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Jour de fête pour la communauté jésuite aujourd’hui, en ce jour où l’Eglise fait mémoire de Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus, une fête que le pape François a décidé de passer avec ses frères jésuites.
Il a célébré ce matin une messe privée en l’église du Gesù, église-mère de la compagnie, située en plein cœur de Rome, entouré d'environ 800 personnes, dont quelque 250 prêtres.
En 1491, au château de Loyola en Espagne, naît un enfant qu'on prénomme Inigo. Quelque trente ans plus tard, au début de ses études à Paris, Inigo changera son nom en celui d'Ignacio (Ignace, en français).
En 1506-1507, Inigo, encore adolescent, se rend à Arévalo et devient page à la cour espagnole. Le jeune noble de Loyola s'initie alors à la vie de cour et au métier des armes.
En 1521, engagé dans la défense de la forteresse de Pampelune, Inigo est blessé. Un boulet de canon lui brise la jambe droite et endommage sérieusement l'autre jambe.
Premier bouleversement
Celui qui, hier encore, rêvait d'exploits militaires et de vie chevaleresque se retrouve blessé, cloué à un lit, incapable de se déplacer seul. Un boulet de canon a soudainement bouleversé sa vie.
Opéré une première fois à Pampelune, Inigo est ramené à Loyola. On doit se rendre à l'évidence, des os mal repris ou déplacés forment une saillie qui rend la jambe difforme. Parce qu'il veut retrouver son élégante démarche d'autrefois, par deux fois et à froid Inigo accepte de se faire briser la jambe et scier les os qui dépassent. Commence une longue convalescence Ignace souffre physiquement et moralement; il s'ennuie.
Pour tuer le temps et se redonner un peu de courage, il aimerait bien lire quelques romans de chevalerie. Dans tout le château, malheureusement, on ne lui trouvera que deux livres: l'un portant sur la vie des saints et l'autre sur la vie de Jésus. Faute de mieux, le malade entreprend la lecture de ces ouvrages.
En ce jour de la fête de saint Ignace, nous vous proposons cette prière qu'il a composée:
Prends, Seigneur et reçois, toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté; Tout ce que j'ai et possède, c'est Toi qui me l'as donné: A Toi, Seigneur, je le rends Tout est à Toi, disposes-en selon Ton entière volonté. Donne-moi, ton amour et ta grâce : c'est assez pour moi.
Commentaire de Benoît XVI :
Cette dernière partie justement me semble très importante: comprendre que le vrai trésor de notre vie est d'être dans l'amour du Seigneur et ne jamais perdre cet amour. Alors, nous sommes véritablement riches. Un homme qui a trouvé un grand amour se sent véritablement riche et sait que cela est la véritable perle, que cela est le trésor de sa vie et non toutes les autres choses qu'il peut posséder. Nous avons trouvé, mieux encore, nous avons été trouvés par l'amour du Seigneur et plus nous nous laissons toucher par son amour dans la vie sacramentelle, dans la vie de prière, dans la vie du travail, du temps libre, plus nous pouvons comprendre que oui, j'ai trouvé la perle véritable, tout le reste ne compte pas, tout le reste n'est important que dans la mesure où l'amour du Seigneur m'attribue ces choses. Je ne suis riche, je ne suis réellement riche et élevé que si je suis dans cet amour. Trouver ici le centre de la vie, la richesse. Puis laissons-nous guider, laissons la Providence décider ce qu'elle fera de nous.
SAINT IGNACE DE LOYOLA, OU L’ART DE CHOISIR SA VIE
Inigo (1491-1556), qui deviendra saint Ignace de Loyola, changea radicalement de vie à la suite de la lecture de la vie de grands saints. Noble chevalier espagnol, il se dépouilla de sa fortune avant d’entreprendre sur le chemin de Jérusalem une mission qui sera celle d’une vie : « aider les âmes ». Proche ami de François-Xavier qu’il rencontra lors de ses études à Paris, il fonda avec lui et quelques autres la Compagnie de Jésus.
Père Dominique Salin, sj Professeur de théologie spirituelle au Centre Sèvres (Paris)
Neuf mois pour une nouvelle vie. Inigo est né en 1491, à Azpeitia (actuelle province de Guipúzcoa), dans une famille de la noblesse basque espagnole, peu avant que Christophe Colomb n’aborde aux Antilles. Il reçoit une éducation conforme à son rang, celle d’un chevalier. À 26 ans, il est haut fonctionnaire auprès du vice-roi de Navarre. C’est un homme de cour et un politicien au service de l’unité espagnole en train de se construire, non un militaire, contrairement à la légende souvent entretenue par les jésuites eux-mêmes. Rien n’annonce chez lui le mystique fondateur d’un ordre religieux d’un genre totalement nouveau. Il a 30 ans lorsque ses rêves de gloire sont brisés par un boulet de canon. Les Navarrais de France ont assiégé Pampelune pour récupérer la Navarre espagnole (c’est l’époque de la lutte entre François Ier et Charles Quint). La partie est perdue. Le chevalier de Loyola refuse de se rendre. Un boulet lui broie le genou. Le voilà condamné à neuf mois de convalescence au manoir familial. Neuf mois, le temps d’une nouvelle naissance. Neuf mois suffiront pour transformer l’hidalgo bouillant et calculateur en un « fol en Christ », pèlerin mendiant son pain et prédicant spirituel sur les routes d’Espagne. Neuf mois pour choisir une nouvelle vie.
De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :
Staline revit aujourd'hui au Kremlin. Une raison de plus pour une relecture théologique du chef‑d’oeuvre de Vassili Grossman
30 juillet 2026
(s.m.) L'été est le temps des lectures. Et c'est à un grand livre de littérature que Settimo Cielo consacre son dernier billet avant la trêve estivale : “Vie et destin” de Vassili Grossman, dans la savante relecture qu'en fait Anne-Marie Pelletier dans le dernier cahier de Vita e Pensiero, la revue de l'Université Catholique de Milan.
Vassili Grossman (1905 – 1964) étaitun Juif né à Berditchev, la ville ukrainienne qui a reçu ces derniers jours la visite de l'envoyé du pape Léon, l'archevêque et ministre des Affaires étrangères du Vatican Richard Gallagher, fervent soutien de la résistance de l'Ukraine face à l'agression russe.
La similitude est troublante — et Pelletier le fait remarquer — entre la Russie de Vladimir Poutine et l'Union soviétique de Staline. Et Grossman, qui fut dans sa jeunesse un partisan de la révolution communiste et correspondant de guerre sur les fronts allant de Stalingrad à Berlin (voir la photo sous copyright Alamy Stock Photo), avait finit par devenir très critique du régime de Staline, ce qui lui valut d’être rapidement marginalisé, constamment menacé d'une arrestation et empêché de publier les livres auxquels il s'était consacré.
En 1961, le KGB a saisi les copies manuscrites et dactylographiées des près de mille pages de “Vie et destin”. Grossman est mort trois ans plus tard, mais une copie a miraculeusement réchappé à la destruction et est parvenue à Andreï Sakharov, le grand physicien et héros de la dissidence, prix Nobel de la paix en 1975, arrêté à plusieurs reprises, qui parvint à la faire acheminer en Occident et à en permettre la publication en 1980.
Anne-Marie Pelletier, l'auteur de la suggestive relecture de “Vie et destin” que nous reproduisons ci-dessous, enseigne l'Écriture sainte et l'herméneutique biblique à la Faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins à Paris. Elle a été la première femme à recevoir le prix Ratzinger de théologie, en 2014.
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Lire Vassili Grossman pour conforter l’espérance
par Anne-Marie Pelletier
Quelle nécessité peut-il y avoir à lire aujourd’hui Vassili Grossman ? Un écrivain russe du siècle dernier, mort en 1964, dont une bonne partie de la vie peut être qualifiée de « soviétique », dont l’inspiration plonge dans l’histoire de deux totalitarismes, que l’on voudrait croire derrière nous. Et pourtant, la grande surprise est que cette œuvre résonne immédiatement avec notre actualité. Elle semblerait même avoir été écrite pour nous, tant l’ordre qui règne aujourd’hui à Moscou reproduit trait pour trait celui de la Russie soviétique.
A ce titre, et pour commencer, Grossman nous aide à déchiffrer la logique de la violence destructrice, qui s’est abattue depuis quatre années sur l’Ukraine et qui menace désormais toute l’Europe. Mais, il y a plus à recevoir de lui, et que l’on évoquera dans un second temps : il apporte ses appuis à la résistance qu’il nous faut opposer au chantage du mal, qui tire de plus en plus nos sociétés vers la désespérance et le nihilisme.
Soixante années de l’histoire soviétique
Pour mesurer cette actualité de Grossman, il faut rappeler brièvement l’arrière-plan historique de son œuvre. Il est né en 1905, à Berditchev, dans cette partie de l’Ukraine qui fut, jusqu’à la politique d’extermination nazie, celle des shtetels, foyers villageois du judaïsme hassidique, aussi fervent que son quotidien était misérable. Lui, appartient à une famille juive assimilée de lettrés et de notables. Il commencera par un assentiment à la révolution d’Octobre, plaçant en elle des attentes confiantes. Après des études de chimie qui l’amènent à travailler un temps dans le Donbass, il finit par se consacrer définitivement à la littérature.
Les temps sont mauvais. Les diktats du pouvoir contraignent de plus en plus la vie culturelle. Le réalisme socialiste au service de la dictature du prolétariat devient la norme qualifiante pour les écrivains dociles. Bon gré, mal gré, Grossman se plie aux exigences du pouvoir. Jusqu’à la guerre, il traverse avec prudence, mais sans déchirements de conscience, la vie d’une société sous le joug de la terreur stalinienne. Durant les années 30, il voit sans voir, dans les rues de Kiev, les cadavres ambulants des koulaks affamés par Staline. Il se tire indemne de la Grande terreur des années 1936 – 1938 au prix, il est vrai, d’une compromission qui hantera définitivement sa conscience. En 1941, il devient correspondant de guerre pour le journal “Krasnaja Zvezda” (l’Etoile rouge). Il suivra ainsi les troupes russes sur les fronts les plus sanglants, de Stalingrad à Treblinka, et jusqu’à Berlin.
C’est au terme de ces années d’épouvante, que « l’homme soviétique » va se changer en lui en dénonciateur intrépide du mal incarné doublement dans les totalitarismes soviétique et nazi. Dès l’automne de 1941, sa mère a été assassinée par les troupes nazies entrant à Berditchev. Les mois suivants les tueries vont se multiplier sur l’ensemble du territoire ukrainien, justifiant le constat glaçant qu’il fera en 1945 dans “Le Livre noir” : « Désormais, il n’y a plus de juifs en Ukraine ».
C’est précisément durant ces années que sa judéité oubliée s’impose de nouveau à Grossman. L’expérience de cette histoire infernale touche sa personne au plus profond et, naturellement, son œuvre où s’opère une césure fondamentale. Le passé lui revient avec tout ce qu’il en a ignoré. L’horreur du stalinisme devient une évidence. Cette clairvoyance va s’inscrire toujours plus explicitement dans son œuvre, de sorte que la mort de Staline en 1953 survient juste à temps pour le soustraire à l’arrestation.
C’est son roman “Vie et destin”, qui va incarner le travail de vérité auquel Grossman va se consacrer désormais. Participant de la tradition romanesque de Guerre et paix, ce roman brasse les mémoires des années de guerre, tantôt en ouvrant la focale au plus large, tantôt en ramenant au très minuscule de destins individuels, où se tapit l'humanité en résistance. À partir de ce temps, rien n’arrête plus l’exigence de vérité qui habite Grossman. C’est ainsi que “Vie et destin” argumente la gémellité du nazisme et du soviétisme dans une scène saisissante qui met en présence un chef de camp nazi et un vieux menchevik, son prisonnier, sur le point d’être assassiné.
Même audace dans les pages de son dernier manuscrit, “Tout passe”, retraçant l’histoire douloureuse du retour d’un prisonnier politique, un zek, qui vient troubler le confort de son dénonciateur et de ses proches qui ont su tirer leur épingle du jeu. Outre la dénonciation de Staline et de son précurseur Lénine, il s’attaque à la mythologie de « l’âme russe » en complicité troublante avec la servitude. Tout cela fait de lui un traitre absolu à la Cause. En 1961, les manuscrits de “Vie et destin” sont saisis par le KGB. L’œuvre disparait dans les entrailles de la Loubianka, pour deux cents ans, lui dit-on par dérision. Il mourra trois ans plus tard, en paria, sans voir la publication de cette œuvre à laquelle il tenait tant.
Temps d’hier et temps d’aujourd’hui
C’est ce temps d’hier, qui est réhabilité, réactualisé aujourd’hui au Kremlin, et qui est désormais le présent soviétique du 21ème siècle. Depuis l’an 2000, le passé n’a cessé de faire retour par la volonté d’un chef formé à l’école du KGB, qui tient la chute de l’URSS pour « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle dernier » (Discours à la nation, avril 2005). Les institutions d’endoctrinement militaire de la jeunesse, qui forgèrent « l'homme rouge », sont réactivées et imprègnent de bellicisme les écoliers dès l’école maternelle. Les statues de Staline, naguère déboulonnées, ont retrouvé leurs places. L’économie mentale du système totalitaire, mise en œuvre par le parti bolchevique est recyclée à plein régime. L’Association Mémorial fondée par Andreï Sakharov en 1989, qui documentait méticuleusement les traces des crimes des années soviétiques et veillait sur des droits de l'homme toujours fragiles en post-Union soviétique, a été dissoute en 2021.
Du côté de la religion, le changement n’est que de surface. La défense du christianisme est lourdement invoquée aujourd’hui par les idéologues du Kremlin avec l’appui de Kyrill, le patriarche de Moscou. En fait, la persécution physique des personnes du siècle dernier est perversement relayée par l’enrôlement de l’Eglise orthodoxe russe au service de la politique criminelle de l’Etat, qui n’est qu’une inversion grimaçante du christianisme. Terrible imposture. On conçoit en tout cas que cette conjoncture fasse de l’œuvre de Grossman un puissant analyseur critique des réalités de notre présent.
Lire Grossman contre le nihilisme
Mais c’est autrement encore, et de façon aussi décisive, que cette œuvre doit attirer notre attention. En effet, elle est un plaidoyer autant qu’une dénonciation. Elle sert la confiance autant que la lucidité. Finalement, elle est une défense obstinée des ressources de l’l'humanité, opposées à l’histoire contemporaine qui a porté à son extrême le règne de l’inhumanité.
C’est là tout l’enjeu du thème de la « petite bonté » qui fixait naguère l’attention du philosophe Emmanuel Levinas désignant Vie et destin comme un « livre primordial ». Un personnage étrange du roman, un certain Ikonnikov – en fait, le porte-parole de Grossman — est le chantre de cette bonté singulière, facilement moquée par les esprits forts, et qui pourtant est l’ultime appui de la confiance chez Grossman. Un chapitre entier, qui a pour titre les « Cahiers d’Ikonnikov », expose les pensées de cet homme au profil de fol en Christ, qui croupit dans un camp nazi, pour avoir porté secours à des femmes et des enfants juifs et qui, auparavant, il a été le témoin halluciné des atrocités commises en cette « terra nera » (T. Snyder) de l’extrême-Est européen.
Ikonnikov a parcouru les cercles de l’enfer, depuis la dékoulakisation, jusqu’aux épouvantes de l’invasion nazie en Biélorussie. Face au Bien hautain, et tellement ambigu, il plaide la cause d’une modeste bonté, sans apparat ni prétention. La visibilité de cette petite bonté est fragile, c’est celle « d’une vieille, qui, sur le bord de la route, donne un morceau de pain à un bagnard qui passe, c’est la bonté d’un soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé, la bonté de la jeunesse qui a pitié de la vieillesse, la bonté d’un paysan qui cache dans sa grange un vieillard juif ».
Le point décisif, qui concentre le paradoxe à accueillir, est que cette bonté quasi invisible, qui se fond avec le quotidien de la vie, qui est si manifestement vulnérable et impuissante face aux « méchants » pour parler comme les psaumes, est en réalité la seule force vraie en ce monde. Cette conviction est énoncée par Ikonnikov, comme un savoir d’expérience : « J'ai vu que ce n'était pas l'homme qui était impuissant dans sa lutte contre le mal, j'ai vu que c'était le mal qui était impuissant dans sa lutte contre l'homme. Le secret de l'immortalité de la bonté est dans son impuissance. Elle est invincible ».
On tremble d’y croire, au vu des abîmes du mal qui s’ouvrent à chaque pas de l’histoire humaine. Le chantage du mal parle trop fort pour que l’on ne craigne pas d’adhérer à un rêve. C’est pourtant la vérité pour laquelle Grossman se sera battu : « L’histoire de l'homme est le combat du mal cherchant à écraser la minuscule graine d’humanité ». Et il ajoutera : « Mais si même maintenant l’humain n’a pas été tué en l'homme, alors jamais le mal ne vaincra ». On remarquera que ce n’est pas tout à fait un hasard si Ikonnikov est campé dans l’identité d’un fol en Christ. Nous sommes tout proches ici du mystère confessé par la foi chrétienne proclamant la victoire sur le mal acquise à partir du cœur des ténèbres. Tout près de la foi en l’impossible, qui fait qu’il ne s’agit pas d’optimisme, mais de combat spirituel.
Bien sûr, ne christianisons surtout pas Grossman. En revanche, ses racines juives n’auraient-elles pas à voir avec sa conviction que – plus décisivement que le mal ne détruit – il y a l’humanité qui ne capitule pas et qui est la promesse de notre avenir ? En tout état de cause, cette obstination à objecter aux forces du mal, la toute-puissance d’une « petite bonté » désarmée, voilà qui fait, pour nous, de la parole de Grossman, un levier incomparable de résistance à l’actualité qui nourrit tellement le pessimisme et le nihilisme chez nos contemporains.
Finalement, le legs de Vassili Grossman est celui d’un regard. Celui d’un homme qui sait accommoder sur les réalités de la vie, là où l’humain ressurgit invincible, dans sa singularité, aux antipodes du schématisme de « l'homme totalitaire », et où il est prêt à mourir, en contestation du mensonge et de la tyrannie. Ainsi son œuvre est-elle jalonnée de touches d’humanité évoquées sans grandiloquence ni mièvrerie, qui percent la noirceur de la guerre, ébranlent la chape de la tyrannie. Autant de notations qui, au sein d’une société dressée à l’indifférence, à la méfiance, à l’hostilité, furent en son temps hautement transgressives. Et qui le sont aujourd’hui, de nouveau, tandis que s’imposent des idéologies de la force contre le droit, de l’exaltation d’une toute puissance prédatrice, qui n’a que faire de la justice.
Certes, la vie personnelle de Grossman est loin d’avoir été exempte de faiblesses. Mais, à travers ses errances, il a appris la faillibilité, et avec sa propre faillibilité, une fondamentale bienveillance. Celle dont parlait le théologien Maurice Bellet quand il énonce cette vérité toute simple : « Que reste-t-il, quand il ne reste rien ? Que nous soyons humains avec les humains, qu’entre nous demeure l’entre nous qui nous fait hommes ». — — —
Le pèlerinage à St. Olaf : les racines chrétiennes de la Norvège de retour sous les projecteurs
De la star de la Coupe du monde Erling Haaland à l'auteure lauréate du prix Nobel (et possible future sainte) Sigrid Undset, l'héritage chrétien de la Norvège bénéficie d'une attention renouvelée alors que des pèlerins entreprennent un voyage sur les traces de saint Oaf, le roi qui a christianisé une nation.
Plus tôt cette année, le père dominicain Gregory Pine a conduit un groupe de 15 pèlerins de différents pays et horizons sur l'ancien chemin de pèlerinage à Trondheim. (photo : Photo de courtoisie)
Grâce à une performance historique en Coupe du monde, l'équipe nationale de football norvégienne a attiré l'attention du monde entier sur la nation scandinave — et, peut-être providentiellement, sur l'un de ses saints les plus importants.
Les athlètes de haut niveau du monde entier utilisent souvent leurs gains pour s'offrir des objets de luxe. Erling Haaland, meilleur buteur de l'équipe norvégienne et lauréat de plusieurs Souliers d'or, a fait exception à la règle en achetant un rare manuscrit du XVIe siècle relatant l'histoire des rois vikings de Norvège et en en faisant don à la bibliothèque de sa ville natale.
Écrite en vieux norrois en Islande, la Heimskringla, recueil du XIe siècle, se compose de plusieurs sagas. Au cœur de ce recueil se trouve l'Óláfs saga helga, « La Saga de saint Olaf », qui relate la vie, le règne de quinze ans, la conversion et le martyre du roi norvégien, ancien guerrier viking.
La saga — qui à elle seule occupe près d'un tiers de l'ouvrage entier — raconte comment, depuis son siège royal à Nidaros (l'actuelle Trondheim), le roi Olaf a consolidé son pouvoir et fait progresser la christianisation de la Norvège.
Haaland n'est pas le seul à raviver l'intérêt pour l'héritage de saint Olaf avec l'acquisition puis le don de la Heimskringla . L'annonce récente de la cause de canonisation de l'auteure norvégienne Sigrid Undset a également suscité un regain d'intérêt. Par exemple, dans sa trilogie médiévale acclamée, Kristin Lavransdatter , l'héroïne fictive Kristin entreprend un pèlerinage au sanctuaire de saint Olaf à Trondheim pour faire pénitence. Ce voyage s'inspire de la tradition réelle consistant à parcourir des centaines de kilomètres à pied pour prier sur la tombe du saint roi.
Annonçant l'ouverture de la cause de canonisation d'Undset à Selja , l'évêque Fredrik Hansen d'Oslo a salué son héritage littéraire, déclarant : « À travers ses nombreux livres, elle a façonné d'innombrables croyants, les a inspirés à vivre en Christ et a témoigné de nos saints médiévaux. »
Grâce à cette attention mondiale accrue, le pèlerinage de St. Olaf à Trondheim semble connaître un regain de popularité.
Regan Quigley, originaire de Pennsylvanie et qui a récemment effectué elle-même le pèlerinage, a confié avoir été très touchée par la vie et le zèle de St. Olaf et s'est demandée : « Pourquoi la Norvège ? Pourquoi maintenant ? Que se passe-t-il ? »
« Si je devais deviner, je dirais que c’est parce que le Seigneur connaît les besoins de son peuple et du monde », a-t-elle déclaré au Register. « Il sait aussi où se trouve la beauté, où se présentent les occasions d’être béni, et il veut y attirer les gens pour qu’ils reçoivent ces bénédictions. »
Renouveau de la foi en Scandinavie
Les reliques de saint Olaf, qui vécut entre 995 et 1030 environ, reposeraient dans la cathédrale médiévale de Nidaros, devenue l'un des lieux de pèlerinage les plus importants d'Europe du Nord.
Depuis 2002, l'association nationale norvégienne de jeunesse catholique, Norges Unge Katolikker (NUK), a contribué à faire revivre l'ancienne tradition de pèlerinage à la cathédrale de Nidaros — un voyage qui attire désormais une nouvelle génération de pèlerins venant de l'extérieur des frontières de la Norvège.
Plus tôt cette année, le père dominicain Gregory Pine a conduit un groupe de 15 pèlerins de différents pays et horizons sur l'ancien chemin de pèlerinage à Trondheim.
Gabriele Silva, 32 ans, originaire de Rio de Janeiro, a déclaré au Register qu'après avoir vécu en Suède pendant près de deux ans, où il a redécouvert la foi dont il s'était éloigné, il est devenu de plus en plus conscient de ce qu'il a décrit comme « le renouveau de la foi en Scandinavie ».
« Et cela m’a inspiré », a-t-il expliqué, « car j’ai ressenti une foi si forte que je savais que je m’engageais sur quelque chose de bon. »
L'invitation à marcher jusqu'à Trondheim était une expérience totalement nouvelle pour lui, et pourtant enthousiasmante. « Je ne connaissais pas grand-chose de St. Olaf, mais j'étais au courant de ce qui se passait dans la région, et j'ai trouvé formidable d'y participer. »
Ce sentiment de participer à quelque chose de plus grand était partagé par les autres pèlerins.
Considérant ce pèlerinage comme faisant partie d'un « renouveau du christianisme en Scandinavie » plus large, Mary O'Brien, 26 ans, originaire d'Irlande, a déclaré au Register qu'elle était également inspirée par l'opportunité « d'y participer, même à ma toute petite échelle ».
Bien qu'elle ait déjà effectué plusieurs pèlerinages en Europe, elle se sentait « vraiment attirée par le pèlerinage de St. Olaf simplement parce qu'il était un peu moins connu », séduite par le fait qu'il serait plus isolé, moins fréquenté et plus propice au silence et à la prière.
Partant de Berkåk, à une semaine de marche de la cathédrale de Nidaros, les pèlerins se sont lancés dans un voyage magnifique mais physiquement exigeant, chaque journée étant rythmée par le silence du matin, la messe quotidienne et l'adoration, et des moments de prière dans les églises luthériennes (les églises catholiques sont plus difficiles à trouver sur le chemin de pèlerinage) et partout où un lieu approprié pouvait être trouvé.
« Le fait que le Christ apparaisse partout où nous étions réunis », a déclaré O'Brien, « qu'il vienne demeurer parmi nous où que nous nous trouvions, était quelque chose de vraiment exceptionnel. »
La messe célébrée sur le rivage faisait partie du pèlerinage. (Photo : Photo de courtoisie)
Pour certains pèlerins, le voyage à Nidaros était l'accomplissement d'un désir nourri depuis des années.
La sœur dominicaine Maria Joseph, originaire des États-Unis, était parmi eux. Se remémorant sa fascination d'enfance pour la Norvège — née des Jeux olympiques de 1994 à Lillehammer, pays natal de Sigrid Undset —, elle a déclaré au Register : « Le Seigneur a en quelque sorte semé ce désir dans mon cœur. »
Pour elle, l'histoire de l'Église dans le pays donnait une dimension encore plus profonde au pèlerinage. Elle apprit qu'après la Réforme de 1537, le catholicisme fut interdit en Norvège et que le culte public catholique y fut proscrit pendant des siècles – une répression qui mit également fin à l'ancien chemin de pèlerinage de Saint-Olaf vers Nidaros.
« L’Église a vraiment dû se reconstruire de fond en comble », a-t-elle fait remarquer. « Je pense que, d’une certaine manière, les cent dernières années de travail et de reconstruction de l’Église commencent à porter leurs fruits. »
Alors que la plupart des 15 pèlerins n'avaient entendu parler de saint Olaf que comme « ce grand roi qui a christianisé la Scandinavie païenne », le groupe a passé le pèlerinage à « lire des aspects de sa vie et à en apprendre davantage sur lui au fur et à mesure [de leur] marche », a déclaré O'Brien.
« Je n'avais aucune idée de ce qui allait advenir de ce pèlerinage : marcher pour un saint que je ne connaissais pas, dans un pays où je n'étais jamais allé, avec un groupe d'une quinzaine de personnes, que je n'avais presque jamais rencontrées », a déclaré Quigley, l'un des organisateurs du pèlerinage, au Register.
« J’avais l’impression, et j’avais raison au final, que c’est en allant là-bas et en parcourant le chemin de St. Olaf jusqu’à Trondheim, en rencontrant en chemin des gens qui le connaissaient mieux que moi, que je parviendrais à le connaître le mieux. »
érents aspects de l'histoire de St. Olaf ont trouvé un écho auprès des participants.
« J’admire le sens de l’unité qu’il a insufflé », a commenté Silva. « À cette époque, il existait de nombreuses tribus et jarls [chefs et dirigeants régionaux] distincts, constamment en guerre les uns contre les autres. »
Saint Olaf, a-t-il souligné, « demeure une figure partagée par l’Église luthérienne et l’Église catholique, et de ce fait, il semble toujours unir les Norvégiens. J’ai le sentiment que les chrétiens se rassemblent pour aider un pays très laïc à relever les défis que pose la laïcité. »
Le pèlerinage s'est conclu par une rencontre avec l'évêque Erik Varden, évêque de Trondheim, dont le travail pastoral et la présence en ligne ont suscité un plus grand intérêt pour le pays, a déclaré O'Brien.
L'évêque Erik Varden a célébré une messe pour les pèlerins. (Photo : Photo de courtoisie)
Sœur Maria Joseph a souligné que l'un des moments forts du voyage « a été l'accueil par l'évêque Varden à la fin du pèlerinage », qui a célébré « une messe votive de saint Olaf à l'autel de saint Olaf dans la cathédrale catholique et nous a bénis avec une relique du saint ».
« Avec le recul, je me rends compte que nous arrivions en Norvège à un moment où le christianisme y prenait de l'ampleur », a déclaré Quigley, une réalité confirmée par l'évêque : « C'est encore un pays très laïc, mais il n'est pas dépourvu de notions chrétiennes ni de mouvement chrétien. Le Seigneur est présent. Le calme règne, mais des choses se passent. »
« L’idée que le catholicisme ait été si longtemps persécuté en Norvège », a expliqué O’Brien, « en raison de son interdiction et de l’interdiction du pèlerinage lui-même pendant de nombreuses années, l’idée que ce soit quelque chose qui n’était pas possible auparavant, rend sa renaissance d’autant plus attrayante. »
Ce que St. Olaf a à dire aujourd'hui
« En tant que jeunes catholiques », a déclaré Sander Floriaan Groenewoud, 30 ans, originaire des Pays-Bas, « nous voulons prendre notre foi au sérieux et nous voulons revenir aux sources », une tendance qu'il observe à travers l'Europe.
« Lorsque je vais aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Belgique, je remarque que la plupart des jeunes catholiques redécouvrent l’amour de leur héritage, l’amour de leur pays », a-t-il confié, soulignant un sentiment de patriotisme qui, selon lui, s’est perdu chez les générations précédentes.
De ce point de vue, ajouta-t-il, l'attrait de saint Olaf est facile à comprendre. Après tout, poursuivit-il, « c'est un roi viking, ce qui, j'imagine, séduit beaucoup les jeunes catholiques qui veulent se battre, non pas physiquement, mais avec ferveur pour Dieu. »
Sœur Maria Joseph, qui enseigne en sixième, a expliqué qu'elle « avait certainement tissé des liens d'amitié avec lui » et a fait écho à l'attrait de l'identité viking de saint Olaf. « Je pense que si je disais à mes élèves qu'il y a un saint qui était viking, ils trouveraient ça vraiment génial. »
« L’idée qu’il puisse y avoir de l’espoir pour quelqu’un qui a été impliqué dans ce que nous considérons comme les choses les plus perfides, qu’il puisse être un saint, je trouve cela séduisant », a souligné la sœur dominicaine, notant que les saints royaux sont plus souvent connus pour leurs actes de charité, leurs aumônes et leur service aux pauvres.
« Je suis sûr qu'Olaf a fait ça après sa conversion, mais ce n'est pas ce qui vient immédiatement à l'esprit quand on pense à lui. L'image de lui avec sa hache, c'est ça que les gens retiennent en premier. »
À l'approche du millénaire de sa mort en l'an 1030, la sœur dominicaine a confié qu'elle croyait que saint Olaf « apparaît comme une figure importante pour notre époque ». Réfléchissant à ce que son héritage pourrait nous apporter aujourd'hui, elle a demandé :
« Y a-t-il chez lui quelque chose qui puisse nous parler de la christianisation de la culture, de l'adoption d'une mentalité plus chrétienne dans notre façon de vivre – voire dans notre vie politique ? »
Bénédicte Cedergren est productrice associée pour EWTN News Nightly. Suédoise et française, elle a grandi à Stockholm. Après avoir obtenu une licence de journalisme à l'Université de Stockholm, elle s'est installée à Rome où elle a décroché une licence de philosophie à l'Université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin. Elle chante également de la musique sacrée et travaille comme photographe. Passionnée par la diffusion de la vérité et de la beauté de la foi catholique, Bénédicte aime partager les témoignages et écrire des articles captivants et inspirants.
Maaloula : Le cauchemar du retour des djihadistes, treize ans après le martyre
Maaloula, ancien village chrétien des montagnes syriennes, a été occupé par des djihadistes entre 2013 et 2014. Aujourd'hui, alors que les djihadistes contrôlent tout le pays, la population revit le cauchemar des massacres et des enlèvements de cette époque. Le père Fadi témoigne.
Maaloula est un ancien village chrétien aux maisons accrochées à la roche à 1 400 mètres d'altitude. C'est l'un des rares endroits au monde – entre la Syrie, l'Irak et la Turquie – où l'araméen, la langue parlée au temps de Jésus, est encore parlé. Au-delà de cette image de carte postale, Maaloula est peut-être aussi le lieu qui témoigne le mieux de la violence, des atrocités et des contradictions de près de quinze années de guerre en Syrie. Entre septembre 2013 et avril 2014, le village a été le théâtre de violents affrontements entre l'armée d'Assad et les djihadistes d'Al-Nosra, qui ont fait des dizaines de victimes civiles (entre vingt et soixante-dix morts selon les sources, dont trois exécutés par les extrémistes pour avoir refusé de se convertir à l'islam).
Maaloula raconte l'histoire de douze religieuses orthodoxes du couvent Mar Takla, enlevées en décembre 2013 par les mêmes djihadistes et libérées en mars suivant dans le cadre d'un échange de prisonniers avec le gouvernement syrien. Elle relate également la libération du village des militants d'al-Nosra par l'armée syrienne, avec l'aide du Hezbollah et du Parti social nationaliste syrien (PSNS), alliés d'Assad. Maaloula évoque aussi une autre histoire, plus récente et inimaginable il y a encore quelques années : le retour des extrémistes djihadistes qui menacent les habitants chrétiens. Comme on le sait – ou peut-être pas –, le groupe armé qui a pris le pouvoir en Syrie fin 2024, Hayat Tahrir al-Sham (HTS), est affilié directement à al-Nosra. Officiellement dissous début 2025, HTS est la pierre angulaire de l'actuel « gouvernement de transition » à Damas et contrôle ses institutions civiles et militaires.
Fin 2024, dans l'euphorie qui suivit la formation du nouveau gouvernement HTS, des groupes d'islamistes armés, principalement des jeunes, atteignirent Maaloula, désireux de « reconquérir » le bastion chrétien dont ils avaient été chassés. La population locale, accusée de collaboration avec l'ancien régime – une accusation très en vogue en Syrie à l'époque, et applicable à toutes sortes d'adversaires, politiques, religieux et personnels – se retrouva plongée dans les cauchemars du passé : le meurtre d'un musulman lors d'une fusillade dans une ferme chrétienne où il s'était introduit par effraction pour voler raviva la haine sectaire et poussa de nombreuses familles chrétiennes à fuir le pays par crainte de représailles.
La situation semble désormais plus calme, et c'est précisément de ce présent dont nous allons parler avec le père Fadi Barghil, prêtre de l'Ordre basilien du Très Saint Sauveur et curé de l'église-monastère catholique melkite des Saints Serge et Bacchus à Maaloula. Nous arrivons au village dans un minibus branlant, à travers les pittoresques montagnes du Qalamoun. À l'entrée du village, la police nous demande, à nous dix passagers, nos passeports pour « vérifier qui entre ». L'église-monastère des Saints Serge et Bacchus, vieille de 1 700 ans, est le plus haut bâtiment du village ; elle se dresse sur un petit plateau dominant le village et la vallée en contrebas. Les rochers qui enserrent Maaloula dans leur étreinte calcaire sont marqués de symboles chrétiens : des croix taguées sur les murs, une statue du saint libanais Mar Charbel, une statue de la Vierge bénissant le village (une réplique de celle détruite par les djihadistes en 2013). En gravissant la colline, on découvre de nombreux clochers, ainsi que deux mosquées : l’une à l’abandon, l’autre en cours de rénovation. Sur le toit de l’un des édifices, en contraste saisissant avec le paysage environnant, flottent le drapeau de la nouvelle Syrie et la Shahada – la profession de foi de l’islam – est inscrite en noir sur fond blanc.
Nous trouvons le père Fadi affairé dans le jardin – l’église produit et vend des conserves, des confitures, des sirops et des liqueurs, ainsi que des articles religieux et de l’artisanat. Malgré sa discrétion et le sourire en coin avec lequel il nous accueille, le père Fadi est une figure bien connue à Qalamoun : durant les mois de tension qui ont suivi la chute de Bachar el-Assad, il a joué à plusieurs reprises le rôle de médiateur entre chrétiens et islamistes pour éviter de nouveaux bains de sang, à Maaloula et ailleurs. Le père Fadi nous accompagne dans l’église – une merveille taillée dans la roche il y a près de deux mille ans – et nous montre les icônes qui ont survécu aux djihadistes, même si les visages de la Vierge et des saints ont été effacés par les fanatiques d’al-Nosra ; les autres, volées par les miliciens, ont été remplacées par des reproductions afin que leur mémoire ne soit pas oubliée. Nous pénétrons ensuite dans le complexe monastique, désormais dépourvu de communauté monastique, où règne un ordre parfait et où tous ceux que nous rencontrons sont occupés à une activité quelconque : certains font sécher des fruits au soleil, d'autres tiennent ouverte la petite boutique de souvenirs du musée, d'autres encore s'occupent de la cafétéria, d'autres enfin entretiennent les espaces.
Le père Fadi nous invite dans la salle de réception et accepte de répondre à quelques-unes de nos questions, brièvement toutefois — peut-être par modestie, certainement pas par peur : il a publiquement exprimé à plusieurs reprises le droit des chrétiens de Maaloula de vivre en paix sur la terre qu'ils habitent depuis près de deux millénaires.
Père Fadi, combien de chrétiens vivent encore à Maaloula aujourd'hui ?
Environ trois cents familles habitent actuellement le village, soit près de mille personnes au total. Avant 2013, on en comptait environ neuf cents.
Y a-t-il des musulmans qui vivent en permanence à Maaloula ?
Après 2014, il n'y en avait plus aucun ; aujourd'hui, oui, certains sont revenus. Soyons clairs : nous n'avons rien contre eux. Nous aimons les musulmans, mais nous n'aimons pas les djihadistes.
Comment est-il possible, selon vous, que les Syriens soient plus pauvres que jamais, maintenant que les sanctions économiques ont été levées et que leur gouvernement a été officiellement accueilli au sein de la communauté internationale ?
Demandez à Ahmed al-Shaara.
Où sont passés les millions d'aide humanitaire alloués par les pays et institutions occidentaux à la Syrie ?
Posez-lui toujours la question.
L'avez-vous déjà vu en personne ?
Seulement en photos.
N'est-ce pas lui qui a enlevé les religieuses de Mar Takla en 2013 ?
Non, c'était Abou Malik, qui était à l'époque le commandant d'al-Nosra pour la région de Qalamoun.
Le père Fadi nous montre une photo sur son téléphone portable d'Abou Malik al-Talli, alias Jamal Zeini, l'une des figures de proue du groupe pendant la guerre en Syrie. Il s'était retiré à Idlib après l'expulsion d'al-Nosra de la région du Qalamoun. Après des années d'absence, Zeini a refait surface soudainement dans la région il y a un peu plus d'un mois, accompagné d'une suite de partisans, pour une « visite de reconnaissance » des villages frontaliers du Liban. Coïncidence – ou peut-être pas, difficile à dire – son retour a coïncidé avec les appels répétés de Donald Trump à al-Charia pour qu'elle intervienne au Liban afin de combattre le Hezbollah. Tandis que nous parlons, le père Fadi sourit, avec l'air de quelqu'un qui aurait beaucoup à dire mais qui garde le silence par charité chrétienne. Nous nous tournons à nouveau vers lui.
Comment se fait-il, selon vous, que les institutions occidentales qui ont légitimé le nouveau gouvernement d'al-Shaara – l'ONU en premier lieu – ne réagissent pas à la recrudescence des persécutions contre les chrétiens en Syrie ? Après tout, elles sont composées d'une coalition de pays comptant une forte, voire très forte, proportion de chrétiens.
À mon avis, la responsabilité de ce phénomène incombe aux dirigeants de nos Églises syriennes – tous sans exception – qui refusent d'attirer l'attention sur la situation des chrétiens dans ce pays.
Pourquoi pensez-vous cela ? Par peur ?
Je ne le crois pas : c’est plutôt parce qu’ils veulent conclure des accords, ou plutôt « collaborer », avec le nouveau gouvernement.
Nous continuons à méditer sur ces dernières paroles du Père Fadi tandis qu'après avoir fait nos adieux à saint Serge et à Bacchus, nous nous hâtons vers le bus du retour – encore plus branlant, si possible, que le premier – croisant en chemin plusieurs femmes voilées.
La Syrie ne manque pas de prélats courageux comme l'archevêque Yacoub Murad, archevêque syriaque catholique respecté de Homs, qui, il y a à peine une semaine, a demandé à la communauté internationale de protéger les chrétiens syriens , déconseillant aux Syriens expatriés de retourner dans leur pays d'origine en raison du danger et de l'extrême pauvreté qui y règnent. Pourtant, dans notre partie du monde, nous refusons de les écouter.
Les évêques américains appellent à la prière et à l'action à l'échelle nationale face à la hausse du taux d'avortement.
L’archevêque Paul S. Coakley d’Oklahoma City, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), et l’évêque Daniel E. Thomas de Toledo (Ohio), président du Comité des activités pro-vie de l’USCCB, apparaissent sur une photo commune. Dans une lettre publiée le 27 juillet 2026, les évêques ont lancé un appel national à la prière et à l’action jusqu’à la fin du mois d’octobre, Mois du respect de la vie, afin d’enrayer la diffusion des pilules abortives. (Photo OSV News/avec l’aimable autorisation de l’archidiocèse d’Oklahoma City/diocèse de Toledo)
WASHINGTON (OSV News) — Les évêques catholiques américains préparent un appel national à la prière et à l'action, dont la date de lancement officielle est fixée au 18 août, afin de mobiliser les catholiques pour lutter contre la hausse du taux d'avortement et la disponibilité accrue d'un médicament abortif.
« Chaque avortement entraîne la mort d'un enfant et des dommages pour la mère. Aujourd'hui, avec un accès plus facile aux pilules abortives, le taux d'avortement augmente tragiquement, de même que les risques sanitaires », ont déclaré conjointement l'archevêque Paul S. Coakley d'Oklahoma City, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis , et l'évêque Daniel E. Thomas de Toledo, président du Comité des activités pro-vie de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis.
Selon une estimation de l'Institut Guttmacher, un organisme de recherche travaillant pour l'industrie de l'avortement, 1,12 million d'avortements ont eu lieu en 2025, soit une augmentation de 21 % par rapport à 2020. L'Institut Guttmacher a précisé que 2020 était « la dernière année pour laquelle des estimations nationales complètes ont été disponibles » avant l'arrêt Dobbs v. Jackson Women's Health Organization de la Cour suprême des États-Unis en 2022. Cet arrêt a cassé l'arrêt Roe v. Wade de 1973 et la jurisprudence qui en découle, confiant de nouveau la question de l'avortement au pouvoir législatif.
Guttmacher a constaté que les chiffres de 2025 étaient globalement inchangés par rapport à l'année précédente, mais a suggéré que le nombre total d'avortements pourrait être sous-estimé, car certaines personnes se procurent des pilules abortives à l'avance ou par d'autres moyens que les cliniques d'avortement américaines.
Aux États-Unis, le taux d'avortement a atteint son niveau le plus bas en 2017, avec un chiffre estimé à un peu plus de 862 000 cas, avant de recommencer à augmenter sous la première administration Trump, qui a également approuvé le premier générique de la mifépristone, communément appelée « pilule abortive », en 2019. Cette pilule est fréquemment utilisée en association avec le misoprostol pour les interruptions précoces de grossesse, bien que cette même association soit également utilisée dans certains protocoles de prise en charge des fausses couches, récemment recommandés par l'American College of Obstetricians and Gynecologists.
Selon des estimations récentes, plus de six avortements sur dix pratiqués aux États-Unis le sont par une combinaison de mifépristone et de misoprostol.
Une politique fédérale autorisant la distribution de mifépristone par voie postale a été initialement mise en place par l'administration Biden suite à l'arrêt Dobbs. Cette politique a été maintenue par la seconde administration Trump , qui a approuvé un second générique de la mifépristone en 2025, au grand dam des groupes pro-vie.
Sous l'administration Trump, le ministère de la Justice a également cherché à bloquer les contestations étatiques de cette politique, dans l'attente d'une évaluation de sécurité promise par la FDA (Food and Drug Administration). Cependant, l'état d'avancement et le calendrier de cette évaluation restent flous .
L’archevêque Coakley et l’évêque Thomas ont déclaré que la FDA « a permis le développement d’une industrie nationale de l’avortement par correspondance en autorisant la prescription de pilules abortives lors de consultations de télémédecine et leur vente dans les pharmacies de quartier et en ligne, contournant ainsi les lois des États qui protègent la vie dans l’utérus. »
« Cela expose les femmes à un risque accru d’avortement seules à domicile, sans aucun suivi médical », ont-ils déclaré. « Cela crée également des opportunités supplémentaires d’exploitation par des partenaires violents ou des trafiquants d’êtres humains. »
Les évêques ont déclaré que depuis le lancement officiel de la campagne jusqu'à la fin du mois d'octobre, lorsque l'Église aux États-Unis célèbre le Mois du respect de la vie, « le Comité des activités pro-vie de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis invite les catholiques à se joindre à un effort concerté de prière et d'action pour stopper la diffusion des pilules abortives ».
Ils ont exhorté les catholiques à solliciter « l’intercession de saint Joseph, défenseur de la vie » et à envoyer des messages aux pharmacies et aux entreprises pharmaceutiques impliquées.
La Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) se prépare à mobiliser les catholiques de tous les États-Unis en leur fournissant les ressources nécessaires pour le lancement de la campagne le 18 août.
« Nous mettons en place une plateforme en ligne simple permettant aux utilisateurs d'envoyer un message unique, diffusé à de multiples entités, telles que des pharmacies physiques et en ligne, des distributeurs et des entreprises pharmaceutiques », a déclaré Kat Talalas, directrice adjointe de la communication pro-vie au Secrétariat des activités pro-vie de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), à OSV News. « Nous élaborons également des ressources pédagogiques sur la pilule abortive, qui permettront d'expliquer la différence entre les soins liés à une fausse couche et l'interruption de grossesse par avortement. »
L'Église catholique enseigne que toute vie humaine est sacrée de la conception à la mort naturelle et, de ce fait, s'oppose à l'avortement. Suite à l'arrêt Dobbs, les autorités ecclésiastiques américaines ont réaffirmé l'attachement de l'Église à la mère et à l'enfant et ont appelé à renforcer le soutien aux personnes vulnérables face à l'avortement en raison de la pauvreté ou d'autres facteurs.
Peter Jesserer Smith est le rédacteur en chef des actualités et des reportages nationaux d'OSV News. L'équipe d'OSV News a contribué à cet article.
PRIERE A SAINT JOSEPH
Saint Joseph bien-aimé :
À la demande d'un ange,
Vous avez accueilli Marie chez vous avec amour.
En tant qu'humble serviteur de Dieu,
Vous avez guidé la Sainte Famille
sur la route de Bethléem,
Vous avez accueilli Jésus comme votre fils
à l'abri d'une mangeoire,
et vous avez fui loin de votre patrie pour
la sécurité de la mère et de l'enfant.
Nous louons Dieu parce que vous,
- étant son fidèle protecteur -,
vous n'avez jamais hésité à vous sacrifier
pour ceux qui étaient confiés à vous.
Puisse votre exemple nous inspirer.
et aussi accueillir, chérir et protéger
le plus précieux des cadeaux, la vie
que Dieu nous donne.
Aidez-nous à nous engager fidèlement
pour servir et défendre la vie humaine
— surtout là où elle est
vulnérable ou menacée.
Accordez-nous la grâce de faire la volonté de
Dieu en toutes choses.
Amen.
Pour en savoir plus sur la manière de participer à la campagne d’action de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), veuillez consulter : https://lp.constantcontactpages.com/sl/iLd6hbl
Défense obstinée du sacerdoce masculin et célibataire
La culture du temps du Christ ne suffit pas à expliquer pourquoi on n’ordonne pas de femmes, rappelle l’essayiste Jean Duchesne.
Il semble que les loisirs estivaux inspirent dans les médias (et pas seulement en France) de marteler, à coups d’"opinions", manifestes, lettres ouvertes, éditoriaux, forums, contributions d’"invités", etc., le clou que l’ordination de femmes est aussi inéluctable que les avancées "sociétales" du divorce, de l’avortement (en remède aux insuffisances de la contraception), du "mariage pour tous", de l’euthanasie et du suicide assisté — en attendant un eugénisme et un transhumanisme sans complexe. La résistance à ce matraquage n’est peut-être pas superflue.
Fêté aujourd'hui : saint Pierre Chrysologue que Dom Guéranger, dans son Année Liturgique, présente ainsi :
"Pierre, surnommé Chrysologue, pour l'or de son éloquence, naquit à Forum Cornelii, dans l'Emilie, de parents honnêtes. Dès l'enfance, tournant son esprit vers la religion,il s'attacha à l'Evêque de cette ville,Cornelius, romain, qui le forma rapidement à la science et à la sainteté de la vie, et l'ordonna Diacre. Peu après, l'Archevêque de Ravenne étant mort, comme les habitants de cette ville envoyèrent, selon l'usage, à Rome, le successeur qu'ils avaient élu solliciter du saint Pape Sixte III la confirmation de cette élection, Cornélius se joignit aux députés de Ravenne, et emmena avec lui son diacre. Cependant l'Apôtre saint Pierre et le Martyr saint Apollinaire apparurent en songe au Pontife romain, ayant au milieu d'eux un jeune lévite, et lui ordonnant de ne pas placer un autre que lui sur le siège archiépiscopal de Ravenne. Le Pontife n'eut pas plus tôt vu Pierre, qu'il reconnut en lui l'élu du Seigneur. Rejetant donc celui qu'on lui présentait, il promut, l'an de Jésus-Christ 433, le jeune lévite au gouvernement de cette Eglise métropolitaine. Les députés de Ravenne, offensés d'abord, ayant appris la vision, se soumirent sans peine à la volonté divine et acceptèrent avec le plus grand respect le nouvel Archevêque.
Pour nous, le monde est extrêmement vieux et fatigué. Il a perdu ses forces; il perd ses facultés; les souffrances l’accablent; il crie sa défaillance; il porte tous les symptômes de sa fin… Nous sommes à la remorque d’un monde qui s’enfuit; nous oublions les temps à venir. Nous sommes avides d’actualité, mais nous ne tenons pas compte du jugement qui vient déjà. Nous n’accourons pas à la rencontre du Seigneur qui vient… Convertissons-nous; n’ayons pas peur de ce que le temps se fait court. Son temps à Lui, l’Auteur du temps, ne peut pas être rétréci…
Saint Pierre Chrysologue, Sermon 167 – De la conversion (chemindamourverslepere.com)
Alors que nombre de nos prédicateurs se croient obligés de pérorer de façon souvent interminable, le Père Bernard Pineau nous dit, à propos du saint du jour :
"Depuis l'apôtre saint Pierre, nombreux ont été les saints et bienheureux à porter ce nom : on en compte une bonne vingtaine !
La liturgie catholique fait aujourd'hui mémoire de saint Pierre Chrysologue. Il vécut en Italie au Ve siècle et devint évêque de Ravenne, qui était alors la résidence des empereurs d'Occident. Il fut avant tout un prédicateur très estimé du peuple et beaucoup de ses sermons sont parvenus jusqu'à nous. Sa prédication était cordiale et convaincante, avec comme qualités majeures la simplicité et surtout la brièveté !
170 de ses homélies nous sont connues. Il fut proclamé docteur de l'Eglise en 1729. On l'avait surnommé chrysologue : parole d'or."
Peu de documents pontificaux ont été autant moqués que Humanae Vitae. Lorsque le pape Paul VI a réaffirmé l'opposition de l'Église catholique à la contraception artificielle en 1968, beaucoup ont cru qu'il avait profondément mal interprété le monde moderne. La révolution sexuelle était en marche, la pilule contraceptive promettait une liberté sans précédent et l'histoire semblait n'avancer que dans une seule direction.
Ce mois-ci marquant le 58e anniversaire de l'encyclique Humanae Vitae, le moment est opportun pour se demander si le pape Paul VI a réellement mal interprété le monde moderne, ou si c'est le monde moderne qui l'a mal compris.
À la parution de Humanae Vitae, une grande partie du monde occidental a réagi avec incrédulité. Même au sein de l'Église, la dissension, la confusion et la déception étaient palpables. On pensait alors que l'histoire avait tout simplement ignoré l'enseignement catholique. Aujourd'hui, cependant, cette encyclique mérite d'être relue, non seulement comme un document sur la contraception, mais aussi comme un diagnostic d'une remarquable perspicacité sur la nature humaine et la société moderne.
Paul VI a mis en garde contre le risque que l'usage généralisé de la contraception n'entraîne quatre grandes conséquences : une augmentation de l'infidélité conjugale, un abaissement des valeurs morales, une réduction des femmes à de simples objets de plaisir plutôt qu'à des personnes dignes de respect, et l'adoption par les gouvernements de politiques coercitives en matière de reproduction. Quelle que soit l'opinion que l'on porte sur l'enseignement de l'Église concernant la contraception, force est de constater que ces avertissements sont aujourd'hui d'une actualité frappante.
La révolution sexuelle a été présentée comme une révolution de la liberté. Mais les révolutions tiennent rarement toutes leurs promesses. Elles transforment aussi les cultures d'une manière que leurs instigateurs n'anticipent ni ne souhaitent.
Ce qui a changé, ce ne sont pas seulement les attitudes envers la contraception. Les sociétés occidentales ont progressivement dissocié la sexualité de son lien intrinsèque avec la vie. Une fois ce lien affaibli, la sexualité s'est de plus en plus détachée non seulement de la procréation, mais aussi de la permanence, de la responsabilité et du sacrifice. Il en a résulté non seulement une plus grande autonomie individuelle, mais souvent une plus grande fragmentation.
Nous vivons aujourd'hui dans un contexte de solitude sans précédent, de chute de la natalité, de déclin du mariage, de consommation généralisée de pornographie et de profonde confusion quant aux relations et à l'identité. Malgré une permissivité sexuelle sans précédent, de nombreuses sociétés occidentales connaissent une solitude encore plus grande. L'intimité est de plus en plus marchandisée. Le discours sur l'engagement et la vocation a progressivement cédé la place à celui de l'épanouissement personnel et de l'optimisation du mode de vie.
L'avertissement de Paul VI concernant le traitement des femmes comme des instruments résonne aujourd'hui moins comme une vieille angoisse religieuse que comme une description troublante de la culture moderne. La promesse était celle de la libération. Trop souvent, il en a résulté commercialisation, marchandisation et profonde solitude.
Il suffit de considérer l'industrie pornographique, l'essor de plateformes comme OnlyFans ou la normalisation croissante de la gestation pour autrui commerciale pour constater avec quelle facilité l'intimité humaine se commercialise dès lors que la sexualité est dénuée de sa signification morale et relationnelle profonde. Le corps devient un objet de consommation. La fertilité devient un service. Les enfants deviennent le fruit d'arrangements contractuels plutôt que des dons reçus par amour.
L'encyclique ne s'était pas trompée non plus sur le pouvoir de l'État. Les XXe et XXIe siècles ont maintes fois démontré comment les gouvernements sont tentés d'intervenir dans la reproduction dès lors que la fertilité est perçue avant tout comme un phénomène technologique et gérable. La politique de l'enfant unique en Chine demeure l'exemple le plus frappant, mais les programmes de stérilisation forcée, les politiques de contrôle des naissances et l'implication croissante de l'État dans les technologies de la reproduction révèlent tous la même motivation sous-jacente : la conviction que la fertilité humaine est avant tout un problème à gérer.
Pourtant, l’avertissement le plus profond d’Humanae Vitae ne concernait peut-être pas la contraception en elle-même, mais plutôt le devenir d’une civilisation lorsque le sexe, l’amour et la vie ne sont plus perçus comme indissociables. Partout en Europe, les taux de natalité se sont effondrés bien en dessous du seuil de renouvellement des générations. La Grande-Bretagne vieillit rapidement. Des sociétés entières commencent à faire face aux conséquences économiques et culturelles du déclin démographique : diminution de la population active, pression accrue sur les systèmes de santé, baisse du nombre d’enfants et de familles, et sentiment croissant d’épuisement social.
Cette crise n'est pas seulement économique, elle est aussi spirituelle. On ne cesse pas d'avoir des enfants simplement parce que le logement est cher ou que le travail est exigeant. Les générations précédentes ont souvent enduré la guerre, le rationnement et de réelles difficultés matérielles tout en continuant d'accueillir des enfants. Les taux de natalité reflètent en fin de compte quelque chose de plus profond : la conviction des sociétés que l'avenir mérite qu'on y investisse.
Ce n'est pas un hasard si les sociétés qui considèrent de plus en plus les enfants comme des accessoires de mode facultatifs peinent également à défendre la vie prénatale. Dès lors que la fertilité devient un enjeu à gérer plutôt qu'un bonheur à accueillir, l'enfant à naître est plus facilement perçu comme un obstacle que comme un don. L'avortement, la contraception, la FIV, la gestation pour autrui et le suicide assisté sont souvent débattus comme des questions éthiques distinctes, mais ils découlent tous d'une même présomption fondamentale : celle que la vie humaine devrait être soumise au choix individuel et au contrôle technologique plutôt qu'accueillie avec gratitude et protégée par l'amour.
Les enfants sont, au fond, des actes d'espérance. Le christianisme a toujours considéré les enfants non comme des projets à entreprendre une fois toutes les autres ambitions réalisées, mais comme des dons à recevoir. La culture moderne inverse de plus en plus cet ordre. La parentalité devient une option de vie parmi d'autres, comparée aux voyages, à l'avancement professionnel ou aux objectifs financiers, plutôt qu'une vocation où l'amour s'épanouit et où le don de soi trouve sa pleine expression.
C’est pourquoi l’enseignement de l’Église sur l’ouverture à la vie n’a jamais été une simple interdiction. Il s’inscrivait dans une vision plus large de la personne humaine. Dans la conception catholique, l’amour n’est pas d’abord une expression de soi, mais un don de soi. La sexualité n’est pas seulement récréative ou thérapeutique. Elle est indissociable de responsabilité, de sacrifice, de permanence et de la transmission aux générations futures.
La société moderne conçoit de plus en plus la liberté comme la suppression des limites plutôt que comme la capacité de se donner pleinement aux autres. Or, une civilisation entièrement organisée autour de l'autonomie finit par se trouver incapable de maintenir la dépendance, même si, en fin de compte, toute société repose sur des personnes disposées à prendre soin des enfants, des personnes âgées, des malades et les uns des autres.
Humanae Vitae n'a pas prédit tous les aspects de la vie moderne. De même, tous les problèmes sociaux ne découlent pas directement de la contraception. Le monde est plus complexe que cela.
Mais Paul VI avait compris une chose fondamentale : une fois dissociée de l’ouverture à la vie, la sexualité ne resterait plus cantonnée à la morale privée. Elle redéfinirait la manière dont les sociétés conçoivent les relations, l’engagement, la famille, la parentalité et même le sens même de la liberté humaine.
Pendant des décennies, Humanae Vitae a été considérée comme une relique d'une époque révolue. De plus en plus, elle apparaît moins comme une relique que comme un diagnostic. Paul VI ne s'opposait pas à la modernité par crainte de la liberté, mais par crainte de ce que deviendrait une liberté détachée de la vérité, de la responsabilité et de l'ouverture à la vie. En observant le monde occidental de 2026, il est de plus en plus difficile de dire qu'il avait tort.
Michael J Robinson est le directeur exécutif de SPUC, la plus ancienne ONG pro-vie au monde et la plus importante du Royaume-Uni.