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BELGICATHO

  • L’Église catholique et la disparition du centre en Europe

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    D'Alberto M. Fernandez sur le NCR :

    L’Église catholique et la disparition du centre en Europe

    COMMENTAIRE : Alors que le centre politique européen perd du terrain face à la gauche et à la droite, l’Église catholique est confrontée à des questions difficiles sur son rôle dans un paysage politique en pleine mutation.

    26 octobre 2026

    L’ancienne cité normande de Rouen, à l’instar du reste de la France, a été le théâtre de plusieurs manifestations ces dernières semaines. Des étudiants ont défilé pour protester contre l’état de leurs établissements scolaires. Beaucoup ont marché pour dénoncer la cherté de la vie. On a également déploré le pillage de nombreux commerces. La France est polarisée, mais la gauche comme la droite partagent une même détestation du président centriste Emmanuel Macron, dont la cote de popularité plafonne à 15 %.

    Lors d’un incident survenu le 17 octobre, des centaines de militants antifascistes et d’autres gauchistes se sont affrontés à une cinquantaine de manifestants d’« extrême droite » — des monarchistes et des identitaires — arborant des drapeaux normands historiques ornés de deux lions d’or sur fond rouge ou d'une croix nordique. Il n’y avait ni modérés ni centristes d’un côté comme de l’autre.

    Cette réalité du terrain semble faire écho aux récents commentaires du cardinal allemand Reinhold Marx, qui a déclaré : « Le grand défi auquel nous serons confrontés au cours des 20 prochaines années est la menace qui pèse sur la démocratie en raison de la montée du nationalisme ethnique et des partis populistes d’extrême droite. Deux puissances défendent la démocratie, les droits de l’homme, les idées multilatérales, notre maison commune et l’humanité : l’Union européenne et le Saint-Siège. Où sont les autres ? »

    Le cardinal Marx ne parlait pas uniquement en son nom propre, car le pape François tout comme le pape Léon XIV ont tous deux formulé des remarques négatives sur le populisme, le plus souvent celui de droite.

    Pourtant, la vision du cardinal Marx s’apparente peut-être davantage à un vœu pieux qu’à autre chose. Le centre politique en Europe, qui domine encore la direction de l’UE, est en train de se vider de sa substance. En Allemagne comme en France, le centre politique implose tandis que les deux « extrêmes » progressent. En Italie, l'ancienne « extrême droite » de la Première ministre Giorgia Meloni, Fratelli d'Italia, incarne désormais le nouveau centre-droit. En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, les partis d'extrême gauche en pleine ascension s’appuient sur le vote immigré, en particulier musulman.

    Le bilan des centristes et de l'UE semble se résumer à des politiques budgétaires et industrielles désastreuses, à l'inflation, à l'insolvabilité de l'État-providence et à une guerre sans fin en Ukraine qui draine des ressources qu'un continent vieillissant peut difficilement se permettre de perdre. L’industrie européenne ne peut pas rivaliser avec la Chine, ne peut subvenir à ses propres besoins énergétiques et accuse un retard certain dans la révolution de l'IA menée par les Américains. Ce centre européen, solidement ancré mais sur le déclin, manque souvent du message percutant que l'extrême gauche et l'extrême droite, plus simplistes, parviennent à offrir aujourd'hui.

    Curieusement, l'Église a été confrontée à un dilemme similaire en Europe occidentale il y a exactement un siècle. En 1925, un sondage mené par des catholiques belges demandait aux jeunes Européens quel écrivain ils avaient le plus admiré au cours des 25 dernières années. Les trois premiers lauréats étaient des figures que l'on qualifierait aujourd'hui d'« extrême droite » ; deux d'entre eux appartenaient au même mouvement politique, l'Action française, dirigé par l'intellectuel Charles Maurras (qui obtint le plus grand nombre de voix).

    Maurras, aujourd'hui tristement célèbre, est un peu tombé dans l'oubli, du moins dans le monde anglophone, mais lui et son mouvement monarchiste et nationaliste étaient extrêmement populaires parmi les catholiques de l'époque. Maurras a influencé des personnalités telles que le philosophe catholique Jacques Maritain et le futur dictateur António Salazar au Portugal. Il était également antisémite, bien que cela n'ait pas été le cœur de la crise à venir avec l'Église.

    Maurras était agnostique, un libre-penseur (de droite) qui estimait que « le catholicisme était bon pour son pays ainsi que pour l'ensemble de la civilisation ». Le fait qu'il soutienne diverses thèses hétérodoxes — et que lui et son mouvement soient très populaires auprès des catholiques, y compris de nombreux évêques et prêtres — était perçu comme un problème depuis plus d'une décennie. Le pape Pie X, reconnaissant envers Maurras pour sa défense publique du catholicisme, avait suspendu une éventuelle condamnation en 1914.

    Fin 1926, c'est d'abord l'Église de France puis le pape Pie XI lui-même qui dénoncèrent l'Action française et Maurras ; sept de ses ouvrages furent mis à l'Index (Index Librorum Prohibitorum). Les catholiques qui choisissaient de rester au sein du groupe n'étaient pas excommuniés, mais devaient « être traités avec la plus grande sévérité comme des pécheurs publics, privés des sacrements et de funérailles religieuses ». Cette interdiction sera levée par Pie XII en 1939. Ironie de l'histoire, avant sa mort en 1952, Maurras s'est pleinement réconcilié avec l'Église et est mort catholique.

    L'un de ceux qui rompirent directement avec Maurras et l'Action française en raison du décret de 1926 fut Maritain, l'un des penseurs catholiques les plus marquants du siècle. Il s'éloigna résolument de l'intégralisme du « Maître » pour s'orienter vers le libéralisme catholique.

    Les spécialistes de la politique française et vaticane débattent encore aujourd'hui des raisons exactes qui ont provoqué l'affaire de l'Action française en 1926. Certains estiment que le Vatican a utilisé des arguments théologiques à des fins politiques et que des catholiques libéraux au sein du gouvernement français avaient discrètement orchestré la campagne. Maurras était également, outre son antisémitisme, farouchement anti-allemand et opposé aux efforts de paix européens soutenus par le Vatican à l'époque. Autre ironie : l'interdiction de l'organisation de Maurras a entraîné, dans les années 1920 et 1930, la prolifération d'autres mouvements français de droite ou populistes d'extrême droite européens qui, eux, n'ont jamais été interdits.

    La leçon à en tirer ne concerne pas tant l'Action française que les dangers d'une vision étriquée. Si les treize années d'interdiction vaticane ont fait évoluer Maritain, elles sont restées sans effet pour la plupart des autres.

    L’accent mis par le cardinal Marx sur l’Union européenne en tant que sorte de sauveur politique n’a rien de surprenant. L'UE est née de la vision de grands hommes d'État catholiques — Jean Monnet, le vénérable Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide De Gasperi — il y a près de 70 ans. Mais l’idée que l’UE d’aujourd’hui puisse d’une manière ou d’une autre « sauver la démocratie européenne » en trichant, c’est-à-dire en faisant obstacle aux résultats des urnes pour favoriser des centristes discrédités, semble bien fragile.

    Personne ne s'attend à ce que le Saint-Siège bascule à l'extrême droite ni, espérons-le, à l'extrême gauche. Beaucoup préféreraient qu'il se concentre sur les âmes plutôt que sur les partis politiques. Les sondages semblent indiquer que les catholiques français plébiscitent le Rassemblement National de Marine Le Pen, qualifié de « populiste d'extrême droite », au détriment des autres partis.

    Cependant, aucune issue politique, y compris une victoire populiste, n'est écrite d'avance. L'UE comme le Saint-Seige vont devoir trouver de nouvelles façons de s'adresser à ces dirigeants et électorats émergents issus des deux périphéries politiques qu'ils auraient pu, par le passé, ignorer ou bannir.

  • Europe : la religion continue de façonner la société malgré la sécularisation

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    D'après Elizabeth Owens sur zenit.org :

    Europe : la religion continue de façonner la société malgré la sécularisation

    Une étude économique récente publiée par la Fondation Rockwool met en lumière l’influence durable et souvent invisible des traditions religieuses sur l'éducation, les migrations, l'économie et les valeurs sociales en Europe.

    28 octobre 2026

    Si la fréquentation des églises recule un peu partout en Europe, la religion est loin d'avoir disparu de la vie publique. Sa marque persiste de manière moins visible mais profonde : qu'il s'agisse des choix éducatifs, de la taille des familles, des politiques d'intégration ou des comportements économiques, les racines spirituelles continuent de nourrir les normes de la société.

    C’est le constat d’une vaste analyse économique intitulée « Religion et croissance économique : état des connaissances et importance », publiée par la Fondation Rockwool de Berlin. L'étude rassemble des décennies de données à travers différentes régions du continent.

    Parmi ses auteurs figurent :

    • Sascha Becker, professeur d’économie à l’université de Warwick ;
    • Jared Rubin, de l’université Chapman ;
    • Ludger Woessmann, de l’université de Munich.

    Tous trois remettent en cause l’idée reçue selon laquelle la foi serait devenue économiquement ou socialement négligeable dans des nations de plus en plus sécularisées. « Quiconque considère la religion comme un facteur marginal néglige un aspect fondamental de la structure de nos sociétés », résume Sascha Becker.

    L'école : un héritage et un choix contemporain

    L'éducation illustre avec force la persistance de cette empreinte. Historiquement pionnières dans la diffusion de l'alphabétisation — notamment par la nécessité pour les fidèles de lire les textes sacrés —, les institutions religieuses conservent un rôle clé.

    En Angleterre, environ un tiers des écoles publiques possèdent un caractère religieux, principalement anglican ou catholique, mais aussi juif et musulman. Si les chercheurs rappellent que les écoles confessionnelles ne garantissent pas automatiquement de meilleurs résultats scolaires (la sélection sociale et l'environnement jouant un rôle majeur), leur attrait dépasse le seul cercle des pratiquants. Beaucoup de parents non-croyants les privilégient pour leur discipline, la clarté de leur cadre moral ou leurs exigences académiques.

    Pour les gouvernements, le défi consiste à articuler ces modèles avec l'exigence républicaine ou laïque, en veillant à ce que l'identité religieuse ne freine pas l'acquisition des compétences scientifiques ou l'émancipation des femmes.

    Migrations et cohésion sociale : entre tensions et solidarité

    Le fait religieux s'invite également au cœur des crispations et des élans de solidarité face aux flux migratoires.

    • Des récupérations politiques : En Grande-Bretagne, certains mouvements nationalistes instrumentalisent l'héritage chrétien contre l'immigration, se heurtant parfois à la réserve de responsables ecclésiastiques rappelant le devoir évangélique d'accueil de l'étranger.
    • Un ancrage caritatif concret : Sur le terrain, des réseaux comme les œuvres catholiques ou le Service jésuite des réfugiés accompagnent quotidiennement les arrivants pour l'apprentissage linguistique et l'intégration.
    • L’exemple de l'Espagne : L'Espagne montre que ces dynamiques mêlent besoins économiques (pénurie de main-d'œuvre) et action sociale d’inspiration chrétienne.

    Ce débat a récemment pris une résonance particulière lors de la visite du pape Léon XIV en Espagne et aux îles Canaries, où il a interpellé les dirigeants européens sur la nécessité de partager la responsabilité de l'accueil et de protéger les migrants des réseaux criminels.

    À l'inverse, l'étude rappelle que déviances et fondamentalismes — tels que les restrictions imposées par les talibans aux femmes en Afghanistan — démontrent que les doctrines religieuses peuvent aussi engendrer de lourds préjudices économiques et humains lorsqu’elles nient les droits fondamentaux.

    Écologie, économie et concept de « subsidiarité »

    Les communautés religieuses s'investissent de plus en plus sur les questions écologiques, promouvant une sobriété volontaire qui interroge les modèles de croissance à outrance.

    Plus profondément encore, l’Europe doit beaucoup à la pensée théologique pour la construction de ses institutions laïques. C'est le cas de la subsidiarité — issue de la doctrine sociale de l'Église catholique —, qui dispose qu'un niveau de pouvoir supérieur ne doit intervenir que pour soutenir les échelons locaux et les familles sans se substituer à eux. Ce principe éthique et religieux est devenu un fondement juridique et politique majeur du fonctionnement de l’Union européenne.

    Conclusion de l'étude : la sécularisation affaiblit la pratique institutionnelle, mais elle n'efface pas les valeurs, les codes et les structures mentales façonnés par des siècles de traditions.

  • Audience générale (28/10/26) : la question de la culture et de ses rapports avec la foi chrétienne

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    Le texte de l'audience générale du mercredi 28 octobre est ICI . Certains s'étonneront peut-être de voir le pape nous inviter à "ne pas vivre la foi dans un esprit d’opposition ou d’hostilité à l’égard du monde, de la culture et de ses expressions humaines". Il faut donc préciser ce qu'est accueillir une culture sans confondre accueil et approbation

    Inviter les chrétiens à comprendre leur époque et leurs contemporains n’est pas leur demander d’approuver indistinctement tout ce qui est culturellement accepté. C’est plutôt les appeler à prendre au sérieux les personnes, leurs questions, leurs langages et leurs expériences, afin que la rencontre et l’annonce de l’Évangile ne se réduisent ni à un discours abstrait ni à une opposition réflexe.

    Le Concile Vatican II enseigne que l’Église peut entrer en communion avec les diverses civilisations et recevoir de chacune d’elles des ressources pour mieux exprimer le message du Christ. Mais elle n’est liée exclusivement à aucune culture particulière. Le rapport entre foi et culture est donc double : la foi s’exprime dans des formes culturelles concrètes, tandis que l’Évangile renouvelle et purifie ces formes lorsqu’elles sont marquées par le péché.

    « L’Évangile du Christ renouvelle constamment la vie et la culture de l’homme déchu, combat et élimine les erreurs et les maux qui découlent de la séduction toujours présente du péché. »

    Cette perspective écarte deux erreurs opposées : considérer toute culture contemporaine comme bonne du seul fait qu’elle est contemporaine, ou la rejeter en bloc parce qu’elle ne correspond pas immédiatement aux habitudes chrétiennes. Gaudium et spes reconnaît à la culture et aux sciences une autonomie légitime dans leur domaine, mais rappelle qu’elles doivent servir la personne humaine et le bien commun, dans le respect des droits et des exigences morales.

    Comprendre pour dialoguer et discerner

    Chercher à comprendre les manières de penser et de sentir de ses contemporains ne signifie donc pas renoncer au discernement. Cela signifie d’abord s’efforcer de comprendre ce qu’une idée ou une pratique exprime, pourquoi elle attire ou inquiète, et quelles aspirations humaines s’y manifestent. Cette écoute rend le dialogue plus juste et l’annonce chrétienne plus intelligible ; elle ne décide pas, à elle seule, si les idées rencontrées sont vraies ou bonnes.

    Benoît XVI souligne, à propos de la communication de la foi, qu’il faut apprendre de nouveaux langages et de nouvelles formes d’expression, mais les employer avec un regard critique et un discernement attentif. Il ne s’agit pas d’adapter le contenu de la foi jusqu’à le rendre inoffensif, mais de le présenter de manière compréhensible sans en altérer l’intégrité.

    L’inculturation — l’accueil et l’expression de l’Évangile au sein des cultures — n’est donc ni une simple adaptation ni un mélange des croyances. Elle consiste à laisser l’Évangile pénétrer une culture, à en faire grandir les valeurs authentiques et à dépasser ce qui est incompatible avec la foi et la vie chrétienne. La Commission théologique internationale parle à ce sujet de transformation des valeurs culturelles authentiques par leur intégration dans le christianisme.

    Apprécier les questions concrètes sans tout confondre

    Les termes « wokisme », « idéologie du genre » ou « culture contemporaine » recouvrent des réalités diverses et parfois imprécises. Pour éviter que le débat ne devienne un affrontement de slogans, mieux vaut nommer les propositions, les pratiques ou les œuvres en question, puis les examiner une à une. Il faut distinguer les personnes, qui méritent respect et attention, des idées ou des actes dont le contenu peut appeler une critique.

    Il importe également de ne pas réunir sous une seule étiquette des sujets moralement différents. Les questions touchant à la vie, à la sexualité, au corps ou à l’autonomie exigent chacune une argumentation précise et des références adaptées. Les textes mobilisés ici établissent le principe général du discernement culturel, mais ne suffisent pas à exposer en détail l’enseignement de l’Église sur chacun de ces sujets. Il serait donc plus rigoureux de ne pas présenter ces conclusions particulières comme si elles découlaient, à elles seules, de l’appel à comprendre les cultures.

    Cette réserve ne diminue pas la portée du discernement chrétien : elle l’empêche plutôt de devenir une condamnation sommaire. Le Conseil pontifical pour la Culture reconnaît que certaines œuvres ou expressions culturelles peuvent s’inspirer du péché ou inciter au péché ; il présente en même temps la critique chrétienne comme une tâche de discernement, qui dénonce les contre-valeurs sans méconnaître les biens présents dans les cultures.

    Une présence chrétienne qui propose autant qu’elle critique

    Le témoignage chrétien ne consiste donc ni à se retirer de la vie culturelle ni à adopter sans examen ses normes. Il demande une présence capable d’écouter, de parler un langage intelligible et de rendre visible la fécondité de l’Évangile. Dans son discours sur Paul à Athènes, le pape François invite à bâtir des ponts avec ceux qui ne croient pas ou qui ont une autre croyance, « sans agressivité », en annonçant la foi avec sensibilité et amour.

    Cette présence implique aussi de reconnaître que la culture a une valeur humaine propre, tout en refusant qu’elle soit détournée de sa fin ou utilisée comme instrument de pouvoir. Gaudium et spes rappelle qu’elle doit favoriser l’épanouissement des facultés humaines et le bien de la communauté ; la foi peut contribuer à cette recherche sans nier l’autonomie légitime des arts et des sciences.

    On peut donc reformuler l’idée ainsi : les chrétiens sont appelés à comprendre les cultures pour y témoigner de l’Évangile de façon plus juste et plus crédible, non à s’y conformer sans discernement. Ils peuvent accueillir ce qui y exprime le vrai, le bon et le beau, et critiquer ce qui porte atteinte à la dignité humaine ou détourne la culture de sa vocation. L’enjeu est de joindre la fidélité au Christ à une écoute réelle des personnes : sans hostilité systématique, mais sans dilution de la foi.

    (avec Magisterium.com)

     
  • Le neuvième Rapport annuel de l'Eglise en Belgique

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    Selon La Libre, le neuvième rapport annuel de la conférence des évêques de Belgique (CEB) publié mercredi montre une baisse globale des sacrements catholiques donnés à la population belge, à l'exception des baptêmes d'adultes à leur plus haut niveau depuis neuf ans. En 2025, 534 adultes ont été baptisés, contre 362 l'année précédente, et 229 en 2016. La hausse devrait se poursuivre en 2026, avec au moins 689 baptêmes de personnes majeures, selon les premiers chiffres de la conférence des évêques, soit « trois fois plus qu'il ya dix ans ». Cela n'empêche qu'on enregistre une nouvelle baisse de 10 % du nombre de fidèles belges en 2025...

    Le recul des sacrements traditionnels est particulièrement interpelant :
    • Mariages religieux : 4 122 célébrations en 2025 contre 4 896 en 2024, soit une baisse significative de 15,8 %.
    • Funérailles religieuses : 31 743 cérémonies en 2025 contre 35 515 en 2024, ce qui représente un recul de 10,6 %.
    • Premières communions : 29 073 enfants en 2025 contre 30 523 en 2024, marquant un repli de 4,7 % (faisant suite à une baisse de près de 10 % déjà enregistrée l'année précédente).

    Pour consulter ce rapport, cliquer sur le lien suivant :

    https://www.cathobel.be/wp-content/uploads/2026/10/Online_-Rapport_Annuel_2026_FR-1.pdf

    Quelques chiffres :

    3.262 Prêtres
    1.603 prêtres diocésains
    896 prêtres diocésains ont reçu une mission de leur
    4 ordinations de prêtres en 2025
    368 prêtres provenant d’autres diocèses
    (principalement étrangers) qui travaillent dans
    les diocèses de Belgique.
    1.659 prêtres religieux
    299 prêtres religieux qui travaillent en paroisse.

    28 séminaristes dont 20 Belges
    16 ont entre 18 et 30 ans (57 %)
    9 ont entre 30 et 40 ans (32 %)
    1 a entre 40 et 50 ans (4 %)
    2 ont plus de 50 ans (7 %)

    306 diacres ayant reçu une nomination canonique
    7 ordinations de diacres en 2025
    15 diacres en formation

    6.288 religieuses et religieux en Belgique (chiffres 2024)

    femmes : 4338 (69%)
    hommes : 1950 (31%)

    En 2025, les paroisses de Belgique ont célébré :
    27.666 baptêmes
    534 baptêmes d’adultes
    29.073 premières communions
    26.959 confirmations
    313 confirmations d’adultes déjà baptisés
    4.122 mariages religieux
    31.743 funérailles religieuses
    31,4 % des décès
    En 2025 ont participé à une célébration eucharistique :
    155.084 personnes, au cours du troisième
    dimanche d’octobre,
    388.096 personnes, au cours de la veillée ou du jour de Noël.

    On peut comparer ces chiffres globalement en baisse avec ceux des années précédentes :

     
  • « Le message » de l’Église n’est pas « l’écoute »; le message de l’Église est l’Évangile

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    De George Weigel sur First Things :

    L’Évangile, et non « l’écoute », est le message

    George Weigel
    28 octobre 2026

    Vers la fin de la récente réunion romaine consacrée à la mission de l’Église au XXIe siècle en matière de mariage et de famille, le pape Léon XIV a invité les évêques participants à partager leurs réflexions sur cette expérience. L’évêque Erik Varden, O.C.S.O., de Trondheim, l’a fait dans un billet publié sur son indispensable blog Coram Fratribus. Prenez un moment pour le lire ici. Même dans sa relative brièveté — peut-être précisément à cause de cette brièveté — je le trouve l’affirmation la plus convaincante, la plus utile pastoralement et la plus émouvante sur le mariage et la famille à être sortie du processus synodal commencé en 2014-2015 et qui a abouti à la réunion du Vatican de ce mois-ci.

    Avec la clarté et l’esprit qui caractérisent son écriture, le moine-évêque norvégien explique la compréhension que l’Église a du sacrement primordial et de la conception chrétienne de la famille avec une profondeur biblique et théologique, tout en assaisonnant son exquise catéchèse de délicieux clins d’œil à la culture populaire, comme le duo entre Tevye et Golde dans Un violon sur le toit. L’explication que donne l’évêque Varden de la compréhension catholique du mariage et de la famille est d’autant plus convaincante, et d’autant plus nécessaire, qu’elle est pleine de substance évangélique. Car face à la crise contemporaine du mariage et de la famille — qui a conduit, entre autres, à l’effondrement des taux de natalité presque partout — ce dont le monde a le plus besoin, c’est de la vérité biblique : la vérité sur les hommes et les femmes, leur distinction et leur complémentarité ; la vérité sur le mariage comme alliance, et non comme simple contrat ; la vérité sur les familles comme premières écoles de la liberté, où les petits tyrans que nous étions tous à l’âge de deux ans sont transformés en adultes capables de s’épanouir comme individus tout en vivant en solidarité avec les autres.

    Malheureusement, un concept proéminent dans le « processus synodal » commencé en 2014-2015, intensifié lors des synodes de 2023 et 2024 sur la synodalité, et manifeste à Rome ce mois-ci, reflète une notion différente — et, si j’ose dire, alarmamment anorexique — de la mission de l’Église envers le mariage et la famille. Ce concept est apparu au premier plan lorsqu’un des théologiens choisis pour s’exprimer lors d’une conférence de presse à la fin de la récente réunion romaine a déclaré que ce rassemblement des présidents des conférences épiscopales du monde entier démontrait que nous sommes désormais « une Église où l’écoute devient le message ». Car « lorsque nous écoutons les histoires les uns des autres, lorsque nous permettons aux histoires des uns de devenir celles des autres, nous voyons une convergence de multiples histoires à travers lesquelles nous pouvons clairement discerner les empreintes de Dieu ».

    Ce n’est pas ce qu’ont vécu les deux disciples qui marchaient sur le chemin d’Emmaüs dans l’Évangile de Luc.

    Ils se racontaient mutuellement leurs histoires, et celles des autres, sur « les événements qui se sont produits [à Jérusalem] en ces jours-là » (Luc 24, 18). Mais ils ne pouvaient pas voir les « empreintes de Dieu » dans ces histoires, et ils continuaient à marcher dans la mauvaise direction, jusqu’à ce qu’ils aient été instruits par le Fils de Dieu incarné et ressuscité et qu’ils l’aient reconnu à la fraction du pain. Ce n’est qu’alors que « leurs yeux s’ouvrirent » (Luc 24, 31) et qu’ils commencèrent à marcher dans la bonne direction : de retour vers la Jérusalem qui préfigure la Jérusalem nouvelle (Ap 21, 2), destin d’une humanité rachetée et glorifiée.

    « Le message » de l’Église n’est pas « l’écoute ». Le message de l’Église est l’Évangile. Sa proclamation et son invitation à l’amitié avec le Seigneur Jésus exigent certes de l’écoute, afin que la proclamation et l’invitation soient adaptées à ceux qui sont évangélisés et invités. Mais si le message est « l’écoute », alors l’Église n’est plus qu’une table ronde circulaire, prisonnière des confusions culturelles contemporaines auxquelles l’histoire biblique de notre humanité et l’Évangile de Jésus-Christ apportent le remède.

    Un catholicisme où « l’écoute devient le message » ne peut être une Église en mission permanente, car la mission s’enracine dans la conviction qu’il existe des vérités établies de la foi catholique qui conduisent au bonheur personnel et à la solidarité avec autrui, y compris le bonheur et la solidarité au sein des mariages et des familles. Inviter quelqu’un à entendre ces vérités et aider l’auditeur à les accueillir exige certainement une écoute attentive. Mais si le moyen — l’écoute — devient le message, le message est perdu. C’est peut-être ce que certains voudraient que signifie la « synodalité ». Si tel est le cas, ils se trompent tristement. Car lorsque l’écoute est le message, et non l’Évangile, les auditeurs restent perdus sur les nombreuses routes d’Emmaüs de notre temps, dont aucune n’est une autoroute vers la Jérusalem nouvelle.


    La chronique de George Weigel « The Catholic Difference » est diffusée par le Denver Catholic , publication officielle de l’archidiocèse de Denver.

  • Violences urbaines : la jeunesse n’a plus de vis-à-vis, les adultes ont déserté

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    D'Elisabeth Geffroy sur le site de La Nef :

    Violences des jeunes : quand les adultes ont déserté

    Tous les micros leur sont tendus ; les experts jettent tous leurs efforts dans la mêlée pour décrypter, analyser, expliquer leur mal-être, leurs doléances, leurs protestations ; le débat se reconfigure autour d’eux : en ce mois d’octobre, les « jeunes » ont investi l’arène politique. Par un beau scrupule, pour ne pas leur voler leur parole, ou par une démagogie devenue aussi naturelle et invisible que l’air que nous respirons, journalistes et politiques s’attachent à prendre au sérieux leurs « revendications », et se mettent en quête de réponses possibles. 

    Face à ce déferlement de très jeunes visages, la voix d’un sage aux cheveux aujourd’hui gris, Alain Finkielkraut, nous revient : « L’adolescent, c’est l’être au regard clair, à la voix vibrante, au visage grave qui ne voit jamais que des scandales là où il y a des problèmes ou des dilemmes, et des lignes droites là où il y a des carrefours. (…) Que faire quand le devoir donne des ordres contradictoires ou surgit de plusieurs côtés à la fois ? L’adolescence fuit ce casse-tête éthique dans l’abstraction exaltante d’un univers de substitution où toute la souffrance des hommes résulte de la politique des méchants. Sortir de l’adolescence, c’est donc n’avoir plus besoin d’un salaud pour incarner la mauvaise part de l’Histoire : la gravité juvénile laisse place non certes à la frivolité ou à la maîtrise, mais à l’embarras et à la passion de comprendre. (…) Or il n’y a presque plus personne pour tendre aux jeunes une main secourable et les sortir du mélodrame. (…) Qu’il se tourne vers les “profs”, les artistes, les journalistes, les philosophes – l’adolescent contemporain ne rencontre, sauf exception, que lui-même, c’est-à-dire l’allergie à l’inextricable et l’extase des engagements binaires. » (1) 

    Le sens du réel s’estompe 

    Une grande partie du drame actuel réside dans ce fait simple : la jeunesse n’a plus de vis-à-vis, les adultes ont déserté. De plusieurs façons : certains en glorifiant la jeunesse et en l’érigeant en exemple – l’empêchant par là même de grandir, car à quoi bon grandir si la jeunesse est un accomplissement plus reconnu que la maturité ? –, d’autres en l’imitant et lui emboîtant le pas, d’autres encore en s’en désintéressant purement et simplement. 

    Et que se passe-t-il quand les adultes s’effacent ? Le sens du réel s’estompe. La mesure est donnée non par le réalisme et le goût des nuances qui devraient caractériser l’adulte, mais par le simplisme, l’idéalisme, l’indignation sonore de l’adolescent. Certains hommes politiques font de ce commerce cynique l’essentiel de leurs propositions. Promettre le baccalauréat pour tous et l’abolition de la sélection à l’université, c’est une des façons les plus exorbitantes de démissionner du rôle d’adulte : c’est mentir à l’enfant sur ce qu’est la réalité, sur les dures lois qui régissent le monde, c’est l’exposer à un choc d’une violence inouïe quand ses yeux se dessilleront. C’est aussi le priver de l’apprentissage des vertus qui façonnent une destinée et bâtissent un homme. Le rude effort, la modeste persévérance, l’exigeante discipline, le noble désir de faire ses preuves, la haute aspiration à se dépasser soi-même, la courageuse confrontation à la difficulté : à quoi bon se battre pour les conquérir si le succès nous est dû, sans autre considération ? Semer cette graine dans l’esprit de jeunes gens qui n’ont souvent pas appris à se rendre maîtres de leurs pulsions et qui n’ont pas beaucoup rencontré de limites est d’autant plus coupable. Faut-il n’avoir aucun scrupule, aucun souci véritable pour le bien de ces jeunes, pour leur servir des mirages qui sont autant de poisons moraux ? 

    L’enfermement dans la prison du moi

    Une autre déclinaison bien connue de l’abandon des enfants par les adultes est la rupture de la transmission. Plusieurs générations d’adultes ont négligé l’héritage légué par ceux qui nous ont précédés, et ont omis d’initier les nouveaux venus à ce trésor des siècles. Or en ignorant la fréquentation des esprits brillants qu’offre la lecture des grandes œuvres, en avançant coupés de l’expérience d’autrui accumulée et contenue dans les livres, des contingents entiers d’élèves sont des prisonniers retenus captifs dans la geôle infernale du seul moi et du seul présent. La littérature dilate notre imagination, décentre notre regard, élargit notre pensée, ouvre notre esprit à ce qui n’est pas lui, nous apprend à nous quitter et à ne pas rester enfoncés dans notre seule subjectivité. Quand l’enseignement de la littérature et de l’histoire se réduit comme peau de chagrin, les écoles se remplissent d’esprits étroits, exsangues, de cœurs durs, incapables de se transporter suffisamment pour réussir à projeter ce que peut ressentir un autre (professeur, commerçant, policier, par exemple). 

    Perdre pied avec le réel faute d’avoir croisé des adultes assumant leur mission, c’est la première étape vers l’incendie et le saccage d’un lycée, vers l’agression de personnes, vers le ravage et le pillage du travail des autres. Olivier Rey écrit ainsi à propos des émeutes des dernières semaines : « La violence et la destruction relèvent, pour partie, de l’inconscience quant à la portée des actes dans le monde réel, pour partie d’un essai d’agir dans la réalité quand on ne sait ni prendre celle-ci en considération, ni rien y élaborer. » (2)

     

    (1) Alain Finkielkraut, Les battements du monde (2003), in La modernité à contre-courant, pp. 392-394, Bouquins, 2024.
    (2) Le Figaro, 20 octobre 2026.

  • Lettre pastorale des évêques du Nord de l'Europe sur la « migration » (25 octobre 2026)

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    Lettre pastorale des évêques du Nord de l'Europe sur la « migration », 25 octobre 2026

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    25/10/2026

    Chers frères et sœurs !

    Lorsque Dieu a envoyé son Fils dans le monde, celui-ci est venu comme un migrant, du ciel vers la terre. Il n’y avait pas de place pour lui à l’auberge, seulement une pauvre crèche parmi les bêtes. À peine né, certains voulaient déjà le tuer, et il dut fuir en Égypte. En s’incarnant, Dieu a partagé dès le début le sort difficile que d’innombrables migrants ont connu à travers l’histoire.

    Dans l’Ancien Testament, nous voyons comment le peuple d’Israël a dû, à maintes reprises, chercher refuge ailleurs ou a été contraint à l’exil. Depuis lors, le peuple de Dieu est un peuple en chemin, en pèlerinage vers le royaume éternel de Dieu. Nous n’avons pas de demeure permanente ici-bas.

    En même temps, nous sommes appelés à nous enraciner là où nous vivons et à tirer le meilleur parti de notre vie terrestre. Notre patrie définitive est au ciel, mais nous devons néanmoins bâtir une société juste et bonne là où la Providence nous a placés, et faire de notre mieux pour vivre ensemble dans la solidarité et l’attention mutuelle.

    Tout être humain a le droit de mener une vie sereine et paisible. À notre époque, les migrations sont souvent devenues une source de conflits et de polarisation. À travers sa doctrine sociale, l’Église nous aide à trouver de bonnes solutions et encourage toutes les personnes de bonne volonté à collaborer sur cette question importante, qui a accompagné l’humanité tout au long de son histoire. Les migrations ont toujours existé, à toutes les époques et dans toutes les régions du monde. La Terre est notre maison commune, où chaque être humain a le droit de trouver un endroit où vivre.

    Les migrants peuvent sembler dérangeants. Mais ils peuvent aussi contribuer au bien-être des pays où ils s’installent. Qu’ils aient dû quitter leur pays d’origine à cause de la famine, de la guerre ou des persécutions, ou qu’ils soient partis volontairement à la recherche d’une vie meilleure, les migrants peuvent apporter avec eux des perspectives, une énergie et des compétences précieuses. Ils peuvent apporter des ressources que nos propres pays ne parviennent pas à produire actuellement.

    Dans l’Antiquité, la foi chrétienne s’est répandue à travers l’Empire romain grâce à des missionnaires et à des migrants qui témoignaient de leur foi partout où ils allaient. Depuis l’Europe christianisée, la bonne nouvelle s’est ensuite répandue dans le monde entier.

    À une époque plus récente, l’Église catholique a été reconstruite dans nos pays nordiques, après des siècles de persécutions, par des migrants qui nous ont apporté leur foi catholique. Des prêtres et des religieuses venus de différentes parties du monde ont contribué, avec un dévouement désintéressé, à édifier l’Église dans toute l’Europe du Nord.

    La migration peut également entraîner des difficultés. Les migrants doivent bien s'intégrer dans leur nouveau pays d'accueil. Sinon, de graves problèmes surgissent. Ceux qui viennent d'autres cultures doivent être aidés à trouver leur place dans leur nouveau pays d'accueil. L’Église enseigne que les migrants « ont le devoir de manifester un respect reconnaissant envers le patrimoine matériel et spirituel du pays qui les accueille, d’obéir à ses lois et de contribuer à porter les fardeaux de la société ».[i] Cela ne doit pas être interprété comme signifiant qu’ils perdent ainsi leur droit légitime à préserver leur propre patrimoine culturel.

    Il existe un risque que les migrants s’isolent et ne tentent même pas de s’adapter à leur nouvel environnement. À long terme, cela engendre des tensions et des conflits. Les migrants doivent être encouragés à s’intégrer, mais ne doivent pas être soumis à une assimilation forcée. Trouver le juste équilibre n’est pas toujours facile, mais c’est essentiel pour l’avenir de nos pays.

    De nombreux pays européens ferment de plus en plus leurs frontières. Notre époque a tendance à ériger des murs plutôt que des ponts entre les peuples et les pays. Chaque pays doit bien sûr évaluer le nombre de migrants qu’il est en mesure d’accueillir. Lorsque cela n’est pas fait et que l’on accueille plus de personnes qu’on ne peut en intégrer correctement, des problèmes sociaux apparaissent. Celles-ci entraînent à leur tour de nouveaux durcissements politiques, rendant ainsi pratiquement impossible l’entrée sur notre territoire, même pour les réfugiés et les demandeurs d’asile protégés par les règles internationales que nos pays sont tenus de respecter.

    Dans certains cas, cette tendance est allée si loin qu’il est considéré comme un bien d’expulser le plus grand nombre possible de personnes, y compris celles qui sont bien intégrées et apportent une contribution significative à nos sociétés.

    L’Église doit faire entendre sa voix pour défendre ceux qui risquent d’être victimes d’un traitement injuste sans motif valable.

    Nos paroisses catholiques font souvent office de lieux d’intégration, où les migrants sont accueillis avec amour et respect, et où ils peuvent apprendre à vivre en harmonie avec la société de leur nouveau pays d’accueil. Nos diocèses sont des creusets où les cultures se rencontrent. Les messes et la catéchèse sont proposées dans plusieurs langues. Une aide pratique est apportée afin que les nouveaux arrivants puissent s’y retrouver dans une administration inconnue et se familiariser avec des normes sociales inhabituelles.

    De cette manière, les migrants qui rejoignent nos communautés apprennent comment vivre leur foi catholique dans leur nouveau pays d’accueil. Ils apprennent comment contribuer à l’édification de l’Église locale. Une fois intégrés à une paroisse, il leur est plus facile de trouver leur place dans la société en général et d’y apporter leurs propres expériences de vie et leur engagement.

    Au fil des siècles, la culture nordique s’est enrichie grâce à des personnes venues du monde entier, qui ont été accueillies parmi nous et sont devenues partie intégrante de nos sociétés. C’est notre prière et notre espoir que cela continue d’être le cas.

    Cultiver l'amour pour sa propre nation, valoriser ses traditions et son patrimoine culturel, est une bonne chose. Le pape Léon XIV nous invite tous à œuvrer pour un monde où des personnes d'horizons culturels et religieux différents puissent vivre ensemble dans la paix, la coopération et la solidarité. Il s’est rendu dans des lieux tels que les îles Canaries[ii] et Lampedusa[iii] pour lancer un appel à l’aide en faveur des personnes contraintes de fuir vers un autre pays, plus sûr.

    À maintes reprises, le Saint-Père nous exhorte également à désamorcer notre langage. [iv] Il nous demande de faire preuve de prudence dans la manière dont nous parlons les uns des autres et d’éviter les exagérations rhétoriques. C’est ce que nous tenons à rappeler, tant à nous-mêmes qu’à vous tous. Nous constatons aujourd’hui que le discours public et le débat sur l’immigration ont tendance à devenir plus durs, moins nuancés et plus agressifs. Cela peut dégénérer en une forme de manipulation à laquelle nous devons résister.

    En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas fermer nos cœurs aux personnes sans défense et vulnérables qui frappent à notre porte. Nous devons reconnaître Jésus en celui qui est dans le besoin et qui compte sur notre aide. L’Europe cherche un nouvel équilibre dans ce domaine. Nous devons être réalistes quant à nos limites, tant humaines que matérielles. Néanmoins, nous devons être prêts à ne jamais rejeter un frère ou une sœur qui souffre et nous demande de l’aide.

    Nous, les évêques des pays nordiques, remercions tous ceux qui sont venus de l’étranger dans nos pays et qui, de diverses manières, ont contribué par un engagement considérable au développement de notre Église et de nos sociétés. Nous prions pour nos pays, afin qu’ils continuent à accueillir des personnes qui, avec nous tous, sont disposées à œuvrer pour un monde où chacun puisse vivre dans la paix et la justice, la réconciliation et l’unité.

    Nous confions nos pays à la protection de la Vierge Marie immaculée – elle est la « Mère des migrants », comme nous l’invoquons dans la litanie. Nous implorons son intercession afin que nous puissions suivre toujours plus fidèlement Jésus-Christ dans son amour pour les pauvres et les plus vulnérables.

    +Erik Varden OSCO, Trondheim, Tromsø – Président

    +Anders Cardinal Arborelius OCD, Stockholm

    +Czeslaw Kozon, Copenhague

    +David Tencer OFMCap, Reykjavik

    +Raimo Goyarrola, Helsinki

    +Fredrik Hansen, Oslo


    Notes de bas de page

    [i] « Les nations les plus favorisées ont le devoir, dans la mesure du possible, d’accueillir les étrangers en quête de sécurité et de moyens de subsistance qu’ils ne peuvent trouver dans leur pays d’origine. Les autorités publiques doivent veiller au respect du droit naturel, qui place sous leur protection l’hôte qu’elles accueillent.

    Les autorités politiques peuvent, dans l'intérêt général dont elles sont responsables, subordonner l'exercice du droit d'immigration à certaines conditions juridiques, notamment en ce qui concerne le respect des obligations des immigrés envers le pays d'accueil. « L’immigrant est tenu, en signe de gratitude, de respecter le patrimoine matériel et spirituel du pays d’accueil, d’en observer les lois et de contribuer à ses engagements. » Catéchisme de l’Église catholique, n° 2241

    [ii] « Chers migrants, avant de vous dire quoi que ce soit d’autre, je tiens à m’incliner devant votre dignité. Vous n’êtes pas seulement des chiffres ou des dossiers administratifs. Vous êtes des personnes qui avez quitté vos familles et vos foyers. Vous avez des rêves que personne n’a le droit de mépriser. Mais je tiens aussi à vous dire que votre vie doit être protégée. Ne confiez pas votre vie à ceux qui en font commerce. Ne croyez pas ceux qui vous promettent un paradis facile en échange de votre corps, de votre argent, de votre silence ou de votre liberté. Ces fausses promesses sont le « chant des sirènes » ; elles constituent l’industrie de la mort.

    Cette tragédie doit être un appel à la conscience des pays d’origine des migrants, qui doivent créer les conditions propices à la paix, à la justice et au développement. C’est également un appel à la conscience des pays de transit, qui sont appelés à protéger les personnes vulnérables et à ne pas les livrer aux réseaux criminels. C’est également un appel à la conscience de l’Europe. L’Europe ne peut prétendre défendre la dignité humaine tout en s’habituant à ce que la Méditerranée et l’Atlantique deviennent des cimetières sans tombes. C’est aussi un appel à la communauté internationale, appelée à une coopération efficace et durable.

    L’Église, elle aussi, doit relever ce défi. Accueillir les migrants ne peut être une tâche secondaire confiée à quelques bénévoles. Nous nous agenouillons devant l’autel pour adorer le Christ, présent dans l’Eucharistie, et c’est de lui que nous recevons la force et la motivation pour vivre l’amour. C’est pourquoi nous ne pouvons ensuite « passer à côté » de ces petites embarcations et de ces radeaux. Car tout service et tout engagement jaillissent de la prière et y ramènent. »

    Discours du pape Léon XIV à Las Palmas de Gran Canaria, le 11 juin 2026.

    [iii] « Il n’y a pas d’amour de Dieu sans amour du prochain, et il n’y a pas de prochain si je ne m’approche pas de lui. S’arrêter, se laisser émouvoir, se pencher et pleurer sur la souffrance d’un autre être humain – comme l’a fait Jésus – signifie entrer dans la dynamique de l’amour, dans ce mouvement même où Dieu s’est révélé.

    Chers amis, ceux qui se laissent entraîner par cette dynamique de compassion et de miséricorde commencent à vivre autrement, à être des citoyens d’une autre manière et à travailler différemment. C’est alors que la civilisation de l’amour – celle que mes saints prédécesseurs Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II avaient envisagée – pourra véritablement s’épanouir. Aux côtés d’une multitude de prophètes et de martyrs du siècle dernier, ils ont compris que seule la miséricorde peut répondre aux aspirations les plus profondes du cœur humain et aux horreurs de la guerre, en ouvrant la voie à un nouveau départ.

    Aujourd’hui, nous nous tenons sur les épaules de ces géants et sommes entrés dans un millénaire où nous devons donner à la civilisation de l’amour une expression spirituelle, culturelle, juridique, politique et économique. Puisse l’ampleur des souffrances dont nous sommes témoins nous aider à comprendre à quel point cette vocation est radicale. »

    Homélie du pape Léon XIV à Lampedusa, le 4 juillet 2026.

    [iv] « La première contribution que nous pouvons apporter à une civilisation plus humaine est d’être attentifs à nos paroles. “Désarmons les mots, et nous contribuerons ainsi à désarmer le monde.” Les mots ont un pouvoir immense, comme nous le constatons dans nos rencontres quotidiennes les uns avec les autres. Les mots prononcés peuvent, par exemple, influencer notre humeur, pour le meilleur ou pour le pire.

    « La paix commence par chacun d’entre nous : dans la manière dont nous regardons les autres, dont nous les écoutons et dont nous parlons d’eux. En ce sens, notre façon de communiquer revêt une importance fondamentale : nous devons dire non à la guerre par les mots et les images, nous devons rejeter la logique de la guerre. »

    Nous devons donc tous faire le point sur notre conscience quant aux mots que nous utilisons, aux préjugés que nous nourrissons et à l'agressivité, explicite ou implicite, qu'ils recèlent. Nous avons une réelle possibilité de contribuer au bien commun chaque fois que nous disons la vérité, que nous donnons des conseils avisés, que nous soutenons ceux qui ont besoin de réconfort, que nous condamnons l’injustice et que nous donnons la parole à ceux qui ne sont pas entendus. »

    Encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV, n° 214.

  • L'Église orthodoxe éthiopienne dénonce le meurtre d'au moins 60 fidèles en Oromia

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    D'InfoVaticana :

    L'Église orthodoxe éthiopienne dénonce le meurtre d'au moins 60 fidèles en Oromia.

    Le Saint-Synode appelle le gouvernement à condamner les attaques perpétrées à Merti et Shirka, dans la région d'Arsi ; aucune revendication n'a été faite et un responsable local évoque une alliance rebelle.

    Le Synode a qualifié les meurtres d’ « acte d’une extrême cruauté et de souffrances tragiques infligées à nos citoyens » , selon la traduction de notre rédaction, et a affirmé que ces violences violent les garanties constitutionnelles du droit à la vie et de la liberté religieuse et menacent la tradition éthiopienne de coexistence pacifique entre les différentes confessions. L’Église orthodoxe a appelé le gouvernement à condamner publiquement les attaques , à renforcer la protection des civils et à traduire les responsables en justice, et a exigé des forces de sécurité des mesures préventives pour éviter toute récidive. Elle a également annoncé qu’elle solliciterait des rencontres avec de hauts responsables gouvernementaux, a organisé des prières pour les victimes lundi et a ordonné à ses églises et monastères du monde entier d’organiser des offices en leur mémoire mardi, après la Divine Liturgie.

    Vatican News fournit des détails sur l'attaque de Shirka, qui a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche. Selon les témoins cités, les assaillants ont fait du porte-à-porte, tuant les voisins à l'aide d'armes à feu et de couteaux. Parmi les victimes figuraient des personnes âgées et des enfants. Une église a été endommagée et les temples des villages voisins ont servi de refuge aux personnes en fuite. La région est habitée par des musulmans, des protestants et des orthodoxes. Le bilan, précise Vatican News, est encore provisoire. L'agence EFE indique n'avoir pas été en mesure de vérifier ces chiffres de manière indépendante.

    Personne n'a revendiqué les attaques et le Synode n'a pas identifié les auteurs. Selon des médias locaux cités par Anadolu et Al Jazeera, un responsable local les a attribuées à une alliance rebelle récemment formée, incluant l'Armée de libération oromo (OLA), un groupe que le gouvernement éthiopien a qualifié d'organisation terroriste en 2021 et qui a nié à plusieurs reprises avoir attaqué des civils. Vatican News rapporte que les autorités pointent du doigt une coalition, qu'elles appellent « Tsimido », qui comprendrait également le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) et les milices amhara fano et qui, selon le gouvernement, cherche à le renverser et à attiser les tensions ethniques et religieuses. L'agence EFE rappelle que ces dernières années, des massacres ont été attribués à l'OLA, mais aussi que les forces gouvernementales ont été accusées de meurtres et de représailles contre des civils. Le gouvernement régional d'Oromia a promis de poursuivre les responsables.

    Les violences contre les civils dans cette région ne sont pas un phénomène nouveau. En juillet, le Conseil éthiopien des droits de l'homme a recensé au moins 432 civils tués lors d'attaques ciblées dans l'est d'Arsi entre 2021 et le 1er juin de cette année, selon Al Jazeera. Fin mai et début juin, une dizaine de personnes ont péri dans une autre attaque survenue dans la même zone et attribuée par les autorités à l'Armée de libération oromo, d'après Vatican News. Le communiqué du Synode rappelle, selon l' agence EFE, que de nombreux fidèles avaient déjà été tués dans ce même secteur.

    L'Oromia est le plus grand État régional d'Éthiopie, avec environ quarante millions d'habitants. Les forces gouvernementales y combattent des groupes armés depuis des années. L'Église orthodoxe Tewahedo est la principale confession chrétienne du pays.

    La même semaine où neuf chrétiens ont été abattus lors de funérailles en Jordanie, l'Église orthodoxe d'Éthiopie pleure la mort de soixante fidèles tués dans leurs villages.

    Lire aussi

    Lire aussi : Qui tue les chrétiens en Éthiopie ?

  • Les violences contre les chrétiens s'intensifient : le Rapport 2026 « Persécutés et Oubliés ? » de l'AED

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    Du site de l'Aide à l'Eglise en Détresse (France) :

    Rapport « Persécutés et Oubliés ? » 2026 : Intensification des violences contre les chrétiens

    Communiqué de presse, Mareil-Marly, le 27 octobre 2026

    Dans son rapport bisannuel « Persécutés et oubliés ? » publié le 27 octobre 2026, l’AED alerte sur l’augmentation des attaques contre les chrétiens ces deux dernières années. Sur les 18 pays étudiés, plus de la moitié connaissent une dégradation de la situation.

    Fondée sur des témoignages de première main, des études de cas et des analyses nationales et régionales, le nouveau rapport Persécutés et oubliés ? examine les atteintes à l’encontre des chrétiens dans 18 pays*, entre le 1er juillet 2024 et le 30 juin 2026.

    Dans 55 % des pays étudiés, l’oppression des chrétiens s’est aggravée par rapport à la période 2022-2024. En cause, le durcissement de régimes autoritaires, la progression de groupes djihadistes et la montée de formes de nationalisme religieux hostiles aux minorités chrétiennes.

    Au Sahel et dans les pays voisins, les groupes djihadistes multiplient les attaques contraignant des communautés entières à fuir. Au Nigeria, au moins un million de chrétiens figurent parmi les plus de 3,5 millions de personnes déplacées. Au Mozambique, plus de mille chrétiens ont été tués par des groupes islamistes dans la province de Cabo Delgado. Au Soudan, la guerre civile et les persécutions aggravent une crise humanitaire majeure. Un prêtre a été assassiné et plus de 100 églises ont été détériorées ou détruites.

    En Chine, les autorités renforcent leur contrôle sur les communautés chrétiennes, alors qu’en Inde, le rapport recense plus de 700 cas de violences antichrétiennes en 2025. La multiplication des lois dites « anti-conversion » s’accompagne d’attaques contre des fidèles, de perturbations de célébrations et de dégradations d’églises. Au Pakistan, les chrétiens sont les cibles privilégiées de fausses accusations de blasphème. De nombreuses jeunes filles chrétiennes sont également enlevées, mariées et converties de force, et leur famille est bien souvent impuissante pour les sortir de ce piège.

    Au Nicaragua, les autorités poursuivent leur répression des communautés chrétiennes et ont été jusqu’à exiler le président de la Conférence des évêques locales.

    En Syrie, la population chrétienne a diminué de plus de 80 % depuis 2011, les attaques contre les minorités religieuses s’étant poursuivies après la chute du régime de Bachar el-Assad. Au Liban, les combats ont provoqué des déplacements massifs et fragilisé les communautés chrétiennes du sud du pays alors qu’en Iran, les arrestations de chrétiens ont doublé en douze mois.

    Aujourd’hui, selon l’AED, 413 millions de chrétiens vivent dans des pays où la liberté religieuse est gravement bafouée, dont environ 220 millions sont directement exposés à la persécution. Face à ce constat, l’association appelle à défendre la liberté religieuse comme droit fondamental, garanti par l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
    Elle réitère son engagement auprès des communautés chrétiennes persécutées par ses missions d’information et d’action sur le terrain à travers plus de 5000 projets/an dans 140 pays.

    « Le rapport « Persécutés et oubliés ? » de l’AED donne la parole à l’Église souffrante. Il nous rappelle que la persécution religieuse demeure, aujourd’hui encore, une douloureuse réalité pour des millions de chrétiens. »
    Peter Bhatti, frère de Shahbbaz Bhatti, ministre pakistanais assassiné en 2011.

    *Birmanie (Myanmar), Burkina Faso, Chine, Corée du Nord, Égypte, Érythrée, Inde, Iran, Irak, Mali, Mozambique, Nicaragua, Nigeria, Pakistan, Soudan, Syrie, Turquie et Vietnam.

  • Simon et Jude, apôtres obscurs

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    Source : Missel.free.fr

    Plût à Dieu, écrivait saint Jean Chrysostome, qu'il y eût eu quelqu'un pour nous transmettre soigneusement l'histoire des apôtres ! Ce vœu ne s'est pas réalisé pour saint Simon ni pour saint Jude dont l'Evangile ne nous a guère conservé que les noms.

    L'obscurité qui enveloppe saint Simon a semblé autoriser quelques historiens ecclésiastiques à le confondre avec saint Syméon, qui, après saint Jacques le Mineur, fut évêque de Jérusalem. Néanmoins il paraît plus probable qu'il faut distinguer l'un de l'autre les deux saints, rapprochés seulement par le nom.

    Dans la liste des Apôtres que nous ont transmise les évangiles de saint Matthieu et de saint Marc, Simon est nommé à l'avant-dernier rang, avec le surnom Cananæus. Beaucoup ont affirmé que ce surnom marquait peut-être le lieu de sa naissance, Cana ; de là à penser qu'il était l’époux des noces de Cana, il n'y avait pas loin, et certain n’ont pas manqué de le suggérer. Cependant, il semble bien que saint Luc donne le vrai sens de ce surnom, lorsqu'il qualifie Simon (placé par lui au dixième rang des apôtres), de Zelote, c'est-à-dire plein de zèle : en hébreu Qan'ani, d'où la transcription Cananæus.

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  • Les saints apôtres Simon et Jude (28 octobre)

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    Le mercredi 11 octobre 2006, lors de l'audience générale, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse aux apôtres Simon et Jude : 

    Simon le Cananéen et Jude Thaddée

    Chers frères et soeurs,

    Nous prenons aujourd'hui en considération deux des douze Apôtres:  Simon le Cananéen et Jude Thaddée (qu'il ne faut pas confondre avec Judas Iscariote). Nous les considérons ensemble, non seulement parce que dans les listes des Douze, ils sont toujours rappelés l'un à côté de l'autre (cf. Mt 10, 4; Mc 3, 18; Lc 6, 15; Ac 1, 13), mais également parce que les informations qui les concernent ne sont pas nombreuses, en dehors du fait que le Canon néo-testamentaire conserve une lettre attribuée à Jude Thaddée.

    Simon reçoit un épithète qui varie dans les quatre listes:  alors que Matthieu et Marc le qualifient de "cananéen", Luc le définit en revanche comme un "zélote". En réalité, les deux dénominations s'équivalent, car elles signifient la même chose:  dans la langue juive, en effet, le verbe qana' signifie:  "être jaloux, passionné" et peut être utilisé aussi bien à propos de Dieu, en tant que jaloux du peuple qu'il a choisi (cf. Ex 20, 5), qu'à propos des hommes qui brûlent de zèle en servant le Dieu unique avec un dévouement total, comme Elie (cf. 1 R 19, 10). Il est donc possible que ce Simon, s'il n'appartenait pas précisément au mouvement nationaliste des Zélotes, fût au moins caractérisé par un zèle ardent pour l'identité juive, donc pour Dieu, pour son peuple et pour la Loi divine. S'il en est ainsi, Simon se situe aux antipodes de Matthieu qui, au contraire, en tant que publicain, provenait d'une activité considérée comme totalement impure. C'est le signe évident que Jésus appelle ses disciples et ses collaborateurs des horizons sociaux et religieux les plus divers, sans aucun préjugé. Ce sont les personnes qui l'intéressent, pas les catégories sociales ou les étiquettes! Et il est beau de voir que dans le groupe de ses fidèles, tous, bien que différents, coexistaient ensemble, surmontant les difficultés imaginables:  en effet, Jésus lui-même était le motif de cohésion, dans lequel tous se retrouvaient unis. Cela constitue clairement une leçon pour nous, souvent enclins à souligner les différences, voire les oppositions, oubliant qu'en Jésus Christ, nous a été donnée la force pour concilier nos différences. Rappelons-nous également que le groupe des Douze est la préfiguration de l'Eglise, dans laquelle doivent trouver place tous les charismes, les peuples, les races, toutes les qualités humaines, qui trouvent leur composition et leur unité dans la communion avec Jésus.

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  • Saint Jude, apôtre et témoin véridique de la vie de Jésus

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    De l'abbé Vincent-Marie Thomas sur 1000 raisons de croire :

    L’apôtre saint Jude, témoin véridique de la vie de Jésus (+65)

    Saint Jude, nommé Thaddée, ce qui signifie en araméen (la langue du Christ) « valeureux » et « qui a du cœur » n’est que peu connu. C’est l’un des douze apôtres choisis par le Christ pour porter sa parole à toutes les nations. Une épître canonique, au ton viril, confirme la justesse de son surnom ; c’est le seul écrit que l’on possède de lui. Il est mort martyr, probablement en Arménie, nation qui revendique pour cette raison son patronage céleste. Il est fêté le 28 octobre.


    Les raisons d'y croire

    • Les éléments historiques de la vie de l’apôtre sont relatés par différentes sources textuelles : les Évangiles, ainsi que d’autres documents ultérieurs. Les évangélistes saint Marc et saint Matthieu citent un homme appelé « Thaddée » ( Mc 3,18 et Mt 10,3 ) dans les listes qu’ils établissent des douze apôtres qui ont entouré le Christ.
    • Saint Luc, dans son Évangile comme dans les Actes des Apôtres (chronique des actions des apôtres, qui commence après que le Christ les a quittés, le jour de l’Ascension, pour remonter auprès de son Père), parle de « Jude, fils de Jacques » ( Lc 6,16 et Ac 1,13 ). Les textes de la Sainte Écriture disent « Judas » mais on traduit « Jude » en français pour éviter l’équivoque. À cette occasion, l’évangéliste saint Luc distingue clairement saint Jude de Judas, qui trahit le Christ ( Lc 6,16 ). Saint Jean fait de même dans son Évangile : « Jude, non pas l’Iscariote... » ( Jn 14,22 ). Ces témoignages établissent bien l’existence de l’apôtre, appelé tantôt Thaddée tantôt Jude.
    • C’est d’ailleurs ce qu’écrit saint Jérôme († 420), traducteur des livres bibliques et pour cette raison fin connaisseur de l’histoire de la fondation de l’Église. Dans son Commentaire de l’épître aux Galates, il note que « l’apôtre Judas, qui n’est pas le traître » a pris le nom de Zélote « en vertu de son zèle insigne » (II, 4, 18). Dans sa Lettre contre Helvidius, il parle à nouveau de « Jude Zélote qui est dit Thaddée dans un autre Évangile » (no 15). Il l’appelle trinomus à cause de ses trois noms.
    • Le nom de Thaddée figure aussi au canon de la messe, dans la première liste des apôtres, après le Mémentodes vivants. Le canon a été composé à partir des traditions antiques, vers le IVe siècle.
    • Saint Jude a écrit une épître . Il s’y présente lui-même comme le « frère de Jacques » : il s’agit de Jacques le Mineur, qui était un cousin de Jésus-Christ. Leur père, Alphée, est en effet le frère de saint Joseph. Notons que le lien familial entre Jésus-Christ et Jude est bien réel, mais seulement spirituel, car saint Joseph n’est que le père putatif du Christ : la paternité de saint Joseph à son égard n’est que spirituelle. L’évêque Eusèbe de Césarée († 339), qui compose son Histoire ecclésiastique à partir d’une abondante documentation, y confirme que l’auteur de la dernière épître catholique est saint Jude (II, 23, 25 ; III, 25, 3 ; VI, 13, 6 et 14, 1).
    • Cette épître constitue un témoignage exact et fidèle de la Parole de l’Homme-Dieu, Fils éternel du Père des cieux et d’une femme, vierge, de cette terre, venu pour sauver les hommes du pouvoir du démon. Témoignage véridique, c’est-à-dire qui ne trompe pas, parce que vérifié par le support des souffrances de la persécution et de la mort du martyr.
    • « Lorsque le chœur sacré des apôtres eut succombé à divers genres de mort et qu’eut disparu la génération de ceux qui avaient été jugés dignes d’entendre de leurs oreilles la sagesse divine, alors l’erreur impie reçut un commencement d’organisation par la tromperie de ceux qui enseignaient une autre doctrine. Ceux-là, voyant qu’il ne restait plus aucun apôtre, jetèrent le masque et se mirent à opposer une science qui porte un nom mensonger à la prédication de la vérité » (Histoire ecclésiastique, III, 32, 7). Les écrits des apôtres sont donc une source incomparable, parce qu’autorisée et véridique, pour connaître la mission de Jésus-Christ ici-bas : sa vie toute divine, ses miracles et son message.
    • L’épître de saint Jude en est un précieux exemple. Les mots par lesquels il commence son épître en avertissent le lecteur : « Bien-aimés, j’avais la ferme intention de vous écrire au sujet du salut qui nous est commun ; or, me voici dans l’obligation de le faire pour vous exhorter à combattre pour la foi qui a été transmise aux fidèles une fois pour toutes. Car il s’est infiltré parmi vous des individus qui sont marqués depuis longtemps en vue de ce jugement, des impies qui tournent la grâce de notre Dieu en prétexte à la débauche, et qui renient notre seul maître et Seigneur, Jésus-Christ » ( Jude 3 et 4 ). Saint Jude est bien porte-parole du Christ.

    En savoir plus

    Saint Jean rapporte la question de Jude au Christ lors de la dernière Cène : « Seigneur, que se passe-t-il ? Est-ce à nous que tu vas te manifester, et non pas au monde ? » ( Jn 14,22 ). Pourquoi le Christ ressuscité depuis le jour de Pâques n’apparaît-il pas dans sa gloire à ceux qui se moquent de lui encore aujourd’hui ou nient même sa qualité divine ? Une telle manifestation n’entraînerait-elle pas aussitôt leur assentiment ? Peut-être est-il possible de répondre de prime abord que bien des miracles laissent de marbre les cœurs durs, c’est-à-dire les hommes fiers. D’autre part, sur cette terre, ce n’est pas dans sa puissance que le Christ entend être reconnu. Aussi répond-il de façon indirecte à l’interrogation de saint Jude : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui et nous irons demeurer auprès de lui » ( Jn 14,23 ). Jésus-Christ veut être vu et perçu également avec le cœur, c’est-à-dire par l’amour spirituel. Il s’adresse à l’homme en lui proposant son amour. Il appelle l’homme à ne pas occulter cet amour divin, mais à le regarder en face et à y répondre honnêtement.

    Force morale, clarté et courage intellectuels sont donc les vertus auxquelles saint Jude appelle ses lecteurs. « On voit bien que l’auteur de ces lignes vit en plénitude sa propre foi, à laquelle appartiennent de grandes réalités telles que l’intégrité morale et la joie, la confiance et, enfin, la louange ; le tout n’étant motivé que par la bonté de notre unique Dieu et par la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ », remarque Benoît XVI dans une catéchèse qu’il a consacrée à saint Jude. Et il invite les chrétiens à prendre exemple sur cet apôtre : « C’est pourquoi Simon le Cananéen, ainsi que Jude Thaddée, doivent nous aider à redécouvrir toujours à nouveau et à vivre inlassablement la beauté de la foi chrétienne, en sachant en donner un témoignage à la fois fort et serein. »

    Saint Jude Thaddée a prêché l’Évangile jusqu’en Perse, avant d’en témoigner par son martyre. Ce fut probablement dans la ville de Maku, qui appartenait alors au royaume d’Arménie (aujourd’hui au nord de l’Iran). La tradition arménienne le considère avec l’apôtre Barthélemy (dès l’an 43) comme le fondateur de son Église. Le monastère Saint-Thaddée (dans le nord de l’Iran) est construit à l’endroit supposé du martyre de l’apôtre. D’autres traditions situent cependant le lieu de son martyre en Syrie, ou en Mésopotamie.

    Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.


    Au delà

    L’apôtre Jude n’est pas le disciple Thaddée, dont Eusèbe de Césarée écrit qu’il appartenait au groupe des soixante-dix disciples (Histoire ecclésiastique, I, 12, 3 et 13, 4-11) et qui fut envoyé à Édesse par l’apôtre Thomas (cf. I, 13, 4 et II, 1, 6). Il y a accompli de nombreux miracles et a guéri par la seule puissance divine une foule de malades (cf. ibid., I, 13, 12 et II, 1, 7). Il a aussi prêché l’Évangile au peuple d’Édesse (cf. ibid., 1, 13, 19-21 ; II, 1, 6-7). C’est là une des rares critiques que l’on peut faire au rigoureux historien : le nom de l’apôtre de l’Église d’Édesse est Addaï, qui a vécu ultérieurement, peut-être même au IIe siècle. Les Grecs ont déguisé le nom syrien d’Addaï sous celui de Thaddée, afin de donner à l’Église d’Édesse une origine apostolique.


    Aller plus loin

    Saint Jude, Épître .


    En complément

    • Benoît XVI, « Audience générale du 11 octobre 2006 ». En ligne sur le site du Saint-Siège.
    • Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Paris, Cerf, Sources chrétiennes no 31, 2001, tome I, livres I-IV, 440 p. Le texte de l’ouvrage est disponible en ligne dans la traduction d’Émile Grapin.
    • Joseph Tixeront, Les Origines de l’Église d’Édesse et la légende d’Abgar, Paris, 1888. Disponible en ligne .