. Au milieu d'un désert torride, sans fleuve ni source abondante, avec environ 130 mm de pluie par an, très irrégulierement, on ne pouvait pas développer d'agriculture à La Mecque. On n'y recense que quelques puits, mais à la seule force des bras, ils ne pouvaient fournir au mieux que 10 à 20 m³ par jour : de quoi abreuver peut-être 500 personnes et leurs bêtes, mais pas nourrir des troupeaux qui exigent des dizaines de km² de pâturages. Le lieu, censé avoir porté une implantation qui s'est développée jusqu'à devenir un centre de commerce, est en réalité très isolé, à une centaine de kilomètres et en contrebas (1300 m) de la route caravanière ancienne, à une époque où la voie maritime de la mer Rouge avait supplanté les caravanes, comme l'avait déjà relevé Patricia Crone. S'y ajoutent le silence absolu des dizaines de milliers de sources antiques connues alors que des bourgades voisines sont mentionnées, des inondations catastrophiques et l'absence de tout vestige préislamique malgré les excavations saoudiennes : une cité suppose des maisons, des routes, des tombeaux, des outils, des poteries, des artéfacts, des vestiges évidents d'une occupation ancienne. Mais il n'y a rien. Il n'y a également rien de creusé dans la roche à La Mecque, contrairement à toutes les autres cités du désert (Palmyre, Pétra, Madain Saleh, Éthiopie, etc.). Conclusion : il s'agissait d'un lieu de passage, éventuellement d'un campement saisonnier de pasteurs nomades. Mais il a été choisi. Pourquoi ?

    Une des clés possibles de l'énigme se trouve page 137, qui décrit une hypothèse de Robert Kerr s'appuyant sur les traditions rapportant qu'Ismaël et Agar sont enterrés au pied de la Kaaba. Plus précisément, juste à côté, dans le hijr Isma‘il délimité par un muret en demi-cercle, le hatim. Or l'islam réprouve la prière sur les tombes : cette tradition gênante a donc toutes les chances d'être antérieure à l'islam. Le plan d'ensemble, un quadrilatère prolongé d'une abside, évoque une petite basilique, tournée qui plus est vers la ville sainte de Jérusalem, avec la tombe sous l'autel, dans le sillage des sanctuaires bibliques élevés depuis sainte Hélène, mère de l'Empereur Constantin. Autour du puits de Zamzam et du modeste « sanctuaire d'Ismaël », que les Arabes voient comme leur patriarche et auquel venaient en pèlerinage, selon la tradition islamique, les rois arabes chrétiens, aurait pu naître la légende de La Mecque comme lieu d'Abraham, lieu de la révélation, et lieu que les califes ont ensuite revêtu des attributs de Jérusalem.

    Le livre affirme, par ailleurs, que la ville sainte décrite dans le Coran est en réalité Jérusalem et non La Mecque. Les auditeurs censément mecquois de la prédication coranique cultivent des oliviers, des vignes et des céréales ; ils pêchent en eau douce et salée ; ils passent matin et soir devant les ruines de Sodome et Gomorrhe (sourate 37) qui sont à 50 km de Jérusalem mais à plus de 1200 km de La Mecque… L'environnement général que décrit le livre n'est pas le Hedjaz. Autres éléments convergents : des sources juives et chrétiennes du VIIe siècle (attribuées à Sébéos, Jean Moschus, Anastase, Arculfe, etc.) décrivent des conquérants arabes, alliés à des Juifs, élevant un lieu de prière sur le mont du Temple à Jérusalem vers 638 puis une dissension entre arabes et juifs. La tradition islamique garde elle-même la trace d'une orientation de la prière d'abord vers Jérusalem, et le traditionniste al Tabari rapporte 250 ans après Mahomet que pendant plusieurs décennies le sacrifice d'Abraham concernait Isaac et Jérusalem avant que l'on en vienne à affirmer qu'il concerne Ismaël et La Mecque, comme le croient aujourd'hui tous les musulmans du monde. Le basculement s'est fait lentement : le Dôme du Rocher, premier bâtiment musulman, remplace vers 692 le lieu de culte judéo-arabe du mont du Temple ; les mosquées commencent à être orientées vers La Mecque à partir du VIIIe siècle seulement ; ce n'est qu'à partir du IXe siècle que les aqueducs de Zoubida apportent de l'eau en quantité suffisante pour permettre une implantation modeste à La Mecque, où jamais les califes n'auront l'idée d'installer leur capitale. Et les mentions non musulmanes explicites de La Mecque et du pèlerinage islamique sont plus tardives encore.

    Reste à comprendre qui a façonné cette Mecque fictive, et cela ne peut être que le pouvoir califal, dans son intérêt bien compris. 50 ans après Mahomet, Abd al-Malik (685-705) impose l'arabe à l'administration, frappe une monnaie arabe, se proclame « calife de Dieu » (vicaire, ou lieutenant de Dieu) et diffuse le Coran dans une forme quasi définitive. Après 750, les Abbassides, qui ont renversé ses descendants pour devenir les « califes de Dieu » à leur place, se proclament pour la première fois les « califes de l'envoyé de Dieu ». Ils font mettre par écrit la sîra, les hadiths et les traditions qui fixent à la Mecque la naissance du Prophète des siècles après les événements et à 1500 km de distance. Ces traditions tardivement imposées dessinent alors les contours d'une nouvelle religion impériale dotée de fondements propres : les Arabes, fils d'Ismaël, en nouveau peuple élu ; l'arabe en langue sacrée ; le Coran comme révélation divine ; le Prophète, récipiendaire de la révélation, fondateur de l'État islamique, et ses successeurs : les califes ; la Mecque en ville sainte. Le tout au service d'un pouvoir régnant « au nom de Dieu », exigeant de tous une « soumission » tant religieuse que politique, et s'appropriant pouvoir, richesses, femmes et esclaves.

    C'est ainsi donc que l'islam apparaît davantage comme une création des hommes que comme une révélation de Dieu. L'enquête très documentée de l'auteur, Odon Lafontaine, et du collectif Nour-Al-Aalam avec notamment Bruno Guillot, ainsi que Robert Kerr, a été jugée très positivement par Rémi Brague dans une interview récente : « Ce livre, ce n'est pas du tout une plaisanterie. C'est du sérieux. Il se fonde sur des travaux de gens extraordinairement compétents et assidus dans la recherche historique, philologique, archéologique, etc. » (12'15). La thèse est bien sûr ouverte à la contradiction : les auteurs invitent les lecteurs à leur adresser leurs objections (cf. notre sélection) et appellent de leurs vœux un grand débat afin d'évaluer, de préciser et de faire connaître à tous les avancées et conclusions établies par la recherche aujourd'hui.

    À retenir
    • Le site de La Mecque ne présente aucune trace archéologique convaincante d'une cité antique sédentaire, il est trop aride et isolé pour accueillir le centre commercial et religieux décrit par la tradition musulmane et le nom de La Mecque n'est mentionné dans aucune carte ou aucune texte antique, contrairement à toutes les autres villes du Moyen-Orient et même à de petits bourgades voisines, ce qui est curieux pour une ville censée être le  « centre du monde » et la « mère des cités ». 
    • La Mecque de la tradition islamique apparaît par ailleurs comme un « copié-collé » de Jérusalem, dont elle reprend toutes les caractéristiques, les rites et les références bibliques. Les descriptions de la ville sainte décrite dans le Coran correspondent parfaitement à Jérusalem également. Et dans les premiers temps de l'islam, l'orientation de la qibla (direction de la prière) et du lieu du sacrifice d'Abraham ont été progressivement transférés de Jérusalem à La Mecque.
    • Pourquoi ce lieu a-t-il été choisi par les califes ? L'explication la plus convaincante est qu'il s'agissait à l'origine d'une lieu de mémoire du patriarche Ismaël, en qui les arabes voient leur ancêtre, et de sa mère Agar. Une petite basilique chrétienne tournée vers Jérusalem dont on voit encore les traces (cf. pages 137 et 138 du livre) aurait été édifiée sur leurs tombeaux et dans les deux premiers siècles de l'islam le mythe de La Mecque a été à partir de là gonflé et calqué sur Jérusalem. 
    • L'étude conclut que l'islam, tel qu'il s'est constitué historiquement, apparait comme une construction politico-religieuse des califes dans leur intérêt bien compris, plutôt qu'une révélation divine : une thèse corroborée par de nombreuses recherches historiques modernes, qui appelle bien évidemment dans les mois et années qui viennent un débat scientifique contradictoire.
    La sélection
     
  • Croire en Dieu ne fait pas nécessairement de moins bon scientifiques

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    Une chronique de Rik Torfs parue sur le site de La Libre en contribution externe :

    Non, croire en Dieu ne fait pas nécessairement de moins bon scientifiques. L'inverse est-il vrai?

    À chacun de mes séjours aux États-Unis, je suis frappé par l'importance qu'y occupe la religion. Les gens n'hésitent pas à afficher leur foi. Contrairement à ce qui se passe souvent en Belgique. Je pense que les scientifiques croyants parviennent souvent à un équilibre personnel qui ne peut que renforcer leur travail et leur réflexion.

    20-10-2026

    Une chronique" J'assume" de Rik Torfs, professeur de droit canonique, écrivain, recteur honoraire de la KU Leuven

    Les Américains sont peut-être devenus un peu moins religieux au cours des décennies récentes, même si cette évolution semble s'être interrompue ces dernières années. Pourtant, à chacun de mes séjours aux États-Unis, je suis frappé par l'importance qu'y occupe la religion. Les gens n'hésitent pas à afficher leur foi. Contrairement à ce qui se passe souvent en Belgique, et certainement en Flandre, cela ne leur vaut aucune perte de statut social.

    Les États-Unis seraient-ils donc à la traîne d'une Europe plus éclairée ? Sur le plan scientifique, certainement pas. En matière de technologie, les grandes innovations, de l'ordinateur à l'intelligence artificielle, ne viennent pas de l'Europe éclairée, mais de l'Amérique religieuse. Croire en Dieu ne fait donc pas nécessairement de moins bon scientifiques, contrairement à une idée qui, aujourd'hui encore, reste répandue, souvent de manière implicite. Faut-il en conclure que l'inverse est vrai ? Je me garderai bien de l'affirmer. Je pense néanmoins que les scientifiques croyants parviennent souvent à un équilibre personnel qui ne peut que renforcer leur travail et leur réflexion.

    La théorie des deux voies selon Lemaître

    Georges Lemaître, le célèbre astronome et cosmologiste, était prêtre. C'est à lui que l'on doit la théorie des deux voies vers la vérité. La voie scientifique permet de découvrir les vérités physiques, tandis que la voie spirituelle mène au salut. Le seul lien entre les deux est le scientifique lui-même, lorsqu'il choisit d'emprunter simultanément ces deux chemins.

    La démarche proposée par Lemaître ne peut évidemment être imposée à personne : la foi est une grâce. Mais elle constitue un excellent rempart contre le fondamentalisme. Celui qui cherche dans la religion une explication scientifique aux mystères de l'univers ne la trouvera pas. Il risque de prendre les textes religieux au pied de la lettre et de ne tolérer aucune contradiction dans leur interprétation, de peur de voir sa vision du monde remise en cause.

    Il en va de même pour celui qui attend tout de la science. Si celle-ci se confond avec la réalité, elle doit tôt ou tard être capable d'en percer tous les secrets. Mais la réalité se révèle récalcitrante. L'un des problèmes auxquels se heurte la recherche scientifique est celui de la reproductibilité : une étude menée selon une méthodologie apparemment rigoureuse aboutit-elle à des résultats identiques, ou du moins comparables, lorsqu'elle est reproduite ? Ce n'est pas toujours le cas, notamment dans la recherche médicale. Mais c'est surtout dans les sciences humaines, comme la psychologie, que le problème se pose avec une acuité particulière. Les ambitions scientifiques sont grandes, alors même que la reproductibilité des résultats laisse régulièrement à désirer.

    Se préserver du fanatisme

    Sans vouloir généraliser, il existe bel et bien des similitudes entre les fondamentalistes religieux et les fondamentalistes scientifiques. Les uns comme les autres n'empruntent qu'une seule voie. À leurs yeux, il est inconcevable que celle-ci puisse parfois se révéler inefficace, voire les entraîner sur une fausse piste. C'est précisément pour cette raison qu'ils la défendent bec et ongles. Et, paradoxalement, l'acharnement avec lequel ils le font finit par miner la crédibilité de leur démarche.

    Deux exemples. Il fut un temps où, dans les Églises protestantes en particulier, le récit de la Création faisait l'objet d'un fondamentalisme rigide. Il y a cent ans, le pasteur néerlandais Johannes Geelkerken fut exclu de son Église par le synode d'Assen pour avoir osé mettre en doute le fait que le serpent du livre de la Genèse ait réellement parlé à Ève.

    Aujourd'hui, quiconque ose poser ne serait-ce que des questions purement méthodologiques sur les recherches relatives au climat se voit aussitôt taxé de "négationniste scientifique". Toute question est une question de trop.

    Ces deux exemples illustrent les dangers du fondamentalisme. La colère qui l'accompagne trahit d'ailleurs un manque de confiance en soi chez ceux qui s'y abandonnent.

    La théorie des deux voies, telle que l'avait conçue Georges Lemaître, nous préserve du fanatisme de la voie unique, érigée en seule voie possible. Elle offre aussi à ceux qui empruntent deux chemins le plaisir de ne pas devoir trouver, à chaque question, une seule et unique réponse.

  • Qui a dit que les célébrations d'Halloween et la banalisation de l'ésotérisme étaient de simples divertissements inoffensifs ?

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    De BFM RMC :

    L'Église d'aujourd'hui du 24 octobre - Dangers d'Halloween et occultisme : le discernement du Père Jean-Baptiste Edart

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    Qui a dit que les célébrations d'Halloween et la banalisation de l'ésotérisme étaient de simples divertissements inoffensifs ? À la veille de la Toussaint, alors que la culture contemporaine célèbre les ombres et la mort, les chrétiens sont invités au discernement face à l'ouverture de portes sur le monde occulte. Entre fascination pour la peur et tactiques du Malin, comment garder le cap de la foi ?

    Pour répondre à ces questions, Matteo Ghisalberti reçoit dans cet épisode le Père Jean-Baptiste Edart, doyen de la faculté de théologie de l'Université Catholique de l'Ouest et spécialiste de démonologie, auteur des ouvrages Le diable dans ses œuvres et Le diable et ses pièges (aux Éditions Artège). Un entretien sans concession pour décrypter les pièges de l'invisible et retrouver les véritables remparts spirituels.

    L'Église d'aujourd'hui est une émission qui invite à découvrir les mille visages des chrétiens de nos jours. Présentée par son auteur, Matteo Ghisalberti, et proposée par le diocèse de Monaco, elle est diffusée sur RMC le samedi à minuit, après l'After Foot.

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  • La KUL répond aux critiques du cardinal Roche concernant la lecture du coran pendant la messe

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    De Thomas Edwards sur Ad Vaticanum :

    La KUL répond aux critiques du cardinal Roche concernant la lecture du coran pendant la messe

    21 octobre 2026

    La KU Leuven a réagi après que le cardinal Arthur Roche a qualifié d’« erreur totale » l’inclusion d’une lecture du Coran lors de sa messe d’ouverture.

    L'université belge qui a inclus une lecture du Coran dans sa messe d'ouverture de l'année universitaire a réagi aux commentaires du cardinal Arthur Roche sur la situation.

    Dans un entretien accordé à AdVaticanum, le préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a qualifié la décision d'inclure la lecture du Coran de « totalement erronée » et a déclaré qu'elle reflétait une « incompréhension de ce qu'est la célébration de l'Eucharistie ». Il a expliqué en outre que « négliger ce qui nous a été donné lors de la réforme de la liturgie est une chose très grave, car cela revient à faire de la liturgie ce que nous voulons qu'elle soit, plutôt que ce qu'elle est dans le culte de Dieu ». Son Éminence a conclu ses propos en affirmant que cette « adaptation sociale n'est qu'une mode dénuée de substance théologique, ce qui est révélateur ».

    Dans une déclaration transmise à AdVaticanum, l'université a indiqué prendre « prise note des propos du cardinal Roche ». Elle a par ailleurs expliqué qu'elle « attache une grande importance à son héritage catholique » et « au dialogue respectueux, tant avec l'Église qu'avec les personnes d'autres confessions et convictions ».

    Interrogée sur la possibilité que l'événement se déroule à nouveau sous la même forme l'année prochaine, l'université n'a pas exclu cette éventualité. Le communiqué précise que « la préparation de la messe est coordonnée par la paroisse universitaire, en concertation avec le rectorat et les évêques flamands. Ils examineront les modalités d'organisation des futures messes. »

    La vidéo initiale de la messe montre un jeune homme chantant en arabe au lutrin. Le passage est tiré de la sourate Ash-Shu'ara (Les Poètes, chapitre 26), versets 69-70 : « Et raconte-leur l’histoire d’Abraham, lorsqu’il demanda à son père et à son peuple : “Qu’adorez-vous ?” »

    La vidéo a été visionnée des milliers de fois et a suscité de vives critiques. En réaction, un groupe d'étudiants de l'université, KVHV-Leuven, a déclaré à AdVaticanum : « Nous souhaitons que notre université et nos évêques rendent l'église aux chrétiens et laissent les mosquées aux musulmans. Alors, et alors seulement, un véritable dialogue et un échange culturel entre les religions seront possibles. »

    Cependant, l'indignation s'est accrue lorsque l'université a confirmé que cette décision avait été prise en concertation avec les évêques locaux. Dans une déclaration transmise à AdVaticanum, l'université a expliqué que « la décision d'inclure ces prières est prise par la paroisse universitaire en concertation avec le rectorat et les évêques flamands ».

    Le communiqué précisait en outre : « Nous considérons leur inclusion comme un geste œcuménique et interreligieux important, exprimant une vision de paix et de réconciliation entre les peuples et les traditions religieuses. »

    AdVaticanum a contacté l'archidiocèse de Malines-Bruxelles et ses quatre diocèses suffragants : Anvers, Bruges, Gand et Hasselt, mais aucun n'a fait de commentaire. Le bureau de l'archevêque Luc Terlinden, qui aurait assisté à l'événement, a également été contacté, mais n'a pas répondu.

    Qui s'en étonnera ?

  • Vingt ans après la mort de Carlo Acutis, son histoire arrive dans 200 cinémas français et 30 pays

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    D'Elisabeth Vimele sur Tribune Chrétienne :

    [Vidéo] Carlo Acutis : vingt ans après sa mort, son histoire arrive dans 200 cinémas français et 30 pays

    CARLO ACUTIS THE MILLENIAL SAINT

    Canonisé par Léon XIV le 7 septembre 2025, Carlo Acutis sera à l'affiche de 200 cinémas français dès le 4 novembre. Archives inédites, témoignages familiaux et récits de miracles composent ce documentaire consacré au jeune saint italien

    Vingt ans après sa mort, Carlo Acutis continue de susciter un engouement qui dépasse largement les frontières de l’Église catholique. Le 4 novembre prochain, le documentaire Carlo Acutis, un saint pour notre temps, réalisé par Luca Salmaso et distribué en France par Saje Distribution, sera projeté dans 200 salles françaises. Une sortie qui s’inscrit dans une diffusion internationale annoncée dans une trentaine de pays, de l’Europe à l’Amérique, jusqu’en Australie et en Corée du Sud.

    Présenté le 29 septembre dernier à la Filmothèque vaticane, puis programmé dans les cinémas italiens du 15 au 21 octobre, ce documentaire de 86 minutes entend restituer le véritable visage de cet adolescent mort à quinze ans, dont la tombe à Assise attire désormais, selon les producteurs, près d’un million de pèlerins chaque année. Pour réaliser ce portrait, Luca Salmaso a rassemblé des archives familiales, des photographies personnelles et des vidéos inédites, mais surtout les témoignages de ceux qui ont connu Carlo. Ses parents, Antonia Salzano et Andrea Acutis, sa grand-mère Luana Pennino, ses amis d’enfance, son enseignante et plusieurs prêtres qui l’ont accompagné prennent ainsi la parole. Le réalisateur a également rencontré le médecin qui l’avait suivi pendant sa dernière maladie.

    « Carlo est une bonne nouvelle »

    Lors de la présentation du film au Vatican, Antonia Salzano a rappelé la portée du témoignage de son fils : « Carlo est une bonne nouvelle. Il nous montre qu’il est possible de devenir saint aujourd’hui, malgré les nombreuses difficultés et les dangers qui nous entourent. » Elle a également proposé une comparaison particulièrement éclairante sur le rapport entre les nouvelles technologies et la vie spirituelle : « Si nous n’avons pas Internet, nous nous sentons souvent désespérés, mais si nous n’avons pas la prière, nous ne pouvons pas nous connecter au Ciel. » Ces propos ont été rapportés le 30 septembre par Sergio Perugini, pour la Commission nationale d’évaluation des films de la Conférence épiscopale italienne.

    Né à Londres le 3 mai 1991 et élevé à Milan, Carlo Acutis avait développé très jeune une profonde dévotion eucharistique. Passionné d’informatique, il avait notamment conçu une exposition numérique consacrée aux miracles eucharistiques à travers le monde. Pour lui, Internet ne constituait pas une fin en soi, mais un instrument susceptible de servir l’évangélisation. Atteint d’une leucémie foudroyante, il meurt le 12 octobre 2006, à seulement quinze ans. Béatifié en 2020, il est canonisé par Léon XIV le 7 septembre 2025, lors d’une célébration qui aurait rassemblé quelque 80 000 fidèles place Saint-Pierre, selon les chiffres repris par les producteurs.

    Le documentaire revient également sur la guérison de Valeria Vargas Valverde, jeune Costaricienne grièvement blessée dans un accident de la circulation à Florence. Sa mère s’était rendue prier sur la tombe de Carlo à Assise. Cette guérison, reconnue comme miraculeuse par l’Église, a ouvert la voie à sa canonisation.

    L’intérêt suscité par Carlo Acutis se mesure également à l’audience des productions qui lui sont consacrées. En Italie, le téléfilm Il mio nome è Carlo, diffusé le 27 septembre sur Canale 5, a réuni plus de quatre millions de téléspectateurs. Une production distincte du documentaire de Luca Salmaso, mais révélatrice de l’attention portée à son histoire. Ce rayonnement repose sur un paradoxe apparent : Carlo Acutis n’était ni religieux, ni prêtre, ni théologien. Il menait une existence d’adolescent, avec ses amis, ses passions et ses activités ordinaires, tout en plaçant la messe, la prière et la charité au centre de ses journées.

    À l’heure où les nouvelles technologies façonnent profondément la jeunesse, son témoignage rappelle que la modernité n’exclut ni l’exigence spirituelle ni la fidélité à la Tradition de l’Église. Carlo Acutis n’a pas cherché à adapter la foi à son époque : il a montré qu’il était possible de vivre pleinement la foi catholique au cœur de son époque. C’est sans doute là que réside la force singulière de son témoignage, et l’une des raisons de son extraordinaire rayonnement.

    Diffusion dans les cinémas en Belgique

    Le réseau de distribution traditionnel prévoit des sorties coordonnées dans plusieurs salles à travers la Belgique francophone. Vous pourrez suivre la programmation spécifique et réserver vos places de deux manières principales :

    • Les grands réseaux de cinémas : La liste des séances par ville et l'achat de tickets à tarifs préférentiels pour la Belgique seront mis à jour directement sur la plateforme OZZAK Belgique. [1]
    • Séances locales et paroissiales : Des projections uniques, des ciné-débats ou des avant-premières thématiques sont également organisés localement au sein de centres culturels, de cinémas indépendants ou de communautés religieuses (comme le pèlerinage ou les sessions de prière régulièrement organisés autour de sa figure au Centre spirituel de La Pairelle à Wépion). [1]

     

    Demander une projection près de chez vous

    Si le film n'est pas encore programmé dans le cinéma le plus proche de votre localité en Belgique au moment de la sortie du 4 novembre, vous avez la possibilité de remplir un formulaire de demande de projection ou de vous inscrire aux alertes directement sur le site officiel de SAJE Distribution. Les distributeurs indépendants de films chrétiens programment régulièrement de nouvelles salles en fonction de la demande du public local. [1]

  • Face à la vague de violence qui secoue l'Europe, la prière suffit-elle à elle seule pour défendre la foi et l'héritage chrétiens ?

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    De Thomas Colsy sur Ad Vaticanum :

    Une perspective catholique sur la descente de l'Europe dans le chaos

    20 octobre 2026

    Face à la vague de violence qui secoue l'Europe, la prière suffit-elle à elle seule pour défendre la foi et l'héritage chrétiens ?

    Les villes européennes sombrent rapidement dans l'anarchie, ravagées par les flammes et attisées par des hordes d'adolescents en survêtements. Ces émeutiers d'extrême gauche manifestent violemment leur immense gratitude pour la charité et l'hospitalité chrétiennes dont leurs nations ont fait preuve. Leur rage ne cesse de croître face à l'incapacité des institutions à les contenir. Les catholiques semblent désemparés.

    C’est un problème que les catholiques doivent résoudre rapidement, car l’immédiateté de la menace, telle qu’elle apparaît sur les images diffusées dans le monde entier lors de ces « manifestations », est on ne peut plus claire. Limoges, en France, a perdu son magnifique hôtel de ville samedi. Inauguré en 1883 et classé monument historique, l’hôtel de ville a été pris d’assaut par des émeutiers à la fin d’une marche contre la hausse du coût de la vie. Incendié au rez-de-chaussée, il a été laissé à brûler jusqu’à ce que son clocher et la majeure partie de sa toiture s’effondrent sur les pièces situées en dessous. Il s’est effondré, se désintégrant en cendres, comme une métaphore funeste. Le préfet, Maurice Barate, a, sans surprise, parlé de « catastrophe patrimoniale ». Dimanche soir, le bilan du ministère de l’Intérieur faisait état de 2 397 arrestations et de 997 policiers et gendarmes blessés. Des magasins ont été pillés à Paris, Lyon, Marseille, Lille et Rennes, et une synagogue du 19e arrondissement de Paris a été profanée.

    Les manifestations ne se sont pas limitées à la France. Le même jour, des affrontements ont éclaté à Milan, Bologne, Brescia, Bergame et Turin. Des vidéos disponibles en ligne témoignent d'une violence extrême, entre crises de colère puériles et destructions : vitrines brisées, magasins pillés et habitants et touristes terrorisés. Une cinquantaine de personnes ont été interpellées aux abords de la Piazza del Duomo, où des scènes de chaos ont éclaté, à l'ombre même de sa cathédrale, l'une des plus belles d'Europe, dont la construction a duré six siècles. À Bruxelles, entre 500 et 600 manifestants, majoritairement jeunes et souvent masqués, ont été confrontés aux gaz lacrymogènes et aux canons à eau. Liège a enregistré au moins 139 arrestations depuis le début du mois. Des élèves italiens avaient déjà commencé à occuper leurs écoles à Turin et à Rome, sous un slogan éloquent (qui révélait que la question n'avait jamais été celle de l'accès aux tableaux noirs) : « Faisons comme en France ».

    Ce qui a commencé mi-septembre par un blocus des lycées parisiens (officiellement pour protester contre le financement des écoles – le système éducatif français est en réalité l'un des mieux financés au monde) a pris des proportions démesurées. Dès la première semaine d'octobre, plus de 6 500 personnes, pour la plupart mineures, avaient été arrêtées en France. Le 30 septembre, lors d'un blocus scolaire à Strasbourg, des poubelles incendiées ont brûlé contre la façade de l'église Sainte-Madeleine avant d'être éteintes. Le lendemain matin, comme je l'avais rapporté à l'époque, une statue de la Vierge a été arrachée de son socle à Porto-Vecchio, et les Corses, peu enclins à l'humour lorsque leur sainte reine catholique est attaquée, ont répondu par un cercueil.

    C’est à partir de cette dernière image que je voudrais commencer. Cet automne pose une question très simple aux catholiques d’Europe, et la plupart d’entre nous n’y répondent pas. Lorsque nos voisins et ce que nous considérons comme sacré sont attaqués – nos églises, nos statues, notre patrimoine commun – que faisons-nous, concrètement ?

    Nos ancêtres avaient une solution, et ce n'était pas simplement de prier en silence chez soi et d'attendre les gendarmes – surtout lorsque l'État est débordé, incapable ou peu disposé à protéger. Les émeutes iconoclastes de l'Empire byzantin nous offrent des leçons et un précédent important que nous devons prendre en compte. Les foules opposées aux icônes déferlaient dans les rues et, fréquemment, battaient à mort ceux qui les protégeaient ou refusaient de céder et de les détruire. Vers 730, lorsque l'empereur iconoclaste Léon III envoya un officier faire descendre la grande image du Christ au-dessus de la porte de Chalcédoine de son palais à Constantinople, la tradition rapporte qu'une foule de femmes lui arracha l'échelle des pieds. L'une d'elles, Théodosie, est vénérée comme une martyre jusqu'à nos jours. Le premier coup porté à la controverse iconoclaste fut porté par les fidèles dans la rue, et les théologiens vinrent plus tard.

    La Réforme relate une histoire similaire en Angleterre. À l'automne 1536, alors que les commissaires de Thomas Cromwell s'attelaient à dissoudre les monastères, en commençant par mon comté natal du Lincolnshire, les catholiques décidèrent de ne pas laisser leur héritage être profané. Une foule de plusieurs milliers de personnes se rassembla à Louth, renversa les agents protestants, rétablit la messe et les statues, et exigea la réouverture des monastères et la réunification avec Rome. Peu après, quelque trente mille hommes du Nord (rassemblés autour d'York) marchèrent sous la bannière des Cinq Plaies du Christ lors du Pèlerinage de Grâce. Eux aussi réclamaient la restauration des abbayes et le retour en paix de l'ancienne foi. Leur chef, Robert Aske, fut pendu aux murs d'York. En 1549, les hommes du Devon et des Cornouailles se soulevèrent contre le nouveau Livre de prières anglais, et des milliers d'entre eux périrent pour la messe en latin à Clyst Heath et Sampford Courtenay.

    Puis, des siècles plus tard, en Vendée en 1793, et au Mexique sous les Cristeros dans les années 1920, de simples catholiques ont offert leur vie en sacrifice. Depuis, l'Église a canonisé nombre d'entre eux : vingt-cinq martyrs de l'époque des Cristeros ont été canonisés en 2000.

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